jeudi 5 novembre 2009
Observatoire des Libertés Publiques : Que fait la police ?
Observatoire des Libertés Publiques
QUE FAIT LA POLICE ? – Bulletin d’information anti-autoritaire – Nouvelle série – numéro 34 – novembre 2009
Editorial : Faisons un rêve …
Et si la majorité de la population d’un pays démocratique faisait le constat qui s’impose : les forces de l’ordre protègent bien plus le pouvoir établi qu’elles ne se préoccupent du sort des plus démunis. La fameuse légende de la défense de la veuve et de l’orphelin n’est même plus évoquée, tant cela ferait sourire ceux qui ont été « éduqués » pour réprimer, dans les écoles de police. Une certitude : s’il y avait moins de policiers dans nos rues, là même où leur présence ne s’impose pas, la tranquillité de tous ne ferait qu’y gagner.
En effet, si la performance exigée n’était plus la priorité, le nombre de délits constatés serait en forte diminution. Dans un climat apaisé, la question majeure ne pourrait que se poser : comment laisser le champ libre aux malfrats qui ne cessent de menacer les citoyens paisibles ?
Mauvaise approche du problème car nous savons bien que nos policiers sont surtout occupés à traquer les sans-papiers, tout comme ils s’activent à faire régner un ordre musclé dans les banlieues. Sans oublier leur intérêt porté aux mouvements sociaux ou à la protection des personnalités en déplacement. A ceux qui se posent la question : Que fait la police ?, c’est là une réponse tristement sans réplique.
Maurice Rajsfus
vendredi 4 septembre 2009
Brice Hortefeux et Fadela Amara effectue ( eux aussi après Luc Chatel ) un casting très serré.
LE MONDE | 01.09.09
L'étonnant casting de la table ronde "jeunes-police"
Après Luc Chatel, Brice Hortefeux et Fadela Amara ont-ils cédé à leur tour à la tentation de la mise en scène ? Le ministre de l'éducation nationale avait été filmé dans un supermarché, le 17 août, en train de dialoguer avec de pseudo clientes – en réalité des sympathisantes de l'UMP ou des employées du supermarché mobilisées pour l'occasion.
Brice Hortefeux et Fadela Amara ont, eux, effectué un casting très serré pour offrir aux nombreux médias présents l'image du "consensus" autour de la table ronde organisée au ministère de l'intérieur, lundi 31 août, sur les rapports entre jeunes et policiers.
Dans l'ensemble, la vingtaine de représentants d'associations de banlieue ou de jeunesse ont fait état, au sortir de la réunion, de leur satisfaction quant à la démarche. Pouvait-il en être autrement ?
La sélection avait été soigneusement préparée par les ministres, notamment Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la ville, qui a pioché dans ses réseaux personnels. Ni putes ni soumises (NPNS), d'abord, dont l'actuelle présidente, Sihem Habchi – qui a succédé à Fadela Amara à ce poste – s'est félicitée, devant les caméras, de l'approche préventive choisie par le gouvernement.
Même chose pour SOS-Racisme, resté proche de la secrétaire d'Etat: son président, Dominique Sopo, a ainsi salué le "dialogue engagé" et souhaité un "travail fructueux".
Il n'est pas sûr, toutefois, que ces déclarations aient beaucoup d'impact dans les cités: les deux associations n'y disposent que d'une implantation limitée et y font l'objet de critiques virulentes, sinon d'un profond rejet.
Au moins, les habitants de banlieue connaissent-ils leur existence. Car, pour la fédération Léo Lagrange, la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ou la Coordination d'associations de l'éducation populaire (Cnajep), invités à représenter la jeunesse devant les ministres, il est à craindre que la plupart des jeunes ignorent tout de leurs activités.
PROXIMITÉ AVEC L'UMP
La légitimité des associations locales sélectionnées est à peine meilleure. En dehors d'une poignée de figures bien implantées, les ministres ont invité des interlocuteurs connus pour leur proximité avec l'UMP.
Comme Raid d'aventure, placée sous le patronage de Nicolas Sarkozy et dont le président d'honneur est le sénateur UMP Serge Dassault.
Ou comme l'association Zy'Va, largement financée par le conseil général des Hauts-de-Seine et pressentie par l'UMP, pendant la campagne présidentielle de 2007, pour accueillir un déplacement symbolique, et très sensible, du candidat Sarkozy en banlieue.
Quant à Driss Ait Youssef, invité au nom d'APC recrutement, il est auditeur de l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES), un organisme rattaché au ministère de l'intérieur.
Mais il s'est surtout fait connaître en conseillant Sarkozy – le fils, Jean, conseiller général UMP des Hauts-de-Seine – sur les banlieues. Entre communication et fabrication artificielle du "consensus", la frontière est parfois bien étroite.
Luc Bronner
samedi 25 juillet 2009
Les logiciels-espions de la police inquiètent les gardiens des libertés - Fichiers et logiciels-espions : La Cnil réclame des ga
LE MONDE | 24.07.09
Loppsi II - Fichiers et logiciels-espions de la police
Un projet de loi permettrait aux enquêteurs d’accéder secrètement à des ordinateurs des particuliers
Un avis de la Commission nationale de l’Informatique et des Libertés ( CNIL) réclame des garanties
Les logiciels-espions de la police, introduits à distance dans l'ordinateur d'une personne sans son consentement, inquiètent. Dans un avis qu'elle devait rendre public vendredi 24 juillet - appliquant ainsi pour la première fois la loi du 12 mai sur la clarification du droit -, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) réclame des garanties sur leur utilisation. En utilisant l'image d'un "coffre-fort logique", elle suggère de limiter l'usage de ces outils pour qu'ils ne soient pas à la disposition d'un trop grand nombre de fonctionnaires sans l'autorisation d'un juge.
La reconnaissance légale de ces logiciels figure dans le projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi II). Il doit être débattu à l'Assemblée nationale à la fin de l'année et définit, pour la période 2009-2013, les moyens alloués à la police. Ce texte ajoute dans le code pénal dix nouveaux articles sur la "captation des données informatiques en matière de criminalité organisée". Sous le contrôle d'un juge dans le cadre d'une information judiciaire, ces intrusions permettront aux policiers, "sans le consentement des intéressés, d'accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre". Les lieux privés ou publics, comme les cybercafés, sont concernés.
Ces logiciels sont déjà bien connus des hackers (pirates) et de certaines officines de renseignement privées, qui n'ont pas hésité à s'en servir. En témoigne l'affaire d'espionnage de Greenpeace, qui a éclaté en avril, dans laquelle EDF est soupçonnée d'être le commanditaire.
Pour la CNIL, ces dispositions présentent un "caractère particulièrement sensible", car elles instituent "une importante exception" aux principes de la loi du 6 janvier 1978 relative à la protection des données personnelles, et doivent donc être "proportionnées au but poursuivi". En Allemagne, relève la CNIL, la Cour constitutionnelle fédérale a limité, en 2008, les intrusions policières à des situations de "menace concrète" en matière d'enlèvement, de meurtre ou d'"atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation". En France, l'utilisation potentielle de ces nouveaux outils est plus large.
La CNIL pointe l'impossibilité de réaliser un tri, dans la collecte des informations, "entre ce qui est utile ou non à la manifestation de la vérité". Les logiciels-espions sont ainsi faits qu'ils peuvent tout lire, que les données empruntent ou non un réseau de communication électronique.
En clair, tout ce qui apparaît à l'écran peut être capté, y compris ce qui vient d'une clé USB. La Commission souligne ainsi "la portée" du projet "qui pourrait permettre l'enregistrement, pendant une durée d'au plus huit mois, de tous les caractères saisis au clavier, et de toutes les images affichées sur l'écran de tous les ordinateurs d'un point d'accès public à Internet et ce, à l'insu des utilisateurs".
Surtout, la CNIL s'est inquiétée de la collecte de données venant de personnes ou de lieux "habituellement" protégés, tels que les cabinets d'avocat, de médecin, d'huissier, ou les locaux d'un journal, via des ordinateurs portables notamment.
La rédaction du projet de loi "permettrait de collecter des données transitant sur des systèmes utilisés par des personnes protégées par le législateur en raison des secrets particuliers liés à l'exercice de leur profession, ou de les collecter dans les lieux de travail ou domiciles de ces dernières", écrit-elle.
Sur ce point, la CNIL, selon son secrétaire général, Yann Padova, aurait obtenu des garanties du gouvernement. Enfin, l'utilisation des logiciels espions étant soumise à l'autorisation d'un juge d'instruction, la Commission "s'interroge sur l'impact éventuel " de la réforme de la procédure pénale qui pourrait aboutir à la disparition dudit juge...
FICHIERS ÉTENDUS
Consultée sur d'autres articles de la Loppsi II, la CNIL s'est émue, en particulier, de l'extension de fichiers de police d'analyse sérielle, comme le fichier Salvac, créé en 2003 après les crimes de Michel Fourniret pour collecter et recouper les informations sur les tueurs en série, "à la petite et moyenne délinquance de masse". La Commission a constaté que l'usage des analyses sérielles serait étendu à des infractions moins graves, encourant des peines d'une durée de cinq ans d'emprisonnement. Les vols en récidive entreraient ainsi dans cette catégorie.
En outre, le champ de la collecte des données personnelles est étendu, dans le projet de loi, à toutes les personnes dont l'identité est citée dans une procédure judiciaire, qu'il s'agisse de l'entourage de personnes mises en cause ou de simples témoins cités dans les procès-verbaux. "Les fichiers d'analyse prendront une ampleur nouvelle, qui en change la nature, car ils ne seront plus limités aux infractions les plus graves", s'insurge la CNIL dans son avis, en se disant "extrêmement réservée sur la mise en oeuvre d'une telle extension".
"Cela revient à faire du profilage, c'est un enjeu très lourd", explique son secrétaire général Yann Padova pour qui, cette méthode d'enquête, en vogue aux Etats-Unis, met à mal la notion de présomption d'innocence en présupposant que des individus cités, cumulant plusieurs caractéristiques, risquent de commettre un crime ou un délit. Mais là encore, selon M. Padova, le gouvernement serait revenu en arrière.
Les fichiers seront en outre ouverts à un plus grand nombre de destinataires. Au même titre que les policiers et les gendarmes, la douane judiciaire accédera aux informations des fichiers d'analyse sérielle. De même, le projet de loi envisage que l'administration pénitentiaire soit destinataire du fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions sexuelles (Fijais) lors de la mise sous écrou d'une personne. Il est prévu que les officiers de police judiciaire accèdent à ce fichier créé en 2004, sans le contrôle préalable d'un magistrat.
Or la CNIL "ne souhaite pas voir remise en cause" cette autorisation "au regard du caractère extrêmement sensible et spécialisé de ce fichier".
Comme elle l'avait fait au mois de janvier lors de la remise de son rapport de contrôle sur le plus gros fichier de police, le STIC (Système de traitement des infractions constatées), la Commission rappelle son souhait de voir modifier la loi pour permettre les mises à jour des fichiers et l'effacement des données qui persistent même lors d'absence d'infraction constatée ou de classement sans suite.
Isabelle Mandraud
Un avis qui ne porte que sur sept articles du projet de loi
Saisie pour avis par le ministère de l'intérieur sur le projet d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) s'est penchée sur le texte dès le 16 avril. Mais elle n'a pu le faire que dans le périmètre de sa saisine, 7 articles, alors que le projet de loi en contient plus de 40. Elle n'a pu ainsi se prononcer sur l'équilibre général ni même sur les nouvelles dispositions relatives à la vidéosurveillance, dont une partie pourra être déléguée à des partenaires privés. A la demande du président de la commission des lois de l'Assemblée, Jean-Luc Warsmann, l'avis de la CNIL est pour la première fois rendu public. Avant la loi du 12 mai sur la clarification du droit, cela restait confidentiel.
Traitements inhumains et dégradants - Les fouilles à nu au dépôt du tribunal de Paris dénoncées
LE MONDE | 23.07.09 | 15h33
Le CNDS publie un rapport sévère, les autorités disent vouloir mieux traiter les personnes.
Un nouveau rapport dénonce "les traitements inhumains et dégradants" au dépôt du palais de justice de Paris. La commission nationale de déontologie et de sécurité (CNDS), autorité indépendante, constate, dans un rapport adopté le 30 juin - non encore publié - que "les personnes prises en charge ne (sont) pas traitées avec dignité". Elle dénonce en particulier les "fouilles à nu successives" qui constituent "un traitement dégradant".
La CNDS, saisie par la sénatrice (PCF) Nicole Borvo, est intervenue après une polémique provoquée par un rapport des jeunes avocats du barreau de Paris, en avril. Le sous-sol du tribunal abrite le dépôt, géré par la préfecture de police et la souricière, qui dépend du ministère de la justice. Le dépôt voit passer les personnes déférées après une interpellation ou dans le cadre d'une garde à vue - 20 000 personnes en 2008. La souricière est réservée aux 14 500 détenus convoqués chaque année pour un procès ou une rencontre avec un juge.
En fonction de son statut juridique, une personne peut être fouillée de une à cinq fois au cours de la même journée. Cela "équivaut à un traitement inhumain et dégradant" au regard de la Convention européenne des droits de l'homme, estime la CNDS.
Le rapport décrit le déroulé des fouilles, qui durent de dix à quinze minutes. Au dépôt, deux personnes peuvent être fouillées dans une même pièce. Quatre policiers sont en général présents. Cela constitue aussi, pour la CNDS, un "traitement dégradant".
Une policière précise qu'il "était demandé aux femmes de s'accroupir et de tousser trois fois, les jambes écartées". Les hommes doivent se pencher en avant et tousser. "Une fois que les cheveux, la bouche, l'anus de la personne ont été contrôlés, elle se rhabille puis passe sous un portique détecteur de métaux", explique le rapport qui constate que l'on retire les dentiers, les lunettes, les lacets et les soutiens-gorge. La préfecture de police indique que ces objets sont désormais restitués avant les audiences.
Des travaux de réfection sont effectués pendant l'été au palais de justice de Paris. Le ministère de la justice a accordé une enveloppe d'un million d'euros pour la rénovation de la souricière et la préfecture a débloqué 1,8 million d'euros pour la poursuite de la réfection du dépôt, notamment pour assurer l'intimité des fouilles. L'achat d'un scanner thermique - pour éviter les fouilles à nu - est prévu.
Face aux critiques, police, gendarmerie et administration pénitentiaire ont établi un protocole pour limiter les fouilles. Un détenu, déjà fouillé à la sortie de la maison d'arrêt, devrait faire l'objet d'une simple palpation de sécurité à son arrivée au palais. Idem pour une personne fouillée par un policier à son arrivée au dépôt, qui subissait jusqu'alors une deuxième fouille en le quittant, par un gendarme du palais de justice. "L'intervention de chaque autorité pouvait avoir pour effet de réitérer les fouilles. Il y a une volonté de réduire les fouilles au strict nécessaire", assure Stéphane Scotto, sous-directeur à l'administration pénitentiaire.
Alain Salles
vendredi 3 juillet 2009
L'enquête sur le contrôle au faciès qui dérange !
Le journal Libération a publié le 1er juillet un article sur une enquête réalisée par deux chercheurs du CNRS démontrant la discrimination des contrôles de police sur cinq sites de contrôle parisiens, dans et autour de la Gare du Nord et des Halles à Paris. (ici)
Résultats : « Un Noir risque 6,2 fois plus de se faire contrôler sur les lieux observés (le ratio va de 3,3 à 11,5), un Arabe 7,7 fois (de 1,8 à 14,8). » (...) « Vous aimez le hip-hop, portez une casquette et un baggy ? Vous avez 11,4 fois plus de risques de vous faire contrôler que si vous êtes en costard ou qui si vous vous habillez «décontracté». »
L'étude et les conclusions qui en sont tirés ne sont pas toujours très judicieuses. À commencer par l'emploi du terme de « raciste » ou de « racisme », deux termes dont on sait aujourd'hui qu'ils n'ont plus aucune réalité objective et scientifique, et qu'il faudrait parler plutôt de xénophobie et de communautarisme, pour aborder sainement ces questions.
Ensuite, les chercheurs auraient dû recouper les informations sur les origines « ethniques » des auteurs des violences et tarfics principalement constatés par la police. Les résultats auraient pu expliquer pourquoi les contrôles se font plus souvent vers tel ou tel type de personne.
Si l'on pense aux problèmes de violences dans les banlieues, on n'entend jamais parler d'actes de violences commis par des communautés asiatiques, indiennes ou latino-américaines. Donc la tendance à être plus attentif à certains types ethniques plutôt qu'à d'autres peut-être justifiée par les observations de terrain effectuées par la police.
Aussi, pointer du doigt sans recul des contrôles dits « au faciès », n'est pas très scientifique ni très rigoureux dans la démarche, tant que d'autres informations n'ont pas été croisées avec ces mêmes constats. D'ailleurs, un constat brut n'a aucun intérêt, et sa pertinence dépendra de la façon dont il sera analysé.
C'est pourquoi, présenter les choses de cette façon dans un article ou dans une étude sociologique ne peut qu'envenimer les choses, ce qui n'est pas vraiment judicieux !
Là où les conclusions de l'enquête doivent être prises en compte, c'est quand elle constate que sur les lieux considérés comme sensibles par rapport au plan Vigipirate, les contrôles n'étaient pas vraiment très crédibles et que les porteurs de bagages ou de valises étaient rarement contrôlés.
mardi 2 juin 2009
Les pensées de Sarkonaparte : la démocratie des vilains sentiments
24 Heures Suisse – Un plouc chez les bobos - 29.05.2009
La Sarko-pensée s’est déployée, jeudi 28 mai 2009, avec toute l’ampleur des aigles impériales planant sur Austerlitz. Alors ministre des flaches-bolles, Sarkonaparte avait passé les cités banlieusardes au quart-cher. Hélas, cela n’a pas suffi à calmer la plèbe délinquante. Alors comme les élections européennes s’enlisent dans un ennui abyssal, le Totipotentat Omni-impérial, a décidé de pousser un de ses coups de clairon qu’il affectionne : fini, le quart-cher, place au lance-flammes.
Bondissant sur ses talonnettes, mues sans doute par quelque ressort occulté, Sarkonaparte s’exclame : « Mais qu’on ne s’y trompe pas, la délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale ». Les lambris dorés, le luxe des lustres, les lustres du luxe, les décors somptueux de l’Elysée nimbent ces virils propos d’une aura impressionnante. Nul doute que dans un tel environnement, la « souffrance sociale » s’exprime mieux qu’ailleurs, par effet de contraste.
Il faut souligner tout l’à-propos de la Sarko-pensée. Son auteur ne vient-il pas lui aussi de la banlieue, à Neuilly-sur-Seine ? Et qui dira la « souffrance sociale » de ces milliardaires neuilléens tombés à l’état de millionnaires sous les coups du tsunami financier ? Ils restent dignes, eux. Et ne brûlent pas leur Rolls ! Des exemples à suivre, assurément !
Quelques secondes plus tard, le Totipotentat lance ce vibrant appel à ceux qui doivent monter à l’assaut des méchantes banlieues. « Ne vous laissez donc pas intimider par la dictature des bons sentiments. »
Cette formule illustre la puissante et saisissante originalité de la Sarko-pensée. Car il a échappé à tout le monde que les cités en question fussent à ce point dominées par les « bons sentiments. » En matière de dictature banlieusarde, on avait cru qu’elle était plutôt le fait des caïds qui tiennent leurs stupéfiantes épiceries dans les sous-sols de barres HLM et ne paraissent pas particulièrement guidés par les « bons sentiments ». Surtout, lorsqu’ils les expriment à coups de Kalachnikov.
Cela dit, ces caïds de l’au-delà du Périph’ ne connaissent pas la crise, eux. Depuis des années de pouvoir sarkozyen à la tête de la police, ils n’ont cessé de prospérer, fidèles à l’idéal sarkonapartiste : s’en mettre plein les fouilles.
Eux au moins sont libérés de ces « bons sentiments » qui représentent la plus indécente des monstruosités !
Un « bon sentiment », c’est un truc gluant qui vous emplâtre le cœur et intoxique l’esprit. C’est l’ennemi, quoi ! Et un ennemi qui s’insinue partout. Ne voyez-vous donc pas, braves gens, que toute notre société est dominée par cette infâme « dictature des bons sentiments » ? Que les rapports humains sont guidés par eux ? Que partout règnent en hideuses maîtresses, la solidarité, la fraternité et la – berk ! – générosité ?
Alors, suivant les pas glorieux de Sarkonaparte, instaurons illico la démocratie des vilains sentiments !
lundi 1 juin 2009
Ces policiers qui "chauffent" les manifs
(Le canard Enchainé, 6 mai 2009)
Fin de manif du 1er mai. Il est un peu plus de 20 heures, place de
la Bastille à Paris. A gauche de l'Opéra, un groupe de jeunes punks
zone sur les marches. Des gendarmes mobiles ont pour consigne de les
déloger, afin d'éviter les embrasements de fin de cortège. Soudain, une
demi-douzaine d'encapuchonnés, baskets aux pieds, crânes rasés et
bardés d'autocollants " Casse-toi pauv'con " ou " Rêve générale ",
volent au secours de leurs camarades zonards.
Certains ont le visage masqué. Ils invectivent les gendarmes, les
provoquent, prennent le reste de la foule à témoin... La tension monte,
des projectiles volent. Forcément, ni une ni deux, les bleus embarquent
tout ce beau monde, comme pris dans une souricière. Tout, sauf la
demi-douzaine de provocateurs qui réussissent à s'évaporer. Et pour
cause : ils sont de la maison poulaga...
Casseurs anticasseurs
Une heure plus tôt, une trentaine de ces "chauffeurs" de manifs
sortaient, deux par deux, de fourgons de police stationnés boulevards
Richard-Lenoir, comme en témoignent des photographies dont "Le Canard"
dispose.
La préfecture de police ne nie pas leur existence. Difficile : de
mémoire de manifestants, il y a toujours eu des flics en civil dans les
cortèges. Et toujours, également, des " pousse-au-délit ". Mais, cette
fois, ils ont été pistés depuis leur car jusqu'à leurs exploits sur le
terrain. Ces faux manifestants font partie d'une " compagnie de
sécurisation ". Elle a été créée, officiellement en 2005, par Sarko,
inventeur du " provoquer plus pour coffrer plus ", à l'issue des manifs
de lycéens opposés au projet de loi Fillon, alors ministre de
l'Education. Selon la préfecture, il s'agissait de " protéger les
manifestants " contre les provocateurs, les voleurs, les casseurs, etc.
Depuis, ladite "compagnie" a fait ses preuves dans toutes sortes de
manifs, au point qu'il est question d'en créer d'autres ailleurs en
France. Ses membres agissent en civil, sans signe distinctif
d'appartenance à la police, cherchant "le flag' ". Voire en le
provoquant, comme ce 1er Mai à Paris, puis en désignant aux " collègues
" les jeunes à interpeller. "C'est plus efficace pour la procédure
pénale ", confie au "Canard" un gradé à la Préfecture.
Heureusement, Sarko veille. Le 21 avril, depuis Nice, il a promis
une nouvelle loi pour - entre autres joyeusetés - faire la chasse aux "
cagoulé " dans les manifs et punir de 3 années de ballon la simple "
appartenance à une bande " Y compris les bandes de flics ?
Didier Hassoux, Le canard Enchainé, 6 mai 2009
Enfant juif caché pendant la guerre, il héberge un clandestin marocain
LYON (AFP) — "Son histoire, c'est la mienne qui se répète": depuis un an, Georges Gumpel, un septuagénaire juif qui a traversé la deuxième guerre mondiale caché dans des familles de résistants français, héberge à son tour un jeune sans-papiers marocain pour éviter son expulsion.
Alae-Eddine, 20 ans, est arrivée du Maroc à 14 ans, confié par ses parents à sa tante de nationalité française.
Arrêté et placé en centre de rétention peu après sa majorité, en 2007, il est libéré après une mobilisation du lycée professionnel de Bron, dans la banlieue de Lyon (centre-est), où il suivait une formation de plâtrier, et il finit son année scolaire, décrochant son diplôme.
En août 2008, la préfecture lui refuse le visa qu'il demande pour continuer ses études et il est à nouveau placé en centre de rétention.
Un juge le libère, avec assignation à résidence, mais sur les conseils du Réseau éducation sans frontières (RESF), un collectif qui lutte contre l'expulsion des enfants immigrés scolarisés en France, le jeune homme ne retourne pas chez sa tante.
"Ils m'ont prévenu que la police allait revenir très vite, et c'est ce qui s'est passé," explique Alae-Eddine.
Georges Gumpel, militant de l'Union juive française pour la paix et sympathisant de RESF, est appelé à la rescousse pour l'accueillir quelques jours.
"J'avais dit que j'étais disponible en cas de besoin mais je n'avais pas prévu d'héberger quelqu'un dans la durée. Finalement, cela se passe bien: c'est un peu comme si c'était mon petit-fils, nous avons une relation de confiance, nous partageons les repas quand il est là", raconte le bouillonnant retraité, ancien fleuriste de luxe.
"Georges m'a appris beaucoup de choses: on parle souvent de la Palestine, ou alors de la guerre, l'Allemagne, les Juifs. Je lui pose des questions, ça m'intéresse", dit en souriant son jeune hôte, confortablement installé dans le salon. "Il m'a aussi aidé à trouver un peu de travail au noir".
Alae-Eddine a vécu reclus, dans la peur de la police, les premières semaines. Puis il a repris une vie presque normale et retourne parfois chez sa tante. Mais la police est revenue plusieurs fois l'y chercher à l'aube, et il ne dort jamais sur place.
"Si je n'habitais pas chez Georges, je serais à la rue", lance le jeune homme, reconnaissant.
"Le drame c'est de se retrouver à devoir faire ça aujourd'hui à nouveau: protéger des enfants, des familles, des jeunes pourchassés par le gouvernement", déplore M. Gumpel.
"Le fichage des étrangers, les quotas d'arrestations, les prisons pour étrangers: les méthodes utilisée aujourd'hui contre les sans-papiers sont les mêmes que le gouvernement de Vichy utilisait contre les Juifs", s'emporte-t-il.
"Il n'y a pas de comparaison possible entre le nazisme et la politique de l'immigration française. Le sort des sans-papier après l'expulsion, ce n'est pas les camps de concentration ou d'extermination. Mais la démarche est un peu la même: évacuer des hommes, des femmes et des enfants considérés comme +en surnombre dans l'économie française+, dans une totale indifférence quant à leur sort une fois la frontière passée", estime M. Gumpel.
Une cérémonie de parrainage républicain a eu lieu samedi dans la mairie du premier arrondissement de Lyon. Georges est devenu officiellement le parrain de son protégé, et la sénatrice socialiste Christiane Demontès sa marraine.
Le cas du jeune Alae-Eddine doit être examiné mardi par le tribunal administratif de Lyon.
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vendredi 29 mai 2009
Jouer avec les inquiétudes des citoyens
28 mai 2009 – Blog de Delphine Batho (PS)
Quel terrible aveu d'échec ! En écoutant le président de la République dresser le constat du durcissement des violences, il y avait de quoi se demander qui est en charge de la sécurité des Français depuis déjà 7 ans...
Le Président de la République fait preuve d'une malhonnêteté incroyable en prétendant que l'insécurité connaitrait une "évolution défavorable" depuis... deux mois, comme si la présence d'armes dans certains quartiers, les intrusions dans les établissements scolaires, les phénomènes de bandes étaient une découverte récente. La ministre de l'Intérieur appréciera.
Quant aux mesures annoncées par le chef de l'Etat, on connait la technique : c'est celle des annonces en rafale destinées à saturer les médias.
Certes, il faut noter un mea culpa sur l'absence totale de politique de prévention. Pour le reste, il s'agit de la reprise des précédentes annonces du 18 mars (Gagny), 24 mars (Saint-Quentin), et 21 avril dernier (Nice).
Hélas, les Français savent que ce genre d'annonce sont le plus souvent sans lendemain.
Ainsi, la "reconquête prioritaire" de 25 quartiers annoncée aujourd'hui correspond, mot pour mot, au discours prononcé le 14 janvier 2004, par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui annonçait alors que "l'Etat de droit" serait rapidement restauré dans "23 quartiers prioritaires",... dispositif dont on attend encore les résultats.
Concernant les violences scolaires, plutôt que de miser exclusivement sur des dispositifs technologiques coûteux dont l'efficacité est loin d'être démontrée, le gouvernement ferait mieux de créer un nouveau corps de surveillants chargés de l'encadrement et de la sécurité dans les établissements scolaires les plus exposés aux violences. Rappelons que le taux d'encadrement des élèves a été divisé par deux depuis les années 70 et que 24300 postes de surveillants ont été supprimés depuis 2003.
Il est regrettable qu'à aucun moment le président de la République ne se demande pourquoi les mêmes mesures et les mêmes proclamations de fermeté depuis des années ne marchent pas sur le terrain.
Nicolas Sarkozy n'a pas compris que face à la violence, les Français n'attendent plus des discours mais des actes. Mais sans doute l'effet recherché n'est pas celui de l'efficacité contre l'insécurité, mais seulement de jouer avec les inquiétudes des citoyens.

jeudi 30 avril 2009
Souricière
Siné Hebdo du mercredi 29 avril 2009 – l’Edito de Théophile Hazebrouck
Dix neuf mars, place de la Nation, 4 avril à Strasbourg, 20 avril place de la Chapelle à Paris… les débordements de fin de manif se multiplient ces derniers temps. Et ce n’est pas un hasard…
Dans chacun des cas, la même tactique est mise en œuvre. Les forces de l’ordre commencent par bloquer toute possibilité d’évacuation pour les manifestants, et il n’y a plus ensuite qu’à concentrer le cercle, ou refermer l’étau. La tension monte inévitablement, les premiers coups de tonfas répondent aux provocations des agents infiltrés, voire des CRS eux-mêmes, comme le montre une vidéo visible sur la toile, et c’est l’explosion. Manœuvre bien rôdée qui se solde par des centaines d’arrestations (suivies d’un fichage en règle).
Notre cher président n’a plus alors qu’à adopter sa mine consternée, tancer les « irresponsables » et les « casseurs » appuyé en cela par une partie de l’opposition (!), effrayée par cette « violence ». Formidable occasion pour lui de ré endosser son costume préféré, celui de super-flic, et de légiférer de nouveau sur la sécurité en agitant ses petits bras. La loi anti-bande sera la dix-huitième sur ce thème !
La démonstration de leur inutilité n’est plus à faire, mais qu’importe, ça rassure les gogos. Et ça a surtout le mérite de détourner l’attention de la gestion de la crise, de son plan de relance voué à l’échec, et des séquestrations de patrons qui, elles, font preuve de leur efficacité. A un gros mois des prochaines élections, c’est toujours bon à prendre.
La répression féroce qui s’abat sur la contestation sociale est le symptôme d’un pouvoir aux abois. Il sait que sa pérennisation des inégalités le met en danger. Attention, le 1er mai, à ne pas tomber dans la souricière !

Siné Hebdo 29/04/09

