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dimanche 22 novembre 2009

Poésie - Le tour du monde en 80 poèmes d'Yvon Le Men

Ouest-France 20 Novembre 2009

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Yvon Le Men a tenu une chronique hebdomadaire dans ces colonnes. Il en a tiré un livre.

Yvon Le Men leur dédie le livre. À celles et ceux qui, chaque samedi, dans Ouest-France, de 2007 à 2009, furent les premiers à entreprendre avec lui « Le tour du monde en 80 poèmes ».

Sa chronique hebdomadaire est devenue un bel ouvrage de 335 pages. Une anthologie de 80 poèmes choisis et commentés par Yvon Le Men, lui-même poète, bien connu dans l'Ouest où, sans cesse depuis vingt ans, il va à la rencontre des amoureux de la poésie. Que ce soit dans les écoles, les salles de spectacle, les quartiers ou encore au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo dont il est l'un des programmateurs, et bien sûr, à Lannion, dans son Trégor natal où il invite des poètes du monde entier.

Un véritable projet d'humanité

Cette semaine, il était au siège de notre journal où nous avons pu apprécier, à la fois, son ouverture au monde, son amour de la langue française et son regard tendre, chaleureux, aiguisé et amusé sur l'actualité.

À l'écouter, à le lire, on se dit que nous avons vraiment « besoin de poèmes », titre d'un autre de ses livres. Comme si dans les mots, dans les vers troussés par les poètes d'ici et d'ailleurs, se dessinait un véritable projet d'humanité, au moins aussi important que celui porté par les politiques ou les sciences.

Le tour du monde en 80 poèmes, tiré à 3 000 exemplaires par son éditeur, témoigne du renouveau de la poésie en France. Longtemps dédaignée, elle connaît un regain d'intérêt. Dans les maisons de la poésie, médiathèques, théâtres et même dans des cafés, des spectateurs, souvent jeunes, se pressent pour venir l'écouter. « Elle ouvre notre esprit vers d'autres pensées », se réjouit un lecteur qui nous disait attendre la parution des poèmes du samedi dans un livre.

Voilà qui est fait. Bonne lecture. Bon voyage

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mardi 17 novembre 2009

La valse des gentillesses à l’UMP - Yves Jégo règle ses comptes avec François Fillon

NOUVELOBS. | 15.11.2009 | 11:22

Dans un livre à paraître, l'ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, évincé du gouvernement après la crise aux Antilles, tacle le Premier ministre qu'il affirme l'avoir "viré comme un malpropre".

Yves Jégo, ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer évincé du gouvernement après la crise aux Antilles, règle ses comptes, notamment avec François Fillon, dans "15 mois et 5 jours entre faux gentils et vrais méchants" (Grasset) qui paraîtra le 18 novembre.

"Sarkozyste avant tout", nommé en mars 2008, il apprend par téléphone le 23 juin dernier à "19H41" qu'il ne fait plus partie du gouvernement, quelques minutes seulement avant l'annonce officielle du remaniement.
"Ce limogeage sans préavis est une vraie surprise, un coup de tonnerre car rien n'avait filtré", écrit-il, soulignant : "le Premier ministre que j'ai

pendant 15 mois n'a pris la peine ni de me recevoir ni de m'appeler".servi loyalement

Amer, "viré comme un malpropre", Yves Jégo qui a eu à affronter la crise sociale des Antilles, ajoute : "Jamais il ne m'a reçu pour faire le point sur l'avancée des dossiers dont j'avais la charge. En y pensant, je n'ai même jamais eu de feuille de route ni de lettre de mission".

L'ancien secrétaire d'Etat estime que François Fillon "se construit habilement une image de victime

d'homme qui souffre" et que "contrairement à l'image qu'il donne, il se protège plus que de raison".quasi christique,

Yves Jégo, qui a fait "plus de 500.000 km" durant ces 15 mois, a mené la réforme de l'administration centrale de l'Outre-mer, celle des "retraites cocotiers" et a dû gérer l'éruption en Guadeloupe. "J'assume mes responsabilités, mais ce n'est jamais très agréable de se retrouver sur le champ de bataille en pleine crise, de se retourner et de s'apercevoir qu'on est tout seul", écrit-il.

Il tacle les représentants du patronat de Guadeloupe qui demandaient d'abord le rétablissement de l'ordre public. "Le patronat a joué une tactique très fine. Auprès de l'Elysée, je me suis fait littéralement scalper, sur le thème: Jégo n'assure pas la sécurité des patrons".

"Le leader c'est Elie Domota"

Selon lui, "le leader, la clé, c'est Elie Domota", leader du syndicat guadeloupéen LKP, qu'il a rencontré secrètement de nuit, mais qui a "sans cesse présenté une vision caricaturale de la Guadeloupe".

Yves Jégo évoque aussi une Guadeloupe "plus souterraine où les alliances pouvaient se révéler étonnantes", citant Lucette Michaux-Chevry, grande figure de la droite chiraquienne locale et mère de celle qui lui a succédé (Marie-Luce Penchard), "qui se vante d'avoir reçu Elie Domota chez elle".

De son brusque rappel à Paris en pleine crise antillaise par le Premier ministre, il dit :"ni engueulade, ni explication, rien. Du Fillon chimiquement pur"

Yves Jégo règle ses comptes avec François Fillon

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dimanche 15 novembre 2009

Michel Serres : le philosophe et la crise

Challenges 13 Novembre 2009-

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Challengesr a rencontré le philosophe chez lui, à Vincennes, avant qu'il ne parte pour l'université de Stanford aux Etats-Unis, où Michel Serres enseigne l'histoire des sciences.

LORSQUE les fondamentaux vacillent, la société cherche du sens. Sollicité de toute part depuis la chute de Lehman Brothers, le philosophe et académicien de 79 ans Michel Serres répond à cette quête par un ouvrage intitulé "Temps de crise" (1) dans lequel il dissèque le monde contemporain et le phénomène de crise.

Avant de partir pour l'université américaine de Stanford où l'ancien officier de la Marine nationale enseigne l'histoire des sciences depuis 1984, Michel Serres ouvre les portes de sa maison de banlieue parisienne, comme un vieux sage que l'on vient consulter.

L'homme reçoit en chaussons douillets, vêtu d'une veste de cuir le temps d'aller jusqu'au portail. Sur la table, une bible ouverte sur une page de l'Ancien Testament. Lecture pieuse pour l'auteur d'"Auguste Comte, leçon de philosophie positive". "Non ce n'est pas moi qui la lit, c'est ma femme".

L'œil pétillant et surligné par un sourcil blanc touffu, l'auteur de près de 50 ouvrages en quarante ans avoue avoir réfléchi à ce que révèle le séisme financier et boursier sans être économiste, ni spécialiste de la finance et sans s'autoriser des discours techniques sur la question.

Changer d'état

"Notre arme à nous, c'est de prendre un peu de recul. Lorsque l'on parle de crise, il faut vraiment savoir de quoi il s'agit". Et de saisir l'exemple médical pour analyser la situation. "Les médecins savent parfaitement que la guérison n'est jamais un retour en arrière et que la crise est une sorte de condition pour l'organisme humain de changer d'état", explique-t-il.

Le corps trouve alors son salut dans l'invention d'une autre voie et non dans le rétablissement. Si l'on applique cette approche à la société, l'idée de relance ou de reprise est une idée fausse. Le krach économique n'est donc qu'un signe avant-coureur d'un phénomène beaucoup plus vaste pour Michel Serres qui emprunte alors le vocabulaire sismographique et l'image de la tectonique des plaques pour faire comprendre la profondeur du bouleversement.

"L'économie n'est pas l'épicentre du séisme, mais il en est voisin". Tout en livrant une liste non exhaustive des transformations récentes de notre société: la disparition de l'agriculture, les évolutions en termes de santé et ses conséquences sur la démographie, la révolution des transports et des nouvelles technologies...

Autant de révolutions qui font que la condition humaine a évolué à un rythme accéléré depuis un demi-siècle alors que les institutions, elles, ont stagné. "Ce sont des dinosaures par rapport à la réalité de la condition humaine nouvelle".

Le philosophe ironise en prenant l'exemple de l'institution du mariage qui a changé de sens avec l'accroissement de l'espérance de vie. Se jurer fidélité pour, statistiquement, quelques années au début du siècle et 65 ans aujourd'hui, "est-ce le même mariage ?"

Pas de remèdes, ni de leçons

Une fois le constat dressé, l'heure est aux solutions. Mais le philosophe n'a pas de remèdes à proposer. Ce n'est pas son rôle.

Celui qui tente d'apporter une réponse fait de la morale. "Il fait la leçon. Je ne suis pas digne de donner des leçons à quiconque étant donné que j'ai du mal à m'en donner à moi-même".

Michel Serres s'amuse de tous ceux qui n'hésitent pas à prodiguer leurs conseils dans la presse. Il ne fait pas partie de ceux qui disent qu'il faut beaucoup de morale pour en sortir, ce n'est pas son travail. Si remède il y a, c'est bien de prendre conscience de manière lucide de l'état réel de la société, "une société structurée exclusivement par l'économie et le spectacle. C'est ça la cause de la décadence".

Ainsi limitée, elle va vers la mort, "c'est inévitable". Mais comment permettre cette prise de conscience lorsque l'on nomme des incompétents aux postes de vigie. "Je suis étonné de voir que pour des postes d'ambassade ou de représentant sur le climat ou autres, on envoie des politiques d'une médiocrité sensationnelle sur ces sujets là". L'auteur du" Contrat naturel" et de la "Guerre mondiale" (celle que mènent les hommes contre la planète) aimerait également que nos écologistes prennent des stages pour marier la science de l'écologie à son sens politique...

Comprendre le contemporain

Immortel depuis qu'il est entré à l'Académie française en 1990 au fauteuil numéro 18, celui d'Edgar Faure, Michel Serres se voit comme un "enthousiaste de la modernité". Son rôle? "Essayer de tenter de dire ce qui est vraiment contemporain" et dénoncer les archaïsmes d'une société qui parfois relève du pré-abrahamisme, tant elle se complait à "bouffer du cadavre et des morts à chaque repas devant son téléviseur".

"Pour faire du spectacle, il faut jouer sur deux passions humaines : la terreur et la pitié. C'est Aristote qui a dit ça". Nombreux sont ceux qui ont Aristote sur leur table de chevet.

par Marco Mosca, journaliste à Challenges.fr.

(1) Ed. Le Pommier

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Michel Serres et le "Temps des crises"

Challenges 13 Novembre 2009

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Extraits. Crise, Biogée, hominescence, amour... autant de concepts utilisés par le philosophe pour expliquer le séisme financier et boursier qui a bouleversé le monde.

Voici une sélection de cours extraits du "Temps des crises" de Michel Serres (Ed. Le Pommier).

Crise. "Ce dernier verbe tombe assez bien. Le mot crise vient du grec crinô qui, justement, signifie juger. Expliquer le sens d'un terme permet parfois d'éclaircir ce qu'il désigne. Exemple : un critique de théâtre raconte la pièce un peu, pas trop pour ne pas l'éventer, mais finit par la dire excellente ou mauvaise, bien ou mal mise en scène et jouée ; le critique de cinéma juge le film navet ou génial. En quelque façon, il installe un tribunal.

Bilan. "En quelques décennies se transformèrent radicalement : le rapport au monde et à la nature, les corps, leur souffrance, l'environnement, la mobilité des humains et des choses, l'espérance de vie, la décision de faire naître et parfois, de mourir, la démographie mondiale, l'habitat dans l'espace, la nature du lien dans les collectivités, le savoir et la puissance...(...)
L'importance d'un événement se mesure à la longueur de l'ère qu'il achève. Ici, les changements arrêtent ou finissent des périodes aussi longues que celle qui nous séparent du néolithique, voire de notre propre émergence, soit des dizaines de milliers ou même des millions d'années. Je vois lucidement la lèvre amont de la crevasse ; je ne suis pas certain d'apercevoir aussi clairement la lèvre aval"

.

Institutions. "Etrange et dangereuse chose, malgré ces transformations majeures, nos institutions : politiques, religieuses, militaires, universitaires, hospitalières, financières, entrepreneuriales... continuèrent à peu près comme si rien ne se passait ".

Hypothèse. "Et si la crise actuelle sonnait à son tour, l'achèvement de ce règne excessif de l'économie ? Après Jupiter et Mars, Quirinus quitterait-il le trône ? Mourrait-il d'avoir dirigé, de régler encore une exploitation du monde mortelle pour lui ? D'organiser un travail dont la plupart des actes l'épuisent ?

D'avoir séparé les humains en des classes telles que le renversement de la puissance cité tantôt pourrait être dû à ce fait, tout humain, qu'une guerre menée autour d'une technique, protectrice des vies qui l'activent, sera toujours perdue contre une faiblesse nombreuse qui ne comptent pas ses pertes en vies ?

Autrement dit, à ce fait que la démographie des misérables l'emportera sur la puissance thermonucléaire, mais que cette victoire pourra, de même sonner la fin de la planète ?"

Biogée. "Qui donc aura l'audace de fonder, non plus des institutions internationales, où ces jeux à deux, vainement perpétués, restent ou aveugles ou dommageables au Monde, mais une institution à la lettre mondiale, où la Biogée, enfin représentée, aurait enfin la parole ? (...) S'y réuniraient, non point les députés des nations, comme toujours, mais les représentants directs de l'eau, de l'air, du feu, de la terre et des vivants, bref de cette Biogée, ainsi nommée pour dire la Vie et la Terre".

Monde. "Je hasarde l'hypothèse que notre culture et notre histoire occidentales naquirent, peu à peu, de tenir de moins en moins compte du Monde. Nous passions notre vie, nous consacrions nos pensées à quitter la Biogée. Même nos sciences, en l'objectivant, la placent à distance. Toutes les cultures tiennent compte du Monde, sauf, sans doute, la nôtre, qui substitua, par exemple, au droit naturel ancien un droit naturel moderne, fondé exclusivement sur une prétendue nature humaine. (...) La crise actuelle vient de ce que meurent nos cultures et nos politiques sans monde. Se termine une ère immense de notre histoire ; mieux, commence notre temps d'hominescence".

Amour. "Aux tenants du réalisme en politique, ce mot d'Amour va paraître un peu bien utopique et gnangnan. Féminin même, peut-être ! Et pourtant, aujourd'hui, la douceur qu'il implique ne signifie pas seulement tendresse, mansuétude et paix, mais définit aussi un ensemble de savoirs, de technologies et de pratiques dont l'importance prend vite le pas sur les techniques dures que nous utilisons, dont nous célébrons la louange, mais qui détruisent notre habitat depuis au moins la révolution industrielle et au plus l'âge de pierre.

Douces les trois révolutions de l'écriture, de l'imprimerie et de l'ordinateur ont bouleversé l'histoire, les conduites, les institutions et le pouvoir dans nos sociétés, de manière beaucoup plus fondamentale que les changements durs, ceux des techniques du travail, par exemple. (...) Là aussi, une sorte de paléolithique se termine. Bifurcation imprévisible d'aujourd'hui : fin du dur, début du doux".

Michel Serres et le "Temps des crises"   

Ainsi le mot crise laisse voir son origine juridique. Il s'agit, là, d'une décision prise par un jury et par son président. Latine, quant à elle, dé-cision veut dire couper en deux, comme avec des ciseaux. Oui ou non, doit-on juger le prévenu coupable ou innocent ? A la fin du procès, l'on tranche. Le cou, naguère. Le critique décide en partie, et parfois, du succès ou de la chute d'une réputation. (...)

Passée, mais de façon décisive pour ce qui nous occupe, au lexique médical, la crise y décrit l'état d'un organisme confronté à la croissance d'une maladie, (...) jusqu'à un pic local et catastrophique qui le met tout entier en danger. (...) La crise lance le corps ou vers la mort ou vers une nouveauté qu'elle le force à inventer.

Soit dit en passant, voilà l'un des secrets magnifiques de la vie : la possibilité de créer, de toutes pièces et de soi-même, une toute autre organisation de l'organisme ! Elle peut inventer une nouvelle existence ! Ne le pourrions-nous pas, nous aussi?"

jeudi 12 novembre 2009

Querelle mémorielle - L’affaire Guy Môquet

LE MONDE | 03.11.09 | 15h46

" L'Affaire Guy Môquet.

Enquête sur une mystification officielle ", de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre : malaise dans la commémoration

En janvier 1946, la station de métro Marcadet-Balagny change de nom pour célébrer la mémoire de Guy Môquet, plus jeune des prisonniers fusillés au camp de Châteaubriant le 22 octobre 1941. Mort à 17 ans, le jeune homme devient l'emblème de l'engagement communiste dans la Résistance. Et c'est sans doute à ce titre que, le 16 mai 2007, Nicolas Sarkozy annonce que la dernière lettre adressée par le jeune homme à ses parents sera lue dans les collèges et lycées à la date anniversaire de son martyre

La querelle mémorielle qui suivit - à l'instar de Jaurès, Môquet n'était-il pas ainsi "récupéré" par la droite ? - n'a cependant pas suscité alors de vraie réflexion historienne.

Et l'ultime missive composée à l'heure de l'exécution, lue dans les vestiaires du XV de France à l'heure d'une demi-finale mondiale contre les Anglais - par un bien curieux transfert... - n'a fait que paralyser des rugbymen appelés à revivre la mise à mort.

C'est dire si L'Affaire Guy Môquet, de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, vient à point rétablir un questionnement scientifique sur un épisode gagné par la légende.

S'en tenant aux seules archives, reprenant tous les documents accessibles, publics comme privés, les deux historiens qui ont déjà fortement dérangé la vision officielle de l'histoire du PCF durant la guerre (Le Sang des communistes, Fayard, 2004 ; Liquider les traîtres, Laffont, 2007) épinglent le manque de rigueur de leurs aînés, peu soucieux de démonter le mythe qui s'est emparé d'un activiste en herbe, clandestin sinon résistant, pour en faire un héros national, icône sanctifiée dont le sang versé lavait les taches d'un Parti communiste qui peinait à effacer à l'été 1941 sa compromission avec le pouvoir nazi.

Le double mécanisme de la manipulation de 1941 comme de 2007 ainsi implacablement démonté, le citoyen doit féliciter les deux historiens de préférer leur métier à la légende : "Si l'on s'était donné la peine de rendre à l'histoire sa complexité, de ne pas violer les temporalités, de bannir tout anachronisme et surtout d'aller voir de près les faits, cette commémoration n'aurait peut-être pas été aberrante.

On a cru commémorer la Résistance en honorant un jeune homme qui, loin de combattre l'occupant, a distribué des journaux qui véhiculaient des propos et des valeurs aux antipodes de la liberté, de la démocratie, du patriotisme qu'on a voulu célébrer en 2007."


L'AFFAIRE GUY MÔQUET. ENQUÊTE SUR UNE MYSTIFICATION OFFICIELLE de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre. Larousse, "A rebours", 160 p., 12 euros.

Philippe-Jean Catinchi

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mercredi 4 novembre 2009

L’art de l’esquive - "Une histoire de la langue de bois",

LE MONDE | 23.10.09

La politique est une inlassable guerre des mots : on botte en touche, on cache "en feignant de montrer", on omet en donnant l'illusion de s'engager. Cette manière si particulière de manipuler la langue, d'enfiler néologismes et mots chocs, généralisations hâtives, tautologies et euphémismes, porte un nom : la langue de bois.

En Russe, on dit "langue de chêne", "langue de béton" en allemand et "langue de plomb" en chinois. Elle existe donc sous toutes les latitudes comme une forme incontournable de la parole publique, sous les régimes totalitaires comme en démocratie. Elle remonte, nous assure Christian Delporte, universitaire spécialiste des médias, à la Révolution française, cette période où s'est forgée une nouvelle langue politique et où l'opinion publique, pour la première fois, a été perçue "comme un enjeu politique".

La Révolution française, note-t-il, a même inventé les "petites phrases". La plus célèbre d'entre elles a été prononcée par Danton en 1792 : "De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace..." "Terme chéri de la langue de bois contemporaine, ironise Christian Delporte, le mot "audace" entame alors une longue carrière politique."

D'autres mots connaîtront des fortunes diverses. Mots guerriers de la langue de bois patriotique sous la IIIe République, mots magiques du catéchisme socialiste, glaciation de la "sovietlangue", véritable machine "à recomposer le réel", plus près de nous "raffarinades" et "sarkolangue", ce mélange de "parler jeune" et de "parler cru", censé donner l'illusion d'un "parler vrai", qui est la marque de Nicolas Sarkozy.

Dans cette recension minutieuse, formidablement documentée, qui permet au lecteur de se replonger avec délice dans les moments cultes de l'ORTF et des campagnes électorales - Ah ! "les forces de progrès" de François Mitterrand en 1981 ! -, chacun en prend pour son grade.

Christian Delporte fait un sort particulier à Jean-Marie Le Pen, au vocabulaire soigneusement codifié et aux dérapages toujours contrôlés, à Georges Marchais qui, au début des années 1980, jette les derniers feux d'une encore très pure "sovietlangue", ou encore Jack Lang, qui manie avec brio "la langue de bois très particulière de l'émerveillement perpétuel".

La palme revient toutefois à Jean-François Copé, pris en flagrant délit sur le CPE, à la télévision, en avril 2006, alors qu'il est là pour vendre un livre au titre ambitieux : Promis, j'arrête la langue de bois.


UNE HISTOIRE DE LA LANGUE DE BOIS de Christian Delporte. Flammarion, 352 p., 21 €.

Christine Garin

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lundi 2 novembre 2009

CNCCFP - L'argent des politiques agace

Ouest-France 28 octobre 2009

CNCCFP. Retenez bien ce sigle : Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Il en est beaucoup question dans le livre « L’argent des politiques » (Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, chez Albin Michel). Pour dire qu’elle n’a aucun pouvoir.

C’est aussi l’avis de plusieurs de ses membres, dont Philippe Séguin, depuis que Rachida Dati et Christine Albanel lui ont adressé des documents qui minimisent considérablement leur fortune.

Les pouvoirs de la CNCCFP sont si limités que les élus peuvent déclarer à peu près ce qu’ils veulent. Pourtant, il y en aurait des choses à vérifier…

9782226192967m

Pourquoi les hommes politiques, en France, sont-ils aussi mal à l’aise en face de l’argent ? Ont-ils des raisons d’avoir mauvaise conscience ? Y a t-il un poids de l’histoire qui explique cette méfiance proche d’une certaine paranoïa ?
Christophe Dubois, journaliste sur TF1, et Marie-Christine Tabet, journaliste au Journal du Dimanche, ont enquêté sur ce sujet qui reste, étrangement, tabou. Ils ont interrogé une centaine d’élus et de membres de cabinets ministériels et ont rencontré les hauts magistrats qui ont pour mission de veiller à l’application des textes, au demeurant nombreux. Du luxueux appartement de Jacques Chirac à la villa de Julien Dray, des amis fortunés de Ségolène Royal à ceux de Nicolas Sarkozy, des petits travers des uns aux grandes combines des autres, tous, ou presque entretiennent des rapports ambigus avec l’argent.
Alors peut-on parler de liaisons dangereuses ? Le financement des campagnes électorales reste, aujourd’hui encore, souvent aux frontières de l’illégalité, sans que celle-ci soit toujours sanctionnée. Et l’enrichissement de la classe politique est une réalité sur laquelle, par complaisance ou par familiarité sociale ou mondaine, les instances en charge du sujet ferment les yeux depuis vingt ans.
L’argent honteux, l’argent facile et l’argent sale.
Un document choc, ni moralisateur, ni complaisant.

dimanche 18 octobre 2009

L’éternité est inutile de Pierre-Autin-Grenier

Recueil de récits de Pierre-Autin-Grenier

Prix Grand Chosier 2003 Editions l’Arpenteur 12,50 €

« Au cours de la longue évolution de l’espèce ayant abouti à l’être humain, souvent j’en suis venu à me mordre les doigts de n’avoir su rester, en ce qui me concerne, à scolopendre ou coccinelle, modestement m’être arrêté à margoullat paressant au soleil du côté de Sokoto m’eût certainement suffi et sans doute autrement comblé que déboucher brutalement et sans préparation aucune sur la condition d’homme pour laquelle je n’ai jamais montré une très grande aptitude ni même le minimum de qualités requises, ce qui m’a longtemps laissé assez désorienté et, aujourd’hui encore, bien que cette drôle d’expérience approche pour moi le bout de l’impasse, j’en suis toujours à m’interroger sur la réelle nécessité qu’il y avait à me dresser sur les deux pattes de derrière et aller de la sorte des années durant parmi mes congénères plutôt que de demeurer tranquillement à croupetons au milieu des crapauds du bocage. »

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dimanche 11 octobre 2009

Les fabriques de clones '' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud

Téléobs  n° 2342 Septembre 09 

Les grandes écoles fabriquent des hommes et des femmes d’excellence, certes mais surtout des fantassins du système.

A la radio, comme dans la vie, la fraîcheur et la simplicité d’un témoignage nous en disent parfois bien plus que les gloses et réflexions les plus savantes. Y compris sur des questions aussi essentielles que la crise mondiale ou le mouvement des idées. Le 9 Septembre sur France Inter Patricia Martin invitait notre conseur Florence Noiville du « Monde », qui publie un précieux petit livre (1)  Cela était assez passionnant à entendre.

De quoi s’agissait-il ?

Du modelage idéologique des jeunes esprits « voire de leur formatage » dans ces prestigieuses écoles de commerce, censées former l’élite économique et financière de nos sociétés démocratiques. Florence Noiville dénonçait, en somme, cette idéologie invisible  qui préside à une certaine vision du monde et des rapports humains ; idéologie dont la récente crise financière a montré la – possible – capacité de nuisance. Le fait est que dans beaucoup de ces « business schools », répertoriées et classées internationalement parmi les meilleures,  on fabrique des hommes et des femmes d’excellence, mais dont le cerveau fonctionnera avec le même logiciel.

Les valeurs dont ils se trouveront porteurs en fin d’études seront celles de la performance, du calcul coût/bénéfice, de la pensée du nombre et de la finance. Ils deviendront ainsi, sans toujours s’en rendre compte, les fantassins du système, les serviteurs zélés de ce que l’économiste Jean-Paul Fitoussi appelait jadis « l’idéologie du monde ». Par cette expression, il désignait cette interprétation dogmatisée de la pensée libérale, laquelle nous a finalement conduits dans le mur. Pour prendre la vraie mesure de cette quasi – intoxication pédagogique, le parcours de Florence Noiville, tel qu’elle-même le retrace, est exemplaire.

La jeune femme, en effet, a effectué de brillantes études à HEC. Egalement diplômée de Sciences-Po, elle a obtenu une maîtrise de droit des affaires avant de commencer une carrière lucrative dans la finance. Un beau jour, pourtant, sans doute lassée du désert culturel dans lequel il lui semblait vivre, elle a brusquement plantée là les financiers et renoncée aux brillantes perspectives professionnelles qui s’offraient à elle. Cette rupture l’a finalement ramenée vers la culture et le journalisme littéraire,  métier qu’elle exerce désormais avec une jubilation aussi talentueuse que vivifiante. Elle parle enfin de tout ce qui lui manquait.

En écrivant ce petit livre, elle n’entendait pourtant pas cracher dans la soupe, ni diaboliser l’école dont elle reste diplômée. A la manière des repentis du communisme, des défroqués du cléricalisme ou des transfuges intrépides, elle voulait simplement montrer jusqu’où peut conduire une infiltration dogmatique insidieuse qui en arrive à tordre un enseignement dans le mauvais sens. La grille de valeurs que fournissent à leurs élèves ces grandes écoles de commerce, l’interprétation des finalités de l’entreprise qu’on leur inculque, tout cela mériterait d’être révisé, voire refondé de fond en comble.

Rien ne serait plus dangereux pour le système que de fabriquer indéfiniment des générations entières de clones performants  mais qui, à bien y regarder, n’ont plus qu’une calculette à la place du cerveau. Cette remarque de bon sens, dit-on, commence à s’imposer dans les cercles dirigeants. Il serait temps.

(1) Florence Noiville, « J’ai fait HEC et je m’en excuse » Stock 150 p.

Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières

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vendredi 11 septembre 2009

"Nos enfants sous haute surveillance", de Sylviane Giampino et Catherine Vidal : les enfants, futurs délinquants ?

LE MONDE | 09.09.09 |

Au nom de la prévention, nombre de scientifiques ...

Tests de dépistage précoces, grilles d'évaluation du comportement, protocoles de soins standardisés : depuis une vingtaine d'années, le regard que les adultes portent sur les enfants a changé. Au nom de la prévention, nombre de scientifiques et de professionnels de la petite enfance tentent désormais de dépister le plus tôt possible les enfants, voire les bébés, atteints de "troubles du comportement". Ils veulent éviter que ces tout-petits deviennent un jour des délinquants.

Cette approche est contestée par un livre stimulant rédigé par Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l'Institut Pasteur, et Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue.

La première est une spécialiste reconnue du cerveau, la seconde est à l'origine d'un appel, "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", lancé en 2006 après un rapport de l'Inserm préconisant le repérage des "perturbations du comportement" dès la crèche.

Toutes deux constatent - à regret - que, depuis les années 1980, le dépistage standardisé des "enfants à risques" est de plus en plus fréquent. En témoigne le succès de "Dominique interactif", un autoquestionnaire informatisé de vingt minutes qui classe les enfants en trois catégories, ou l'utilisation croissante, en maternelle, de questionnaires d'évaluation du comportement. Nés outre-Atlantique, ces outils simples à utiliser sont le plus souvent suivis de thérapies comportementales courtes.

Pour les auteures, ces dépistages systématiques sont absurdes. "Ce qui ne se mesure pas, c'est l'origine de la souffrance psychique, qui elle-même est l'outil de la fabrication des symptômes. Le symptôme n'est pourtant que la partie visible de l'iceberg, une protubérance à partir de laquelle, si on en reste là, on ne peut ni comprendre, ni traiter, ni prévenir le problème."

Non que les auteures soient hostiles au principe de la prévention. Mais elles plaident pour une démarche qui évite le ciblage des populations "à risques" : la présence d'un psychologue en maternité, l'ouverture d'un relais parents-enfants, l'intervention d'un médiateur familial. "Comment aider l'enfant ? En lui permettant, par la parole, le jeu, le mouvement, de renouer les échanges avec son monde interne, ses tiraillements et ses angoisses, ses inhibitions et ses impulsions. Pour les ventiler de paroles, de contacts affectifs et corporels, de créativité, de pédagogie libre."

NOS ENFANTS SOUS HAUTE SURVEILLANCE de Sylviane Giampino et Catherine Vidal, préface d'Axel Kahn. Albin Michel, 285 p., 17 €.

Anne Chemin

Posté par Cozett à 00:15 - Education - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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