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mercredi 4 novembre 2009

L’art de l’esquive - "Une histoire de la langue de bois",

LE MONDE | 23.10.09

La politique est une inlassable guerre des mots : on botte en touche, on cache "en feignant de montrer", on omet en donnant l'illusion de s'engager. Cette manière si particulière de manipuler la langue, d'enfiler néologismes et mots chocs, généralisations hâtives, tautologies et euphémismes, porte un nom : la langue de bois.

En Russe, on dit "langue de chêne", "langue de béton" en allemand et "langue de plomb" en chinois. Elle existe donc sous toutes les latitudes comme une forme incontournable de la parole publique, sous les régimes totalitaires comme en démocratie. Elle remonte, nous assure Christian Delporte, universitaire spécialiste des médias, à la Révolution française, cette période où s'est forgée une nouvelle langue politique et où l'opinion publique, pour la première fois, a été perçue "comme un enjeu politique".

La Révolution française, note-t-il, a même inventé les "petites phrases". La plus célèbre d'entre elles a été prononcée par Danton en 1792 : "De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace..." "Terme chéri de la langue de bois contemporaine, ironise Christian Delporte, le mot "audace" entame alors une longue carrière politique."

D'autres mots connaîtront des fortunes diverses. Mots guerriers de la langue de bois patriotique sous la IIIe République, mots magiques du catéchisme socialiste, glaciation de la "sovietlangue", véritable machine "à recomposer le réel", plus près de nous "raffarinades" et "sarkolangue", ce mélange de "parler jeune" et de "parler cru", censé donner l'illusion d'un "parler vrai", qui est la marque de Nicolas Sarkozy.

Dans cette recension minutieuse, formidablement documentée, qui permet au lecteur de se replonger avec délice dans les moments cultes de l'ORTF et des campagnes électorales - Ah ! "les forces de progrès" de François Mitterrand en 1981 ! -, chacun en prend pour son grade.

Christian Delporte fait un sort particulier à Jean-Marie Le Pen, au vocabulaire soigneusement codifié et aux dérapages toujours contrôlés, à Georges Marchais qui, au début des années 1980, jette les derniers feux d'une encore très pure "sovietlangue", ou encore Jack Lang, qui manie avec brio "la langue de bois très particulière de l'émerveillement perpétuel".

La palme revient toutefois à Jean-François Copé, pris en flagrant délit sur le CPE, à la télévision, en avril 2006, alors qu'il est là pour vendre un livre au titre ambitieux : Promis, j'arrête la langue de bois.


UNE HISTOIRE DE LA LANGUE DE BOIS de Christian Delporte. Flammarion, 352 p., 21 €.

Christine Garin

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lundi 2 novembre 2009

CNCCFP - L'argent des politiques agace

Ouest-France 28 octobre 2009

CNCCFP. Retenez bien ce sigle : Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Il en est beaucoup question dans le livre « L’argent des politiques » (Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, chez Albin Michel). Pour dire qu’elle n’a aucun pouvoir.

C’est aussi l’avis de plusieurs de ses membres, dont Philippe Séguin, depuis que Rachida Dati et Christine Albanel lui ont adressé des documents qui minimisent considérablement leur fortune.

Les pouvoirs de la CNCCFP sont si limités que les élus peuvent déclarer à peu près ce qu’ils veulent. Pourtant, il y en aurait des choses à vérifier…

9782226192967m

Pourquoi les hommes politiques, en France, sont-ils aussi mal à l’aise en face de l’argent ? Ont-ils des raisons d’avoir mauvaise conscience ? Y a t-il un poids de l’histoire qui explique cette méfiance proche d’une certaine paranoïa ?
Christophe Dubois, journaliste sur TF1, et Marie-Christine Tabet, journaliste au Journal du Dimanche, ont enquêté sur ce sujet qui reste, étrangement, tabou. Ils ont interrogé une centaine d’élus et de membres de cabinets ministériels et ont rencontré les hauts magistrats qui ont pour mission de veiller à l’application des textes, au demeurant nombreux. Du luxueux appartement de Jacques Chirac à la villa de Julien Dray, des amis fortunés de Ségolène Royal à ceux de Nicolas Sarkozy, des petits travers des uns aux grandes combines des autres, tous, ou presque entretiennent des rapports ambigus avec l’argent.
Alors peut-on parler de liaisons dangereuses ? Le financement des campagnes électorales reste, aujourd’hui encore, souvent aux frontières de l’illégalité, sans que celle-ci soit toujours sanctionnée. Et l’enrichissement de la classe politique est une réalité sur laquelle, par complaisance ou par familiarité sociale ou mondaine, les instances en charge du sujet ferment les yeux depuis vingt ans.
L’argent honteux, l’argent facile et l’argent sale.
Un document choc, ni moralisateur, ni complaisant.

dimanche 18 octobre 2009

L’éternité est inutile de Pierre-Autin-Grenier

Recueil de récits de Pierre-Autin-Grenier

Prix Grand Chosier 2003 Editions l’Arpenteur 12,50 €

« Au cours de la longue évolution de l’espèce ayant abouti à l’être humain, souvent j’en suis venu à me mordre les doigts de n’avoir su rester, en ce qui me concerne, à scolopendre ou coccinelle, modestement m’être arrêté à margoullat paressant au soleil du côté de Sokoto m’eût certainement suffi et sans doute autrement comblé que déboucher brutalement et sans préparation aucune sur la condition d’homme pour laquelle je n’ai jamais montré une très grande aptitude ni même le minimum de qualités requises, ce qui m’a longtemps laissé assez désorienté et, aujourd’hui encore, bien que cette drôle d’expérience approche pour moi le bout de l’impasse, j’en suis toujours à m’interroger sur la réelle nécessité qu’il y avait à me dresser sur les deux pattes de derrière et aller de la sorte des années durant parmi mes congénères plutôt que de demeurer tranquillement à croupetons au milieu des crapauds du bocage. »

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dimanche 11 octobre 2009

Les fabriques de clones '' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud

Téléobs  n° 2342 Septembre 09 

Les grandes écoles fabriquent des hommes et des femmes d’excellence, certes mais surtout des fantassins du système.

A la radio, comme dans la vie, la fraîcheur et la simplicité d’un témoignage nous en disent parfois bien plus que les gloses et réflexions les plus savantes. Y compris sur des questions aussi essentielles que la crise mondiale ou le mouvement des idées. Le 9 Septembre sur France Inter Patricia Martin invitait notre conseur Florence Noiville du « Monde », qui publie un précieux petit livre (1)  Cela était assez passionnant à entendre.

De quoi s’agissait-il ?

Du modelage idéologique des jeunes esprits « voire de leur formatage » dans ces prestigieuses écoles de commerce, censées former l’élite économique et financière de nos sociétés démocratiques. Florence Noiville dénonçait, en somme, cette idéologie invisible  qui préside à une certaine vision du monde et des rapports humains ; idéologie dont la récente crise financière a montré la – possible – capacité de nuisance. Le fait est que dans beaucoup de ces « business schools », répertoriées et classées internationalement parmi les meilleures,  on fabrique des hommes et des femmes d’excellence, mais dont le cerveau fonctionnera avec le même logiciel.

Les valeurs dont ils se trouveront porteurs en fin d’études seront celles de la performance, du calcul coût/bénéfice, de la pensée du nombre et de la finance. Ils deviendront ainsi, sans toujours s’en rendre compte, les fantassins du système, les serviteurs zélés de ce que l’économiste Jean-Paul Fitoussi appelait jadis « l’idéologie du monde ». Par cette expression, il désignait cette interprétation dogmatisée de la pensée libérale, laquelle nous a finalement conduits dans le mur. Pour prendre la vraie mesure de cette quasi – intoxication pédagogique, le parcours de Florence Noiville, tel qu’elle-même le retrace, est exemplaire.

La jeune femme, en effet, a effectué de brillantes études à HEC. Egalement diplômée de Sciences-Po, elle a obtenu une maîtrise de droit des affaires avant de commencer une carrière lucrative dans la finance. Un beau jour, pourtant, sans doute lassée du désert culturel dans lequel il lui semblait vivre, elle a brusquement plantée là les financiers et renoncée aux brillantes perspectives professionnelles qui s’offraient à elle. Cette rupture l’a finalement ramenée vers la culture et le journalisme littéraire,  métier qu’elle exerce désormais avec une jubilation aussi talentueuse que vivifiante. Elle parle enfin de tout ce qui lui manquait.

En écrivant ce petit livre, elle n’entendait pourtant pas cracher dans la soupe, ni diaboliser l’école dont elle reste diplômée. A la manière des repentis du communisme, des défroqués du cléricalisme ou des transfuges intrépides, elle voulait simplement montrer jusqu’où peut conduire une infiltration dogmatique insidieuse qui en arrive à tordre un enseignement dans le mauvais sens. La grille de valeurs que fournissent à leurs élèves ces grandes écoles de commerce, l’interprétation des finalités de l’entreprise qu’on leur inculque, tout cela mériterait d’être révisé, voire refondé de fond en comble.

Rien ne serait plus dangereux pour le système que de fabriquer indéfiniment des générations entières de clones performants  mais qui, à bien y regarder, n’ont plus qu’une calculette à la place du cerveau. Cette remarque de bon sens, dit-on, commence à s’imposer dans les cercles dirigeants. Il serait temps.

(1) Florence Noiville, « J’ai fait HEC et je m’en excuse » Stock 150 p.

Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières

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vendredi 11 septembre 2009

"Nos enfants sous haute surveillance", de Sylviane Giampino et Catherine Vidal : les enfants, futurs délinquants ?

LE MONDE | 09.09.09 |

Au nom de la prévention, nombre de scientifiques ...

Tests de dépistage précoces, grilles d'évaluation du comportement, protocoles de soins standardisés : depuis une vingtaine d'années, le regard que les adultes portent sur les enfants a changé. Au nom de la prévention, nombre de scientifiques et de professionnels de la petite enfance tentent désormais de dépister le plus tôt possible les enfants, voire les bébés, atteints de "troubles du comportement". Ils veulent éviter que ces tout-petits deviennent un jour des délinquants.

Cette approche est contestée par un livre stimulant rédigé par Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l'Institut Pasteur, et Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue.

La première est une spécialiste reconnue du cerveau, la seconde est à l'origine d'un appel, "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", lancé en 2006 après un rapport de l'Inserm préconisant le repérage des "perturbations du comportement" dès la crèche.

Toutes deux constatent - à regret - que, depuis les années 1980, le dépistage standardisé des "enfants à risques" est de plus en plus fréquent. En témoigne le succès de "Dominique interactif", un autoquestionnaire informatisé de vingt minutes qui classe les enfants en trois catégories, ou l'utilisation croissante, en maternelle, de questionnaires d'évaluation du comportement. Nés outre-Atlantique, ces outils simples à utiliser sont le plus souvent suivis de thérapies comportementales courtes.

Pour les auteures, ces dépistages systématiques sont absurdes. "Ce qui ne se mesure pas, c'est l'origine de la souffrance psychique, qui elle-même est l'outil de la fabrication des symptômes. Le symptôme n'est pourtant que la partie visible de l'iceberg, une protubérance à partir de laquelle, si on en reste là, on ne peut ni comprendre, ni traiter, ni prévenir le problème."

Non que les auteures soient hostiles au principe de la prévention. Mais elles plaident pour une démarche qui évite le ciblage des populations "à risques" : la présence d'un psychologue en maternité, l'ouverture d'un relais parents-enfants, l'intervention d'un médiateur familial. "Comment aider l'enfant ? En lui permettant, par la parole, le jeu, le mouvement, de renouer les échanges avec son monde interne, ses tiraillements et ses angoisses, ses inhibitions et ses impulsions. Pour les ventiler de paroles, de contacts affectifs et corporels, de créativité, de pédagogie libre."

NOS ENFANTS SOUS HAUTE SURVEILLANCE de Sylviane Giampino et Catherine Vidal, préface d'Axel Kahn. Albin Michel, 285 p., 17 €.

Anne Chemin

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jeudi 10 septembre 2009

Dessin de Chaunu - PS : le livre qui éreinte Martine Aubry

Ouest-France jeudi 10 septembre 2009

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Selon les auteurs, la première secrétaire du PS aurait été élue, au congrès de Reims,

grâce au « bourrage des urnes ».

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jeudi 3 septembre 2009

" La justice ne juge plus, elle condamne " le constat d’un magistrat qui a démissionné de ses fonctions

LE MONDE | édition du 29.08.09

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Avocat, puis magistrat à  46 ans, ce magistrat a démissionné de ses fonctions et a pris le pseudonyme de Samuel Corto pour écrire " Parquet flottant" et publier son premier roman.

« La réforme de la justice s’annonce sur un mode explosif, voire révolutionnaire, car l’ambiguïté entre la soumission hiérarchique des magistrats du parquet et leur inédépendance statutaire affichée provoque un sentiment schizophrénique »

Il a 46 ans et a pris le pseudonyme de Samuel Corto pour publier un premier roman, Parquet flottant (Denoël, 190 p., 16 euros). Son héros, Etienne Lanos, est magistrat dans un tribunal de province. Confronté à une justice sclérosée et détournée de sa véritable fonction, il dresse un constat impitoyable de la situation.

Propos recueillis par Josyane Savigneau

Vous étiez avocat, vous êtes devenu magistrat. Pourquoi avoir quitté ces nouvelles fonctions ?

J'ai été avocat pendant plusieurs années. Ce métier, malgré toute l'imagerie dont il est chargé, souffre d'une insuffisance structurelle : on accompagne un client pendant des mois, on prépare son dossier, on le plaide, mais le point majeur du processus, c'est-à-dire celui de la décision, s'échappe vers le juge. Alors je suis devenu magistrat et j'ai renoncé. Pour écrire.

Votre livre est très dur pour la justice en France. Mais pourquoi un roman et pourquoi avoir pris un pseudonyme ?

Concernant le roman, nous savons tous que c'est un des lieux de la liberté et de l'imaginaire. Plus elle est fictionnelle, plus la réalité devient vraisemblable. Les autres voies, essais, pamphlets, témoignages s'épuisent dans leur esprit de sérieux. Le choix d'un pseudonyme découle de cette logique : c'est ludique et conforme à mon goût pour l'anonymat.

"Dans n'importe quel milieu adapté, les fous sont repérés et éliminés des champs de décision", écrivez-vous. Pas dans la justice ?

Même sortie de son contexte, la formule reste d'abord littéraire. Pour autant, je persiste à penser que dans la magistrature, notamment au parquet, il n'y a pas de reconditionnement des incontrôlables. Les histoires fictives que j'ai racontées dépeignent un univers professionnel dépourvu de centre, composé d'individus mobiles, incapables d'imposer la moindre empreinte personnelle sur leur travail. La justice a alors l'air de fonctionner sur la surenchère statistique et la récompense des plus serviles. Elle reste, comme beaucoup d'autres lieux de la société maintenant, un paradis pour les obsessionnels.

Dans ce parquet de province où est votre héros, on ne semble pas encore arrivé au XXe siècle...

Je ne suis pas sûr que le fait que l'histoire se déroule en province change beaucoup de choses. Ce mode de fonctionnement d'une justice qui ne juge plus mais qui condamne m'apparaît plutôt général. Je suis trop peu informé pour savoir si l'institution a, dans sa mentalité, fondamentalement changé depuis le XIXe siècle. J'en doute. Simplement, le refus d'être une caisse enregistreuse de condamnations est probablement l'un des moteurs de ce roman : Etienne Lanos prend conscience qu'il ne pourra rien réformer de l'intérieur et il choisit finalement de s'amuser de son désenchantement.

Lanos voit la justice comme "une triste convention, nourrie (...) d'outils légaux inadaptés". N'est-ce pas excessif ?

Parce qu'elle est romancée, une réalité deviendrait-elle soudainement excessive ? Mais votre question est légitime : le milieu judiciaire véhicule un propos d'impuissance sur les outils offerts par la loi, que tous les professionnels connaissent mais qui, émis depuis l'intérieur du système, est presque inaudible, incommunicable. Le roman, lui, délocalise ce propos et le met sur la table.

Votre narrateur estime qu'on a perdu "un pouvoir constitutif du parquet", l'opportunité des poursuites...

L'article 41-1 du code de procédure pénale donne au parquet la possibilité de filtrer les affaires qui lui sont soumises. Aujourd'hui, il semble que la poursuite domine et que le classement sans suite soit devenu presque une anomalie. Tout ce qu'on classait naguère, par régulation, considérant que c'était de peu d'importance, des injures entre voisins par exemple, est poursuivi, car il faut alimenter la machine à communiquer. Beaucoup de citoyens simplement fautifs sont donc transformés en délinquants.

Mais n'est-ce pas parce que les Français deviennent très procéduriers ?

Peut-être, mais cela concerne la justice civile. Dans la justice pénale, c'est le parquet qui a le choix des poursuites. Dans ce roman, j'ai choisi la justice comme terrain de jeu parce que c'est un milieu que je connais un peu. Mais je pense que les constats désabusés de mon personnage sont tout à fait transposables dans d'autres secteurs de la société, par exemple dans un hôpital ou un ministère.

Ce qui m'est apparu en écrivant ce livre, c'est peut-être que la conception paternelle de l'Etat-providence a vécu. On dirait que les pouvoirs publics se sont mis à détester les êtres humains, considérés désormais comme des facteurs de coûts exorbitants - malades, justiciables, élèves...

Pour ceux qui continuent à rattacher la justice à son sens cardinal de vertu, cela peut être troublant. En contrepartie, il n'est pas interdit de penser qu'il y a là, au fond, une demande collective à être maltraité, à laquelle les pouvoirs publics ne font que répondre par opportunité.

Etienne Lanos dénonce aussi les abus de la comparution immédiate...

On ne supporte plus la lenteur, même celle de la réflexion. Le mode expéditif de la comparution immédiate est devenu une vitrine valorisante de la réponse pénale. Le discours officiel continue par ailleurs de prêcher la "justice de qualité" et "l'égalité des armes dans le procès".

D'où vient ce désir d'afficher qu'on condamne beaucoup et vite ?

D'abord, je pense, de la communication politique. On rassure une population en évolution vers la peur. Le tout au coeur d'un espace médiatique qui s'en nourrit. Parallèlement, la victime est devenue le totem du fonctionnement judiciaire, presque son porte-parole, alors que la justice devrait, par fonction, tenter de mettre à distance la souffrance subjective.

La justice est-elle réformable ?

J'espère que personne n'attendait Etienne Lanos pour résoudre cette question ! En fait, il y a eu, avec ce roman, une coïncidence amusante : je l'ai écrit de mars à juin 2008. En juillet 2008, la Cour européenne des droits de l'homme a rendu un arrêt qui considère que le ministère public français n'est pas un organe judiciaire, faute d'indépendance à l'égard du pouvoir politique.

Comme j'annonce, dans le livre, la mort programmée du ministère public, je me retrouve presque avec un roman d'anticipation... Tout cela pour dire que la réforme de la justice s'annonce désormais sur un mode explosif, voire révolutionnaire, car l'ambiguïté entre la soumission hiérarchique des magistrats du parquet et leur indépendance statutaire affichée provoque un sentiment schizophrénique insupportable pour beaucoup.

Votre roman évoque aussi l'affaire d'Outreau, avec sévérité...

Cyniquement, l'affaire d'Outreau aurait pu faire un bien considérable à la justice en révélant ses dysfonctionnements quotidiens : réquisitions systématiques de mandat de dépôt pour les ouvertures d'information, croyance absolue en la parole des enfants, fantasme du groupe organisé de pédophiles. Personne ne s'est révélé capable de mettre à distance ces visions hypnotiques, tant du côté des magistrats que des journalistes. La question centrale d'Outreau, c'est peut-être que les magistrats, en tout cas ceux du parquet, ne croient pas au contrôle judiciaire et restent fascinés, aujourd'hui encore, par la détention.

Vous estimez que la bureaucratie a envahi toute la société...

Oui, on est contrôlé pour savoir si on punit bien et si on ne pourrait pas punir plus encore.

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samedi 29 août 2009

Suisse - Pire qu'une humiliation : une bêtise, par Fabio Rafael Fiallo

LE MONDE | édition du 26.08.09

En diplomatie la lâcheté comporte un coût moral et politique la "perte de crédibilité"

En juillet 2008, le fils du colonel Kadhafi, qui séjournait à Genève en compagnie de son épouse avec un passeport ordinaire, c'est-à-dire non diplomatique, fut arrêté par la police genevoise pendant deux jours suite à la plainte pour mauvais traitements - vérifiés - que le couple était en train d'infliger à deux de leurs domestiques.

En guise de représailles, le régime libyen interdit à deux ressortissants suisses de quitter la Libye, et cela après les avoir maintenus en prison pendant un certain temps.

Les négociations en vue du rapatriement des deux Suisses s'étant enlisées, et le régime libyen jouant la surenchère à chaque reculade de la Suisse, le président de la Confédération helvétique, Hans-Rudolf Merz, finit par accepter une année plus tard toutes les exigences libyennes - en particulier, présenter des excuses à la Libye et qualifier d'"injustifiée et inutile" l'action de la police genevoise - sans même pouvoir rapatrier immédiatement les deux Suisses pris en otages par Kadhafi.

Passons - l'événement a été largement débattu dans la presse - sur l'humiliation que le président de la Confédération helvétique a accepté de faire subir à son pays en présentant des excuses au colonel Kadhafi pour l'arrestation de son fils par la police genevoise, une arrestation faite pourtant dans le strict cadre de la loi suisse.

Passons aussi - cela a également été amplement dénoncé - sur le dommage considérable qu'une telle attitude aura porté à l'Etat de droit en Suisse. Comment, en effet, les tribunaux de ce pays pourront désormais, sans éprouver un sentiment de honte et même d'injustice, prononcer une peine quelconque contre tout citoyen suisse, sans pétrole et sans piston, ayant commis des délits moins graves que celui imputable au fils du dictateur libyen ?

Passons donc sur tout cela, et venons-en à un domaine où la Suisse sortira à coup sûr perdante de cette malencontreuse épreuve de force, à savoir : ses chances de servir de pays hôte pour la tenue de négociations internationales scabreuses, notamment sur le conflit israélo-palestinien.

En effet, qui est à même d'affirmer que la Suisse, pendant qu'elle accueillerait de telles négociations, ne céderait pas à de nouveaux chantages si certaines parties prenantes tentaient d'influer sur le rôle de médiateur du pays hôte au moyen de méthodes de pression contestables, comme celle utilisée avec succès par le colonel Kadhafi ?

La déconfiture d'Hans-Rudolf Merz est d'autant plus consternante et dommageable pour la Suisse qu'elle survient après une autre capitulation en rase campagne : celle de la ministre des affaires étrangères suisse, Mme Micheline Calmy-Rey, qui, lors de sa visite à Téhéran en mars 2008, s'était pliée aux injonctions des ayatollahs au pouvoir lui demandant de se couvrir la tête d'un voile pendant ses entretiens officiels.

Bien des pays - et en premier lieu Israël - réfléchiront plus d'une fois, à juste titre, avant d'accepter de prendre part en Helvétie à des négociations difficiles et dangereuses. Ils préféreront pour cela aller camper sur des terres plus fiables.

En diplomatie, la lâcheté comporte un coût non seulement moral, mais aussi politique. Il a pour nom "perte de crédibilité".

Fabio Rafael Fiallo est écrivain, auteur de "Ternes Eclats - Dans les coulisses de la Genève internationale" (L'Harmattan).

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La suisse s’incline

Courrier International

Une victoire pour Khadafi - La danse du ventre

Dessin de Chappatte

aChappatte_Suisse

Une victoire pour Kadhafi (bis)

Entre les chameaux, le président suisse Hans-Rudolf Merz)

Dessin de Burki paru dans 24 Heures

aburki

mardi 4 août 2009

220 ans après la nuit du 4 Août 1789 - " Notre société est aussi sclérosée qu'à la fin de l'Ancien Régime "

LE MONDE | 03.08.09

Patrick Savidan : "Notre société est aussi sclérosée qu'à la fin de l'Ancien Régime"

Professeur de philosophie à l'université de Poitiers, Patrick Savidan est également président de l'Observatoire des inégalités et directeur de la rédaction de la revue Raison publique. Il est l'auteur de Repenser l'égalité des chances (Grasset, 2007).

Deux cent vingt ans après la nuit du 4 août 1789, la notion de privilège vous semble-t-elle toujours pertinente pour penser les inégalités qui traversent la société française ?

Il ne faut pas tomber dans l'anachronisme. Les inégalités de droit qui existaient sous l'Ancien Régime, c'est-à-dire les lois particulières qui permettaient à certains individus de bénéficier d'avantages spécifiques, ont bien été abolies le 4 août 1789.

Sur le rapport entre privilèges et inégalités, il est important d'éviter les visions trop simplistes. La suppression des privilèges n'impliquait pas nécessairement, pour ceux qui s'en firent les promoteurs, l'éradication de toutes les formes d'inégalités.

C'était par exemple le cas de Condorcet ou de Mme de Staël. D'un côté, certes, ils combattaient les privilèges au prétexte que ceux-ci figeaient les rapports sociaux autour d'"inégalités factices ", fondées sur la naissance ou le rang. Mais, de l'autre, ils considéraient certaines inégalités comme acceptables : celles dont ils disaient qu'elles étaient "naturelles" parce qu'indexées sur le talent ou la compétence

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Plus de deux siècles plus tard, nous continuons de raisonner ainsi dans une certaine mesure : ce qui nous apparaît comme vraiment scandaleux, ce ne sont pas nécessairement les inégalités en soi, mais les seules inégalités illégitimes.

Est-ce à dire que la notion de privilège n'a plus de sens aujourd'hui ?

Comme je le disais, les inégalités de droit ne sont plus admises. Mais on peut considérer qu'il en existe des équivalents fonctionnels. Je veux dire qu'il y a des canaux, qui sont aujourd'hui plutôt de nature sociale que juridique, grâce auxquels certains groupes bénéficient d'avantages dont il est parfois difficile de dire s'ils les doivent réellement à leur mérite.

Voyez par exemple le système éducatif. En théorie, les concours et les diplômes ne sanctionnent que la compétence. Or ceux qui obtiennent les diplômes les plus valorisés et réussissent les concours les plus prestigieux viennent des milieux les plus favorisés.

On sait ainsi que 55 % des élèves de classes préparatoires ont des parents cadres ou de professions libérales, tandis que seuls 16 % ont des parents ouvriers, employés ou inactifs. L'école en vient à fonctionner comme une sorte d'instance de blanchiment qui estampille comme légitimes des inégalités de naissance qu'elle est par ailleurs incapable de compenser.

Voilà pourquoi des individus qui sont issus des classes défavorisées et qui, néanmoins, réussissent à percer, jouent un rôle si important : leur réussite permet d'entretenir l'illusion selon laquelle notre modèle méritocratique est toujours efficace.

Si l'abolition des privilèges n'a pas mis fin aux inégalités, peut-on aller jusqu'à dire qu'elle fut, en elle-même, génératrice de nouvelles formes d'inégalités ?

L'abolition des privilèges se fonde sur l'idée que la loi doit être la même pour tous, qu'elle doit être générale dans sa source et dans son objet. De ce point de vue, on pourrait interroger le paradoxe que vous suggérez. Cette généralité de la loi ne laisse-t-elle pas aussi le champ libre à la constitution de nouvelles inégalités ? C'est en partant d'un tel constat que l'on peut, par exemple, justifier des dispositions législatives qui poursuivent des objectifs de justice sociale en assumant, par rapport à leur objet, une particularisation relative. Je pense ici aux politiques dites de discrimination positive.

A titre personnel, je considère ainsi qu'il n'est pas illégitime, dès lors que la volonté politique n'est pas suffisante pour transformer en profondeur la manière dont se répartissent les honneurs et les richesses dans la société, d'introduire des dispositifs dérogatoires, temporaires, en faveur de groupes dont les membres voient, en raison de leur origine ou de leur identité, leurs chances de réussite sociale lourdement hypothéquées.

En même temps, je suis conscient que cela revient à légitimer un rapport à la loi qui est précisément celui que l'on a voulu renvoyer aux oubliettes lors de la Révolution française. C'est du reste ce qui rend le débat sur ces sujets toujours très délicat. On a beaucoup de mal, en France, à ne pas considérer la moindre entorse au principe d'universalité de la loi comme un privilège, et donc comme une injustice.

Reste que la vérité est là : ce principe d'universalité de la loi n'a pas tenu toutes ses promesses car il n'a pas permis de fluidifier les rapports sociaux autant qu'on le croyait. A cet égard, notre modèle, qui a permis une amélioration certaine des conditions, est aujourd'hui à bout de souffle, et notre société aussi sclérosée qu'à la fin de l'Ancien Régime. Les écarts de niveaux de vie se creusent et répondent à des logiques socialement identifiables. Un économiste, Edward Wolff, voyant la manière dont se répartit le surcroît de richesses produit depuis les années 1980, est même allé jusqu'à dire qu'on assistait à un "retour à Marie-Antoinette".

Les privilèges sont dénoncés avec une vigueur particulière dans le monde de l'entreprise. Comment analysez-vous ce phénomène ?

Pour beaucoup de salariés, l'entreprise apparaît effectivement comme un lieu où ce ne sont pas les plus méritants qui bénéficient d'un juste niveau de protection et de rémunération. Et c'est de plus en plus vrai aujourd'hui. Quand on voit un patron qui coule plus ou moins son entreprise, touche un salaire et des avantages en nature extrêmement importants, et, une fois licencié, part avec des indemnités exorbitantes, c'est moralement insupportable.

Ce qui pose également problème, dans le monde de l'entreprise, c'est quand certains traitements de faveur n'obéissent pas à des logiques claires - la distribution des primes, par exemple. Ici, c'est surtout le côté arbitraire des décisions qui choque. Aucun de nous, en effet, ne s'offusque d'être traité avec des égards particuliers. Ce qui nous scandalise, en revanche, c'est quand nous ne comprenons pas pourquoi d'autres bénéficient de tels égards.

Autrement dit, nous sommes prêts à accepter certains privilèges - au sens où l'on parle de "client privilégié" - mais seulement à partir du moment où leur octroi obéit, en toute transparence, à une forme de procédure. Ce point permet de comprendre que la justice est affaire de redistribution et de reconnaissance. Ce qui scandalise c'est, à travers l'avantage qui se trouve concédé à quelques-uns, le déni de reconnaissance que cela signifie pour les autres.

Comment expliquez-vous la récurrence, dans le débat politique, de la référence aux privilèges, comme récemment lors des débats sur la réforme du statut des fonctionnaires ou sur la suppression des régimes spéciaux de retraite ?

On voit, à travers ces exemples, que le privilège n'est pas seulement une donnée mais aussi une question de perception. A une époque où le fait d'avoir un travail n'était pas problématique, la garantie de l'emploi dont bénéficiaient les fonctionnaires était justifiée par le fait qu'un fonctionnaire était, à niveau de diplôme égal, moins bien payé qu'un salarié du secteur privé. Or dans une société où, comme aujourd'hui, la précarisation de l'emploi est devenue un problème central, cet avantage est perçu comme un privilège illégitime parce que jugé exorbitant. Il est, dès lors, facile de dresser des catégories de la population les unes contre les autres.

Dans ce type de situation, il faut néanmoins garder en tête ce que le sociologue Robert Castel a appelé la "guerre des réformismes". Opère désormais un réformisme dont l'objet est purement "adaptatif" par rapport à l'évolution du système social et économique mondialisé, comme s'il s'agissait uniquement de mieux partager les fruits de la dégradation sociale.

Une politique du moins-disant social se met en place et, dans ce grand chambardement, les élites sociales et politiques font ce qu'il faut pour conforter ou renforcer leurs positions et leurs avantages.

Propos recueillis par Thomas Wieder

jeudi 16 juillet 2009

Me Thierry Lévy, avocat pénaliste du barreau de Paris : "La politique des intérêts particuliers s'est introduite dans les prétoi

LE MONDE | 14.07.09

"La politique des intérêts particuliers s'est introduite dans les prétoires"

Thierry Lévy est un avocat pénaliste du barreau de Paris. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de réflexion sur la justice, dont Eloge de la barbarie judiciaire (éd. Odile Jacob, 2004) dans lesquels il dénonce "la pandémie victimaire".

Son dernier livre est un court essai provocateur intitulé Lévy oblige (Grasset & Fasquelle, 2008).

Que pensez-vous de la décision de la garde des sceaux, Michèle Alliot-Marie, de faire appel du verdict rendu par la cour d'assises de Paris ?

La loi, rappelons-le, ne permet pas à la partie civile de faire appel d'un arrêt de cour d'assises. Dans cette affaire, le parquet fait appel sur un ordre du gouvernement que celui-ci a cru pouvoir donner en interprétant de manière extensive les dispositions légales qui lui permettent d'"enjoindre au ministère public d'engager ou de faire engager des poursuites" (article 30 du code de procédure pénale). On crée là un précédent.

L'usage normal est que la décision de faire appel, ou pas, soit prise par l'avocat général qui a siégé à l'audience. En l'espèce, Philippe Bilger était satisfait de la décision puisque ses réquisitions, nuancées, avaient été pour l'essentiel suivies.

Le ministère public n'avait donc pas l'intention de faire appel et ne l'aurait pas fait sans une injonction de la ministre de la justice. Pourquoi est-ce un précédent dangereux ? La garde des sceaux n'a pas assisté aux débats, elle n'a entendu ni les parties, ni les témoins, ni les arguments échangés. Sa décision, allant à l'encontre de celle du ou des représentants du ministère public, s'est évadée de la réalité concrète du dossier, a pris un caractère nécessairement politique.

Il ne s'agit pas, pour la ministre, de maintenir une cohérence dans une politique pénale, mais de remplir les exigences d'une partie privée. Les parties civiles auront désormais la voie ouverte pour s'adresser au gouvernement quand les décisions de cour d'assises ne leur plairont pas, ce qui est inévitable dans un très grand nombre de cas.

Ce précédent les invite à contourner, par la voie politique, la loi qui leur interdit de faire appel. La politique des intérêts particuliers s'est introduite dans les prétoires.

Vous dénoncez régulièrement le déséquilibre du procès pénal et la place de plus en plus grande accordée aux parties civiles au détriment de celle de la défense des accusés. En l'espèce, l'équilibre vous paraît-il rompu ?

Cette façon d'agir constitue une atteinte aux droits de la défense. Au nom de quoi corrige-t-on en faveur d'une partie et au détriment d'une autre l'insuffisance des arguments présentés par celle que l'on favorise ? Et que l'on ne dise pas qu'il existe un déséquilibre à compenser entre l'accusé qui peut faire appel et la partie civile qui ne le peut pas. Cette situation, voulue par la loi, définit le rôle de la partie civile qui n'est pas de requérir une peine mais d'obtenir une réparation.

Dans le procès pénal, la partie civile occupe aujourd'hui une place tellement centrale que la défense se heurte en permanence à tous les préjugés favorables à sa thèse. En face de l'accusé, la partie civile et le ministère public constituent un front commun difficile à désunir, dont l'influence limite la marge de manoeuvre d'une défense réduite à l'impuissance lorsqu'elle renonce à susciter la réprobation.

Mais la partie civile, dans le cas d'espèce, reproche au ministère public de ne pas s'être montré assez sévère dans ses réquisitions.

Dans cette affaire, l'avocat de la partie civile est largement sorti de son rôle. Après avoir disposé pleinement des facilités de l'audience, il a développé ses arguments comme il l'a voulu, il a demandé des condamnations qu'il n'a pas obtenues, et, face à cet échec, il a supplié les responsables politiques de faire ce qu'il n'avait pas réussi à faire.

C'est d'autant plus fâcheux et déplorable que les jurés ont subi, comme dans beaucoup d'affaires, des pressions de l'opinion publique révoltée par les faits et leur cruauté. Le rôle des juges est, précisément, de résister et de se prononcer sans trop tenir compte des inévitables pressions. Et voici qu'on leur dit qu'ils ont mal jugé pour avoir fait preuve de cette résistance nécessaire. Dès lors, le procès criminel, déjà largement investi par l'opinion, devient un instrument politique destiné à faire valoir une idée politique.

Par cette attitude, la partie civile fait le jeu de l'assassin que l'on a entendu dire : "Je hais les juifs, parce qu'ils ont de l'argent, parce qu'ils ont le pouvoir."

Le résultat est paradoxal. On a justement reproché à Fofana d'avoir agi à partir d'une équation à caractère raciste - les juifs sont riches, donc ils paieront - et on lui donne la satisfaction de voir aboutir des pressions exercées par certains représentants de la communauté juive.

Désormais, il pourra dire - et il n'y manquera pas - qu'il a eu raison de considérer que les juifs disposent, grâce à l'argent ou au pouvoir, d'une certaine capacité d'action ou d'influence. Ce faisant, les parties civiles sont tombées à pieds joints dans le piège moral tendu par l'assassin.

Propos recueillis par Pascale Robert-Diard

Appel par Alliot-Marie - Cela parait curieux que ce soit une décision de la Garde des Sceaux ... ? Elle aurait plus de pouvoir que Rachida Dati qui fut une exécutante ... ?

Posté par Cozett à 00:30 - Justice - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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