lundi 2 novembre 2009
Un discours hallucinant de Nicolas Sarkozy
Lu dans "La Décroissance" N) 64 - novembre 2009 - Yann Pinon
Actuellement stagiaire dans un grand quotidien dont le nom importe peu, j'ai eu la chance de couvrir le discours de Nicolas Sarkozy à la Sorbonne le 14 septembre, à l'occasion de la remise officielle du rapport Stiglitz sur le dépassement du PIB et la recherche de nouveaux indicateurs.
Connaissant bien le discours des objecteurs de croissance depuis maintenant plus d'un an, et adhérant à l'essentiel de la critique du dogme de la croissance et du productivisme (...), notamment sous l'influence de grands penseurs comme André Gortz ou Ivan Illitch, je n'ai pas de mots assez forts pour exprimer la stupéfaction qui fut la mienne en entendant le discours de Sarkozy qui aurait pu, et cei est à peine une provocation, être signé par Vincent Cheynet ou Serge Latouche ! Il a tout de même osé dire, devant des gens comme Stiglitz, Amartya Sen, Fitoussi, Christine Lagarde et Eric Woerth, qu'en trente ans, "la croissance avait davantage détruit qu'elle n'avait construit" !
Or, le lendemain dans la presse et le monde politique, l'écho de ce discours fut quasiment inexistant... A droite, parce que tout le monde sait bien que le programme de l'UMP est le négatif absolu des propos du Président tenus à la Sorbonne. A gauche, parce qu'une critique de ce discours impliquerait une remise en cause des postulats sur laquelle elle se fonde depuis trop longtemps...
Pourtant, il me semble que Sarkozy n'est jamais allé aussi loin dans le mensonge et dans l'hypocrisie et qu'un réplique de taille s'impose ! Ne l'ayant vu nulle part, j'espère que votre journal s'en chargera...

mercredi 14 octobre 2009
Malgré la crise, la Chine compte 130 milliardaires en dollars
Aujourd’hui la Chine - le 13/10/2009
130 Chinois sont milliardaires en dollars. Ceux qui font fortune dans l'immobilier et l'investissement boursier ont été portés par le plan de relance. Le plus riche Chinois a lui fait sa fortune grâce aux batteries et voitures électriques.

Wang Chuanfu, est devenu l'homme le plus riche de Chine
Malgré la crise, la Chine compte 130 milliardaires (en dollars) et le premier d'entre eux est le numéro Un du groupe BYD (batteries et voitures électriques), selon le classement annuel des 1.000 Chinois les plus riches publié mardi par le magazine Hurun. Cependant, contrairement à Wang Chuanfu, le PDG de BYD, la plupart de ses pairs font fortune grâce à l'immobilier et la Bourse, deux des secteurs qui ont profité à plein des liquidités dégagées par le plan de relance du gouvernement.
"La richesse chinoise croît à une vitesse vertigineuse", a constaté Rupert Hoogewerf, fondateur du magazine, lors d'une conférence de presse. "Vous pouvez doubler le nombre réel de milliardaires à 260. Il y a encore un grand nombre de milliardaires qui ne sont pas connus et ont réussi à amasser leurs fortunes loin de l'attention du public à partir de l'immobilier, de la Bourse et des investissements", a-t-il affirmé.
Wang Chuanfu, qui a fait de son entreprise le numéro deux pour la production de batteries au lithium-ion et s'est lancé dans la construction automobile en 2003, a progressé de 102 places après la multiplication de sa fortune par plus de cinq à 5,1 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros).
La liste comprend 180 nouveaux membres, même si le "ticket d'entrée", par rapport à l'année dernière, a augmenté de 50% à 150 millions de dollars. Sept nouveaux se sont hissés dans les dix premiers, soit le bouleversement le plus important depuis la création de la liste en 1999.
Le numéro un de l'an dernier, Huang Guangyu, patron de Gome, premier distributeur chinois de matériel électrique et électronique, dégringole à la 17e place après avoir été arrêté à la fin de l'année dernière, soupçonné de manipulation des cours boursiers.
"Depuis 2004, le nombre de personnes avec une fortune d'au moins 150 millions de dollars a été multiplié par dix", a relevé M. Hoogewerf, précisant qu'ils étaient passés de 100 à 1.000. Selon le magazine, les marchés boursier et immobilier en plein boom ont permis aux 1.000 personnes les plus riches de Chine de disposer d'une fortune totale de 571 milliards de dollars au 15 septembre, contre 439 milliards de dollars l'année dernière.
A lire aussi:
- Pas de crise en vue pour les multi-millionaires chinois
- Cartier dans la Cité Interdite pour gagner le coeur de la Chine
mardi 15 septembre 2009
Les grands écoles fabriquent-elles des tueurs ?
Le 12 septembre 2009 - par Patrick Williams – Les inrocks.com
Alors qu’on réfléchit en vain à limiter les bonus, Florence Noiville, dans son livre J’ai fait HEC et je m’en excuse prend le problème à la base et explique qu’il est urgent de réformer l’éducation des puissants.
Les grandes écoles fabriquent-elles des tueurs ? Ces vénérables institutions – HEC, Polytechnique et autres Mines – ont-elles façonné les desperados en costars cravates qui sont responsables de la crise ? C’est la thèse percutante du livre de Florence Noiville J’ai fait HEC et je m’en excuse (ed. Stock). Certes on ne s’attendait pas à ce que ces fleurons éducatifs produisent des militants altermondialistes ou des punks à chiens. Mais son constat est sévère. Selon elle, la seule philosophie qui y règne est « greed is good » (« l’avidité est bonne ») ou ce qu’elle appelle MMPRDC (« Make more profit, the rest we don’t care »). Ces écoles tant admirées, rêve de tout parent, formeraient ainsi des as du management et de la finance sans jamais essayer de leur inculquer un minimum de valeurs, de souci éthique. « On n’y apprend pas à se remettre en cause, explique-t-elle. On en sort gonflé du sentiment de sa propre importance, omnubilé par la seule réussite économique. ».
L’originalité de son ouvrage ? Alors qu’on réfléchit en vain à limiter les bonus, Florence Noiville, elle, prend le problème à la base, « au moment où les esprits se forment », et explique qu’il est urgent de réformer l’éducation des puissants. Comment espérer réguler le système, comme s’y essaient à nouveau les gouvernements au G20 de Pittsburgh, si les grandes écoles à travers le monde produisent des élites « déréglées » ? Le mathématicien Denis Guedj ne disait pas autre chose l’an passé quand il dénonçait dans Libération les « jeunes golden génies » de Dauphine qui, encouragés par leurs profs, ont totalement dévoyé les mathématiques en créant des produits financiers aussi rentables que toxiques. Commentaire de Florence Noiville : « Ces écoles prennent les plus brillants des jeunes des prépas et en font des gens qui non seulement n’apportent rien au corps social mais quelquefois même lui nuisent ! Quel fantastique gâchis de cerveaux ! » Certes ces dernières années, les business schools ont vu fleurir des cours d’alter-management, de business social, de développement durable. Mais pour l’auteur, ces tentatives restent trop minoritaires, alibis sympathiques dédaignés par de nombreux étudiants. « Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés considèrent que l’éthique, c’est du pipeau. Songez qu’un an après la déroute financière, les cours de morale des affaires ne sont toujours pas obligatoires à HEC ! ».
Même son de cloche du côté d’Elisabeth Laville, ancienne HEC et fondatrice de Utopies, un cabinet de conseil en développement durable. « J’ai donné des cours à HEC en 2000 sur le sujet, mais j’ai arrêté au bout de quelques temps. J’étais déçue que toutes les matières un peu “responsables“ ne soient qu’optionnelles. Résultat : je n’enseignais qu’aux “freaks“ du campus, ceux qui n’étaient pas trop sûr de ceux qu’ils faisaient là... » Elle déplore qu’aucun cours n’amène ces futurs managers à s’interroger sur le sens de la vie, sur leur épanouissement personnel. « On attend qu’ils pètent les plombs pour qu’ils se mettent à réfléchir à leur existence... »
Pourtant, tous ne sont pas aussi pessimistes. Damien Lorton, auteur, sous le nom de Teodor Limann, de « Classé X : petits secrets des classes prépas » (ed. La Découverte), témoigne : « J’ai rencontré des intelligences très vives à Polytechnique, soucieuses comme tout le monde de morale et du sens de la vie. Le problème est plutôt que le bachotage effréné fabrique des gens disciplinés, prompts à se soumettre à toute autorité. » On pense à ces traders comme Jérôme Kerviel qui, pris les doigts dans la confiote, se sont défaussés comme des gosses de leurs responsabilités. Récemment, dans « Le Nouvel Observateur », un « ingénieur financier » résumait l’état d’esprit un rien puéril de la profession : « Pourquoi serions-nous les bouc émissaires de la crise ? Et les banquiers d’affaires ? Ils ont des bonus au moins aussi élevés… ». Ouh lala, la pauvre victime… A 400 000 euros de bonus par an, mon gaillard, il va falloir réfléchir plus fort pour essayer de gagner notre sympathie. Damien Lorton se dit peu convaincu par une réforme des grandes écoles. Il croit moins aux vertus de l’éducation qu’à celles de la régulation : « Tant que l’on pourra gagner des sommes faramineuses, certains se laisseront tenter... Si l’on veut influer sur le cours des choses, il n’y a qu’une seule solution : limiter les bonus et les rémunérations. »
Daniel Cohen, auteur du récent et passionnant ouvrage « La Prospérité du vice » (ed. Albin Michel), va dans ce sens. « Comme Spinoza, je pense que la nature humaine ne change pas : ce sont les lois qui changent. Les financiers d’aujourd’hui ne sont pas plus cupides que ceux d’il y a trente ans. C’est juste les règles qui se sont modifiées. Ou plutôt qui ont disparu. »
Pour transformer le monde, faut-il seulement de nouvelles règles ? Ou l’éducation a-t-elle un rôle à jouer ? Le livre de Florence Noiville a le mérite d’ouvrir le débat. Et nous amène à voir les choses sous un jour nouveau : l’éternelle « réforme de l’école » rabachée chaque année par nos gouvernants ? C’est peut-être d’abord chez HEC et consorts qu’elle devrait avoir lieu !

vendredi 29 mai 2009
Face à la crise, que changeriez-vous ?
Ouest-France – 29/05/09 - Yann-Armel HUET et Philippe MATHÉ

Des idées pour sortir de la crise ? Nous avons posé la question à huit témoins que nous sollicitons régulièrement. Entre utopie et pragmatisme, ils nous livrent leurs réflexions.
« Si je pouvais changer quelque chose ? C'est une question de bac de philo ! », rigole Jean-Yves Bouton, 53 ans, patron d'une supérette Marché +. « Il n'y a qu'à supprimer l'argent ! », rebondissent en choeur Alan Prunault, jeune entrepreneur de 28 ans, et Charlène Peyrat, lycéenne de 20 ans.
« La crise est venue de la cupidité. Les gens veulent toujours plus », insiste la jeune fille. « Oui, on a pris le réflexe d'acheter alors que l'on n'a pas forcément besoin », abonde Dominique Lossouarn, 47 ans, directrice d'école. Quoi faire, alors ? Charlène rêve d'un « monde sans voiture, plus solidaire, moins futile »...
Préoccupation écologique Sans voiture ? De quoi faire bondir Lionel Naël, ouvrier chez le sous-traitant automobile Faurecia. Lui n'attend qu'une chose : voir les chaînes de fabrication reprendre leur rythme de croisière : « J'ai entendu parler d'un concessionnaire en Belgique qui offre, pour l'achat d'une berline, une plus petite voiture. »
« D'accord, mais des véhicules électriques, moins polluants », suggère Dominique Lossouarn. Chez tous les témoins redonnais, la préoccupation écologique revient, lancinante. « Je suis sûr que beaucoup sont prêts à payer un peu plus cher si c'est produit de façon verte. En voilà une méthode pour relancer l'économie », lance Emmanuel Caudan, 33 ans.
Une imposition plus juste Ne parlez évidemment pas à ce banquier de supprimer l'argent. En revanche, « une imposition plus juste, uniforme en Europe ou dans le monde, pourquoi pas ? Cela résoudrait la concurrence sociale et fiscale. »
Et réduirait ces délocalisations qui agacent tant Béatrice Coudray, 46 ans, coiffeuse : « Le Made in China n'est pas moins cher, aujourd'hui, pour le consommateur. Autant ramener du travail en France. Et puis, surtout, en finir avec les écarts de salaires. Le prix du beurre est le même pour tout le monde ! »
Mieux répartir les richesses Parachutes dorés, bonus et stock-options... Le sujet déchaîne les passions, revient dans toutes les bouches. « Les payes astronomiques, c'est indécent », lâche Dominique Lossouarn. « Le fossé se creuse sur le pouvoir d'achat. Il faut mieux répartir les richesses », tonne Lionel Naël.
Une question vieille comme Marx. Mais comment faire ? Alan a sa petite idée :« Essayer des microsociétés, avec de nouvelles valeurs d'échanges, pour donner l'exemple. Partager. Faire en sorte que les tâches ingrates ne soient pas toujours réservées aux mêmes. » Béatrice Coudray calme le jeu : « Oui, enfin tout le monde doit s'y mettre. On ne peut plus refuser un travail parce que c'est trop dur ou trop sale. » Jean-Yves Bouton irait dans le même sens : « L'individu doit redevenir maître de son activité et de son destin. Il est trop assisté. »
Un seul mandat par élu Pas facile de refaire le monde. « Avant tout, il faut un peu plus de respiration dans le système démocratique », prône le docteur Jean-Claude Druvert, 55 ans.
Il fustige « les politiques de carrière qui ne font que ça et oublient le monde dont ils sont issus ». Défend le principe d'un seul mandat par personne. « Il est dommage que l'on n'ait pas de système en France qui permette à un professeur ou un médecin d'exercer une législature pendant quatre ans et de revenir à la vie civile. »
Un premier pas envisageable. Il en faudrait beaucoup d'autres. En tout cas, aucun de nos Redonnais ne croit à la solution providentielle. Plutôt à une évolution par petites touches. Mais, prévient Alan Prunault, « si on n'est pas heureux, ce n'est pas la peine de continuer ». Tous veulent le bonheur au bout de la crise.
jeudi 28 mai 2009
La revanche du béret sur le chapeau melon
24 Heures – Suisse - 25.05.2009 - Un plouc (Suisse) chez les bobos
Belle revanche du béret sur le chapeau melon . «The Economist» vient de consacrer sa «une» et une longue analyse à l’efficience du modèle social et économique français. Naguère encore, ce prestigieux hebdomadaire libéral et britannique n’avait pas de mots assez durs pour se moquer du ringardisme bureaucratique d’une France vouant à l’étatisme la foi ardente et désespérée que l’on réserve aux idoles déchues.
Mais le tsunami financier de l’automne 2008 a bouleversé toutes les idées préconçues. Avec le fair-play digne d’un rugbyman de bonne famille, «The Economist» admet que la France résiste mieux que les autres pays à la crise et que l’absence de régulation financière qu’elle prônait pourtant a provoqué l’actuel désastre.

La cigale libérale se trouva dépourvue lorsque le tsounami fut venu
La protection sociale coûte cher, certes, mais lorsque la bise fut venue, la cigale libérale s’est mise à danser devant un buffet vide! Alors que la fourmi française, elle, laisse moins de monde dans les ornières et peut éviter le pire.
Le plus comique est que l’hebdomadaire met en vedette Nicolas Sarkozy. Alors que celui-ci avait axé sa campagne électorale en 2007 sur… la disparition du modèle français!
L’inusable Jean-Baptiste Colbert
Depuis, le président a rangé dans son étui le pipeau libéral pour souffler dans le bon vieux clairon du colbertisme. En effet, qu’elle penche à gauche ou à droite, qu’elle se pare d’une couronne royale ou d’un bonnet phrygien, la France a le plus souvent suivi les traces de Jean-Baptiste Colbert, grand argentier de Louis XIV, qui a réservé à l’Etat le rôle directeur dans l’économie du pays.
Autre métaphore animale. La France ressemble à cette mule qui refuse obstinément de suivre le chemin dans lequel tout l’équipage libéral mondial s’est engagé. Les uns la poussent, les autres la tirent, puis, lassés, la laissent brouter les bordures en se disant que personne ne parviendra pas à lui faire entendre raison.
La mule française
Or, il aurait été plus opportun de se poser cette question: «Pourquoi la mule française refuse-t-elle ce chemin? Suivons-nous vraiment la bonne route? Ne mène-t-elle pas vers des précipices?»
Mais «The Economist» ne se pose pas ces questions. Après avoir salué l’actuelle bonne tenue du modèle socio-économique français, l’hebdomadaire retrouve son crayon libéral pour tracer l’avenir: la force actuelle de la France se transformera en faiblesse lorsque la reprise économique succédera à la crise. Son étatisme bridera trop les initiatives personnelles, ce qui sera nuisible aux innovations technologiques.
Certes, pour qui s’y frotte, la bureaucratie hexagonale constitue l’un des cercles de l’enfer. Mais elle n’a pas empêché la France de mettre au point le TGV ou de devenir l’un des chefs de file mondiaux en matière d’énergie électrique.
Perdre sa vie à la gagner?
La France partage une vision de la vie qui privilégie la qualité de l’existence par rapport aux résultats économiques. C’est pourquoi le slogan de Sarkozy «travailler plus pour gagner plus» n’a connu qu’un très bref moment de gloire.
A quoi bon perdre sa vie à la gagner? Non que les Français bossent moins que les autres, mais ils refusent de n’avoir pour seul horizon que la ligne grise des performances.
(Ce texte a paru en rubrique Perspective vendredi 22 mai 2009 dans la Tribune de Genève)
vendredi 22 mai 2009
2009 : on ouvre des usines en France !
France info - Emmanuel Kessler – 20/05/09
Oui, on ouvre des usines en France ! Ce matin Emmanuel, vous avez lu pour nous la toute dernière livraison de L’Usine Nouvelle. Dans un dossier exclusif, l’hebdomadaire de l’industrie démontre tout simplement que... la France continue de tourner…
Oui, à contre courant de la morosité économique ambiante. Des groupes, des patrons de PME qui continuent d’innover et d’investir. Un milliard et demi d’euros pour faire sortir de terre une quarantaine de nouveaux sites de production dans l’industrie, avec d’emblée près de 2.000 emplois créés. Tout l’hexagone est concerné. Pas question de nier les fermetures, mais tout de même, la lecture du calendrier particulièrement précis des inaugurations, établi par l’Usine Nouvelle, est réjouissante.
La France continue de produire, d’innover, d’embaucher, et toutes ses usines ne foutent pas le camp. A La Chapelle Heulin, en Loire-Atlantique, c’est le géant du vin Castel qui met en place le plus grand centre d’embouteillage de vin en Europe. 200 millions de bouteilles. Multiplication des pains : à Maubeuge, dans le Nord, (20% de chômage) un leader européen de la boulangerie industrielle créé une nouvelle unité de viennoiserie prête-à-cuire (70 emplois). Récession ou pas, les gens continuent de manger. Danone ouvrira en décembre une ligne de production de la gamme Blédichef à Brives. Hans Anders, un groupe hollandais d’optique à prix cassé installe cette année une plateforme à Reims, pour ouvrir à terme 750 magasins de lunettes en France. Voilà quelques-unes des pépites industrielles de 2009.
Tous ces patrons, tous ces groupes ils anticipent donc une reprise de l’économie ?
Ce qui frappe, c’est trois choses. Il y a des projets qui fourmillent, dans les PME comme dans les grands groupes industriels. 2. Il y a incontestablement des secteurs porteurs, comme l’agroalimentaire, la pharmacie, ou les matériaux de construction, portés par le Grenelle de l’Environnement, qui met l’accent sur l’isolation dans l’habitat. 3. La France reste un territoire attractif, un de ceux qui fait venir le plus d’investissement étrangers en Europe, par sa position, ses infrastructures et ses savoir-faire. Il ne faut donc pas voir toute l’économie à travers la loupe des délocalisations. Dans un sondage récent, 55% des PME françaises affirment d’ailleurs qu’elles résistent à la situation. France, ton industrie n’est pas foutue. Et ce panorama nous aura permis pour une fois de bannir le mot composé des cinq lettres : c-r-i-s-e…
mercredi 20 mai 2009
Espagne : La galère des foyers de chômeurs
France24 - Samedi 16 mai 2009 – Adeline Percept –
Le taux de chômage dépasse les pires prévisions en Espagne : 17,36 % de la population est aujourd'hui sans emploi. Plus grave encore : dans plus d’un million de foyers espagnols, tous les membres de la famille ne travaillent pas...

La famille Sanchez-Ramirez vit à Pinto, une banlieue tranquille de Madrid. Paco, Vanessa, et Fabiola, la grand-mère, sont au chômage. Ils n’ont plus aucune ressource depuis trois mois. En regardant le journal télévisé, Paco soupire, croise et décroise les mains. Tous les matins, il attend un hypothétique coup de fil, celui d’un employeur potentiel, après avoir contacté des dizaines d’entreprises et fait jouer son réseau. Mais pour l’instant, toujours rien...
Il y a un an et demi, Paco Sanchez, 50 ans, travaillait à son compte, dans le bâtiment. Il avait une vingtaine d’employés et était propriétaire de son appartement. Puis la crise de l'immobilier est passée par là. Au début de l'année 2008, les clients ont disparu, souvent sans pouvoir honorer leurs dettes. En novembre dernier, il a fini par mettre la clé sous la porte. "J’ai dû licencier tout le monde et fermer l’entreprise, raconte-t-il. Nous avons dû vendre l’appartement dont nous étions propriétaires pour éponger nos dettes. Et désormais, nous sommes locataires. Nous allons certainement être expulsés, parce que nous n'avons pas pu payer le loyer depuis deux mois."
"Au fond du trou" Travailleur indépendant, Paco n’a pas droit aux allocations chômage. Vanessa Silva-Ramirez - son épouse - non plus. Ses différents employeurs n’ont jamais cotisé pour sa sécurité sociale - une pratique courante en Espagne. Elle a pourtant travaillé pendant quinze ans dans l’hôtellerie et les services à domicile.
Tous les jours, elle fait du porte-à-porte pour déposer son CV et relancer les patrons. Dans un café du centre de Pinto, une affichette indique qu’on recherche du personnel. Vanessa entre avec assurance, un grand sourire aux lèvres. Elle rappelle qu’elle a laissé son CV, qu’elle a appelé plusieurs fois. Mais la patronne lui répond toujours la même chose : "Je n’ai pas eu le temps de regarder..."
Vanessa est revenue à la charge à plusieurs reprises dans ce bar. Elle ne croit plus en ses chances d'être embauchée et craque en sortant du café. "Ce genre de comportement me décourage complètement. Je viens et reviens les voir, parce qu’ils laissent la petite annonce à l’entrée...", explique-t-elle, avant de confier, dans un sanglot, être "au fond du trou".
À 65 ans, elle voudrait retrouver un emploi
Plus tard, Vanessa et sa mère Fabiola vont chercher à l'école les jumeaux du couple, Francisco et Gabriel (neuf ans). Fabiola, qui vit chez eux, s’occupait des enfants quand les deux parents travaillaient. Mais aujourd’hui, elle voudrait retrouver un emploi d’aide à domicile pour les personnes âgées, par exemple. Malheureusement, même dans ce secteur, elle ne trouve rien. À 65 ans, elle se sent impuissante.
De retour de l’école, Vanessa évoque pudiquement le cercle vicieux de la précarité. Elle a peur pour la scolarité de ses enfants, dont les notes baissent : "Ils comprennent ce qui se passe. Je ne peux pas me permettre de les faire sortir. Les excursions organisées par l’école, c’est fini. Les anniversaires des petits copains également, car je ne peux pas leur acheter de cadeau."
En Espagne, il y a aujourd’hui plus d’un million de familles comme celle-ci, dont tous les membres sont au chômage. Une réalité alarmante dans un pays où, traditionnellement, la solidarité familiale permet de faire face aux crises.
mardi 19 mai 2009
Pour l'instant, la solidarité résiste à la crise
Ouest-France – 19/05/09 - Alain GUYOT

Collecte de la Croix-Rouge, à Lyon. « La collecte de dons ne baisse pas, mais nos besoins explosent », dit un responsable
Depuis la rentrée 2008, les dons collectés par les associations caritatives n'ont pas baissé.Mais dans certaines d'entre elles, on s'inquiète pour la fin 2009.
Pour l'instant, ça va... Malgré la montée du chômage, les incertitudes sur l'avenir, les associations caritatives s'accordent à dire que depuis le début de l'année, les particuliers se sont montrés aussi généreux que l'an dernier.
« Les dons sont même à +1 % sur le premier trimestre 2009 par rapport à la même période de 2008 », indique Jean-Marie Destrée, du Secours catholique. Benoît Duchier, de Médecins du monde, confirme : « Nous sommes dans les clous de nos prévisions. » Même son de cloche à Handicap : International et à la Croix-Rouge.
« Pourtant, à la rentrée 2008, nous avons eu vraiment peur, raconte Jean-François Riffaud, de la Croix-Rouge. En règle générale, quand nous lançons une campagne de dons par mailing, les premiers retours arrivent cinq à six jours plus tard. En septembre, ils sont arrivés après une douzaine de jours. Finalement, les collectes de 2008 ont été conformes à nos prévisions, mais l'inquiétude était réelle. »
Besoin d'aide alimentaire
Pour Jacques Malet, membre de Recherche & Solidarités, un centre d'étude sur les solidarités qui suit plusieurs dizaines d'associations caritatives, 2008 restera comme une bonne année. « Par exemple, le Téléthon et les collectes pour la Banque alimentaire ont été corrects. » Ce que confirme Jean-Marie Destrées, du Secours catholique : « Décembre a été bon avec une hausse de 10 %, toutes structures confondues. » Jean-François Riffaud résume la situation : « On sent une résistance de la générosité. »
De son poste d'observation, Jacques Malet ne dit pas autre chose. Mais il relève quand même des motifs d'inquiétude pour les mois à venir. « Les personnes modestes, du moins celles qui ne sont pas directement touchées par la crise, devraient continuer à donner à peu près autant d'argent. Beaucoup se disent 'il y a des gens qui sont dans des situations pires que la mienne' et signent des chèques de 20 ou 30 €. En revanche, parmi les 'gros donateurs', on note depuis 2006 une tendance à la baisse des dons, comme en attestent les déclarations fiscales. »
Les gros donateurs sont moins généreux que les petits. Leur taux d'effort (le rapport entre le don et le revenu) est de 0,6 % contre 1 % pour les petits donateurs. « Si leur taux passait à 1 %, cela représenterait 200 à 300 millions d'euros de plus pour les ONG. »
Traditionnellement, le particulier est plus généreux en fin d'année.À Médecins du monde, la moitié de la collecte s'effectue au cours du dernier trimestre ; 40 % au Secours catholique. « La période des fêtes est celle de la générosité... et celle où l'on commence à songer à ses impôts ! »
En attendant, Jean-François Riffaud soulève un problème bien plus urgent. « Avec la crise, nos besoins explosent : beaucoup plus de personnes viennent nous demander de l'aide, y compris des gens qui ont du travail ou des petites retraites. Un seul exemple : en matière d'aide alimentaire, la Croix-Rouge est à 20 % de plus, début 2009, par rapport à 2008. Nos recettes doivent augmenter en proportion. Il y a urgence ! »
vendredi 15 mai 2009
Des dizaines milliers d’euro-manifestants à Bruxelles
Le Soir – Bruxelles – vendredi 15 mai 2009 - BELGA

Les syndicats européens ont manifesté à Bruxelles dans le cadre d’une série de quatre euro-manifestations.
40.000 manifestants étaient attendus, dont 30.000 belges. La RTBF, en grève, diffuse un programme minimum sur ses antennes. Les chemins de fer et les services postaux et le métro assurent leurs services. Les TEC sont fortement perturbés. Les trams, métros et bus bruxellois accusent toujours d’importants retards.
« Le but de cette manifestation, c’est de demander une Europe sociale qui nous protège de la dérégulation de l’emploi », a indiqué John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), organisatrice de la manifestation.
« Nous voulons voir les travailleurs bénéficier d’autant d’aides que celles dont ont bénéficié les banquiers », a-t-il ajouté.
Les manifestants, belges pour la plupart, arboraient les couleurs des trois grands syndicats du pays.
On relevait notamment la présence de métallurgistes de Mittal et Carsid, d’employés de la fonction publique, ou encore des travailleurs du secteur de la distribution.
A côté des traditionnels pétards et coups de sifflet, plusieurs manifestants brandissaient des pancartes proclamant : « A social Europe ?, yes we can ! «, en écho au slogan de campagne du président américain Barack Obama.
Certains, déguisés en poulets, portaient des panneaux demandant à l’Europe de « ne pas les plumer ».
Organisée à trois semaines des élections régionales et européennes, cette manifestation intervient alors que la crise fait de plus en plus sentir ses effets en Europe, notamment par une lente progression du chômage.
« Les travailleurs n’ont plus d’enthousiasme pour l’Europe », reconnaît Luc Cortebeek, président de la CSC.
« Nous attendons à présent une Commission européenne qui va en avant, qui a des objectifs et une dynamique pour réguler les marchés financiers et assurer la relance ».
A côté des Belges, plusieurs centaines de travailleurs français étaient également présents, arborant fièrement les couleurs de la CFDT, de Force Ouvrière ou encore de la CGT.
Les organisateurs attendent quelque 40.000 manifestants dans les rues de Bruxelles, dont 30.000 Belges.
Cette manifestation est la deuxième d’une série de trois manifestations organisées par la CES. La première, organisée jeudi à Madrid, avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Deux autres manifestations sont programmées samedi, respectivement à Prague et Berlin.
Plusieurs milliers de personnes défilent en ce moment dans les rues du centre pour réclamer de l’Europe plus d’efforts en faveur du maintien de l’emploi.mercredi 13 mai 2009
La crise ? Quelle crise ?
Ça réagit - 12.05.2009- Seb
Et l’on reparle d’Al Qaeda... Ajoutez à ça Cannes et ses paillettes, Gasquet tombé dans la coke, le Pape en Palestine, Dati qui joue à cache-cache avec ses électeurs, les réformes de l’hôpital et de l’université qui n’en finissent pas d’être contestées mais qui passeront quand même, Hadopi revotée, Tapie qui fait reparler de lui, Val à Radio France et dans quelques semaines les Européennes… Et voilà la crise reléguée aux brèves et aux communiqués.
Selon les données corrigées des variations saisonnières publiées par l'Insee, la production industrielle française s'est repliée de 1,4% en mars. Cette baisse, la septième d'affilée, est près de trois fois plus importante qu'anticipé par les économistes. Le premier trimestre se solde par une baisse de 8,3% de la production manufacturière par rapport au quatrième trimestre 2008 et de 17,8% sur un an.
Ces chiffres laissent présager une forte contraction du produit intérieur brut. Dans la foulée, le gouvernement doit officialiser une nouvelle prévision de croissance pour 2009. François Fillon et Christine Lagarde ont déjà indiqué qu'un repli de l'économie française de 2,5% cette année était "probable", alors que la prévision officielle prévoit une baisse de 1,5%. La Commission européenne table sur un recul du PIB de 3% dans l'Hexagone.
Et quand la crise s’installe et que l’on s’achemine à petits pas vers deux enterrements syndicaux en mai et en juin, le patronat frappe. Et il frappe dure. Ainsi, à Caterpillar, le plan initial de 733 licenciements sur les sites isérois sera intégralement mise en œuvre. Or, tandis que les salariés apprenaient la nouvelle, Bernard Thibault était l’invité à Grenoble d’un grand raout social-libéral sous la houlette du club Rosanvallon. Thème : la république des idées ! Il parait que le grand manitou de la CGT n’a même pas été saluer ses camarades.

