Résistance Inventerre

-:¦:- Information Non-Violence, Environnement TERRE -:¦:- « Résister se conjugue au présent » Lucie Aubrac ========== Pour un monde Ecologiquement viable Socialement équitable Spirituellement épanouissant

jeudi 5 novembre 2009

Espagne - Les déboires de la marque Barcelone, par Jean-Jacques Bozonnet

LE MONDE | 02.11.09

Jordi Hereu enrage. Le maire de Barcelone s'est emporté, il y a une semaine, en clôture de l'université d'automne du Parti socialiste catalan (PSC), contre "la campagne de discrédit" dont serait victime la capitale de la Catalogne.

Sans identifier les agresseurs, l'élu a dénoncé "ceux qui sont en train de lancer des bombes de désillusion massive contre la ville".

Bigre, l'accusation n'est pas mince. Qui peut bien avoir le culot de s'attaquer à l'image si positive et dynamique de Barcelone, cette "marque" façonnée depuis deux décennies grâce aux meilleures techniques du marketing international ?

Seules quelques voix isolées s'étaient élevées, ces dernières années, pour nuancer l'euphorie et souligner l'écart entre le mythe véhiculé à l'extérieur et la réalité vécue par la population.

Ainsi, l'anthropologue Manuel Delgado s'interrogeait, en 2007, dans son essai sur La Ciudad mentirosa ("La ville mensongère", La Catarata) sur "la tromperie et la misère du modèle Barcelone".

En 2008, Joan Ramon Resina, professeur de littérature et de culture hispaniques à l'université de Stanford, a analysé "l'essor et le déclin d'une image urbaine", dans son ouvrage intitulé La Vocacio de modernitat de Barcelona ("La vocation de modernité de Barcelone", Galaxia Gutenberg).

Dans les quartiers populaires de Poblenou ou de Sants, on n'a guère lu ces sommes savantes, mais depuis la rentrée les Barcelonais ne peuvent manquer les "unes" de la presse locale qui leur parlent aussi de tromperie, de misère et de déclin. Barcelone a le "blues", car l'actualité lui rappelle le risque évoqué par les deux intellectuels de voir la cité "mourir de son succès" après avoir été promue comme "un produit de consommation".

Le premier scandale a éclaté en septembre avec la publication de photos chocs par le quotidien El Pais. On y voyait deux hommes, le pantalon sur les chevilles, se livrer à des activités sexuelles avec des prostituées sur la voie publique. Non pas dans quelque recoin obscur d'une lointaine banlieue, mais sous les arcades du très touristique marché de la Boqueria, le long de la Rambla, en plein centre-ville.

L'onde de choc de ce scoop n'en finit plus de se propager, bousculant les idées reçues sur la Rambla, cet axe d'un kilomètre et demi où passent chaque année 78 millions de personnes, dont la moitié de touristes. C'est là, et dans les rues adjacentes du Raval que se sont installées les mafias de la prostitution.

C'est là aussi, dans le quartier central de Ciutat Vella, que l'on a recensé l'essentiel des 80 000 vols à la tire déclarés en 2008. Hier encore emblème de Barcelone, la capitale du bon vivre et de la jeunesse, la Rambla est aujourd'hui, selon La Vanguardia, "le paradigme des effets nocifs d'un certain type de succès urbain lié à la ville spectacle".

Le quotidien regrette "le retrait de la population locale de cet espace public" victime du tourisme de masse et de la dégradation urbaine qu'il génère.

Face au discrédit, la presse locale appelle à la mobilisation, notamment des institutions culturelles, pour créer - on ne se refait pas -, "une marque Rambla". De son côté, le maire interpelle les esprits chagrins : "Qu'ils viennent à Ciutat Vella et qu'ils constatent le combat que nous menons pour la sauver et en faire un exemple de centre historique réhabilité."

Mais s'il suffit de se retrousser les manches pour réparer les dégâts collatéraux d'un tourisme excessif, les atteintes à l'image de Barcelone sont plus graves quand elles sont portées de l'intérieur.

C'est le second coup de tonnerre de cet automne : un scandale qui a ébranlé le Palais de la musique catalane, ce théâtre de l'art choral qui, avant d'être inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, constitue un monument de la fierté catalane.

L'arrestation de son président, Félix Millet, accusé d'avoir détourné plus de 10 millions d'euros à l'occasion des travaux de réhabilitation de cet édifice moderniste, a consterné l'homme de la rue.

L'institution, qui vit en grande partie du financement public, du bénévolat et des dons des Barcelonais, se trouve aux centres de malversations qui dépassent le simple fait divers.

Non seulement, le descendant des fondateurs du Palau de la Musica a pioché dans la caisse pour son propre compte, mais il a arrosé largement ses obligés de la société barcelonaise, en particulier le parti Convergence et Union (CiU, droite nationaliste) via sa fondation, laissant entrevoir un système huilé de subventions et de renvois d'ascenseurs.

Le sentiment de malaise s'est accru, ces derniers jours, avec l'arrestation à la demande du juge Baltasar Garzon de huit hommes politiques, entrepreneurs et hauts fonctionnaires de Catalogne, dans le cadre d'une vaste affaire de corruption liée à l'immobilier. Des élus du Parti socialiste catalan sont dans le collimateur du magistrat, mais aussi d'anciens responsables du gouvernement CiU de Jordi Pujol.

Ce "coup de filet transversal", ainsi que l'a qualifié la presse locale, confirme que Barcelone et sa région ne sont pas immunisées contre l'épidémie de corruption qui submerge l'Espagne. C'est officiel : elle a franchi les frontières de ce que les élites locales ont longtemps défini comme "l'oasis catalane".


Courriel : bozonnet@lemonde.fr. Jean-Jacques Bozonnet

Posté par Cozett à 00:00 - Europe - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 3 novembre 2009

Le billet d’humour de Robert Solé - Le doigt sur l'erreur

LE MONDE | 29.10.09

Mais que se passe-t-il donc chez les députés UMP ? La semaine dernière, Jean-François Lamour s'était "trompé" à propos de la surtaxe sur les banques : il avait voté "pour" alors qu'il voulait voter "contre", et cela fit basculer le scrutin. Mercredi, rebelote : après s'être abstenu sur le budget 2010, Pierre Méhaignerie a déclaré : "Il s'agit d'une erreur. Je voulais en fait voter pour le texte."

Ce sont, paraît-il, des erreurs matérielles, dues à de mauvaises manipulations des touches. Une question de doigté. Les honorables parlementaires qui prennent des vessies pour des lanternes seraient-ils bigleux ?

Habitués à fermer les yeux sur beaucoup de choses, auraient-ils tendance à se fourrer le doigt dans l'oeil ?

Ne leur jetons pas la pierre. Au moins étaient-ils dans l'hémicycle, où les présents se comptent généralement sur les doigts de la main.

Errare humanum est. Oui, l'erreur politique est humaine, et elle ne se limite pas aux députés. On ne compte plus les Français qui, ayant voté en 2007 Sarkozy, Royal ou Bayrou, s'en mordent les doigts. Ceux-là, si je ne me trompe, risquent, la prochaine fois, de voter avec leurs pieds.

Posté par Cozett à 00:20 - Humour - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

dimanche 11 octobre 2009

Les fabriques de clones '' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud

Téléobs  n° 2342 Septembre 09 

Les grandes écoles fabriquent des hommes et des femmes d’excellence, certes mais surtout des fantassins du système.

A la radio, comme dans la vie, la fraîcheur et la simplicité d’un témoignage nous en disent parfois bien plus que les gloses et réflexions les plus savantes. Y compris sur des questions aussi essentielles que la crise mondiale ou le mouvement des idées. Le 9 Septembre sur France Inter Patricia Martin invitait notre conseur Florence Noiville du « Monde », qui publie un précieux petit livre (1)  Cela était assez passionnant à entendre.

De quoi s’agissait-il ?

Du modelage idéologique des jeunes esprits « voire de leur formatage » dans ces prestigieuses écoles de commerce, censées former l’élite économique et financière de nos sociétés démocratiques. Florence Noiville dénonçait, en somme, cette idéologie invisible  qui préside à une certaine vision du monde et des rapports humains ; idéologie dont la récente crise financière a montré la – possible – capacité de nuisance. Le fait est que dans beaucoup de ces « business schools », répertoriées et classées internationalement parmi les meilleures,  on fabrique des hommes et des femmes d’excellence, mais dont le cerveau fonctionnera avec le même logiciel.

Les valeurs dont ils se trouveront porteurs en fin d’études seront celles de la performance, du calcul coût/bénéfice, de la pensée du nombre et de la finance. Ils deviendront ainsi, sans toujours s’en rendre compte, les fantassins du système, les serviteurs zélés de ce que l’économiste Jean-Paul Fitoussi appelait jadis « l’idéologie du monde ». Par cette expression, il désignait cette interprétation dogmatisée de la pensée libérale, laquelle nous a finalement conduits dans le mur. Pour prendre la vraie mesure de cette quasi – intoxication pédagogique, le parcours de Florence Noiville, tel qu’elle-même le retrace, est exemplaire.

La jeune femme, en effet, a effectué de brillantes études à HEC. Egalement diplômée de Sciences-Po, elle a obtenu une maîtrise de droit des affaires avant de commencer une carrière lucrative dans la finance. Un beau jour, pourtant, sans doute lassée du désert culturel dans lequel il lui semblait vivre, elle a brusquement plantée là les financiers et renoncée aux brillantes perspectives professionnelles qui s’offraient à elle. Cette rupture l’a finalement ramenée vers la culture et le journalisme littéraire,  métier qu’elle exerce désormais avec une jubilation aussi talentueuse que vivifiante. Elle parle enfin de tout ce qui lui manquait.

En écrivant ce petit livre, elle n’entendait pourtant pas cracher dans la soupe, ni diaboliser l’école dont elle reste diplômée. A la manière des repentis du communisme, des défroqués du cléricalisme ou des transfuges intrépides, elle voulait simplement montrer jusqu’où peut conduire une infiltration dogmatique insidieuse qui en arrive à tordre un enseignement dans le mauvais sens. La grille de valeurs que fournissent à leurs élèves ces grandes écoles de commerce, l’interprétation des finalités de l’entreprise qu’on leur inculque, tout cela mériterait d’être révisé, voire refondé de fond en comble.

Rien ne serait plus dangereux pour le système que de fabriquer indéfiniment des générations entières de clones performants  mais qui, à bien y regarder, n’ont plus qu’une calculette à la place du cerveau. Cette remarque de bon sens, dit-on, commence à s’imposer dans les cercles dirigeants. Il serait temps.

(1) Florence Noiville, « J’ai fait HEC et je m’en excuse » Stock 150 p.

Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières

j_C_Guillebaud_01

Posté par Cozett à 16:00 - Réflexions - Citations - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mercredi 7 octobre 2009

Europe - Le message de Marek Edelman : l'un des chefs de l'insurrection du ghetto de Varsovie, par Franck Nouchi

LE MONDE | 05.10.09

Il y avait foule, ce week-end, au Monde. Il faut dire que l'événement était de taille : la littérature prenait le pas sur l'actualité. Les auteurs avaient l'air contents ; le public, nombreux, également.

Quant au chroniqueur, il se sentait dans le rôle du chiffonnier cher à Walter Benjamin, ce maître dans l'usage des citations. Quoi de plus agréable, en effet, que de se lever au petit matin pour aller ramasser ce que les passants ont laissé tomber, en l'espèce les écrivains et leurs multitudes de mots.

Il y en eut donc de fameuses, des phrases, des idées, que vous retrouverez dans les quatre pages spéciales de ce numéro.

Mais, aujourd'hui, ce sont d'autres mots qui s'imposent à nous, ceux d'un homme qui vient de mourir et qui fut l'un des grands héros du XXe siècle : Marek Edelman, l'un des chefs de l'insurrection du ghetto de Varsovie, en avril 1943 (Le Monde reviendra sur le parcours de Marek Edelman dans une prochaine édition).

Il y a un peu plus d'un an, il avait reçu, chez lui, en Pologne, une journaliste du Monde, Marion Van Renterghem. Un paquet de Gauloises, un whisky, et il s'était lancé dans le récit de son épopée : "Nous avions décidé de mourir les armes à la main. C'est tout. C'est plus facile que de donner ses habits à un Allemand et de marcher, nu, vers la chambre à gaz."

Incroyable "c'est tout", à la mesure de cet incroyable personnage.

De lui, il ne nous reste à présent que quelques images qui depuis vendredi tournent en boucle sur les écrans de télévision et un livre écrit en 1945, Mémoires du ghetto de Varsovie. En 1993, Marek Edelman souhaita y rajouter une postface (éditions Liana Levi).

Au lendemain du référendum irlandais, il faut absolument lire ces quelques pages en forme d'adresse à l'Europe. Comment ce "berceau de la culture et de la civilisation moderne" a-t-il pu inventer au début du XXe siècle "le système totalitaire", s'interrogeait-il ?

Un demi-siècle après la Shoah, Edelman en était convaincu : il faut encore et toujours en parler. Pour la simple raison, ajoutait-il, qu'en dépit de l'horreur de ce qui s'est passé, l'Europe a assisté, passive et impuissante, aux génocides du Biafra et du Cambodge et à la mort de milliers de personnes dans l'ancienne Yougoslavie.

Implacable, il concluait : "L'Europe se comporte comme ce promeneur du dimanche qui faisait du manège près du mur du ghetto alors que, de l'autre côté, des gens mouraient dans les flammes. Indifférence et crime ne font qu'un."

Au cours des débats qui ont jalonné ce week-end littéraire, il était réconfortant de constater que de plus en plus d'écrivains français semblent, justement, ne pas (ne plus ?) écrire dans l'indifférence du monde qui les entoure. Comme si, en définitive, le message de Marek Edelman - "nous devons nous souvenir de ce manège, de ces flammes, et de ces insurgés" - ne cessait de se propager.

Franck Nouchi

Posté par Cozett à 00:03 - Europe - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 30 septembre 2009

Copé, accidenté du travail, par Gérard Courtois

LE MONDE | 28.09.09 | 13h02

les quelque 850 000 victimes, chaque année, d'un accident du travail ne perçoivent que 60 % à 80 % de leur salaire, et sont donc déjà pénalisées ; tous, et notamment les plus modestes, n'ont pas de mutuelle complémentaire,

L'ambition n'est pas la moindre des qualités de Jean-François Copé. Il y a des lustres, quand on l'interrogeait sur son évidente passion pour la politique, il affichait sans détour sa feuille de route : "Député à 30 ans, ministre à 40, premier ministre à 50, après on verra..." Il a brûlé toutes les étapes. Depuis deux ans à la tête du groupe UMP de l'Assemblée, le voilà dans une position plus forte, plus libre et plus prometteuse que n'importe quel "collaborateur" de Nicolas Sarkozy, premier ministre compris.

Cela l'autorise à se démarquer, à parler haut, à avoir des idées. La dernière en date est nette et sans complexe, comme son auteur : il s'agit de fiscaliser - en clair, de rendre imposables - les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale aux salariés victimes d'un accident du travail : "Cela rapportera 150 millions d'euros", a-t-il asséné. "C'est une mesure de justice", a applaudi Eric Woerth, le ministre du budget. Mieux, cette proposition a été approuvée par le chef de l'Etat : "Pourquoi cette indemnité serait exonérée d'impôt si c'est un revenu de remplacement de votre travail ?", a-t-il interrogé lors de son récent entretien télévisé.

En résumé, économies + équité + bon sens. Impeccable, donc. A ceci près qu'il y manque le sens de l'à-propos et un brin d'intelligence du coeur. Comment ne pas se rendre compte - tout à la satisfaction de la "coproduction budgétaire" - que lancer une telle mesure au moment où la chronique sociale est scandée depuis des semaines par des suicides en série chez France Télécom, après ceux du centre Renault de Guyancourt et, hélas, bien d'autres plus sporadiques, a quelque chose de profondément choquant.

Même dans la majorité, beaucoup ont exprimé leur "malaise". M. Copé lui-même a tenté de corriger le tir en assurant, avec un égal aplomb, que "les politiques n'ont pas le droit de passer à côté de la souffrance au travail"...

C'est bien le moins. Le détail technique du dossier recèle déjà des injustices flagrantes : les quelque 850 000 victimes, chaque année, d'un accident du travail ne perçoivent que 60 % à 80 % de leur salaire, et sont donc déjà pénalisées ; tous, et notamment les plus modestes, n'ont pas de mutuelle complémentaire, etc.

Mais, au-delà, comment ignorer que ces accidents sont, bien souvent, le résultat dramatique d'une intensification du travail, d'un allégement des équipes, d'une sous-traitance et d'une concurrence de plus en plus tendues, au détriment de la sécurité et de la prévention des risques ?

Comment ignorer que ces accidents sont le trou noir du monde du travail, largement sous-déclarés, en toute impunité ou presque par les employeurs, comme le déplorait, en 2008, le très officiel rapport Diricq, qui chiffrait le manque à gagner pour la Sécurité sociale à 1 milliard d'euros ?

Comment oublier qu'avant la prétendue "équité fiscale" il devrait y avoir l'équité tout court ? Jean-François Copé, lui, l'a "oublié".

Courriel : courtois@lemonde.fr. 

mardi 29 septembre 2009

Le billet d’humour de Robert Solé - Lapsus

LE MONDE | 25.09.09

Nul n'est à l'abri d'un lapsus. On n'a pas oublié celui du député RPR Robert-André Vivien, en 1975, à propos d'un projet de loi sur la pornographie : souhaitant que le texte soit durci, il avait invité le ministre concerné à "durcir son sexe". Trois ans plus tard, un journaliste très ému annonçait à l'antenne la mort de Jean Paul Ier : "Le pope est mart."

Il y a deux manières de réparer un lapsus. La première est de rectifier aussitôt : "Ce n'est pas ce que je voulais dire..." La deuxième est de ne pas relever, attendant que la tempête passe.

C'est ce que semblait faire Nicolas Sarkozy après avoir porté atteinte à la présomption d'innocence des "coupables" de l'affaire Clearstream.

Mais son entourage a choisi une troisième voie : la justification du lapsus. Les coupables ne se trouvent-ils pas toujours parmi les prévenus ? La victime qui se constitue partie civile n'accuse-t-elle pas juridiquement son adversaire d'avoir commis un délit ?

Bref, il ne s'est rien passé, la langue présidentielle n'a pas fourché. Mais les avocats du chef de l'Etat devraient se méfier. Avec cette ligne de défense, ils portent atteinte à un principe sacré : la présomption de lapsus.

Posté par Cozett à 00:05 - Humour - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 17 septembre 2009

L'insurrection silencieuse - Résister c'est créer ... par Franck Nouchi

LE MONDE | 15.09.09

Comment en vient-on à désobéir, à dire non à son patron, à son ministre de tutelle ?

Dans "L'insurrection silencieuse", l'enquête de Paul Moreira diffusée lundi soir 14 septembre sur Canal+, on entendait des désobéissants de toutes sortes : des syndicalistes soucieux de défendre le service public de La Poste ou de l'électricité, un homme qui, pendant la guerre, avait été caché parce qu'il était juif et qui, à son tour, a décidé de braver le délit de solidarité en offrant l'hospitalité à un jeune Marocain sans papiers...

Il y avait aussi une enseignante, venue devant l'école de son enfant soutenir la lutte de collègues ouvertement désobéissants. "Même si je suis silencieuse, disait-elle, on ne m'a pas coupé la parole."

Et puis il y avait aussi Bastien Cazals, un jeune directeur d'école maternelle de Montpellier qui refuse d'appliquer les consignes du ministère. Pas question pour lui de remplir le fichier informatique "base élèves" dont Xavier Darcos, alors ministre de l'éducation, a fini par reconnaître le caractère "liberticide" et "non conforme à la tradition républicaine de Jules Ferry".

Contestant la suppression des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased), M. Cazals refuse également de donner les deux heures supplémentaires de soutien scolaire dorénavant prévues pour ces enfants. Conséquence : 600 euros en moins sur sa fiche de paie.

Ce désir de résister, expliquait-il, est né de la lecture sur Internet d'un Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944.

On pouvait y lire ceci : "Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, (...) nous appelons les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944. Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : "Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.""

C'était signé : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

De quoi susciter bien des vocations, en effet.

mercredi 16 septembre 2009

Molière ... - Tartufferie climatique, par Hervé Kempf

LE MONDE | 12.09.09

Cette chronique est dédiée à Molière, et à son immortel Tartuffe.

Communiqué du président de la région Aquitaine, Alain Rousset : "En plein débat sur la taxe carbone et à trois mois du Sommet mondial sur le climat qui se tiendra à Copenhague, l'heure est plus que jamais à la responsabilité politique et citoyenne."

Mmmh, c'est beau comme l'Antique. La missive continue : "C'est pourquoi Alain Rousset a décidé de créer un "fonds carbone" pour financer en région Aquitaine des projets permettant de "séquestrer" le carbone."

But : compenser les émissions liées au chantier de l'autoroute A 65, qui doit relier Pau à Langon. Pour un million de tonnes de gaz carbonique générées par le chantier lancé fin 2008, on financera des actions, par exemple la plantation d'arbres, supposés absorber une masse équivalente de CO2.

Ça sonne écolo, ça brille écolo, c'est plus vert que vert... Sauf que c'est une hypocrisie de la plus belle espèce.

L'autoroute A 65 est en effet un projet d'infrastructure des plus contestés et contestables, imposé après le Grenelle de l'environnement sous la pression assidue de M. Rousset, entre autres.

Sa réalisation va détruire des zones naturelles classées, fragmenter l'écosystème landais, et susciter un surcroît de trafic routier (Le Monde du 12 avril 2008). La décision de lancer l'A 65 a été finalisée en 2008, après le Pacte écologique de Nicolas Hulot, le Grenelle de l'environnement, et une tornade de déclarations la main sur le coeur en faveur de la lutte contre le changement climatique.

Détail crucial. Alors que le trafic actuel entre Pau et Langon est de l'ordre de 7 500 véhicules par jour, l'autoroute ne sera rentable, estime le concessionnaire, l'entreprise A'lienor, que s'il atteint 14 500 véhicules par jour en 2020 : autrement dit, tous les efforts seront faits pour presque doubler la circulation automobile - ce qui ne peut qu'augmenter la quantité de gaz à effet de serre.

Est-ce qu'il est prévu de "compenser" cette augmentation inévitable ? Que nenni. On ne parle que des "émissions du chantier".

Mais compenser, même, ne suffirait pas. La plupart des pays occidentaux - dont la France, dans sa loi sur l'énergie de 2005 - ont pris l'engagement de réduire leurs émissions de 80 % d'ici à 2050.

Cela représente une diminution de l'ordre de 3 % par an. Il s'agit bien, non pas de stabiliser les émissions, mais de les réduire drastiquement et régulièrement. On attend avec intérêt la démonstration que l'A 65 aidera à atteindre cet objectif en Aquitaine.

Tiens ! Un autre communiqué. "Nantes Métropole prépare activement le Sommet de Copenhague sur le climat sous l'impulsion de son président, Jean-Marc Ayrault". Ayrault, Ayrault ? Ce n'est pas le monsieur qui veut construire un aéroport au nord de Nantes ?

Merci, MM. Rousset et Ayrault, l'avenir de la planète est en de bonnes mains.

Courriel : kempf@lemonde.fr


samedi 18 juillet 2009

Le billet d’humour de Robert Solé - Relâche

LE MONDE | 10.07.09

Dernier billet de l'année scolaire. A partir de demain, c'est relâche, jusqu'à la fin août. Pas question de bâcler cette oeuvre ultime : elle doit être le bouquet final, un feu d'artifice.

Un billet réussi suppose un bon thème et une bonne chute. Rien de plus simple.

Le thème, aujourd'hui, est tout trouvé : le projet des chemins de fer russes de rebaptiser la gare de Leningrad, à Moscou, en "gare Nicolas".

Pour rendre hommage à un chef d'Etat étranger, la compagnie aurait pu penser à une "gare Barack" ou à une "gare Angela". Mais non, elle a spontanément choisi "Nicolas". Jamais en France nous ne l'aurions osé. Il y a des limites au culte de la personnalité. Même les sarkozystes les plus déchaînés de l'UMP auraient hésité à transformer la gare Saint-Lazare en gare Saint-Nicolas.

Renseignements pris, les Russes veulent rendre au tsar Nicolas Ier (1796-1855) la gare de Leningrad qui portait originellement son nom.

Voilà pour le thème.

Et la chute ? me direz-vous. Plus de place, malheureusement, pour la chute. Il ne me reste que trois lignes, chers lecteurs, pour vous préciser, à la demande de la direction du journal, qu'un billet n'est pas exigé pour lire Le Monde sur la plage.

Bonnes vacances Monsieur Solé ! Votre humour va nous manquer en ces temps de "crisaille " !

Posté par Cozett à 00:05 - Humour - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 15 juillet 2009

Fête nationale – La chronique de François Reynaert

Nouvel Obs 9-15 Juillet 2009

Le 14 jui-yéyé

Toujours se consoler comme on peut des avanies du présent. Ainsi cette perspective qui affecte peut-être vos coeurs patriotiques comme elle fait pleurer le mien : cette année, sur décision du chef de l'Etat, pour célébrer la fête nationale, on va devoir se fader le grand concert d'un jeune artiste trop oublié : Johnny Hallyday Franchement !

Pensez ce que vous voulez du bonhomme, mais pour un jour pareil, le choix de ce qu'on oserait appeler un 14 jui-yéyé est-il raisonnable ?

Acceptons même d'oublier la polémique évoquée ici et là, la question d'argent. On a parlé d'un cachet de 500 000 euros, ce qui, pour une telle date, serait une bastille un peu dure à avaler. Mais bon, le garçon dément, et par ailleurs il ne serait pas le premier multimilliardaire subventionné par l'argent public.

Avec la droite aux commandes, entre les cadeaux aux banquiers et les coups de pouce au CAC 40, on ne voit même plus que ça. Avec cette opération, Johnny est même très représentatif des conceptions économiques du pouvoir actuel.

Vous vous souvenez du principal motif avancé pour faire voter, en 2007, le fameux bouclier fiscal : cette mesure est indispensable pour faire revenir en France tous les exilés fiscaux dont on a tant besoin. Eh bien voyez : au moins une fois par an, c'est le cas.

Il y a deux ans, pour chanter la même fête nationale, on a eu Pomareff, planqué en Californie depuis trente ans. Demain, ce sera Johnny, en Suisse depuis quatre.

Le seul problème, c'est qu'une fois qu'ils ont ramassé le pognon du contribuable ces braves gens se dépêchent de repartir avec pour ne pas avoir à en rendre une partie : vous savez comme les artistes sont délicats, ils n'aiment pas s'imposer - on peut dire que c'est le mot.

Sinon, dans le symbole, tout heurte. On essaie de nous vendre un pays tendu vers l'avenir. Quel besoin, pour l'incarner, d'aller chercher un type qui a commencé sa carrière sous le général de Gaulle ?

Je sais, son grand retour tombe en plein débat sur la nécessité d'allonger le temps de travail, mais tout de même : depuis le temps qu'il fait des tournées pour annoncer qu'il arrête, il a bien dû finir par avoir tous ses trimestres, non ?

Ne parlons pas non plus de politique : le 14-Juillet est censé commémorer le rassemblement de toutes les tendances de la nation. J'ai fait le compte de celles qui étaient représentées par ses fans, par exemple ceux qui se sont pressés à son récent concert au Stade de France : ça allait d'Alain Delon à Jean-François Copé.Parmi les spectateurs, le type le plus à gauche, c'était Raffarin, c'est dire.Je pose enfin cette question anxieuse aux pouvoirs publics : est-il vraiment raisonnable d'inviter un type connu pour commencer tous ses spectacles par «allumer le feu» le jour même où on donne partout en France les bals des pompiers ?

Oui, nous en sommes d'accord, cette idée de Hallyday est farfelue, et pourtant comment ne pas s y résigner ? Songez à ce qu'on aurait pu nous réserver si le pouvoir avait suivi le prétendu virage culturel en cours à l'Elysée.

Mais si ! Vous savez bien, le nouvel appétit de savoir du président, la reconquête des intellectuels, Frédéric Mitterrand à la Culture, tout ça. Par parenthèse, le choc pour ce pauvre garçon. L'autre, en l'appelant à la Villa Médicis, avait dû lui vendre un poste taillé pour lui : j'ai changé, Bigard c'est fini, tu pourras faire ce que tu veux, célébrer tous ces gros melons que tu adores, les prix Nobel de littérature, les reines d'Albanie en exil, tout ça. Moyennant quoi, pour son premier grand événement national, le malheureux Mitterrand va devoir se bloquer la 218e version de «Qu'estce qu'elle a ma gueule ?» coincé entre le chien de Jean-Paul Belmondo et le mari de Sylvie Vartan.

On nous promettait donc le nouveau Sarkozy, disais-je, ce type incroyable qui lit tout Proust entre un jogging et un rendez-vous avec le Premier ministre irakien, et de qui accouche-t-il finalement ? De Johnny. Eh bien, dans un sens, tant mieux. L'éternel vieux rocker sous label UMP vous casse les oreilles ? Peut-être. Songez aussi à la perspective d'un président qui, suivant sa nouvelle pente, nous aurait imposé la lecture intégrale par lui-même de l'«Ulysse» de Joyce ou des «Perses» d'Eschyle avec, en arrière-plan, le gouvernement en toge pour faire le chœur antique et, avouez-le, c'est un moindre mal.

Posté par Cozett à 12:28 - Réflexions - Citations - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »