jeudi 29 octobre 2009
Banque: comment Dexia et les autres ont intoxiqué les collectivités locales
Sylvain Lapoix - Marianne | Mercredi 28 Octobre 2009
Pendant plusieurs années, Dexia, « le partenaire des collectivités locales », a proposé des prêts à taux bonifié pour économiser les intérêts à la veille des élections. Aujourd'hui, les bombes des produits toxiques cachées dans ces paquets cadeaux explosent, de Saint-Etienne à Bobigny.
Imaginez que votre banquier vous propose de faire une croix sur les intérêts de votre prêt pendant trois ans, le temps de payer les études supérieures de l'aîné : ça ne se refuse pas !
Et bien les maires de Laval, Saint Etienne, Rouen, la présidence de la communauté d'agglomération de Lille, celle du Conseil général de Seine-Saint-Denis, le patron de la société immobilière Sacvl à Lyon et cent autres responsables de collectivités territoriales, n'ont pas refusé... et s'en mordent aujourd'hui les doigts, la crise financière ayant fait enfler des taux d'intérêts inférieur à 4% jusqu'à des sommets improbables : 10, 20, 24% par an sur plus de dix ans pour les plus malchanceux !
A chaque fois, l'offre avait été présentée de la même manière : la banque proposait de ne pas payer d'intérêts jusqu'aux élections (cantonales, municipales ou autres) puis de rembourser à taux variable, évitant aux élus d'augmenter les impôts en période de campagne. Une offre d'autant plus alléchante qu'elle était formulée par une banque amie, Dexia, ancien établissement public, surnommé « le partenaire des collectivités locales ».
Ce que les maires et conseillers généraux ne savaient pas, c'est que les taux variables en question étaient adossés à des valeurs extrêmement instables (taux de changes croisés, matières premières...), les fameux « produits toxiques » dont la crise financière a révélé les dangers. Et pourquoi ne le savaient-ils pas? Parce que Dexia ne le leur avait pas dit !
Que fait l'Etat, actionnaire principal de Dexia ? Rien !
Avec 97% de sa dette appuyée sur des produits toxiques, le conseil général de Seine-Saint-Denis a été le premier à briser l'omerta : Claude Bartolone a mis en demeure Dexia de lui proposer des solutions, sous peine de la poursuivre pour « défaut de conseil à un client non initié ».
Avec l'aide d'un cabinet spécialisé, son équipe a épluché trois ans d'échanges de mails, de fax, de courriers à la recherche d'une trace de mise en garde contre la dangerosité de ces produits... Bilan : rien, pas une ligne sur les risques encourus. La précédente majorité avait accepté de voir des prêts à 4 ou 6% réduits à moins de 2% pendant les trois ans précédant les cantonales.
Or, à compter de 2008, les prêts basculaient sur un taux variable dépendant des variations entre le taux de change euro/dollar et euro/yen. « Sur une dette de 800 millions d'euros, les dégâts des produits toxiques avoisinent les 20%, soit 160 millions d'euros », estime-t-on au cabinet de Claude Bartolone.
Face à cette catastrophe, les collectivités locales ont engagé des négociations et se sont tournées vers Christine Lagarde : « le président de l'association des maires des grandes villes a écrit fin 2008 à la ministre de l'Economie pour lui demander de faire pression sur Dexia, l'Etat étant actionnaire majoritaire de la banque », se souvient Jean-Claude Bertrand, adjoint aux finances de Saint Etienne. Depuis ? Rien ! Certains maires l'ont relancée par courrier. Même chose pour le ministre des Collectivités locales, Brice Hortefeux. Sans plus de succès.
A Saint-Etienne, 70% des 380 millions d'euros de dette ont été frappés par l'explosion des produits toxiques, avec quelques pépites : « Dexia nous a accordé un swap de la Deutsche Bank sous jacent à un prêt pour 20 millions d'euros, basé sur la parité entre livre et franc suisse, détaille Jean-Claude Bernard. Avec l'effondrement de la livre sterling, nous nous retrouvons avec 24% de taux d'intérêts sur 13 ans, et encore, nous avions plafonné, sans quoi il aurait du être de plus de 35% ! Les intérêts de ces 20 millions pourraient coûter 72 millions d'euros à la ville ! »
Dexia n'assume pas les « ventes forcées »
, poursuit l'adjoint aux finances de Saint Etienne : ils vous accordent un prêt de 30 millions mais pour 15 millions à un taux fixe bonifié, vous êtes obligés de prendre les 15 autres millions en produits structurés. »
« La méthode s'assimile à la vente forcée
La municipalité a décidé de poursuivre la Deutsche Bank pour annuler le swap mais se retrouve en attendant contrainte de tailler dans les dépenses : la ville a réduit son train de vie de 2% (soit 7 millions d'économisés) sur les coûts de fonctionnement, réduisant l'achat de fournitures et ne remplaçant pas certains départs en retraite, histoire de sauver les investissements nécessaires, notamment la réfection d'écoles et de bâtiments publics délaissés.
En public, le porte parole de Dexia balaie les critiques de Claude Bartolone et les accusations des autres responsables d'exécutifs territoriaux : « nous avons permis aux collectivités locales de faire d'importantes économies »: 500 millions sur 2001-2008, ose-t-il chiffrer.
Dans les coulisses, la banque propose des solutions douteuses : dans une collectivité locale, elle offre le rachat de quelques centaines de millions de dette à un taux de plus de 6% ! Avec la Banque centrale européenne qui prête à moins de 1%, on voit d'où Dexia tire ses bénéfices.
A Saint Etienne, autre méthode : « ils proposent de sécuriser la dette jusqu'à la fin de la mandature, 2014 », soit exactement la même offre faite à la précédente majorité... sans aucune garantie sur la suite des remboursements ! La mairie a refusé.
Petits maires et grosses banques négocient dans l'ombre...
Mais le plus gros reste encore tapi dans l'ombre : de nombreuses municipalités ont également contracté des prêts toxiques mais espèrent bénéficier des négociations des « gros poissons politiques », Martine Aubry à la communauté d'agglomération de Lille ou Gérard Colomb à Lyon pour solder, sans scandale, leurs erreurs passées. « J'ai demandé à faire modifier le prêt que m'avait fait Dexia, confie le maire d'une ville moyenne. Ce n'était pas trop dangereux, moins de 10 millions d'euros, mais ils ont refusé alors je vais essayer de m'y prendre autrement. »
Une stratégie partagée par les banques, Calyon, la Société générale ou encore BNP ayant également fait tourner la machine à emprunts toxiques : selon une source proche du cabinet de Claude Bartolone, des patrons de grandes banques l'appellent désormais directement pour négocier et éviter ainsi d'arriver en première page des journaux, alors que « jusqu'ici, le Conseil général n'avait eu à traiter qu'avec les responsables des produits financiers. »
Y aurait-il quelques millions d'emprunt toxique que les collectivités locales n'auraient pas déniché ?
mardi 27 octobre 2009
Traders : A Paris les bonnes affaires continuent
LE MONDE | 23.10.09
Aucune limitation des primes n'est à l'ordre du jour.
Certains évoquent même une hausse des bonus en 2010.
Près de 26 milliards de dollars (17 milliards d'euros) de bonus prévus fin 2009 pour les traders de Wall Street, soit une hausse de 40 % par rapport à 2008 ! Près de 10 milliards de dollars à Londres (+ 50 %) ! Combien à Paris ? Le redressement spectaculaire des banques, grâce aux profits réalisés sur les marchés financiers, va-t-il se traduire par une "tournée générale" de primes ?
Dans les salles des marchés parisiennes, l'expression "business as usual" (les affaires continuent) est sur toutes les lèvres. Les traders ne redoutent pas le décret que s'apprête à signer le premier ministre français, François Fillon, pour limiter leurs primes. La plupart affirment n'avoir reçu aucune notification écrite d'un prochain changement de règles.
"Ils savent qu'ils n'ont pas intérêt à nous démotiver, en écrivant des choses noir sur blanc", explique un salarié de la Société générale à Paris. "On ne nous a rien annoncé. Ce dont on parle en ce moment c'est de la hausse des bonus (versés début 2010 au titre de 2009) de 40 % !", signale un employé de la Royal Bank of Scotland (RBS) à Paris. La tonalité est la même au Crédit agricole : "Bien sûr qu'on ne nous a rien dit. Les dirigeants de banques ont annoncé des réformes, mais tout ça, c'est de la politique !"
Les nouveaux principes arrêtés fin septembre par le G20 de Pittsburgh (paiement des bonus sur plusieurs années, système de bonus-malus, part en actions de la banque etc.) suscitent même des sarcasmes. "Cela fait des années que mon bonus est payé sur trois ans !", témoigne un employé de salle des marchés de la Société générale. "Ceux qui font les règles ne savent pas comment le système fonctionne, renchérit Alexandre, exilé en Suisse. L'échelonnement du paiement sur trois ans pour les plus gros bonus à Paris, ce n'est pas nouveau !"
Tous savent que le métier de trader s'exerce sur un marché compétitif. Et selon eux, la France, déjà plutôt mal placée dans la compétition face à Londres, n'agira pas de façon isolée. "On comprend que Nicolas Sarkozy soit obligé d'avoir un discours dur, l'opinion publique serait choquée du contraire. Mais on n'est pas dupe. C'est du marketing. La "chasse aux sorcières" ne peut pas se faire seulement à Paris", avance un financier depuis son bureau à La Défense.
"Au début de son mandat, Sarkozy voulait défendre la place de Paris, faire revenir les traders formés à Polytechnique et partis à Londres. Si demain on change les règles, on enterre la place de Paris, ajoute Philippe, trader depuis cinq ans. Le seul truc auquel on va arriver, c'est d'écraser la hiérarchie des salaires, poursuit-il. Le métier de trader est l'un des rares où un jeune peut gagner plus que son chef. Demain, cela risque de ne plus être le cas."
Les banques françaises, qui soulignent qu'elles ne chiffreront l'enveloppe de bonus que début 2010, une fois leurs résultats de 2009 connus, auraient d'ailleurs pris la mesure des risques de délocalisation des traders. Selon la Tribune du mercredi 21 octobre, BNP Paribas et la Société générale auraient accordé, début 2009, des primes exceptionnelles appelées "retention packages" (paquets de fidélisation) à leurs traders vedettes pour éviter de les voir partir. Plusieurs millions d'euros sont mis sur la table.
Néanmoins, un "début de changement" s'amorce, estime Diane Segalen, vice-présidente du cabinet de recrutement CT Partners. Certes, indique-t-elle, quelques banques anglo-saxonnes continuent à "faire n'importe quoi", notamment à garantir des bonus record, y compris quand elles n'ont dû leur salut qu'à l'argent public.
Mais selon Mme Segalen, la plupart des banques, notamment en France, commencent à intégrer l'"idée" qu'elles devront être plus raisonnables. "Jusqu'ici, une banque qui débauchait un trader lui garantissait un salaire et un bonus pour l'année en cours, puis la suivante, voire celle d'après, explique la chasseuse de têtes. C'est fini. Aujourd'hui, la garantie est limitée à l'année n + 1, ce qui revient à assurer le nouveau venu que son emploi ne sera pas supprimé."
Tout recrutement de trader senior doit, par ailleurs, être approuvé par le directeur général et le comité de direction, parfois même par le conseil d'administration.
Pour autant, ces bonnes pratiques n'empêcheront pas le versement de très gros bonus, selon Mme Segalen. "Les banques regagnent de l'argent depuis février, elles sont suffisamment riches pour payer", explique Antoine Morgaut, directeur du cabinet Robert Walters à Paris. L'expert anticipe une hausse de 10 % à 20 % des rémunérations totales, avec un retour des bonus, "dont certains se compteront en millions d'euros".
"Les lois n'y peuvent pas grand-chose, conclut M. Morgaut. En matière de rémunérations dans la finance, le marché commande. C'est la loi de l'offre et de la demande."
Claire Gatinois et Anne Michel
dimanche 25 octobre 2009
Robin des Banques
Actualités Besançon 15 Octobre 2009
Un Robin des Bois moderne
Un banquier qui vole aux riches pour donner aux pauvres : voilà qui n'est pas fréquent ! Un tel homme existe pourtant pas très loin de chez nous : il était jugé hier par le tribunal de Belfort.
Ce banquier à la très bonne réputation, sérieux et compétent, apprécié de ses clients comme de ses collègues, prélevait de l'argent sur des comptes bien fournis, afin de le reverser sur celui de clients un peu moins aisés.
En 2004, certains habitué de la Caisse d'Epargne ont ainsi vu disparaître de leur compte des sommes allant de 300 à 8000€. Une assurance-vie a été souscrite à l'insu du client concerné. Une dame venue se porter caution a signé, sans s'en douter, une autorisation de prêt. A chaque fois, c'est la signature du généreux banquier qui remplaçait celle des clients.
En parallèle, des sommes apparaissaient mystérieusement sur des comptes bancaires peu fournis.
Pendant toute cette période, le Robin des Bois belfortain ne s'est pas mis un centime dans ses propres poches. Au contraire, il lui est arrivé de rembourser lui-même les clients qu'il jugeait avoir trop lésé.
Des victimes ayant signalé à la banque la disparition de leur argent, une inspection a été ouverte, qui a permis de mettre toute l'histoire à jour.Si cela a signifié la fin des problèmes pour les clients volés, les heureux bénéficiaires en revanche ont vu les soucis affluer. Car bien qu'innocents, ils ont tout de même dû rembourser l'argent qui leur avait été offert à leur insu
Le conte de Robin des Bois se termine donc moins bien dans la vie réelle que sur grand écran...
D'autant plus que les motivations du banquier sont beaucoup moins généreuses que ce qu'on pourrait croire. Il s'est montré hier incapable d'expliquer ses motivations, et pas vraiment fier de ce qu'il avait fait : « Je n’ai pas l’âme d’un Robin des bois qui prend aux riches pour donner aux pauvres. Peut-être que je me suis senti coincé parce que je ne pouvais pas aider des clients en difficulté… »
Il faut dire que l'homme était alors en dépression, et devait gérer trois fois plus de dossiers que ses collègues. Une situation stressante, qui a sans doute conduit le tribunal à faire preuve d'indulgence. Le Robin des Bois malgré lui n'a en effet été condamné qu'à six mois de prison avec sursis.
En ce qui concerne les clients, les riches ont été indemnisés et sont toujours aussi riches, tandis que les pauvres ont dû rembourser et sont toujours aussi pauvres!
R. Hingray
mercredi 21 octobre 2009
Très cher ami banquier
Voici une lettre d'une dame de 86 ans qui a pété les plombs avec sa banque.
Sa réponse est intellectuellement savoureuse, et vaut le coup d'être connue.
Cher Monsieur,
Je vous écris pour vous remercier d'avoir refusé le chèque qui m'aurait permis de payer le plombier le mois dernier.
Selon mes calculs, trois nanosecondes se sont écoulées entre la présentation du chèque et l'arrivée sur mon compte des fonds nécessaires à son paiement.
Je fais référence, évidemment, au dépôt mensuel automatique de ma pension, une procédure qui, je dois l'admettre, n'a cours que depuis huit ans. Il me faut d'ailleurs vous féliciter d'avoir saisi cette fugace occasion et débité mon compte des 30 Euros de frais pour le désagrément causé à votre banque. Ma gratitude est d'autant plus grande que cet incident m'a incité à revoir la gestion de mes finances.
J'ai remarqué qu'alors que je réponds personnellement à vos appels téléphoniques et vos lettres, je suis en retour confrontée à l'entité impersonnelle, exigeante, programmée, qu'est devenue votre banque. A partir d'aujourd'hui, je décide de ne négocier qu'avec une personne de chair et d'os.
Les mensualités du prêt hypothécaire ne seront dorénavant plus automatiques mais arriveront à votre banque par chèques adressés personnellement et confidentiellement à un(e) employé(e) de votre banque que je devrai donc sélectionner. Soyez averti que toute autre personne ouvrant un tel pli consiste en une infraction au règlement postal.
Vous trouverez ci-joint un formulaire de candidature que je demanderai à l'employé(e) désigné(e) de remplir.
Il comporte huit pages, j'en suis désolée, mais pour que j'en sache autant sur cet employé(e) que votre banque en sait sur moi, il n'y a pas d'alternative.
Veuillez noter que toutes les pages de son dossier médical doivent être contresignées par un notaire, et que les détails obligatoires sur sa situation financière (revenus, dettes, capitaux, obligations) doivent s'accompagner des documents concernés. Ensuite, à ma convenance, je fournirai à votre employé(e) un code PIN qu'il/elle devra révéler à chaque rendez- vous. Il est regrettable que ce code ne puisse comporter moins de 28 chiffres mais, encore une fois, j'ai pris exemple sur le nombre de touches que je dois presser pour avoir accès aux service téléphonique de votre banque.
Comme on dit : l'imitation est une flatterie des plus sincère. Laissez-moi développer cette procédure.
Lorsque vous me téléphonez, pressez les touches comme suit : Immédiatement après avoir composé le numéro, veuillez presser l'étoile (*) pour sélectionner votre langue
Ensuite le 1 pour prendre rendez-vous avec moi
Le 2 pour toute question concernant un retard de paiement
Le 3 pour transférer l'appel au salon au cas où j'y serais
Le 4 pour transférer l'appel à la chambre à coucher au cas où je dormirais
Le 5 pour transférer l'appel aux toilettes au cas où.............. ...
Le 6 pour transférer l'appel à mon GSM si je ne suis pas à la maison
Le 7 pour laisser un message sur mon PC. Un mot de passe est nécessaire. Ce mot de passe sera communiqué à une date ultérieure à la personne de contact autorisée mentionnée plus tôt.
Le 8 pour retourner au menu principal et écouter à nouveau les options de 1 à 7
Le 9 pour toute question ou plainte d'aspect général. Le contact sera alors mis en attente, au bon soin de mon répondeur automatique.
Le 10, à nouveau pour sélectionner
Respectueusement,
Votre humble cliente.

jeudi 13 août 2009
Retour des bonus : Les Etats semblent impuissants
Analyse par Frédéric Lemaître LE MONDE | 10.08.09 EXTRAITS
Les Etats semblent impuissants face au retour des bonus
Vous avez aimé Bernard Madoff ? Vous allez adorer Andrew Hall. A la différence du premier, le second ne dort pas en prison. Il a le choix entre sa résidence du Connecticut (dont le style néoclassique rappelle la Maison Blanche) ou son château vieux de 1 000 ans (mais retapé) en Allemagne.
A la différence du premier, le second n'a escroqué personne. Ce trader vedette de la banque américaine Citigroup est juste en train de réclamer à son employeur les 100 millions de dollars auxquels il a droit en raison des profits qu'il lui a fait gagner en 2008.
………………
………………
Difficile de défendre les bonus. Le rapport publié à la fin du mois de juillet par le ministère de la justice de l'Etat de New York est un véritable réquisitoire. Chiffres à l'appui, sa conclusion est sans appel : "Quand les banques allaient bien, leurs salariés étaient bien payés. Quand les banques allaient mal, leurs salariés étaient bien payés. Et quand les banques allaient très mal, elles étaient aidées par les contribuables, et leurs employés étaient toujours bien payés. Les bonus et l'ensemble des indemnités n'ont pas varié de façon significative avec la diminution des profits." En 2008, neuf banques ont accordé 33 milliards de dollars de bonus bien que leurs pertes aient atteint 88 milliards.
………………..
………………..
Si les gouvernements ne sont pas unis et volontaristes sur le sujet, M. Prot aura raison : demain, rien ne sera plus comme avant. Ce sera pire.
Rédaction en chef
courriel : lemaitre@lemonde.fr
lundi 10 août 2009
Plantu - Banques et traders
Le Monde du 9 Août 2009

samedi 8 août 2009
REMUNERATION DES BANQUES - Bonus : BNP Paribas "respecte les règles" du G20
NOUVELOBS | 08.08.2009 | 08:55 Extraits
Répondant à Nicolas Sarkozy qui lui demandait d'agir "avec fermeté" sur la question des bonus de BNP Paribas, le gouverneur de la Banque de France a déclaré que la décision de la banque était "conforme aux règles" du G20
La polémique sur les bonus, relancée par le cas de BNP Paribas, a conduit l'exécutif à s'emparer du dossier en convoquant les banques vendredi 7 août à Matignon, alors que l'opposition et certains élus UMP dénonçaient la "légèreté" de l'exécutif sur cette question.
A l'issue de la réunion, le gouvernement "a pris acte" de "l'engagement formel des banques françaises à se conformer strictement" aux règles du G20 en matière de rémunération des opérateurs de marché, a indiqué Matignon dans un communiqué.
Une nouvelle réunion avec Nicolas Sarkozy
Pour l'opposition, cette réunion, convoquée en plein mois d'août, s'apparente à de l'agitation. "On est dans le traitement de l'opinion publique, pas dans le traitement du problème", a estimé jeudi le secrétaire national du PS à l'économie, Michel Sapin.
Avant même le début de la réunion, l'Elysée avait publié un communiqué annonçant que Nicolas Sarkozy réunira le 25 août, jour du conseil des ministres de rentrée, les acteurs du secteur bancaire et financier sur ce dossier.
Il s'agira de "faire le point sur le respect de l'ensemble des obligations souscrites par les banques et les acteurs financiers à l'occasion de la crise financière", indique le texte.
Le chef de l'Etat "entend tout d'abord s'assurer du maintien des financements bancaires à l'égard des entreprises et des ménages. Cet engagement des banques de préserver les crédits indispensables à l'économie est la contrepartie du plan de soutien au secteur bancaire français, mis en place en octobre 2008", rappelle l'Elysée.
Si le G20 est appliqué ... Que sont les règles ? si les rémunération des opérateurs de marché ne sont pas encadrés ? en effet ce serait de l'agitation ... comdab ...
La décision de BNP Paribas de provisionner environ 1 milliard d'euros de bonus pour ses traders est "conforme aux règles" du G20 en matière de rémunération, a déclaré vendredi 7 août le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, à l'issue d'une réunion à Matignon. Avant le début de cette réunion, Nicolas Sarkozy lui avait demandé "d'appliquer avec fermeté les règles en vigueur, notamment en matière de rémunération".
Dessin de Chaunu – Banquiers : rappel à l’ordre
OUEST-France samedi 08 août 2009

En pleine controverse sur les rémunérations des traders, déclenchée par le cas de BNP Paribas, le président de la République s'est emparé du dossier.
…..
Christine Lagarde a écarté l'idée d'exiger un remboursement immédiat des prêts publics aux banques qui verseraient des bonus excessifs.
On continue … et on recommence
mardi 5 mai 2009
Les patrons sont les vrais assistés du sarkozysme
Cédric Omet | Lundi 04 Mai 2009
La violence sociale explose, le gouvernement légifère et les patrons font la manche. Heures sup', RSA, Plan Jeunes, prêts aux banques et travail le dimanche : retour sur six milliards de subventions au patronat!
Les heures sup’ exonérées de charges sociales !
Faciliter le recours aux heures supplémentaires, une loi à l’image du slogan sarkoziste : « Travaillez plus pour gagner plus !». Une façon de récompenser des « volontaires » souhaitant arrondir leur fin de mois. Quoi de plus naturel quand on est sous-payé ? Un carton assuré se murmurait-on dans les rangs de l’assemblée. Et les godillots ont fini par voter l’allègement des cotisations sociales pour les patrons qui voudraient recourir aux heures sup’.
Mais comme le précisait déjà un rapport du Conseil d’Analyse Economique « un inconvénient majeur de ce type de mesure est qu’il risque de favoriser des comportements « opportunistes ». Ainsi, un employeur et son salarié peuvent conjointement gagner à abaisser (ou à ne pas augmenter) le taux de salaire des heures normales et à déclarer fictivement des heures supplémentaires (ce qui est très difficilement contrôlable) afin de bénéficier des avantages fiscaux. ».
Votée dans la précipitation en août 2007, les inquiétudes se sont vérifiées à l’épreuve des faits. Cette mesure aurait détruit 90 000 emplois . Elle aurait entraîné une hausse de 12% des heures sup’ pour les entreprises de plus de 10 salariés, celles qui embauchent le plus en temps normal et qui, étrangement, n’ont pas embauché cette année. C’est indéniable, plus d’heures sup’ s’est traduit par plus de chômeurs ! Pour la modique somme de… 4,1 milliards d'euros rien que pour les exonérations de cotisations sociales !
Le RSA qui subventionne l'emploi précaire
Un Revenu de Solidarité Active pour permettre aux exclus du système de se réinsérer et de reprendre goût au travail, c’était l’idée géniale de Martin Hirsh ès Haut-Commissaire d’Etat à tout ce dont les autres ne semblent pas vouloir s’affairer… Un RSA présenté comme une mesure qui mettrait fin à la politique d’assistanat de ceux qui vivent avec 498 euros par mois. Ils n'auraient qu'à bien se tenir les pauvres ! Résultat, une réforme au rabais qui va profiter… aux patrons. La preuve ? Tous les bénéficiaires du RSA qui retrouveront un emploi à temps partiel auront un complément de salaire… ad vitam eternam ! Pour les entreprises, c'est une incitation évidence à recourir aux emplois précaires et à faire peser le reste du salaire à l’ensemble de la société. Une façon dissimulée d’alourdir le budget de l’Etat et de diminuer la charge des patrons qui pourront se servir du RSA comme une variable d’ajustement du salaire. Coût de cette subvention globale à l’emploi précaire : 1,7 milliard.
Encore moins de charges et plus de précarité
Côté emplois jeunes, nous avons à présent les nouvelles exonérations de cotisations sociales aux patrons qui embaucheront un apprenti. Après les « boîtes à stagiaires », qui profitent d’une main d’œuvre sous-payée, avec des stagiaires qui, rappelons-le, ne cotisent que de façon incomplète et ne sont pas reconnus dans leur travail, voici venir poindre à l’horizon les « boîtes à apprentis ». Des exonérations justifiées, donc, pour la modique somme de 100 millions d’euros. On comprend mieux pourquoi il fallait que l’emploi des jeunes de moins de 25 ans soit présenté comme catastrophique...
Les patrons de banques infantilisés
Les banques sont au bord du gouffre. Leurs patrons ont joué aux gloutons pendant des années et le gouvernement a décidé de leur accorder des prêts, donc de faire peser les risques du refinancement des banques sur l’ensemble des citoyens : encore une mesure d’assistance pour des patrons en détresse. Avec ce système, les patrons désertent leurs responsabilités et l’Etat se substitue à eux, mais uniquement sur les risques et pas du tout sur les profits à venir. A l'inverse, la nationalisation des banques aurait permis à l’Etat de préserver ses intérêts et de garder un contrôle relatif sur la gestion.
Le travail du dimanche ferait perdre des emplois
Non content de toute la panoplie gouvernementale déjà déployée pour assister les patrons, le ministre du travail a proposé sa mesure spéciale « 1er mai » : le travail du dimanche. Il parle ainsi de « la liberté de concilier ce jour-là, vie familiale ou amicale, et travail. ».
En période de crise, alors que le pouvoir d’achat est au plus bas, les salariés n’auront aucune « liberté » de choisir entre leur vie familiale et le travail. Ils choisiront le portefeuille, c’est sûr. Mais pour M. Hortefeux et ses amis les patrons, plus de flexibilité vaut mieux qu’une revalorisation des salaires les plus bas ou qu'une limitation des salaires les plus élevés. Des mesures plus justes socialement mais bien moins populaires du côté du Medef. Quant aux gains d’une telle mesure, ils seraient très relatifs voire inexistants, comme en témoignent de récentes études comme celle menée par le Credoc.
Pire, les embauches au sein des grandes entreprises, par un effet de « cannibalisation », entraîneraient des destructions d’emplois plus importantes dans les petites entreprises. Ainsi, les 5 à 10 000 embauches promises par le secrétaire d'Etat Laurent Wauquiez sont stricts mensonges. D’une part, ces chiffres ne sont pas justifiés par une quelconque étude, d’autre part, il s’agirait au contraire de la destruction de 5 à 10 000 emplois. Une mesure de plus pour assister les grands patrons aux dépens des autres. Avec comme conséquence, un coût financier et humain toujours plus important à faire peser sur le dos de tous et au profit de quelques uns.
Au total, les compères Lagarde, Hirsh, Hortefeux et Wauquiez sont donc créditeurs de près de 6 milliards de mesures d’assistance patronale. A croire que l’assistanat des patrons est devenu la norme au gouvernement.
dimanche 19 avril 2009
L’argent propre qui pollue tout
L’argent propre qui pollue tout
Siné Hebdo – 15/04/09 – Laure Noualhat
les banquiers ont promis d’être propres. Un mot mal choisi quand on sait qu’ils financent à tour de bras les projets qui font la part belle au pétrole, au nucléaire et autres agro carburants.
« Green Deal » ou pas, il ne faut pas se leurrer l’injection de 5 000 milliards d’euros dans une économie mondiale souffreteuse va surtout soutenir les investissements bien salissants. Même si, à Londres, les 20 maîtres du monde ont promis, la main sur le gousset, que les fonds allaient servir une relance « résiliente, durable et verte ».
Devenues vertueuses pour rosser leurs traders, les banques tortillent un peu du costume trois pièces pour s’attaquer aux changements climatiques, à la défense des écosystèmes, à la préservation d’un environnement viable. Elles n’hésitent jamais à financer de gros projets polluants : grands barrages,oléoducs, autoroutes, aérodromes,… J’en passe des vertes et des centrales nucléaires. « Etant donné les impacts climatiques énormes du secteur financier via l’allocation de capitaux et d’investissements, il est absolument nécessaire de mettre en place des standards climatiques pour tout le secteur financier » explique Johan Frijns, coordinateur du réseau BankTrack qui surveille les investissements des banquiers. Les banques ont pourtant adopté récemment deux initiative : les principes Climat et les principes Carbone. Qui restent apparemment purement théoriques. « Aucun ne s’attaque aux risques climatiques induits par les financements bancaires avec la rigueur, l’urgence et l’ambition nécessaire », déplore Johan Frijns.
Voyons un peu. La banque européenne d’investissement (BEI) est impliquée dans le projet de l’oléoduc Tchad-Cameroun, la mine de cuivre de Mopani en Zambie u le projet hydraulique des hauts plateaux du Lesotho, qui ont tous conduit à de graves violations des droits humains, des pollutions des eaux, des sols, et à des situations sanitaires désastreuses… Pour info, la BEI est le plus gros bailleur public au monde en termes de volume de prêtes. Quant à la Banque mondiale,c’est le pompon. Depuis un an, elle pratique un lavage de cerveau très rafraîchissant pour nous faire croire à son exemplarité,notamment par le biais de la création de nouveaux « Fonds d’investissement pour le climat ». En 2008, la France a glissé un chèque de 420 millions d’euros, en toute discrétion, pour abonder un de ces fonds : l e « Fonds pour les technologies propres ». Tellement propres que le comité de gestion du fonds s’est accordé la possibilité d’investir dans les centrales à charbon et les agro carburants, deux activités qui, comme chacun sait, sont environnementalement et socialement irréprochables…
Même hypocrisie chez les argentiers privés. Soixante institutions financières dans le monde ont signé les principes d’Equateur qui leur permettent d’octroyer leur financement, « à condition que les projets respectent des normes volontaires environnementales et sociales ». BNP Paribas, pour ne citer qu’elle, vient d’adopter ces principes (cinq ans après leur création…). Cela ne l’empêche pas de financer la centrale nucléaire de Belene (Bulgarie), le projet pétrolier et gazier Sakhaline II en Russie, le projet d’extension du barrage de Theun-Hinboun au Laos. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient…

