jeudi 29 octobre 2009
Revoilà les subprimes
Ouest-France jeudi 29 octobre - Hervé Babonneau

Coucou, les revoilà. Qui ? Ces pelés, ces galeux de subprimes. Si, si, rappelez-vous, ces prêts immobiliers à risques américains accordés à tire-larigot par les banques à des ménages bien incapables de rembourser. Des "Ninjas", comme on surnomme ces pauvres gens, dans le jargon financier. "No income, no jobs, no assets", soit "sans revenus, sans emploi, sans avoirs".
Ces subprimes ont gangrenés la place financière, nos boulots et nos fins de mois. En 2006, au plus fort de la bulle, un an avant la dégringolade, deux nouveaux prêts immobiliers sur dix étaient accordés à des Ninjas aux Etats-Unis. Un docte économiste de la Réserve fédérale a refait les comptes : nous sommes revenus aujourd'hui au niveau de 2006 !
Pas de panique, nous chante le coeur des experts. Un peu plus de 90% des nouveaux subprimes américains bénéficient d'une garantie publique. Deux, les banques privées, échaudées hier, aujourd'hui requinquées grâce à la collectivité, n'y touchent pas.
Si ça se trouve, ils croient qu'on les croit...
mardi 27 octobre 2009
Cessons de nous ruiner pour sauver les riches
par Bob Herbert - New-York Times - 20/10/09 - Contre-Info
Bob Herbert, éditorialiste du New York Times, s’insurge devant le scandale de l’insolente richesse retrouvée par ceux qui n’ont dû leur survie qu’au prix d’un sauvetage qui a ruiné l’Etat, alors même que la grande majorité de ses concitoyens lutte pour parvenir à joindre les deux bouts ou à conserver un toit. « Nous ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis environ trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de ce transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y arriver chaque jour, » s’exclame-t-il, avant de conclure qu’aujourd’hui, il faudrait être « fou » pour continuer à croire à ce « conte de fée. »

Les grands titres qui faisaient la première page du New York Times ce samedi résumaient sans le vouloir la situation terrible dans laquelle nous avons permis que notre pays s’enfonce.
A droite, le titre de Une annonçait : « Les déficits US s’élèvent à 1 400 milliards de dollars - les plus importante depuis 1945. »
Celui situé à proximité disait : « Le renflouement permet la renaissance des banques et des bonus »
Nous avons passé ces dernières décennies à couvrir les riches d’argent, comme s’il n’y avait pas de lendemain. Nous avons abandonné les pauvres, étranglé économiquement la classe moyenne et mis en faillite le gouvernement fédéral - tout en donnant à peu près tout ce qu’ils voulaient aux banques, aux méga-entreprises et à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique.
Mais nous ne semblons toujours pas en avoir tiré les leçons qui s’imposent. Nous avons laissé tant de gens tomber dans le terrible abîme du chômage, que personne - ni l’administration Obama, ni les syndicats, ni certainement quiconque au Parti républicain - n’a la moindre idée sur la façon de leur redonner du travail.
Pendant ce temps, Wall Street tutoie les sommets. Je suis étonné de voir à quel point la population reste passive face à ce scandale qui perdure.
Au moment même où des dizaines de millions de travailleurs Américains se battent pour garder leur emploi et conserver un toit sur la tête de leurs familles, les petits malins de Wall Street se lèchent les babines avec un nouveau festin obscène de plusieurs milliards de dollars de bonus - cette fois-ci grâce aux milliards du plan de sauvetage fournis par l’Oncle Sam, en contrepartie de bien peu de contraintes.
Peu importe que l’économie éprouve toujours de graves difficultés. Comme le Times le notait samedi, pratiquement tout Wall Street « imprime de la monnaie. »
C’est une forme de magie noire qui a un air de déjà vu. J’avais écrit un article, trois jours avant Noël 2007, qui mettait l’accent sur la déconnexion profondément dérangeante entre Wall Street qui récoltait un niveau record de primes - entassant milliards sur milliards de dollars - alors que les familles de salariés arrivaient difficilement à joindre les deux bouts.
Nous apprendrions plus tard que c’est en décembre 2007 que cette grande récession avait commencé. J’avais écrit que « alors même que Wall Street se réjouit et passe des commandes record de champagne et de caviar, le rêve américain est en salle de soins intensifs. »
Nous avons donc assisté à une orgie de bonus lorsque la récession s’installait, suivie aujourd’hui par une nouvelle orgie (aux frais des contribuables) qui n’est ni plus ni moins qu’une arrogante provocation en direction de tous ceux qui ont souffert, et continuent de souffrir durant cette récession.
Il y a bien un pigeon qui nait à chaque minute. Les contribuables américains (et les autres...) pourraient vouloir se regarder dans le miroir, pour vérifier si ce nom d’oiseau leur convient ...
Nous devons procéder à quelques changements fondamentaux dans la façon dont vont les choses dans ce pays. Les joueurs et les escrocs du secteur financier, ces mêmes clowns qui ont tant fait pour mettre l’économie à genoux, poussent des hauts-cris sur leur bon droit lorsqu’on évoque la perspective de règlements visant à lutter contre les pires aspects de leur comportement excessivement risqué, afin de les empêcher de provoquer une nouvelle crise économique.
Nous devrions aller encore plus loin. Nous avons institutionnalisé l’idée selon laquelle il existerait des entreprises qui sont trop grandes pour être laissées faillir et que par conséquent, « nous, le peuple » serions tenus de veiller à ce que cela n’arrive pas - même si cela entraîne la ruine des finances de l’Etat et met en péril le niveau de vie des gens ordinaires. Quel sens tout cela a-t-il ?
Si une société est trop grosse pour faire faillite, alors c’est qu’elle est trop grosse pour exister. Démantelons-la.
Pourquoi l’opinion publique devrait-elle se soucier constamment qu’un faux pas des équilibristes de haut vol puisse mettre en péril l’économie toute entière ? Ces acrobates financiers retirent des avantages extraordinaires de leur extravagantes prises de risque - des chèques de paie de plusieurs millions de dollars, des maisons grandes comme des châteaux - mais le public doit être là pour absorber les chocs les plus douloureux lorsqu’ils font une terrible chute.
Assez ! Goldman Sachs, par exemple s’enrichit alors que le pourcentage total du chômage et du sous-emploi atteint le chiffre stupéfiant de 20%. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations de revenus entre 2002 et 2007 - les deux tiers ! - sont allés aux 1% des Américains les plus riches.
Nous ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis environ trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de ce transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y arriver chaque jour.
Cet argent n’atteindra jamais le bas de la pyramide. C’est un conte de fées. Nous sommes fous de continuer à y croire.
vendredi 16 octobre 2009
Retour à la normale
Jean-Pierre Gauffre - France Info - 16/10/09
C’est à nouveau l’euphorie sur les marchés financiers... La crise est donc bien terminée...
Croyez-moi ou pas, mais qu’il est doux de voir le monde reprendre sa marche comme si de rien n’était, comme avant… Avant la crise, bien sûr, qui n’existe plus, ça y est, on peut le dire officiellement… Il y a bien quelques dizaines de milliers de chômeurs en plus tous les mois en France, mais ce n’est rien à côté de ce que ça pourrait être si c’était pire… Et puis quand même, sur le front de l’emploi, il y a des bonnes nouvelles qui doivent inciter à l’optimisme… Une centaine d’emplois vont être créés en Moselle, a annoncé hier notre bon président… Un autre très bientôt à la Défense, pour un jeune méritant, chargé de famille… Vraiment, il n’y a pas de quoi s’inquiéter…
Car à côté de cela, l’ordre planétaire reprend enfin tous ses droits… Les banquiers, traders et investisseurs ressortent leurs gilets rayés du placard et rallument leurs gros cigares, les patrons redécouvrent les joies des bonus sans honte, les bourses mondiales repartent à l’assaut de leurs sommets à main nue, le couteau entre les dents… On respire… Car vous en conviendrez, ce n’est tout de même pas dans la nature, ni dans la vocation des financiers de se jeter par la fenêtre à la première contrariété, comme un salarié déprimé de France Télécom… Un financier, c’est fait pour gagner de l’argent… Un financier qui ne gagne pas d’argent s’étiole, se sent inutile, est en panne de repères, comme un coureur du Tour de France sans l’adresse d’une pharmacie… Mais me voilà rassuré devant la tournure que prennent les événements…
Puisque dans le même temps, les autres grands équilibres mondiaux se remettent aussi peu à peu en place… Le pétrole remonte à 75 dollars le baril, l’euro va sûrement exploser le plafond des 1,50 dollar dès la semaine prochaine… Le Dow Jones a franchi les 10.000 points… La récession appartient au passé en Europe… Barack Obama n’a même plus besoin de lever le petit doigt pour être assuré d’être désigné par un jury quelconque comme le prochain Jésus-Christ de l’histoire… Et noir, en plus, on n’a jamais vu ça… La grippe A est aux abonnés absents… Et plus d’un milliard d’humains souffrent de la faim dans le monde…
Je vous le dis, le monde retrouve toutes ses bonnes vieilles valeurs… Et ça, c’est vraiment une excellente nouvelle… Mais évidemment, vous n’êtes pas obligés de me croire…
mercredi 14 octobre 2009
Malgré la crise, la Chine compte 130 milliardaires en dollars
Aujourd’hui la Chine - le 13/10/2009
130 Chinois sont milliardaires en dollars. Ceux qui font fortune dans l'immobilier et l'investissement boursier ont été portés par le plan de relance. Le plus riche Chinois a lui fait sa fortune grâce aux batteries et voitures électriques.

Wang Chuanfu, est devenu l'homme le plus riche de Chine
Malgré la crise, la Chine compte 130 milliardaires (en dollars) et le premier d'entre eux est le numéro Un du groupe BYD (batteries et voitures électriques), selon le classement annuel des 1.000 Chinois les plus riches publié mardi par le magazine Hurun. Cependant, contrairement à Wang Chuanfu, le PDG de BYD, la plupart de ses pairs font fortune grâce à l'immobilier et la Bourse, deux des secteurs qui ont profité à plein des liquidités dégagées par le plan de relance du gouvernement.
"La richesse chinoise croît à une vitesse vertigineuse", a constaté Rupert Hoogewerf, fondateur du magazine, lors d'une conférence de presse. "Vous pouvez doubler le nombre réel de milliardaires à 260. Il y a encore un grand nombre de milliardaires qui ne sont pas connus et ont réussi à amasser leurs fortunes loin de l'attention du public à partir de l'immobilier, de la Bourse et des investissements", a-t-il affirmé.
Wang Chuanfu, qui a fait de son entreprise le numéro deux pour la production de batteries au lithium-ion et s'est lancé dans la construction automobile en 2003, a progressé de 102 places après la multiplication de sa fortune par plus de cinq à 5,1 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros).
La liste comprend 180 nouveaux membres, même si le "ticket d'entrée", par rapport à l'année dernière, a augmenté de 50% à 150 millions de dollars. Sept nouveaux se sont hissés dans les dix premiers, soit le bouleversement le plus important depuis la création de la liste en 1999.
Le numéro un de l'an dernier, Huang Guangyu, patron de Gome, premier distributeur chinois de matériel électrique et électronique, dégringole à la 17e place après avoir été arrêté à la fin de l'année dernière, soupçonné de manipulation des cours boursiers.
"Depuis 2004, le nombre de personnes avec une fortune d'au moins 150 millions de dollars a été multiplié par dix", a relevé M. Hoogewerf, précisant qu'ils étaient passés de 100 à 1.000. Selon le magazine, les marchés boursier et immobilier en plein boom ont permis aux 1.000 personnes les plus riches de Chine de disposer d'une fortune totale de 571 milliards de dollars au 15 septembre, contre 439 milliards de dollars l'année dernière.
A lire aussi:
- Pas de crise en vue pour les multi-millionaires chinois
- Cartier dans la Cité Interdite pour gagner le coeur de la Chine
lundi 21 septembre 2009
La dernière bulle : ce que nous préparent les banques
vendredi 18 septembre 2009 - David Naulin
Après la crise globale, le nouveau livre de Jean-Michel Quatrepoint.

Comment Wall Street a phagocyté Obama et a fabriqué une fausse reprise
Le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers fait faillite. La bombe des subprimes éclate au grand jour. Le krach financier se propage à l’ensemble de l’économie, plongeant le monde dans une crise globale, encore plus grave que celle de 1929. Largement responsables des dérives du capitalisme, banquiers et financiers ont réclamé sans vergogne l’aide des contribuables et des États pour sauver le système. Des trillions de dollars sont généreusement distribués par la FED et les banques centrales. Moins d’un an après le krach, Wall Street et les financiers se sont refaits, ils s’octroient de faramineux bonus et cherchent par tous les moyens à relancer la machine à spéculer. On a nationalisé leurs pertes pour qu’ils puissent reprivatiser leurs profits. Ils sont pour une bonne part à l’origine de l’explosion des dettes publiques et de la formation d’une nouvelle, d’une dernière bulle dont ils s’emploient à tirer le maximum de profits. Jean-Michel Quatrepoint, qui annonçait dès l’été 2008 la crise globale, raconte comment le lobby financier c’est-à-dire Wall Street, les grandes banques et la Réserve fédérale américaine ont lié les mains de Barack Obama, afin d’éviter toute réforme en profondeur du système. Il décrypte le jeu dangereux de ce lobby des lobbies qui ne pense qu’à ses intérêts et nous a fabriqué une fausse reprise.
Philippe Cohen dans l’hebdomadaire Marianne (N°647 du 12 au 18 septembre 2009) explique l’un des intérêts majeurs du livre de Jean-Michel Quatrepoint : [...]"Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que se constitue une nouvelle bulle, plus énorme encore que celle des subprimes. Avec la crise, la dette publique a fait un énorme bond en avant dans tous les pays du monde : des milliers de milliards de dollars pour lesquels les Etats doivent emprunter à des taux de plus en plus élevés. Car les Etats ont été masochistes : en "couvrant" les banques, ils leur octroient un crédit à un taux voisin de zéro, tandis que leurs propres dettes leur coûtent de plus en plus cher. Sauver les banques a donc consisté à alléger leurs dettes aux dépens de celle des Etats." Philippe Cohen de conclure : "belle opération pour les "banksters", qui peuvent maintenant se préparer à renouer avec leur jeu favori. Puisque les Etats ont besoin d’emprunter, elles vont leur prêter de l’argent. Et mettre sur le marché de nouveaux produits à caractère spéculatif qui mélangeront la dette russe (adossée à un capital de richesses naturelles considérable) avec celle du Mozambique ou de l’Islande. Ne restera plus alors qu’à trouver un nom à ces "subprimes d’Etat" qui menaceront à nouveau la stabilité mondiale."
Sylvain Lapoix sur le site de Marianne précise : "les plans de sauvetage ayant « converti » la dette des banques en dette des Etats, ces derniers se retrouvent désormais avec des niveaux d’endettement astronomiques à liquider. Un service que les banques se sont empressées de leur rendre en commercialisant des titres : au premier trimestre 2009, le Coporate & investment banking (branche trading de BNP Paribas) réalisait 2,887 milliards sur 3,696 de revenus totaux rien que sur les activités de Fixed income, le commerce de la dette ! Et la manne est loin d’être épuisée : selon Barclays Capital, le record d’émission de dette de 2009 à 870 milliards d’euros pourrait bien être pulvérisé en 2010 avec 1100 nouveaux milliards d’euros injectés sur les marchés". Selon Barclays Capital, c’est la France qui devrait augmenter le plus ses émissions d’obligation à moyen et long terme, de 29 milliards environ. "De quoi faire gentiment gonfler la bulle spéculative", constate Sylvain Lapoix.
Un extrait du livre : "Dans la zone euro, il va falloir trouver 2300 milliards de dollars pour financer de nouvelles dettes, et la Grande-Bretagne à elle seule a besoin de 800 milliards de dollars. Sa dette va grimper de 100% du PNB en 2013, contre 55% aujourd’hui. En France, on est déjà à 73% (Fin mars 2009, la dette publique française atteignait 1413 milliards d’euros. Fin 2009, compte tenu d’une croissance négative, elle devrait représenter 80% du PIB). Tout cela se traduit au niveau des taux d’intérêt. Si les banques, elles, peuvent se refinancer auprès des banques centrales à un coût voisin de zéro, les Etats, eux, doivent emprunter à des taux plus élevés. Ainsi, le taux des bons du Trésor américain à dix ans est passé de 2% début 2009 à 3,60% avant l’été." [...] "D’un côté, les Etats vont être contraints de prendre en charge, plus ou moins directement, les dettes passées et les crédits à venir des ménages, ainsi que les financements d’une partie des PME qui ne sont plus les bienvenues dans les établissements bancaires. De l’autre, le système financier va se concentrer sur les activités les plus lucratives : fusions-acquisitions, marché boursier et développement de nouveaux produits encore plus complexes que les précédents. C’est pourquoi nos banquiers ont besoin de nouveaux petits génies de la finance bien rémunérés. Car il va falloir titriser les dettes publiques et les dettes corporate, inventer des produits dits structurés et les saupoudrer à nouveau aux quatre coins de la planète. Avec la complicité tacite des Etats, à qui on fera miroiter la possibilité soit d’étaler les dettes dans le temps, soit d’avoir des charges annuelles moins importantes, grâce à des montages qui, au passage, permettront aux banques d’accumuler de nouveaux profits. Pour nos "banksters", du moins ceux qui auront survécu à cette crise, un nouveau paradis se profile. Il durera ce qu’il durera, mais l’important n’est-il pas de gagner du temps et d’engranger le maximum de profits, en attendant l’éclatement de cette nouvelle bulle.. qui sera peut-être la dernière ?"
mardi 15 septembre 2009
Les grands écoles fabriquent-elles des tueurs ?
Le 12 septembre 2009 - par Patrick Williams – Les inrocks.com
Alors qu’on réfléchit en vain à limiter les bonus, Florence Noiville, dans son livre J’ai fait HEC et je m’en excuse prend le problème à la base et explique qu’il est urgent de réformer l’éducation des puissants.
Les grandes écoles fabriquent-elles des tueurs ? Ces vénérables institutions – HEC, Polytechnique et autres Mines – ont-elles façonné les desperados en costars cravates qui sont responsables de la crise ? C’est la thèse percutante du livre de Florence Noiville J’ai fait HEC et je m’en excuse (ed. Stock). Certes on ne s’attendait pas à ce que ces fleurons éducatifs produisent des militants altermondialistes ou des punks à chiens. Mais son constat est sévère. Selon elle, la seule philosophie qui y règne est « greed is good » (« l’avidité est bonne ») ou ce qu’elle appelle MMPRDC (« Make more profit, the rest we don’t care »). Ces écoles tant admirées, rêve de tout parent, formeraient ainsi des as du management et de la finance sans jamais essayer de leur inculquer un minimum de valeurs, de souci éthique. « On n’y apprend pas à se remettre en cause, explique-t-elle. On en sort gonflé du sentiment de sa propre importance, omnubilé par la seule réussite économique. ».
L’originalité de son ouvrage ? Alors qu’on réfléchit en vain à limiter les bonus, Florence Noiville, elle, prend le problème à la base, « au moment où les esprits se forment », et explique qu’il est urgent de réformer l’éducation des puissants. Comment espérer réguler le système, comme s’y essaient à nouveau les gouvernements au G20 de Pittsburgh, si les grandes écoles à travers le monde produisent des élites « déréglées » ? Le mathématicien Denis Guedj ne disait pas autre chose l’an passé quand il dénonçait dans Libération les « jeunes golden génies » de Dauphine qui, encouragés par leurs profs, ont totalement dévoyé les mathématiques en créant des produits financiers aussi rentables que toxiques. Commentaire de Florence Noiville : « Ces écoles prennent les plus brillants des jeunes des prépas et en font des gens qui non seulement n’apportent rien au corps social mais quelquefois même lui nuisent ! Quel fantastique gâchis de cerveaux ! » Certes ces dernières années, les business schools ont vu fleurir des cours d’alter-management, de business social, de développement durable. Mais pour l’auteur, ces tentatives restent trop minoritaires, alibis sympathiques dédaignés par de nombreux étudiants. « Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés considèrent que l’éthique, c’est du pipeau. Songez qu’un an après la déroute financière, les cours de morale des affaires ne sont toujours pas obligatoires à HEC ! ».
Même son de cloche du côté d’Elisabeth Laville, ancienne HEC et fondatrice de Utopies, un cabinet de conseil en développement durable. « J’ai donné des cours à HEC en 2000 sur le sujet, mais j’ai arrêté au bout de quelques temps. J’étais déçue que toutes les matières un peu “responsables“ ne soient qu’optionnelles. Résultat : je n’enseignais qu’aux “freaks“ du campus, ceux qui n’étaient pas trop sûr de ceux qu’ils faisaient là... » Elle déplore qu’aucun cours n’amène ces futurs managers à s’interroger sur le sens de la vie, sur leur épanouissement personnel. « On attend qu’ils pètent les plombs pour qu’ils se mettent à réfléchir à leur existence... »
Pourtant, tous ne sont pas aussi pessimistes. Damien Lorton, auteur, sous le nom de Teodor Limann, de « Classé X : petits secrets des classes prépas » (ed. La Découverte), témoigne : « J’ai rencontré des intelligences très vives à Polytechnique, soucieuses comme tout le monde de morale et du sens de la vie. Le problème est plutôt que le bachotage effréné fabrique des gens disciplinés, prompts à se soumettre à toute autorité. » On pense à ces traders comme Jérôme Kerviel qui, pris les doigts dans la confiote, se sont défaussés comme des gosses de leurs responsabilités. Récemment, dans « Le Nouvel Observateur », un « ingénieur financier » résumait l’état d’esprit un rien puéril de la profession : « Pourquoi serions-nous les bouc émissaires de la crise ? Et les banquiers d’affaires ? Ils ont des bonus au moins aussi élevés… ». Ouh lala, la pauvre victime… A 400 000 euros de bonus par an, mon gaillard, il va falloir réfléchir plus fort pour essayer de gagner notre sympathie. Damien Lorton se dit peu convaincu par une réforme des grandes écoles. Il croit moins aux vertus de l’éducation qu’à celles de la régulation : « Tant que l’on pourra gagner des sommes faramineuses, certains se laisseront tenter... Si l’on veut influer sur le cours des choses, il n’y a qu’une seule solution : limiter les bonus et les rémunérations. »
Daniel Cohen, auteur du récent et passionnant ouvrage « La Prospérité du vice » (ed. Albin Michel), va dans ce sens. « Comme Spinoza, je pense que la nature humaine ne change pas : ce sont les lois qui changent. Les financiers d’aujourd’hui ne sont pas plus cupides que ceux d’il y a trente ans. C’est juste les règles qui se sont modifiées. Ou plutôt qui ont disparu. »
Pour transformer le monde, faut-il seulement de nouvelles règles ? Ou l’éducation a-t-elle un rôle à jouer ? Le livre de Florence Noiville a le mérite d’ouvrir le débat. Et nous amène à voir les choses sous un jour nouveau : l’éternelle « réforme de l’école » rabachée chaque année par nos gouvernants ? C’est peut-être d’abord chez HEC et consorts qu’elle devrait avoir lieu !

vendredi 21 août 2009
Tourisme au ralenti
Check-list Le Monde du 21 Août 2009
La crise financière a miné le secteur touristique des principales destinations d'Europe. En France, pays qui attire le plus de touristes étrangers dans le monde, avec 79,3 millions de visiteurs en 2008, la baisse des touristes étrangers en juillet et août a été évaluée à 30 % par le gouvernement.
L'Espagne s'en sort un peu mieux, avec un recul estimé à 10 % pour l'été. En Italie, les professionnels tablent sur un recul de 8,3 %, entre mai et octobre.
vendredi 31 juillet 2009
Chine - Avec la crise, hausse des suicides chez les jeunes diplômés
le 30/7/2009 à 11h51 par Ariane d'Auble (Aujourd'hui la Chine)
Ces derniers mois, les universités chinoises recensent un nombre de suicides de plus en plus élevé parmi leurs jeunes diplômés. Le contexte peu porteur sur le marché de l'emploi pousse les plus fragiles à bout.
Liu Wei et Jia Hao, jeunes diplômés chinois, ont fait des études d'informatique et de journalisme à Shijiazhuang et à Pékin. A première vue, rien ne les rassemble si ce n'est qu'ils se sont donnés la mort au moment où ils auraient dû entrer dans la vie active.
Selon le site web du Telegraph, la Chine est en proie à une vague de suicides chez les étudiants. Leur désespoir de trouver un emploi correct et la remise en question qui va de paire seraient les raisons principales de leur passage à l'acte.
Selon le site web du Shanghaiist, les suicides sont devenus la première cause de mortalité chez les étudiants.
Pour la seule ville de Shanghai, sur vingt-trois étudiant qui ont commis une tentative de suicide, dix-neuf ont trouvé la mort. Un chiffre qui risquent encore de grossir dans les prochains mois en raison des contrecoups subis par la Chine dans un contexte de crise financière mondiale.
Chaque année, plus de six millions de personnes sortent diplômées des universités chinoises qui comptent pas loin de 24 millions d'étudiants (25% de plus qu'il y a dix ans) au total.
Selon de récentes études, un diplômé sur trois ne trouvera pas d'emploi pendant l'année qui suivra son départ de l'université.
Le gouvernement a néanmoins pris quelques mesures pour combattre le chômage des jeunes. Toutefois, celle consistant à offrir des postes de professeurs ou de cadres du parti dans des zones rurales ne satisfait pas bon nombre d'étudiants qui ont justement quitté les campagnes pour faire des études en ville, sans compter retourner dans leur province d'origine.
Des recherches d'emploi infructueuses et décourageantes
Liu Wei, étudiante en informatique, originaire d'un village de la province du Hebei, s'est donnée la mort récemment.
Selon les propos du Telegraph, le frère de la jeune fille avait quitté l'école, son père la ferme familiale, pour pouvoir travailler sur un chantier de construction. Liu Wei confiait dans son journal intime qu'elle était consciente du sacrifice de sa famille et qu'elle se sentirait heureuse quand elle arriverait enfin à rembourser ses parents. Les seuls frais de l'université de Shijiazhuang s'élevant à 36 000 yuans pour quatre ans (3690 euros).
Suite à cette vague de suicides chez les jeunes, les forums sur Internet se sont transformés en lieux d'inquisition. D'un côté, les professeurs des universités sont pointés du doigt. Jugés trop sévères avec les étudiants, ils seraient tenus pour responsables de l'image négative que les étudiants ont d'eux-mêmes.
D'un autre côté, certains commentateurs se risquent à pointer du doigt le gouvernement chinois. Celui-ci n'accorderait pas suffisamment de bourses aux familles défavorisées alors que de plus en plus de jeunes s'inscrivent à l'université. « Si elle était née dans une famille de classe moyenne Liu Wei n'aurait pas eu à porter le fardeau du sacrifice de sa famille » déclare un internaute sur un forum.
Une écoute des personnes suicidaires qui se met en place progressivement
Au prochain semestre, des universités de Shanghai vont mettre en place des classes de soutien psychologique.
Les étudiants désignés seront obligés d'y assister ou fortement conseillés de le faire. Les soixante-cinq universités et écoles de Shanghai, dans les trois années qui vont suivre, devront embaucher au moins un psychologue pour 3000 étudiants, soit un total de 200 psychologues, contre les 80 actuels.
samedi 16 mai 2009
L’Améro va-t-il remplacer le dollar ?
Publié 7 avril 2008 – Mécanopolis –
Eh bien, cela voudrait dire la prise de conscience, ce jour où il faudra décider comment vivre dans un monde dont les Etats-Unis ne seront plus le centre. C’est peut-être encore trop de réflexions et d’ajustements pour l’économie mondiale. Il est bien plus facile de continuer avec un dollar maudit.
Mais il est peut-être trop tard pour revenir en arrière. “La magie est terminée”, comme l’a dit un ancien ministre français des affaires étrangères concernant les Etats-Unis. « Le dollar est peut-être définitivement condamné ! ». Nous avons peut-être dépassé depuis bien longtemps le stade où les actions coordonnées des autorités monétaires pourraient aiguiller et rediriger l’élan qui pousse le cours des matières premières. Il est possible que le dollar ne puisse pas être sauvé. Et qu’il ne puisse même pas être maintenu en vie artificiellement. Si c’est le cas, la seconde possibilité est alors une chute encore plus importante du dollar. Vous assisterez à de nouvelles baisses dans le cours du dollar, et à de nouvelles hausses pour des devises telles que le dollar australien ou néo-zélandais, ainsi que pour les matières premières, les softs, les métaux de base, l’énergie, les métaux précieux. La troisième possibilité, ce serait que nous continuions à nous enfoncer dans le bourbier. C’est une possibilité bien triste dont les médias parlent tous les jours. La quatrième possibilité ce serait que la fin du dollar soit plus proche qu’on ne l’imagine. Ce qui signifie que le dollar pourrait être remplacé par une autre devise. La théorie la plus plausible est celle de l’Améro, une devise nord-américaine pour le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. 2009 verrait la fin de l'US-dollar, qui serait dévalué à 90% et remplacé par l'améro. L'améro remplacerait les monnaies américaines, canadiennes, et mexicaines. Il y aurait déjà eu des livraisons d'améros en Chine, qui accepterait d'échanger son énorme réserve de dollars: Un améro pour 10 ou 20 dollars. Vrai que la Chine a peur pour ses dollars. Si c'est vrai - pour l'instant c'est seulement probable - on peut imaginer que l'euro sera couplé à l'améro et également dévalué dans le même ordre de grandeur. Il ne va pas en rester grand chose… (Alter info.net)
mardi 12 mai 2009
Faut-il encore croire les économistes ?
Contrefeux. com - Le 10/05/2009 par Emmanuel Haddad
A quand la reprise ? Telle est la question qui occupe les esprits alors que le retour de la confiance tarde à venir malgré les plans de relance pondus par nos dirigeants. Entre "déclinistes" qui parient sur un futur de disette et optimistes qui annoncent la fin de la crise, les prophètes de l'économie ont du mal à accorder leurs prédictions. Faut-il encore les écouter ?
Et si les dirigeants de la finance n’étaient pas les seuls responsables de la débâcle financière mondiale ? Les économistes ne sont-ils pas censés jouer "un rôle d’expertise" et recommander des réformes en vue de maximiser "le bien être collectif" ? C'est vrai, on sait avec Jacques Attali qu'"un grand économiste, c’est quelqu’un qui saura très bien expliquer demain pourquoi ce qu’il a prévu hier ne s’est pas produit aujourd’hui". Une définition qui colle bien aux personnages qui, pour la plupart, n'ont pas prévu l’ampleur de l’intempérie financière actuelle. Alors, faut-il croire à présent ceux qui nous chantent déjà le retour du printemps ?
Des économistes diseurs de bonnes nouvelles
Une fois que le pire s’est produit, il faut essayer de prédire le meilleur. C’est le phénomène de la prophétie auto-réalisatrice : parler de la reprise pour la faire venir. Le calcul est simple : "la durée moyenne des crises économiques depuis qu’on les observe" est de "16 à 33 mois" a évalué l’économiste Jacques Marseille dans un numéro du Point intitulé "Et si on s’en sortait…" (avril 09). La crise serait déjà terminée ?. Une prophétie relancée par François Fillon, qui table sur une reprise possible "pour le début de l'année 2010". Eric Woerth, secrétaire d‘Etat au budget, va plus loin. Il n’exclut pas une reprise avant fin 2009.
Economiste médiatique, fer de lance de la lutte contre le "déclinisme", cette tendance française à l’auto-dépréciation, Jacques Marseille n’hésite pas à voir blanc quand tout le monde broie du noir. Dans un dossier intitulé "Yes we can - 12 bonnes raisons de croire en la France", Marseille vante tour à tour la santé de notre secteur touristique, la qualité de notre terroir, et les bons résultats de nos "champions" du CAC 40 : "Une nouvelle qui suscitera les aigreurs de certains (…) quelles sont les banques du monde qui résistent le mieux aux turbulences ? Les banques françaises, évidemment".
En somme, si on continue à boire du vin, construire des avions et visiter la Tour Eiffel, la crise va passer toute seule. Un discours apparemment plein de bon sens, mais discutable quand on connait la tendance de Jacques Marseille à oublier les chiffres qui fâchent,comme le rappelait récemment Marianne 2.
Leçon de communication en temps de crise
C’est de bonne guerre. Le gouvernement chasse les bons chiffres en temps de crise, comme les ménages chassent les bonnes affaires. Aux experts alors de faire contrepoids à la communication politique. Eric Woerth évoque une croissance à moins d’1% en 2009, mais il annonce tout de même la reprise. Or "la reprise c’est une croissance suffisamment forte pour baisser le chômage… Et ça il va falloir du temps pour le voir", relativise Matthieu Plane.
Pas de reprise, donc, tant que la hausse du chômage n'est pas enrayée. Sur ce point, l’économiste est d’ailleurs pessimiste : "globalement je vois mal à partir de quand on va réussir à faire rebaisser le taux de chômage". Sur les deux années qui viennent, l’OFCE prévoit 900 000 chômeurs en plus.
Reste que le travail de prévision des économistes a perdu de son aura, à force de faux diagnostics et de divergences de pronostics. Comment dans ce cas leur faire encore confiance ?
Un peu de modestie
La question est d’actualité, avoue Matthieu Plane. "Le souci c’est que les outils d’analyse traditionnels ne fonctionnent pas en ce moment, donc on pratique un peu de la prévision à vue. Tout ça évolue très vite". Ce ne serait pas donc tant une question d’incompétence ou de négligence professionnelle, plus une incertitude liée à l’ampleur de la crise internationale.
Jean-Hervé Lorenzi, directeur du Cercle des économistes, l'admettait en février dernier, lors des Journées de l’économie 2009 à la Chambre du Commerce : "Il y a en fait presque autant de livres sur la crise que d’initiatives de politiques économiques faites par les différents États afin de soutenir les activités et de limiter la détérioration du marché du travail. Jamais nous n’avons été autant abreuvés d’écrits et autant perdus dans l’incertitude". "Les outils d’analyse traditionnels ne fonctionnent pas"
Les experts se déchirent donc à peu près sur tout. Aux Etats-Unis, c’est le plan Geithner, qui propose de racheter les "actifs pourris" des établissements bancaires en injectant 1000 milliards de dollars pour sortir de la crise, qui fait polémique.
Le retour de Keynes
Incrédule aussi le journal canadien Macleans : pour permettre une telle "injection" de liquidités de l’Etat, ajoute le journaliste, il faut prendre de l’argent quelque part. Or c’est la hausse des taxes qui va financer le plan de relance. Et le journal lui aussi de citer la conseillère économique en chef d’Obama, Christina Romer : “la politique fiscale", a-t-elle déclaré à propos de la crise de 1929, “n’a presque servi en rien pour la reprise économique avant 1942”.
N’en déplaise à Jacques Marseille, l’embellie économique se fera donc un peu attendre. Que peut-on augurer en France ? Selon le spécialiste de l’OFCE, "une fois qu’on aura fait le plus dur, il va falloir régler l’endettement public et ça va nous remettre un second coup !". L’Insee, autre organe prévisionnel français, prévoit une baisse du PIB de 1,5% au 1er trimestre 2009, et de 0,6% au second. A ce train-là, pourquoi ne pas croire aux "lueurs d’espoir" de Barack Obama, qui annonçait le 10 avril qu’il "commençait à voir du progrès" ? L'important, c'est d'y croire.
Chacun pour soi, la crise pour tous ! Si la crise actuelle évolue vers un désastre comparable à la Grande Dépression, ce sera probablement du fait d'un manque de coopération entre les grandes économies. L'histoire de l'économie mondiale moderne et de son effondrement dans les années 1930 montre que les principales puissances doivent travailler ensemble si elles veulent maintenir un ordre économique international intégré.
Mais les États ne sont capables de faire les sacrifices nécessaires au soutien de la coopération internationale que si leur population manifeste un minimum de soutien politique en faveur d’une économie mondiale ouverte. Cela ne va pas de soi aujourd’hui.
