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-:¦:- Information Non-Violence, Environnement TERRE -:¦:- "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent" Lucie Aubrac

mardi 4 mars 2008

Séduite et déçue de Nicolas Sarkozy..., par Sophie de Menthon

LE MONDE | 03.03.08

Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic

Vous faites l'objet de toutes les polémiques, de toutes les "unes", de toutes les conversations, aussi m'a-t-il semblé nécessaire de vous faire part de mon propre désarroi, celui de n'importe lequel de vos électeurs. Ce n'est pas "la bourgeoise du 7e" qui vous écrit, celle qui trouve "vulgaires" certaines attitudes ("vulgaire", étymologiquement du latin "vulgus : commun des mortels"), mais une électrice, chef d'entreprise... séduite et désappointée.

J'ai voté pour vous, pour vos défauts autant que pour vos qualités. J'ai vibré d'espoir en vous écoutant réveiller la France, cru en votre dynamisme, succombé à votre force de conviction, ri de votre bon sens sans faille, admiré votre capacité à faire face... Vous m'aviez promis après votre élection une retraite dans un couvent pour prendre la dimension de votre fonction. N'est-ce pas le moment ? Justement, si, avant les municipales !

Aujourd'hui, vous m'avez déstabilisée, m'obligeant à me passionner, malgré moi, pour votre vie privée. Même si je déclarais en même temps ne rien vouloir en savoir, comment résister à ce récit cinématographique en direct ? Je me suis enthousiasmée sur certaines de vos propositions... déçue le lendemain de les voir retirées aussi vite. Vous ne me laissez pas le temps d'apprécier ce que vous avez mis en route ou changé, car rien ne résiste à l'accélération d'une mise en scène vertigineuse.

La grande roue d'un gouvernement happening finit par me causer un véritable malaise. Nous avons tous besoin d'exemplarité, à tous les niveaux et à tous les âges. Dans une société sans repères, vous nous faites perdre ceux qui nous restent : amour, famille, entrepreneuriat, comment vous suivre ?

Chaque Français s'honore de la conduite de celui qu'il a placé au plus haut niveau ; il vous veut meilleur que lui, plus fort, plus intègre, plus raisonnable, plus courtois... En un mot, ce qu'il rêverait d'être. On n'assassine pas les icônes sans ravage. Vous êtes une icône, que vous le vouliez ou non, que les gens le reconnaissent ou non. Vos défenseurs n'ont plus d'arguments pour vous défendre, eux qui vous ont donné le pouvoir. Vous traitez vos ministres, semble-t-il, comme vous nous traitez, c'est-à-dire sans considération. Ils nous déçoivent aussi : inefficaces ou agités, est-ce la seule alternative que vous leur laissez ?

Il est encore temps de nous faire rencontrer le président de la République... en laissant vos tenues de candidat au vestiaire de l'histoire. C'est la dernière limite pour que vous vous fassiez plus rare, que vous vous rendiez précieux à nos yeux. Ne tentez pas trop les médias. Que vos propos se guettent et s'écoutent plutôt que de se réduire à des titres provocants.

Ne vous y trompez pas : la popularité de votre premier ministre n'est pas un plébiscite de votre politique, c'est un satisfecit de sa "bonne conduite". Ainsi va la foule, qui un jour fustige le trop discret et le lendemain le récompense, la foule prête à brûler celui qu'elle a adoré. La foule, ce sont vos électeurs, vos administrés. "Emporté par la foule qui nous traîne, nous entraîne...", il faut savoir résister à la ritournelle. Echapper à la foule, pour l'élever et offrir de la dignité aux Français, ils le réclament

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samedi 1 mars 2008

La charge du rhinocéros - '' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud

téléobs 09/16/Février 2008 

Tôt ou tard, la surexposition médiatique finit par se révéler mortelle.

Pour définir ce qui arrive à Nicolas Sarkozy dans ses rapports aux médias, on peut citer ce fameux « principe des trois L », joliment défini par Jean-françois Khann : louer, lâcher, lyncher. C’est bien ainsi, en effet, que fonctionne le système. Notre président en est arrivé – pour son malheur – à la deuxième séquence. Tout devrait lui faire craindre de parvenir assez vite à la troisième. Le risque est déjà perceptible 

Pour compléter cette formule, on proposera toutefois une métaphore : celle du rhinocéros. Elle définit assez bien, elle aussi, le périlleux fonctionnement du « tout média ». Ce système, contrairement à ce que croient certain, n’est pas manipulé par  un chef d’orchestre ( socialistes ?, gauchistes ?), mais gouverné par des logiques incontrôlables, des pesanteurs meurtrières : l’argent, la compétition, les technologies nouvelles comme Internet, l’engouement etc ….

Le système fait irrésistiblement penser à un rhinocéros dont aucune individualité n’est plus en mesure de discipliner la charge. Ce redoutable animal, comme on le sait, est doté d’une puissance aussi massive que myope.

Une vague odeur, un léger bruit le mettent en mouvement : droit devant, au grand galop. Sa course est rectiligne et dévastatrice. Les médias se meuvent ainsi dans l’imprévisible actualité. Ils foncent ! Nul, en leur sein, n’a vraiment le temps de s’interroger sur la direction choisie ou la nature du gibier poursuivi. Mais chacun, et surtout l’homme politique, se voit finalement emporté par la bête qu’il faisait profession de chevaucher. Et qu’il croyait avoir apprivoisé, le malheureux !

Or, dans tous les bons films animaliers, survient ce moment où l’animal, au bout d’une course qui ne l’a mené nulle part, s’immobilise, naseaux fumants et poumons en feu. Son hésitation est brève. Le débat intérieur tourne court. La perplexité réflexive du rhinocéros à ses limites. Elle n’est que le prélude à une nouvelle charge dans la direction opposée. C’est fâcheux pour tous ceux qui seront piétinés et navrant pour l’animal lui-même.

Dans le cas de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui chargé par l’animal qu’il caressait hier encore dans le sens du poil, un autre élément doit être pris en compte. Celui-ci : par les temps qui courent, la popularité médiatique et une arme à double tranchant. Songeons à ce rejet massif des médias par l‘opinion, à cette exécration rampante, à cette agressivité de principe que n’importe qui peut vérifier quand il navigue dans l’Hexagone.

Evoquer les médias en général, c’est agiter un chiffon rouge devant une salle qui, aussitôt, prend feu et tempête. La question n’est pas de savoir si cette colère diffuse est ou non justifiée. Elle « est », un point c’est tout. Les gros appareils médiatiques font l’objet d’un soupçon de principe, puis d’un rejet à priori. A tort ou à raison, ils sont assimilés à des instruments de domination, de propagande ou de tricherie.

Notre Nicolas, quand il goûtait aux délices de sa phase « louanges », aurait dû se méfier davantage. A long terme, il n’est pas forcément bénéfique de s’afficher comme le copain des grands communicants ou de se montrer partout. L’omniprésence télévisée est un peu comme ces substances radioactives, phophorescentes mais mortelles. Elles vous font briller dans la nuit, et vous tuent illico. Tôt ou tard, les médias se lassent – et s’en veulent – d’avoir trop adoré. La surexposition médiatique finit donc, en se retournant, par irradier mortellement celui-là même qui s’en croyait l’heureux  bénéficiaire.

Pour le dire clairement : n’est pas donné à tout le monde de conduire un rhinocéros.

Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières

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François Léotard : "Depuis que tu es à l’Elysée je suis inquiet"

Nouvel Observateur – 29/02/08

Au cours de leur vie politique, les deux hommes se sont croisés et appréciés. Mais aujourd’hui François Léotard, qui publie chez Grasset un texte au titre sans équivoque "Ca va mal finir", dresse un réquisitoire impitoyable sur l’action du Chef de l’Etat.

Ca a débuté
comme ça. Une élection, une fête, du Champagne. Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour lui. [...] Naturellement mon côté gaulliste avait quelques regrets. La France prenait des allures de grande surface, et parmi les candidats mon produit était en tête de gondole. La publicité et les promesses s'accompagnaient l'une l'autre comme deux petites voleuses qui font les sacs à main. Ensemble tout était possible. J'étais heureux qu'on soit ensemble. C'est étonnant comme on aime à croire ce qui n'est pas croyable.


Il a fallu plusieurs mois pour entendre parler de faillite. L'homme de Matignon, Mon le velouté, s'était laissé aller. Faillite ! C'est un mot que l'on aurait aimé entendre au mois de mars, avant l'élection... Au moment des giboulées. On s'y serait fait. Moi, je pensais à Churchill : "Je n'ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang." Et Londres bombardée tous les soirs. Nous, on allait très bien. Merci. La dette faisait à peu près l'équivalent du budget de l'Education nationale. Les intérêts seulement ! Pas le capital. Je me disais : ça va être bien. On pourra faire deux fois plus de lycées... Il suffira de rembourser ce que nous devons, de revenir à l'équilibre et le tour sera joué ! D'autres le font autour de nous. C'aurait été une promesse de grande qualité. Un millésime rare au rayon de l'œnologie politique. J'avais oublié que la dette, c'est comme la morphine : du bonheur immédiat ! On a donc choisi la béatitude. [...] Dès le lendemain on ne fut pas déçu : la retraite monastique bercée par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisée modestement "ouverture", les infirmières bulgares, le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du cœur sous les ombrages de la Lanterne, un gouvernement tétanisé par les engueulades, les escapades à Saint-Tropez, enfin les bien-aimés du pouvoir, le gratin du Bottin mondial : Chavez, El-Assad, Kadhafi, Poutine... les cancres du passage en terminale de la démocratie. Je commençais, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. [...] Sarkozy, c'est Glenn Gould en moins délicat. Il joue avec les mots sur son piano. Un artiste. Comme l'interprète canadien, il accompagne ses partitions de soupirs, de mouvements du visage qui donnent à la pièce jouée la permanente allure d'un chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas du Bach.


Prenons l'exemple de ses rapports avec la police. Ils ont séduit une droite qui ne plaisante pas avec ces choses-là, ils ont alimenté ses nombreux discours, et sans doute, comme pour tous les enfants, marqué son parcours. Voilà une institution qu'il aime. Il s'y plaît. [...] Sarkozy ne parle pas de la police. Il est la police. Il est l'ordre. L'ordre seulement, mais l'ordre complètement. Sa doctrine est faite : les loubards des banlieues n'ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d'emploi. Les pédophiles n'entrent pas dans la catégorie de l'acquis mais dans celle de l'inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance. Pour le même délit, déjà purgé, on va inventer 'un suivi' en milieu fermé, c'est-à-dire une deuxième prison qui s'ajoute à la première, mais sans jugement. A quoi bon ? C'est l'Etat qui doit décider, c'est-à-dire l'exécutif, c'est-à dire la police. Il semble que notre président n'ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs lui soit une énigme. Si l'on rend la justice Place-Beauvau, ce sera plus rapide. Et surtout plus près de l'Elysée. [...] On se souvient qu'il répétait volontiers qu'on ne faisait appel à lui que dans les moments désespérés. Alors il arrivait, soulevait le RPR et l'exaltait en quelques jours, redressait le budget de la nation, rendait à la police la confiance qui lui manquait. [...]


C'est vrai, on aurait dû se méfier. Dans le monde sauvage des animaux politiques, il ne faut pas être sur le passage d'un prédateur. Je le sais, j'ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui, on était mort, mais c'était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d'une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko, c'était différent. Le fauve avait - si l'on peut dire - une mémoire d'éléphant. Un jour, me parlant justement de Chirac, il m'avait dit : "François, n'oublie jamais ceci : je suis fidèle à mes ennemis." J'en ai encore froid dans le dos. L'ouverture n'a rien changé à cela. Elle donne à la victime un côté comestible qui la fait s'aplatir avec une docilité déconcertante. La douceur de Jack Lang dans ses approches concentriques du pouvoir fait penser aux roucoulements des pigeons qui ne voient pas, dans la casserole, les olives dont ils seront bientôt entourés. [...] Et je crains que la belle histoire qui nous est racontée du haut de l'Elysée ne se termine mal. Parfois je ne peux empêcher un certain malaise de venir en moi. J'essaie de le chasser et il revient. Je prends un livre et ça revient de plus belle. [...] Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet. Qu'est-ce qui t'a pris exactement ? Je lis dans un journal que désormais la police française arrête des enfants... J'ai suivi avec consternation le morceau de Grand-Guignol qui t'a mis dans les bras de Kadhafi... J'apprends que tu as une «plume» qui te fait dire des bêtises... Il paraît que tu n'écoutes plus ceux qui t'entourent... Tu aurais même traité mon ami Martinon d"'imbécile"... Et ce pauvre Mon avec ses beaux yeux de labrador... C'est pas bien tout ça, Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. [...] Et puis ces histoires d'ADN pour le regroupement familial, ce n'est pas toi ! Tu t'es fait déborder par quelques malades de l'UMP Des frénétiques... [...]


Tu as eu raison de citer Guy Môquet. Cette jeunesse-là, intacte et fervente, qui s'abat d'un seul coup, laissant derrière elle le grand silence du courage, cette jeunesse-là, elle est belle et sans doute plus belle que la nôtre... J'aurais aimé qu'à côté de Guy Môquet tu cites Aragon, celui de 'l'Affiche rouge'. Parce qu'il parle de Manouchian et que le poème d'Aragon est lové dans l'écriture de la dernière lettre du futur fusillé. Pourquoi dis-je cela ? Parce que ces étrangers "mais nos frères pourtant" ont davantage honoré la France que ces "bons Français" qui tranquillement la salissaient à Vichy. Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait. Parce qu'ils portaient "des noms difficiles à prononcer", parce qu'ils considéraient que peut-être dans le mot France il y avait un désir de droit et - qui sait - une résistance cachée.

"Ca va mal finir", par François Léotard, Grasset, 138 pages, 10 euros.

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vendredi 29 février 2008

Edgar Pisani : Nicolas Sarkozy face à la tourmente

LE MONDE | 28.02.08 | 13h59 Point de vue

Nous voici à quelques semaines d'élections départementales et communales qui exprimeront le désarroi de notre opinion publique. Que peut-il se passer ?

Nicolas Sarkozy a perdu la confiance qu'il avait su inspirer il y a quelques mois. Son "je" omniprésent, la "commissionnite", le rabattage d'experts, une course effrénée en politique intérieure et extérieure, des vacances spectaculaires, une attitude désinvolte et contraire à la Constitution à l'égard des plus hautes juridictions du pays, une algarade vulgaire au coeur d'une foule nombreuse, sous le regard indiscret des télévisions... tout lui a fait et lui fait perdre le soutien de la majorité de ceux qui ont cru en ses promesses.

Aimant choquer avec l'espoir de convaincre, il a scandalisé sans convaincre. Y compris nombre de "ses" élus. Il ne bénéficie plus, ni à l'étranger ni en France, du respect ou de la considération qui sont les attributs de la magistrature suprême et la condition de son bon exercice.

Les élections législatives ont montré qu'existent des forces significatives qui ne le reconnaissent pas. Dans leurs diversités locales, les élections prochaines manifesteront sans doute qu'il y a deux France : celle d'un pouvoir sûr de lui et celle de la société avide de n'être plus un objet de la politique.

LA FRANCE QUI "EN A MARRE" - Si la tendance manifestée par les élections régionales de 2004 se trouve confirmée, renaîtra l'opposition entre la France d'en haut qui abuse de son pouvoir et la France d'en bas qui "en a marre" de subir.

La première est saisie de doutes, la seconde est plus nombreuse que jamais. Les analyses d'opinion confirment ce renversement. On peut, dès lors, élaborer trois hypothèses.

Dans la première, la "majorité présidentielle" demeurant fidèle au poste, le président change de comportements mais pas de politique.

Dans la seconde, soucieux de leur avenir, les élus de la "majorité présidentielle" suggèrent, dans les couloirs, un arrangement avec l'opposition.

Troisième hypothèse enfin : le président invite toutes les tendances à une "conférence nationale" à laquelle il confie pour une durée limitée la mission de proposer décisions et textes répondant aux problèmes immédiats et fondant l'avenir du pays.

"Conférence nationale", car la France a besoin de se réconcilier avec elle-même et d'ouvrir les chantiers de son avenir. Elle est la seule qui vaille parce que tous les Français y participent par leurs élus et qu'elle peut être constituée sur-le-champ. Il faut, pour cela, que le président renonce à une partie de son programme et à sa désinvolture constitutionnelle ; que l'opposition ait un programme positif élaboré ; enfin, que chacune des parties s'engage à négocier et à appliquer loyalement les conclusions de la conférence nationale.

La tourmente est proche. L'état de la France est tel que la seule victoire est aujourd'hui dans la conclusion d'un pacte démocratique de crise. Sinon, quoi ?

Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture

La révolte salutaire d’Edgard Pisani - SOS politique, SOS démocratie: plaidoyer pour une France qui refuse la décadence... et veut des réformes dignes de ce nom

A quatre-vingt-huit ans, Edgard Pisani reste un « révolté », fier de l’être. Son  Vive la révolte, publié au Seuil, est un livre-vitamine. Comme son site d’ailleurs : http://www.vivelarevolte.com

Le  20 juin 2007 Edgar Pisani avait  adressé un message à Nicolas Sarkozy

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Contribution bucolique - Contre nature

Politis jeudi 28 février 2008 PAR Bernard Langlois

Le vieux Roger, mon voisin, qui chaque jour fait le tour de sa mare, me l’a assuré : les grenouilles ont pondu. « Et quand les grenouilles ont pondu, l’hiver est fichu. Enfin, c’est ce que disaient les anciens ! » Paraît aussi qu’on a vu (et entendu) remonter les grues, pas loin d’ici, et ça ne trompe pas. C’est donc que cette année, dans ce coin de France où je vis, on n’a pas eu d’hiver, ou presque pas. De la pluie, de la brouillasse, du vent mauvais, oui, mais pas de neige. Et depuis trois semaines, du soleil, du soleil, comme s’il en giclait !

Les nuits sont froides encore, et le matin, on ouvre les volets sur une campagne blanche de givre, avec des lambeaux de brume encore pris dans les branches des bouleaux, en face, sur la colline.

Ça ne dure pas : dès le coup de 9 heures, il fait bon s’asseoir au soleil et y réchauffer ses vieux os. Avec dans la tête les vers d’Aragon, bercés dans la musique de Léonardi, une merveille du répertoire que les plus grands ont chantée [] :

« Il fait beau à n’y pas croire/Il fait beau comme jamais/Quel temps quel temps sans mémoire/On ne sait plus comment voir/Ni se lever ni s’asseoir/Il fait beau comme jamais/C’est un temps contre nature/Comme le ciel des peintures/Comme l’oubli des tortures/Il fait beau comme jamais ! »

Il fait beau, mais de ce printemps trop précoce ne faudrait-il pas s’inquiéter ?

(C’était ma contribution bucolique à l’ambiance rurale de cette semaine où l’agriculture tenait salon : ce n’est pas donné à tout le monde de se faire traiter de pauv’ con par un président de la République en exercice.)

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mercredi 27 février 2008

Quand Sarkozy interprète les textes fondateurs des religions

Ouest-France – 27/02/08 - Pierre TANGUY

« Dieu et Sarkozy » : Il n'y a pas un mot d'appel à la violence dans la Torah, la Bible et le Coran. C'est le chef de l'État qui l'affirme.

Après ses déclarations controversées de Riyad (« Dieu est dans le coeur de chaque homme »), de Saint-Jean-de-Latran, à Rome, autour de la « laïcité positive » et de la place éminente des religions dans la société, Nicolas Sarkozy persiste et signe dans un entretien avec des lecteurs du Parisien (lire l’entretien).

Il affirme, explicitant sa pensée sur les religions, que « tout doit être fait pour éviter la guerre des religions entre l'islam et l'Occident ». Le chef de l'État s'appuie, pour le dire, sur des interprétations pour le moins sujettes à caution. Et d'autant plus surprenantes que l'entretien en question a bien été relu par l'intéressé avant publication.

Que dit Nicolas Sarkozy ? Qu'il « n'y a pas un mot de la Torah, pas un mot de la Bible, pas un mot du Coran qui prône la violence, la haine et l'extrémisme ». De quoi, effectivement, faire bondir tous ceux qui fréquentent, un tant soit peu, les textes fondateurs des religions monothéistes. On y trouve, en effet, une justification fréquente de la violence, notamment à partir de la notion de « Terre sainte » ou de « Terre promise ».

« À la hache »

Ainsi, dans la Bible, ne voit-on pas Josué organiser la conquête du pays de Canaan en supprimant des populations entières ou le roi David tuer des myriades de Philistins ? Au livre des Juges, (chapitre 21, verset 10), ne lit-on pas : « Allez et frappez du tranchant de l'épée les habitants de Jabès en Galaad, avec les femmes et les enfants » ? Et que dire du Coran, où l'on voit un prophète chef de guerre en action, et où l'on peut lire, à la sourate 33 (verset 64), « qu'Allah maudit les incroyants et leur a préparé un brasier ».

Nicolas Sarkozy, pris dans son élan (citant successivement Torah, Bible et Coran), ne distingue pas, en outre, la particularité du message chrétien. Jésus-Christ, le « Dieu d'amour » du Nouveau Testament - deuxième partie de la Bible - refuse la loi juive du talion (« oeil pour oeil, dent pour dent ») et crée une vraie rupture. Pas un mot d'appel à la violence et à la haine dans l'Évangile. Bien au contraire. Ce qui n'a pas empêché l'Église catholique - notons-le - de confondre, dans son histoire, pouvoir politique et religieux, de mener des croisades ou de participer à des guerres de religion.

Le chef de l'État, lui, ne s'arrête pas à ces subtilités. Il évacue la violence des textes sacrés et ne sait pas distinguer les messages particuliers des monothéismes. Ce qu'on appelle parler des religions « à la hache ».

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La laïcité n’est pas la tolérance

Jean Daniel – Nouvel Observateur – 26/02/08

Edouard Balladur a récemment déclaré qu’il en avait assez des discussions sur la laïcité en énonçant la formule : « La laïcité, c’est simplement la tolérance. » L’ancien Premier ministre se trompe, s’il veut m’en croire et je lui recommande sur ce sujet le livre de Catherine Kintzler, « Tolérance et laïcité ». La tolérance n’est pas la laïcité. La première est passive, la seconde active. La tolérance s’accommode de toutes les manifestations publiques des religions. La laïcité défend l’individu contre son groupe d’origine, la femme contre le père oppresseur et garantit que l’on peut changer de religion ou que se déclarer athée. Avec la tolérance, on installe des communautés. Avec la laïcité, on construit une nation.

Quant aux églises, je voudrais citer à leur intention la plus magnifique pensée d’un grand philosophe protestant, Paul Ricoeur : « Si vraiment les religions doivent survivre, elles devront satisfaire à de nombreuses exigences. Il leur faudra en premier lieu renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée ; elles devront en outre faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale ; il faudra surtout – et c’est le plus difficile – chercher au fond même de leurs enseignements ce surplus non-dit grâce à quoi chacune peut espérer rejoindre les autres, car ce n’est pas à l’occasion de superficielles manifestations, qui restent des compétitions, que les vrais rapprochements se font : c’est en profondeur seulement que les distances se raccourcissent. » Cela devrait être gravé dans la pierre.

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lundi 25 février 2008

Penser le citoyen, par Aude Lapôtre

LE MONDE DES LIVRES | 21.02.08

Rousseau rappelle souvent qu'on ne peut juger des choses par le fait, mais seulement par le droit. Ainsi il nous dicte de ne pas succomber à la fatalité. Attentif aux maux dont souffre la société de son temps, il les combat non à la manière d'un Voltaire, en s'attaquant aux diverses manifestations de l'injustice, mais en adoptant une attitude plus systématique. Il remonte à une cause générale de l'injustice. Cette cause, c'est l'inégalité, dans la mesure où elle prive les hommes de leur liberté : "L'homme est né libre et partout il est dans les fers."

C'est donc comme un penseur de la liberté que Rousseau demeure un auteur décisif. Mais, de quelle liberté s'agit-il ? On ne peut s'arrêter à l'analyse de l'homme à l'état de nature, un être solitaire et bon, capable de satisfaire tous ses besoins puisqu'ils sont strictement délimités par la nature elle-même. Rousseau n'est pas nostalgique car il est impossible de retrouver cette harmonie originelle de l'homme avec la nature. Si cette hypothèse a pour fonction de nous alerter sur tous les risques d'aliénation, vivre en société ne relève pas du choix. La seule liberté dont dispose cet animal dénaturé qu'est l'homme est celle du citoyen, donc d'une liberté encadrée par la loi. L'Etat apparaît alors comme un artifice susceptible d'instaurer une forme plus haute de liberté, désormais pensée à l'intérieur d'une communauté politique. Rendre compatibles la loi et la liberté, telle est la fonction du concept de volonté générale.

Toutefois, tout cela n'est-il pas utopique ? L'unanimité a cédé la place au régime des partis, il n'est de démocratie possible que dans un régime représentatif. Faut-il désespérer d'une pensée du politique toujours trop éloignée de la situation réelle ?

Rousseau nous enseigne une force d'indignation devant l'éternelle contradiction entre les Etats réels et la sagesse de l'homme libre, entre la loi positive et la loi du coeur. En ce sens, toutes ses oeuvres disposent d'une portée critique.

Voilà pourquoi il faut juger les choses non par ce qu'elles sont, mais par ce qu'elles devraient être. Il s'agit de se donner les moyens de penser un idéal, non pour ignorer la complexité du réel, mais pour poser les fondements de toute légitimité. Enfin, ce sentiment de révolte peut à son tour être dépassé si on relit le Contrat social à la lumière de l'Emile. Un homme n'est rien en dehors d'une communauté, parce que c'est parmi d'autres hommes et sous les lois de son pays qu'il doit vivre. Ainsi, la théorie ne peut avoir de sens qu'à l'épreuve d'un engagement effectif en tant que citoyen.

Il semble que ce soit cette dimension concrète de la liberté dont témoigne l'oeuvre de Rousseau, liberté qui prend sa source dans l'apprentissage d'une pensée autonome et qui s'accomplit dans l'exercice de la citoyenneté.

Aude Lapôtre est professeur au lycée Vauban d'Aire-sur-la-Lys (62). 

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Jean Sarkozy selon un psy

Nouvel Obs publié le 22/02/2008

Le point de vue d’une psychanalyste

L’entrée fracassante en politique de Sarkozy Jr, Jean de son petit nom, lui a valu une marionnette aux Guignols de l’info et une caricature de Plantu. Gestuelle, voix, ambition, la ressemblance avec son président de père est troublante et pose la question de la filiation.

Interview de Sophie Cadalen, psychanalyste 

En lâchant David Martinon aux municipales de Neuilly, Jean Sarkozy aurait-il voulu atteindre son père?
Sous couvert de militantisme, il a quand même mis une sacrée pagaille dans la tactique de son père. C’est typique des relations père-fils. Soit on tourne la page, pour s’émanciper. Soit, malgré de bonnes intentions, on règle des comptes obscurs et inconscients. Dans cette situation, prendre la place de quelqu’un adoubé par le père ressemble à un coup de poignard dans le dos.

Jean Sarkozy parle avec les mêmes intonations que son père. Que signifie ce mimétisme?
Les enfants photographient toujours leurs parents et cela n’est pas forcément volontaire, ils servent de repères. De même, Jean Sarkozy veut accéder à la politique avec les mêmes intonations que son père. La voix est quelque chose de particulier. Elle nous raconte, elle est comme un pedigree, un C.V.

En ce sens, le mimétisme de Jean Sarkozy par rapport à son père signifie qu’il n’est pas un homme affranchi. Il essaye de devenir un orateur à la manière de... Mais dans son imaginaire, en comparaison au père, il sera toujours moins bien. Et ça ne fait pas de lui un homme de grande envergure. C’est la caricature d’un homme qui dans l’inconscient n’a pas «tué» son père.

Ce n’est pas de bon augure pour un homme politique d’être vu comme le fils de son père. Tous les fils de... ont du se démarquer à un moment donné

Grandir dans l’ombre d’un personnage aussi charismatique et médiatique que Nicolas Sarkozy devrait l’amener à vouloir «tuer» le père?
Oui, mais il ne le tue pas comme il faut! Il est toujours difficile de grandir dans l’ombre de ses parents. Pour s’en sortir, il ne faut pas vivre dans la comparaison. Jean Sarkozy est trop dans les sillons de son père pour s’en libérer. Il existe en tant que caricature et son modèle restera de toute façon indépassable. Il a envie de lui montrer qu’il existe, c’est une volonté consciente mais il agit à l’inverse. Ce comportement montre son côté immature et puéril, en demande de reconnaissance.

Nicolas Sarkozy a pourtant félicité son fils pour sa candidature aux cantonales, affirmant qu’il se débrouillait seul...
Cette déclaration sème le doute! Si vraiment il se débrouillait seul, le papa n’aurait pas besoin d’intervenir. C’est un argument très léger. Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de l’ignorer mais je crains qu’il ne soit pas capable d’ignorer quiconque.

A l’inverse, l’ainé, Pierre Sarkozy, producteur de rap, se serait-il émancipé en refusant la politique?
C’est intéressant car le rap est à l’origine un art contestataire qui dénonce l’ordre et la police. Si son père représente le pouvoir, son fils aîné pourrait représenter l’art subversif, en réaction.

Sophie Cadalen est l’auteur de «Les femmes de pouvoirs, des hommes comme les autres», paru au Seuil.

Propos recueillis par Marie Varroud-Vial

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dimanche 24 février 2008

Une insurrection des consciences

Nouvelles clés – 18/02/08 -

jsalom_  Jacques Salomé

Aller vers une « insurrection des consciences », je m’approprie cette belle expression de Pierre Rabhi, amplifiée par Nicolas Hulot qui nous invitait dans son dernier livre à « rassembler les énergies dispersées, les bonnes volontés éparses, changer notre regard sur le monde, le vivant, l’avenir, faire naître une nouvelle espérance, transformer la fatalité qui nous attend en décision mûrement réfléchie, tourner le dos aux sécurité trompeuses comme aux espérances vaines, admettre que chacun porte en soi un fraction de vérité et une fraction de solution » .

Dans de nombreux endroits du monde et de notre pays, il y a des gens qui se rassemblent, se rapprochent, qui créent des liens, qui innovent, qui re-inventent leur vie, qui dynamisent différemment leur relation au travail. Des femmes et des hommes qui se relient à une culture plus proche de leurs aspirations profondes. Des êtres qui trouvent des moyens au ras des pâquerettes (je veux dire par là avec simplicité) pour lutter contre l’exclusion, pour oser se confronter à la misère (plutôt que de l’ignorer ou de la nier), pour introduire plus de vivance dans leur vie, pour donner à leur existence un autre goût. Des hommes et des femmes qui entrent en résistance face au pouvoir de l’argent, contre l’indifférence et le silence, face à l’individualisme et au consumérisme.

Des hommes et des femmes qui donnent vie à des utopies, à des pratiques de vie qui ne font l’objet d’aucune publicité, d’aucune information, mais qui marquent une autre façon d’être au monde, un besoin (et non seulement un désir) de se réapproprier un pouvoir de vie. Je crois ceux qui nous disent que la solidarité doit s’inventer tous les jours, rayonner, résonner à partir de comportements même minimes, ancrés dans une façon nouvelle c’est à dire avec moins de dépendances à l’argent, de nous confronter au monde. Je crois à des actions régulières, suivies pour nourrir une croissance personnelle et collaborer à une décroissance matérielle pour protéger notre environnement proche. Je suis de ceux qui pensent qu’une révolution interne est en cours. Je ne sais si cette révolution sera pacifique, car le mot insurrection contient en lui même une violence potentielle, mais je sens qu’elle sera inévitable et douloureuse pour tous ceux qui sont en recherche pour participer à la prise en charge d’un monde meilleur.

L’expression « prise en charge de notre monde » indique bien le niveau de notre responsabilité. Nous sommes des êtres planétaires, concernés à chaque instant par tout ce qui se passe sur notre planète. Nous ne pouvons plus nous débarrasser de cette responsabilité sur nos enfants et descendants. Nous avons à l’assumer et cela supposera d’indispensables privations, des nécessaires contraintes et surtout des mutations. Mutations de nos modèles, de nos structures mentales, de notre vision de l’avenir, de notre perception de la vie, de la relation à notre corps, de la communication qui devra devenir plus relationnelle, moins fonctionnelle, plus ouverte à l’écoute de nos besoins relationnels.

Une insurrection des consciences supposera d’accepter de changer et de développer une autre façon de nous relier aux autres.

Jacques Salomé est l’auteur de :

Et si nous inventions notre vie. Ed du Relié 
Le courage d’être soi. Pocket

Une vie à se dire. Pocket

Site : www.j-salome.com

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