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vendredi 29 février 2008

Edgar Pisani : Nicolas Sarkozy face à la tourmente

LE MONDE | 28.02.08 | 13h59 Point de vue

Nous voici à quelques semaines d'élections départementales et communales qui exprimeront le désarroi de notre opinion publique. Que peut-il se passer ?

Nicolas Sarkozy a perdu la confiance qu'il avait su inspirer il y a quelques mois. Son "je" omniprésent, la "commissionnite", le rabattage d'experts, une course effrénée en politique intérieure et extérieure, des vacances spectaculaires, une attitude désinvolte et contraire à la Constitution à l'égard des plus hautes juridictions du pays, une algarade vulgaire au coeur d'une foule nombreuse, sous le regard indiscret des télévisions... tout lui a fait et lui fait perdre le soutien de la majorité de ceux qui ont cru en ses promesses.

Aimant choquer avec l'espoir de convaincre, il a scandalisé sans convaincre. Y compris nombre de "ses" élus. Il ne bénéficie plus, ni à l'étranger ni en France, du respect ou de la considération qui sont les attributs de la magistrature suprême et la condition de son bon exercice.

Les élections législatives ont montré qu'existent des forces significatives qui ne le reconnaissent pas. Dans leurs diversités locales, les élections prochaines manifesteront sans doute qu'il y a deux France : celle d'un pouvoir sûr de lui et celle de la société avide de n'être plus un objet de la politique.

LA FRANCE QUI "EN A MARRE" - Si la tendance manifestée par les élections régionales de 2004 se trouve confirmée, renaîtra l'opposition entre la France d'en haut qui abuse de son pouvoir et la France d'en bas qui "en a marre" de subir.

La première est saisie de doutes, la seconde est plus nombreuse que jamais. Les analyses d'opinion confirment ce renversement. On peut, dès lors, élaborer trois hypothèses.

Dans la première, la "majorité présidentielle" demeurant fidèle au poste, le président change de comportements mais pas de politique.

Dans la seconde, soucieux de leur avenir, les élus de la "majorité présidentielle" suggèrent, dans les couloirs, un arrangement avec l'opposition.

Troisième hypothèse enfin : le président invite toutes les tendances à une "conférence nationale" à laquelle il confie pour une durée limitée la mission de proposer décisions et textes répondant aux problèmes immédiats et fondant l'avenir du pays.

"Conférence nationale", car la France a besoin de se réconcilier avec elle-même et d'ouvrir les chantiers de son avenir. Elle est la seule qui vaille parce que tous les Français y participent par leurs élus et qu'elle peut être constituée sur-le-champ. Il faut, pour cela, que le président renonce à une partie de son programme et à sa désinvolture constitutionnelle ; que l'opposition ait un programme positif élaboré ; enfin, que chacune des parties s'engage à négocier et à appliquer loyalement les conclusions de la conférence nationale.

La tourmente est proche. L'état de la France est tel que la seule victoire est aujourd'hui dans la conclusion d'un pacte démocratique de crise. Sinon, quoi ?

Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture

La révolte salutaire d’Edgard Pisani - SOS politique, SOS démocratie: plaidoyer pour une France qui refuse la décadence... et veut des réformes dignes de ce nom

A quatre-vingt-huit ans, Edgard Pisani reste un « révolté », fier de l’être. Son  Vive la révolte, publié au Seuil, est un livre-vitamine. Comme son site d’ailleurs : http://www.vivelarevolte.com

Le  20 juin 2007 Edgar Pisani avait  adressé un message à Nicolas Sarkozy

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Contribution bucolique - Contre nature

Politis jeudi 28 février 2008 PAR Bernard Langlois

Le vieux Roger, mon voisin, qui chaque jour fait le tour de sa mare, me l’a assuré : les grenouilles ont pondu. « Et quand les grenouilles ont pondu, l’hiver est fichu. Enfin, c’est ce que disaient les anciens ! » Paraît aussi qu’on a vu (et entendu) remonter les grues, pas loin d’ici, et ça ne trompe pas. C’est donc que cette année, dans ce coin de France où je vis, on n’a pas eu d’hiver, ou presque pas. De la pluie, de la brouillasse, du vent mauvais, oui, mais pas de neige. Et depuis trois semaines, du soleil, du soleil, comme s’il en giclait !

Les nuits sont froides encore, et le matin, on ouvre les volets sur une campagne blanche de givre, avec des lambeaux de brume encore pris dans les branches des bouleaux, en face, sur la colline.

Ça ne dure pas : dès le coup de 9 heures, il fait bon s’asseoir au soleil et y réchauffer ses vieux os. Avec dans la tête les vers d’Aragon, bercés dans la musique de Léonardi, une merveille du répertoire que les plus grands ont chantée [] :

« Il fait beau à n’y pas croire/Il fait beau comme jamais/Quel temps quel temps sans mémoire/On ne sait plus comment voir/Ni se lever ni s’asseoir/Il fait beau comme jamais/C’est un temps contre nature/Comme le ciel des peintures/Comme l’oubli des tortures/Il fait beau comme jamais ! »

Il fait beau, mais de ce printemps trop précoce ne faudrait-il pas s’inquiéter ?

(C’était ma contribution bucolique à l’ambiance rurale de cette semaine où l’agriculture tenait salon : ce n’est pas donné à tout le monde de se faire traiter de pauv’ con par un président de la République en exercice.)

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mercredi 27 février 2008

Quand Sarkozy interprète les textes fondateurs des religions

Ouest-France – 27/02/08 - Pierre TANGUY

« Dieu et Sarkozy » : Il n'y a pas un mot d'appel à la violence dans la Torah, la Bible et le Coran. C'est le chef de l'État qui l'affirme.

Après ses déclarations controversées de Riyad (« Dieu est dans le coeur de chaque homme »), de Saint-Jean-de-Latran, à Rome, autour de la « laïcité positive » et de la place éminente des religions dans la société, Nicolas Sarkozy persiste et signe dans un entretien avec des lecteurs du Parisien (lire l’entretien).

Il affirme, explicitant sa pensée sur les religions, que « tout doit être fait pour éviter la guerre des religions entre l'islam et l'Occident ». Le chef de l'État s'appuie, pour le dire, sur des interprétations pour le moins sujettes à caution. Et d'autant plus surprenantes que l'entretien en question a bien été relu par l'intéressé avant publication.

Que dit Nicolas Sarkozy ? Qu'il « n'y a pas un mot de la Torah, pas un mot de la Bible, pas un mot du Coran qui prône la violence, la haine et l'extrémisme ». De quoi, effectivement, faire bondir tous ceux qui fréquentent, un tant soit peu, les textes fondateurs des religions monothéistes. On y trouve, en effet, une justification fréquente de la violence, notamment à partir de la notion de « Terre sainte » ou de « Terre promise ».

« À la hache »

Ainsi, dans la Bible, ne voit-on pas Josué organiser la conquête du pays de Canaan en supprimant des populations entières ou le roi David tuer des myriades de Philistins ? Au livre des Juges, (chapitre 21, verset 10), ne lit-on pas : « Allez et frappez du tranchant de l'épée les habitants de Jabès en Galaad, avec les femmes et les enfants » ? Et que dire du Coran, où l'on voit un prophète chef de guerre en action, et où l'on peut lire, à la sourate 33 (verset 64), « qu'Allah maudit les incroyants et leur a préparé un brasier ».

Nicolas Sarkozy, pris dans son élan (citant successivement Torah, Bible et Coran), ne distingue pas, en outre, la particularité du message chrétien. Jésus-Christ, le « Dieu d'amour » du Nouveau Testament - deuxième partie de la Bible - refuse la loi juive du talion (« oeil pour oeil, dent pour dent ») et crée une vraie rupture. Pas un mot d'appel à la violence et à la haine dans l'Évangile. Bien au contraire. Ce qui n'a pas empêché l'Église catholique - notons-le - de confondre, dans son histoire, pouvoir politique et religieux, de mener des croisades ou de participer à des guerres de religion.

Le chef de l'État, lui, ne s'arrête pas à ces subtilités. Il évacue la violence des textes sacrés et ne sait pas distinguer les messages particuliers des monothéismes. Ce qu'on appelle parler des religions « à la hache ».

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La laïcité n’est pas la tolérance

Jean Daniel – Nouvel Observateur – 26/02/08

Edouard Balladur a récemment déclaré qu’il en avait assez des discussions sur la laïcité en énonçant la formule : « La laïcité, c’est simplement la tolérance. » L’ancien Premier ministre se trompe, s’il veut m’en croire et je lui recommande sur ce sujet le livre de Catherine Kintzler, « Tolérance et laïcité ». La tolérance n’est pas la laïcité. La première est passive, la seconde active. La tolérance s’accommode de toutes les manifestations publiques des religions. La laïcité défend l’individu contre son groupe d’origine, la femme contre le père oppresseur et garantit que l’on peut changer de religion ou que se déclarer athée. Avec la tolérance, on installe des communautés. Avec la laïcité, on construit une nation.

Quant aux églises, je voudrais citer à leur intention la plus magnifique pensée d’un grand philosophe protestant, Paul Ricoeur : « Si vraiment les religions doivent survivre, elles devront satisfaire à de nombreuses exigences. Il leur faudra en premier lieu renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée ; elles devront en outre faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale ; il faudra surtout – et c’est le plus difficile – chercher au fond même de leurs enseignements ce surplus non-dit grâce à quoi chacune peut espérer rejoindre les autres, car ce n’est pas à l’occasion de superficielles manifestations, qui restent des compétitions, que les vrais rapprochements se font : c’est en profondeur seulement que les distances se raccourcissent. » Cela devrait être gravé dans la pierre.

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lundi 25 février 2008

Penser le citoyen, par Aude Lapôtre

LE MONDE DES LIVRES | 21.02.08

Rousseau rappelle souvent qu'on ne peut juger des choses par le fait, mais seulement par le droit. Ainsi il nous dicte de ne pas succomber à la fatalité. Attentif aux maux dont souffre la société de son temps, il les combat non à la manière d'un Voltaire, en s'attaquant aux diverses manifestations de l'injustice, mais en adoptant une attitude plus systématique. Il remonte à une cause générale de l'injustice. Cette cause, c'est l'inégalité, dans la mesure où elle prive les hommes de leur liberté : "L'homme est né libre et partout il est dans les fers."

C'est donc comme un penseur de la liberté que Rousseau demeure un auteur décisif. Mais, de quelle liberté s'agit-il ? On ne peut s'arrêter à l'analyse de l'homme à l'état de nature, un être solitaire et bon, capable de satisfaire tous ses besoins puisqu'ils sont strictement délimités par la nature elle-même. Rousseau n'est pas nostalgique car il est impossible de retrouver cette harmonie originelle de l'homme avec la nature. Si cette hypothèse a pour fonction de nous alerter sur tous les risques d'aliénation, vivre en société ne relève pas du choix. La seule liberté dont dispose cet animal dénaturé qu'est l'homme est celle du citoyen, donc d'une liberté encadrée par la loi. L'Etat apparaît alors comme un artifice susceptible d'instaurer une forme plus haute de liberté, désormais pensée à l'intérieur d'une communauté politique. Rendre compatibles la loi et la liberté, telle est la fonction du concept de volonté générale.

Toutefois, tout cela n'est-il pas utopique ? L'unanimité a cédé la place au régime des partis, il n'est de démocratie possible que dans un régime représentatif. Faut-il désespérer d'une pensée du politique toujours trop éloignée de la situation réelle ?

Rousseau nous enseigne une force d'indignation devant l'éternelle contradiction entre les Etats réels et la sagesse de l'homme libre, entre la loi positive et la loi du coeur. En ce sens, toutes ses oeuvres disposent d'une portée critique.

Voilà pourquoi il faut juger les choses non par ce qu'elles sont, mais par ce qu'elles devraient être. Il s'agit de se donner les moyens de penser un idéal, non pour ignorer la complexité du réel, mais pour poser les fondements de toute légitimité. Enfin, ce sentiment de révolte peut à son tour être dépassé si on relit le Contrat social à la lumière de l'Emile. Un homme n'est rien en dehors d'une communauté, parce que c'est parmi d'autres hommes et sous les lois de son pays qu'il doit vivre. Ainsi, la théorie ne peut avoir de sens qu'à l'épreuve d'un engagement effectif en tant que citoyen.

Il semble que ce soit cette dimension concrète de la liberté dont témoigne l'oeuvre de Rousseau, liberté qui prend sa source dans l'apprentissage d'une pensée autonome et qui s'accomplit dans l'exercice de la citoyenneté.

Aude Lapôtre est professeur au lycée Vauban d'Aire-sur-la-Lys (62). 

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Jean Sarkozy selon un psy

Nouvel Obs publié le 22/02/2008

Le point de vue d’une psychanalyste

L’entrée fracassante en politique de Sarkozy Jr, Jean de son petit nom, lui a valu une marionnette aux Guignols de l’info et une caricature de Plantu. Gestuelle, voix, ambition, la ressemblance avec son président de père est troublante et pose la question de la filiation.

Interview de Sophie Cadalen, psychanalyste 

En lâchant David Martinon aux municipales de Neuilly, Jean Sarkozy aurait-il voulu atteindre son père?
Sous couvert de militantisme, il a quand même mis une sacrée pagaille dans la tactique de son père. C’est typique des relations père-fils. Soit on tourne la page, pour s’émanciper. Soit, malgré de bonnes intentions, on règle des comptes obscurs et inconscients. Dans cette situation, prendre la place de quelqu’un adoubé par le père ressemble à un coup de poignard dans le dos.

Jean Sarkozy parle avec les mêmes intonations que son père. Que signifie ce mimétisme?
Les enfants photographient toujours leurs parents et cela n’est pas forcément volontaire, ils servent de repères. De même, Jean Sarkozy veut accéder à la politique avec les mêmes intonations que son père. La voix est quelque chose de particulier. Elle nous raconte, elle est comme un pedigree, un C.V.

En ce sens, le mimétisme de Jean Sarkozy par rapport à son père signifie qu’il n’est pas un homme affranchi. Il essaye de devenir un orateur à la manière de... Mais dans son imaginaire, en comparaison au père, il sera toujours moins bien. Et ça ne fait pas de lui un homme de grande envergure. C’est la caricature d’un homme qui dans l’inconscient n’a pas «tué» son père.

Ce n’est pas de bon augure pour un homme politique d’être vu comme le fils de son père. Tous les fils de... ont du se démarquer à un moment donné

Grandir dans l’ombre d’un personnage aussi charismatique et médiatique que Nicolas Sarkozy devrait l’amener à vouloir «tuer» le père?
Oui, mais il ne le tue pas comme il faut! Il est toujours difficile de grandir dans l’ombre de ses parents. Pour s’en sortir, il ne faut pas vivre dans la comparaison. Jean Sarkozy est trop dans les sillons de son père pour s’en libérer. Il existe en tant que caricature et son modèle restera de toute façon indépassable. Il a envie de lui montrer qu’il existe, c’est une volonté consciente mais il agit à l’inverse. Ce comportement montre son côté immature et puéril, en demande de reconnaissance.

Nicolas Sarkozy a pourtant félicité son fils pour sa candidature aux cantonales, affirmant qu’il se débrouillait seul...
Cette déclaration sème le doute! Si vraiment il se débrouillait seul, le papa n’aurait pas besoin d’intervenir. C’est un argument très léger. Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de l’ignorer mais je crains qu’il ne soit pas capable d’ignorer quiconque.

A l’inverse, l’ainé, Pierre Sarkozy, producteur de rap, se serait-il émancipé en refusant la politique?
C’est intéressant car le rap est à l’origine un art contestataire qui dénonce l’ordre et la police. Si son père représente le pouvoir, son fils aîné pourrait représenter l’art subversif, en réaction.

Sophie Cadalen est l’auteur de «Les femmes de pouvoirs, des hommes comme les autres», paru au Seuil.

Propos recueillis par Marie Varroud-Vial

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dimanche 24 février 2008

Une insurrection des consciences

Nouvelles clés – 18/02/08 -

jsalom_  Jacques Salomé

Aller vers une « insurrection des consciences », je m’approprie cette belle expression de Pierre Rabhi, amplifiée par Nicolas Hulot qui nous invitait dans son dernier livre à « rassembler les énergies dispersées, les bonnes volontés éparses, changer notre regard sur le monde, le vivant, l’avenir, faire naître une nouvelle espérance, transformer la fatalité qui nous attend en décision mûrement réfléchie, tourner le dos aux sécurité trompeuses comme aux espérances vaines, admettre que chacun porte en soi un fraction de vérité et une fraction de solution » .

Dans de nombreux endroits du monde et de notre pays, il y a des gens qui se rassemblent, se rapprochent, qui créent des liens, qui innovent, qui re-inventent leur vie, qui dynamisent différemment leur relation au travail. Des femmes et des hommes qui se relient à une culture plus proche de leurs aspirations profondes. Des êtres qui trouvent des moyens au ras des pâquerettes (je veux dire par là avec simplicité) pour lutter contre l’exclusion, pour oser se confronter à la misère (plutôt que de l’ignorer ou de la nier), pour introduire plus de vivance dans leur vie, pour donner à leur existence un autre goût. Des hommes et des femmes qui entrent en résistance face au pouvoir de l’argent, contre l’indifférence et le silence, face à l’individualisme et au consumérisme.

Des hommes et des femmes qui donnent vie à des utopies, à des pratiques de vie qui ne font l’objet d’aucune publicité, d’aucune information, mais qui marquent une autre façon d’être au monde, un besoin (et non seulement un désir) de se réapproprier un pouvoir de vie. Je crois ceux qui nous disent que la solidarité doit s’inventer tous les jours, rayonner, résonner à partir de comportements même minimes, ancrés dans une façon nouvelle c’est à dire avec moins de dépendances à l’argent, de nous confronter au monde. Je crois à des actions régulières, suivies pour nourrir une croissance personnelle et collaborer à une décroissance matérielle pour protéger notre environnement proche. Je suis de ceux qui pensent qu’une révolution interne est en cours. Je ne sais si cette révolution sera pacifique, car le mot insurrection contient en lui même une violence potentielle, mais je sens qu’elle sera inévitable et douloureuse pour tous ceux qui sont en recherche pour participer à la prise en charge d’un monde meilleur.

L’expression « prise en charge de notre monde » indique bien le niveau de notre responsabilité. Nous sommes des êtres planétaires, concernés à chaque instant par tout ce qui se passe sur notre planète. Nous ne pouvons plus nous débarrasser de cette responsabilité sur nos enfants et descendants. Nous avons à l’assumer et cela supposera d’indispensables privations, des nécessaires contraintes et surtout des mutations. Mutations de nos modèles, de nos structures mentales, de notre vision de l’avenir, de notre perception de la vie, de la relation à notre corps, de la communication qui devra devenir plus relationnelle, moins fonctionnelle, plus ouverte à l’écoute de nos besoins relationnels.

Une insurrection des consciences supposera d’accepter de changer et de développer une autre façon de nous relier aux autres.

Jacques Salomé est l’auteur de :

Et si nous inventions notre vie. Ed du Relié 
Le courage d’être soi. Pocket

Une vie à se dire. Pocket

Site : www.j-salome.com

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vendredi 22 février 2008

Les m….. volent toujours en escadrille

Jeudi 21 Février 2008 - Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.

Jacques Chirac en avait fait une philosophie prudentissime de l'action politique : « Les merdes, disait l'ancien président, volent en escadrille ». Mais cette fois, c'est Nicolas Sarkozy qui est le chef d'escadrille. Et ça bombarde comme jamais. Au point que les députés UMP en sont tout sonnés et assommés. Ils crient « grâce, pitié, assez ! ». En vain…

Prenez la journée d'hier, mercredi noir en Sarkozie. Ca n'a cessé de dégringoler. Tout à commencer par une énorme bourde-bombe d'Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet, vous savez, celle qui avait signé une note enjoignant aux collaborateurs de l'Elysée de ne pas bavarder à tort et à travers. Eh bien, c'est la même qui a donné une interview à VSD où cette énarque très chrétienne qualifie les sectes de « non problème en France », où elle moque le travail de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui ne feraient rien que publier des rapports, et enfin, elle ajoute qu'on peut s'interroger sur la menace que représente la Scientologie. La secte s'en félicitait, mais la classe politique s'indignait violemment.

En dépit des Mignons et embarrassés démentis, et alors que VSD confirmait les propos tenus, ça s'enflammait à gauche comme à droite. Les parlementaires de tout bord et même les sarkozystes de choc comme Alain Gest s'indignaient d'un tel mépris, d'une semblable méconnaissance de leur travail présent et passé. Les rumeurs les plus folles de noyautage du saint des saints élyséen, devenu une aumônerie, repartait de plus belle. On reparlait de l'acteur scientologue Tom Cruise qui avait rendu visite à Nicolas Sarkozy au temps où il occupait Bercy.

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Placide - http://www.leplacide.com/

Mignon avait craqué l'allumette mais c'est Nicolas Sarkozy qui, depuis des semaines, avait allumé le gaz à fond en mettant en cause la laïcité, en vantant les mérites supérieurs des curés et des pasteurs sur les instituteurs, le président de la République française en charge de la neutralité laïque à Rome puis à Riyad avait déjà suscité la polémique en prétendant remettre l'espérance religieuse au centre de la vie publique. Comme si Dieu n'était pas du seul ressort de la vie privée. Ainsi Nicolas Sarkozy avait-il rouvert la boîte de Pandore. A sa suite, Emmanuelle Mignon venait chatouiller sous les bras les fantômes, les spectres des guerres de religion qui semblaient ainsi réveiller par le Château alors que tous les pompiers élyséens porteurs d'eau et de mots courraient au créneau télévisuel pour tenter de verrouiller l'inverrouillable, de circonscrire l'incendie. Sans résultat.

Car d'autres brasiers repartaient. D'autres scandales élyséens éclataient. C'était d'abord la nomination de Christine Ockrent par Nicolas Sarkozy à la direction de l'audiovisuel extérieur, France Monde. Ce n'est pas sa compétence qui était en cause mais son compagnonnage avec le patron du Quai d'Orsay, Bernard Kouchner. D'où un tollé général dans les rédactions qui craignent les conflits d'intérêt et le soupçon de connivence avec le Château. Quand on songe qu'Ockrent était la championne du journalisme indépendant à l'américaine…

Et n'était-ce pas Sarkozy qui s'était engagé à revoir le processus de désignation aux postes importants pour la République ?

Mais on n'en avait pas fini avec la monarchie républicaine et ses frasques. Le même jour toujours, on apprenait que Jean Sarkozy, le fils cadet du monarque républicain, se présentait avec la bénédiction de papa aux élections cantonales à Neuilly Sud, dans le fief familial des Hauts-de-Seine. Patrick Devedjian, le secrétaire général de l'UMP, inquiet des répercussions nationales d'une telle promotion népotiste avait pourtant conseillé au fiston de se « mettre au vert ». Eh bien, le voilà qui bat la campagne en affirmant avec un toupet tout sarkozyste qu'il s'agit bien « d'une candidature mais pas d'une nomination ». Ce n'était pas fini : le soir même, c'était maman Sarkozy, Dadou, qui, à 81 ans, bon pied bon œil malicieux, apportait son soutien au candidat dissident à la municipale de Neuilly, Arnaud Teullé, qu'elle connaît bien, assurait-elle. On se souvient qu'elle avait également souhaité que son fils Nicolas « ne se remariât point », parce qu'elle « en avait marre des mariées ». Voilà, c'est la petite vengeance, la niche de la reine-mère qui ridiculise un peu plus l'Elysée. Eh oui, la monarchie,
fut-elle élective n'est pas sans souci.

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mardi 19 février 2008

Sarkozy : du brouillon au bouillon

Marianne - Mardi 19 Février 2008 - Philippe Cohen

Traité de Lisbonne, dîner du CRIF, opération Villiers le Bel, depuis une semaine le Président est poissard, et son épouse itou. Mot d'ordre du jour : ne plus bouger !

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L'activisme est une vertu tant que l'on connaît la réussite, il devient sinon synonyme de précipitation, de gesticulation et de maladresse. Le Président de la République est en train d'en faire l'expérience. Voici encore quelques semaines, les éditorialistes louaient sa vista et son sens aigu de la communication. Nicolas Sarkozy fabriquait en temps réel l'agenda des journalistes. Aucun média ou presque n'aurait pu résister à la toute puissance de ce diable d'homme.


Depuis une semaine, chaque initiative du Président tombe à côté de la plaque. Dimanche 10 février, il a, sans prévenir grand monde dans son entourage, décidé de s'exprimer à la télévision avec un cérémonial qu'il avait jusqu'alors rejeté, pour capitaliser ce qui lui apparaît comme sa victoire politique de début de quinquennat, la signature du Traité de Lisbonne. Quatre lignes d'une brève dans Le Monde du lendemain, pas un seul titre à la une des télévisions, des radios et de la presse quotidienne. Un four total.

Le cadeau empoisonné aux Juifs de France
On ne sait pas encore qui était prévenu, avant le dîner du CRIF de mercredi 13 février, de la proposition de prise en charge mémorielle des enfants juifs victimes de la Shoah. Mais il est clair que Simone Veil par exemple, présente à ce dîner, n'a pas été consultée. Ici, la précipitation du président traduit une fébrilité quelque peu infantile : Nicolas Sarkozy voulait «reprendre la main», comme un enfant exige son repas ou son tour de manège, dans l'instant. Moyennant quoi il a proposé une initiative qui, dans son esprit, se voulait sans doute un «cadeau aux Juifs» mais que ces derniers ne pouvaient ressentir que comme un offrande empoisonnée qui démontre que le Président n'a jamais réussi à se mettre à la place de ceux dont il entend se montrer solidaire.


Lundi 18 février, le débarquement de forces de police à Villiers le Bel, à Sarcelles et à Arnouville-les-Gonesses s'avère, là encore, contre-productif. Pourquoi déployer 1100 policiers pour arrêter quelques uns des agresseurs de policiers de novembre 2007, ce que la police sait très bien faire dans le calme et la discrétion ?
Làs ! Cette opération, qui aurait, voici deux an ans encore, été interprétée comme une démonstration pédagogique de la volonté sarkozienne de rétablir la sécurité, est à présent décryptée en temps réel comme une opération à grand spectacle, voire comme une vulgaire manipulation. Ce lundi 18 février, les bulletins d'informations radiophoniques signalaient, comme Ségolène Royal, la présence de caméras et donc de journalistes prévenus pour rendre compte de l'opération. Nul doute que, dans les jours qui viennent , les journalistes vont enquêter : qui a décidé de cette opération ? Et pourquoi maintenant ?

Un couple versatile et immature
A voir les premiers pas de la première dame de France, la poisse présidentielle est contagieuse. Non contente de se lancer dans une autocritique amplement justifiée sur le choix d'emmener son fils Aurélien à Petra, Carla Bruni a dû s'excuser une nouvelle fois deux jours plus tard pour avoir comparer le SMS – fort discutable au demeurant – d'Airy Routier au journalisme antisémite durant l'occupation, ce qui était non seulement erroné mais de fort mauvais goût. Ces deux incidents montrent en tout cas que l'épouse du président est fidèle au serment du mariage qui veut que l'on épouse pour le meilleur et le pire…. Pour l'heure, les époux de l'Elysée apparaissent comme des personnalités versatiles, insouciantes et immatures...
Bref, après cette semaine calamiteuse, les conseillers les plus avisés du Président lui conseillent de calmer le jeu. Autrement dit de ne plus bouger. Ce fut, voici dix-huit mois, le destin d'un Premier ministre nommé Dominique de Villepin. Ce fut, en 1994, le choix d'un premier ministre nommé Edouard Balladur lorsque les jeunes étaient descendus dans la rue pour dénoncer – déjà ! – le projet de contrat jeune, le CIP. A l'époque, dans l'entourage de Sir Edouard, l'un des plus chauds partisans de l'immobilisme était … le jeune Sarkozy.

Mais comment redevenir balladurien quand on s'est shooté, pendant deux ans de campagne, au doux mot de la rupture ?

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lundi 18 février 2008

Annette Wieviorka: ""En entendant la proposition du président de la République, j'ai d'abord été choquée, puis révoltée "

Propos recueilis par Alexandre Duyck - Le Journal du Dimanche du Dimanche 17 Février 2008

Chercheuse au CNRS, l'historienne Annette Wieviorka est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Shoah dont Auschwitz expliquée à ma fille (Seuil). La chercheuse estime qu'il n'y a pas de risque d'oubli et que la proposition du chef de l'Etat est même dangereuse pour la démocratie. Ce n'est pas le rôle du président que de s'occuper du contenu de l'enseignement scolaire. 

Un "cadeau"? Ce terme est insultant
"En entendant la proposition du président de la République, j'ai d'abord été choquée, puis révoltée. Et l'âge évoqué (10 ans) rend cette idée encore plus choquante. Mais mon hostilité aurait été identique à n'importe quel âge. Que veut-on faire? Jumeler un enfant vivant et un enfant mort ? Donner au vivant la charge d'un fantôme, l'introduire dans la mort ? Doubler sa vie de la mort d'un autre ? C'est insupportable. "On ne traumatise pas un enfant en lui faisant ce cadeau de la mémoire d'un pays", a dit vendredi Nicolas Sarkozy. Un cadeau ? Mais ce terme est insultant ! La mémoire de ces enfants assassinés n'est certainement pas un cadeau. C'est une tragédie, une charge. Les enfants de 10 ans, on peut leur faire d'autres "merveilleux cadeaux" que celui-là. Alors comme Simone Veil, je trouve cette proposition "inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout injuste". Nos enfants, nos petits-enfants n'ont pas à porter des crimes qui ne sont pas ceux de leur génération. Il faut bien mal connaître les enfants pour faire une telle proposition, tout à fait indécente. A ce compte-là, si l'on veut aller plus loin encore dans l'obscénité, pourquoi pas servir la soupe d'Auschwitz à la cantine des écoles une fois par an ?

Lubie ou "coup" mémoriel
Pourquoi cette proposition? Je ne sais pas. Il n'y a pas eu de demande de la communauté juive. Je pense plutôt à une lubie ou à un "coup" mémoriel, plutôt raté puisqu'il me semble qu'à l'exception de Serge Klarsfeld, qui vit depuis des années en compagnie de ces enfants morts dont il a retrouvé les noms, et pour beaucoup d'entre eux les visages, ce dont nous lui sommes à jamais reconnaissants, la proposition n'a pas rencontré grand succès. Le président de la République avait déjà exigé que les enseignants célèbrent la mémoire de Guy Môquet. Ces injonctions, hors de propos, dont on comprend mal la logique, me semblent néfastes. Elles imposent un usage politique étroit de l'Histoire. De façon curieuse, elles plongent les enfants et les adolescents dans le culte d'enfants et d'adolescents de leur âge morts. Je trouve étrange et malsain que ce Président, qui prétend représenter la jeunesse, ne donne aux jeunes comme modèles que des jeunes assassinés, qui n'ont pas demandé à mourir. Nicolas Sarkozy doit trouver ces thèmes de la déportation et de la Résistance porteurs, moins glissants que d'autres périodes de l'Histoire qui seraient plus conflictuelles. Mais la façon dont il intervient dans le débat aboutit à faire de ces sujets, sur lesquels il y avait accord, des sujets de discorde. Parce qu'il s'agit de sa part d'injonctions qui ne sont ni pensées ni conçues dans la concertation. Encore une fois, ce sont des coups. Il n'y a ni réflexion ni profondeur.

Il n'y a pas de risque d'oubli
J'ai écrit Auschwitz expliqué à ma fille en pensant à des enfants de 14-15 ans, l'âge de ma fille à cette époque. Elle était en 3e. Je ne pense pas qu'il y ait un âge idéal pour évoquer la Shoah avec les jeunes. Ce que je sais, c'est qu'il faut attendre. Aborder le génocide des juifs à l'école primaire est selon moi une mauvaise chose. La spécificité de la Shoah n'est guère compréhensible aux écoliers. Comment comprendre que des hommes sont venus chercher des enfants de leur âge, parfois dans leur propre école, pour aller les tuer à des milliers de kilomètres de là? C'est aujourd'hui encore incompréhensible à nos esprits d'adultes, ça l'est forcément pour des enfants. Il y a la littérature, les visites des survivants dans les classes, des films autant qu'on en veut, autant de moyens d'entrer dans cette Histoire sans ajouter cette surcharge émotionnelle insupportable. L'enseignement de la Shoah en France est très satisfaisant, énormément de choses ont été mises en place. Il est faux de dire, comme Nicolas Sarkozy: "Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que cela se reproduise." Il n'y a pas de risque d'oubli. Cette période historique est sans doute celle sur laquelle on insiste le plus au cours de la scolarité, celle pour laquelle les moyens les plus considérables sont déployés.

Dangereux pour la démocratie
Les enseignants n'aiment guère cette incursion du politique dans leurs classes. Certes, il leur reste la liberté de travailler selon leur conscience. Mais je trouve la démarche de Nicolas Sarkozy significative d'un manque de confiance à leur égard. Avec lui, l'Etat se mêle trop de l'enseignement de l'Histoire. Cela me choque beaucoup. Que l'Etat organise des célébrations, des commémorations, c'est normal. Mais un président de la République n'a pas à faire le métier des enseignants à leur place. C'est insultant. Il existe des procédures régissant la rédaction des programmes, il existe un ministère de l'Education nationale, avec des enseignants, des inspecteurs... Il n'a pas non plus à délivrer des bouts d'idéologie en permanence. C'est dangereux pour la liberté des historiens et pour la démocratie. Je fais en cela le rapprochement entre la proposition de Nicolas Sarkozy sur la mémoire des enfants juifs morts et ses discours de Saint-Jean-de-Latran et de Riyad sur la religion. On n'a jamais vu ça en France, un président de la République intervenant sans cesse à-propos ou hors de propos dans des domaines qui ne relèvent pas nécessairement de sa fonction. Nous avons en France une séparation entre l'Eglise et l'Etat et c'est très bien comme ça. Et ce n'est pas à lui de la remettre en cause. Ni de décider des enseignements que doivent recevoir les écoliers."

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Posté par werdna à 00:05 - Réflexions - Citations - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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