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mardi 8 avril 2008

L'impuissance publique

Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne - Lundi 07 Avril 2008 -

Nicolas Sarkozy se rêvait en Charlton Heston - Moïse, commandant aux éléments et aux événements. Et à vrai dire, habités par l'esprit de la Ve République, nous partageons tous un peu ce songe d'un monarque gaullo-républicain tout puissant, quasi divin.


Est-ce parce qu'il a perdu la main ou parce qu'un chef d'Etat français ne peut plus grand chose dans le monde globalisé ? Voilà que tout semble lui filer entre les mains. La puissance publique devient l'impuissance publique.

Il devait sauver Arcelor Gandrange comme il s'y était engagé devant les ouvriers lors d'un « voyage de noces » particulier. Notre président si puissant allait se battre et vaincre. Or Mittal a annoncé la fermeture d'une partie du site et la suppression de 575 postes. Mais qui commande donc dans ce pays ?

Les multinationales n'auraient-elles même plus besoin de ménager les pouvoirs publics français ? Peut-on ridiculiser ainsi la 5e puissance mondiale sur terre et sur mer ? Voilà que des guérilléros colombiens se jouent de nos exhortations et de nos injonctions à libérer Ingrid Bétancourt. Ils se moquent bien des Droits de l'homme et de la femme comme du pays censé les incarner. Comme de l'action vive et inlassable d'un président qui a promis qu'il ferait tout pour la libérer. Mais alors ce cinéma serait-il réduit à l'inefficacité ? Pourtant il ne chôme pas Sarkozy, il n'arrête pas de prendre des initiatives médiatiques, de tenter des coups de menton télévisuels, de gueule plein écran, de poker hollywoodien. Sans parvenir pour l'instant à quelque résultat que ce soit.

Pendant ce temps-là, des pirates obscurs du bout du monde ont pris à l'abordage le Ponant, le couchant de nos couleurs, un voilier de luxe battant pavillon français de ceux que notre président adore pour faire retraite… La marine nationale tente de négocier une rançon convenable contre les trente membres de l'équipe pris en otage. La France à la merci des barbares…

Si, au moins, on pouvait se consoler avec l'efficacité nationale implacable... Après avoir été cherché la croissance avec les dents, sans même en avoir rapporté des filaments, Nicolas Sarkozy tente de racler des économies avec les ongles. Mais alors que la gauche crie à l'austérité déguisée, la plupart des économistes, ainsi que nos partenaires étrangers, considèrent que c'est totalement insuffisant, que ce sont des mesurettes, des économies de bout de chandelle pendant qu'on brûle ce qui nous reste de richesse. Et s'il fallait se moquer, ajoutons que l'économe en chef, le si exigeant Eric Woerth, n'est autre que le trésorier de l'UMP, parti du président qui vient de se découvrir un trou de vingt millions d'euros ! Au secours !

Et maintenant, voilà que le PSG, le club de Sarkozy qui menace de descendre en seconde division. Alors là, trop c'est trop.

Le président doit reprendre les choses en mains et en pieds. Essayer de fixer un cap clair et même s'y tenir ! Incroyable… Et c'est ce que les Français demandent à Sarkozy : qu'il ne se tienne pas pour battu. C'est pour ça aussi qu'ils l'ont élu. Bon, d'accord, Charlton Heston comme de Gaulle mesurait 1 mètre 93, mais depuis que Nicolas Sarkozy a décidé de prendre de la hauteur, rien ne lui serait impossible ! Enfin…

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vendredi 4 avril 2008

Opération «il a changé»

Par Daniel Schneidermann - Libération - vendredi 4 avril 2008

Comme ils aimeraient que ça marche ! Comme ils aimeraient, après le grand frisson du plongeon dans les montagnes russes sondagières, qu’il regagne le terrain perdu, qu’il rebondisse, qu’il remonte. La chute vertigineuse, le frisson, les angoisses, ça va bien un peu. Mais pas trop. Pourquoi aimeraient-ils qu’il remonte ? Pour renouveler l’intérêt du feuilleton, plus attrayant à tout prendre que les plans de rigueur ? Pour se retrouver en sécurité, en terrain connu ? Allez savoir. Mais comme ils aimeraient qu’elle marche, l’opération «il a changé».

Puisqu’on vous le dit, qu’il a changé ! Fini, le bling-bling. Comme l’Express, définitivement dopé au carlabrunisme, aimerait prolonger le rêve ! Après avoir battu ses records de vente avec la première interview de Bruni, l’hebdo tente de doubler la mise, et annonce, en couverture, une «enquête sur un couple au pouvoir», enquête dont les points forts sont aussitôt relayés par la zélée revue de presse d’Europe 1. Adoncques, «elle» lui a dit : «laisse dix secondes à tes interlocuteurs». Adoncques, «elle» a chassé le méchant Benamou de la Villa Médicis «en montrant à son conjoint la presse italienne relatant l’ampleur de l’émoi local». «Elle» a réussi le prodige de réunir pour son anniversaire les deux ennemis Martin Bouygues et Vincent Bolloré. «Elle» l’a emmené visiter le logement «précaire et exigu» d’une famille africaine qu’elle connaît, pour qu’il se rende compte de ses conditions de vie (Martin et Vincent en étaient ?) Et surtout, attention, elle «l’a alerté de quelques réflexions entendues sur le coût de la vie». Lesquelles ? Accrochez-vous, elle lui a cité une puissante réflexion de Gad Elmaleh : «comment s’appellent les gens qui ne mangent pas de viande ? Les pauvres». On croit lire un article comique. Mais non. C’est bien une enquête, fort sérieuse, de l’Express. Et qui ne risque même pas de décrocher la noix d’honneur du Canard, puisque, toujours selon l’Express, «elle» a même invité à déjeuner un rédacteur en chef… du Canard enchaîné. Elle «a préparé le repas, elle a servi à table». Elle l’a reçu «en pull-tunique et en collant». Et le journaliste est resté «absolument sous le charme». Puisque c’est l’Express qui vous le dit ! Comme on aimerait, donc, que tant d’efforts se traduisent dans les sondages.

Alléluia ! On sent un frémissement. C’est le duo le Figaro-Opinionway qui, dès la semaine dernière, porte le premier la bonne nouvelle. «58 % des Français trouvent que le style Sarkozy a changé en bien» , titre le journal de Serge Dassault sur une pleine page. Sauf que, en observant de plus près le sondage en question, on se rend compte que les mêmes Français ne sont que 49 % à trouver qu’il a changé, tout court. Tiens ! Comment 58 % peuvent-ils penser qu’il a changé en mieux, si seulement 49 % pensent qu’il a changé ? La réponse, cher lecteur du Figaro, est dans les petits chiffres. Ces 58 % de sarko-convertis se recrutent… à l’intérieur du groupe des 49 %. Et cela ne fait plus que 28 % d’approbation du nouveau style, calcule le blogueur Guy Birenbaum, qui soulève le lièvre. Pris sur le fait, le journal rectifiera le lendemain. Dans une brève de huit lignes, selon la meilleure tradition.

Comme ils aimeraient qu’il change ! Si elle pouvait marcher, l’opération Bruni. On misait tant sur la séquence Windsor. Comme on aimerait qu’elle soit réussie ! Match, comme prévu, dégaine seize pages de robes longues, et enquille bibi, révérence, dîner de gala, princes vampés, aucune gaffe. Les Anglais sont conquis, ils sont carlamaniaques, tympanisent les médias français. Si seulement Opinionway pouvait sonder les Anglais ! Séduits ? Ce que ne chante pas le concert français, c’est que plusieurs quotidiens anglais, sacrilège, ont fait des gorges chaudes des talonnettes présidentielles, opposées aux talons plats de la first lady, et qu’ils n’ont succombé au charme de Carla, que pour mieux moquer effrontément la petite taille de Nicolas. Quant aux scènes qui ne cadrent pas avec l’abandon du bling-bling, le plus simple est de ne pas les montrer aux Français. Ainsi de l’ébouriffante prestation du couple devant les Français de Londres. «Mesdames et Messieurs, vous avez chaud ?» demande en arrivant Sarkozy, hilare, aux expatriés rassemblés pour l’entendre. La salle : oui ! Sarkozy : «OK». Et Bruni, parfaitement synchronisée, de dévoiler ses bras nus, en enlevant son manteau, et en le tendant à un portemanteau nommé Kouchner. Rires gras et applaudissements dans la salle. On ne l’a pas vue, celle-là, hormis tard le soir, sur France 3, et sur I-Télé. Aucun des deux 20 heures ne l’a diffusée. Diable : elle ne cadrait pas. Elle risquait de faire capoter l’opération «il a changé». Si ça pouvait marcher !

On essaie toujours et encore une fois d’éblouir le bon peuple en cérémonies aussi coûteuses que royales. Il oublierait un peu la dette et les fins de mois difficiles….

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mercredi 2 avril 2008

Travailler plus pour vivre moins

Libération mercredi 2 avril 2008

écrivain et éditeur et Jean-François Naton responsable du secteur travail/santé à la CGT.

Jean-Pierre Barou

Le stress existe en France, depuis mercredi 12 mars. Personne, avant, ou presque, ne voulait croire à ces suicidés sur les lieux et temps du travail. Tout au mieux, les directions patronales invoquaient des drames familiaux. Mais depuis ce mercredi, ces morts ont une histoire. Xavier Bertrand, ministre du Travail a rendu publique la nouvelle : le stress au travail existe bel et bien, et il tue. Les journaux télévisés ont immédiatement répercuté et propagé la nouvelle : il fallait voir les images, entendre comme le stress avait pris la place de la pénibilité physique ! Les gens bossent la peur au ventre. Un fléau national - pas moins, en effet.

Mais c’est le travail lui-même qui est malade, lui qu’il faut soigner, pas les gens, pas seulement. Le «mal travail» imprègne si fort les profondeurs de notre société que la vie même en chancelle. En France, un homme sur deux et une femme sur trois seront bientôt menacés par le cancer, selon l’Institut de veille sanitaire (InVS). Oui, on va naître Français et cancéreux. Si ce n’est pas une prédestination, ça, une guerre faite à l’homme, c’est quoi ? On répondra : ces cancers proviennent du vieillissement de la population, de la montée démographique. Faux ! Ces deux facteurs existent, mais le plus important, c’est le «facteur risque», toujours d’après l’InVS. On doit mettre dans ce terme : l’environnement, la «malbouffe», mais impossible de ne pas prendre en compte le «mal travail». Tout spécialiste assure que, dans sa forme chronique, le stress affaiblit le système immunitaire. Et qui peut nier que les maladies auto-immunes ne cessent de progresser - des chercheurs, en privé, vont jusqu’à parler d’épidémie ? Nous n’avons plus d’immunité. Sur aucun plan. Ni biologique ni politique.

L’automation n’a jamais été aussi envahissante, insidieuse, avec l’informatique capable de traquer le travailleur à la fraction de seconde. Chez Peugeot, aujourd’hui, en France, chez nous, la maîtrise cherche à connaître la date des règles des ouvrières pour anticiper leur temps de passage dans les toilettes, pour ménager la production à flux tendu et distribuer leurs 8 % aux nouveaux actionnaires chinois, russes et américains.

Et que dire de ces intérimaires/précaires qu’on peut jeter à tout moment, à qui on réserve les postes les plus exposés dans l’industrie - notamment nucléaire - et qu’on pousse jusqu’aux limites acceptables de la radioactivité avant d’en appeler d’autres à ces postes ?

Plus de dix millions de personnes sont concernées, à tel point que le ministère du Travail s’est vu contraint, en 2007, face à l’ampleur de la crise, de créer ces nouvelles catégories : les «travailleurs de force» ; les «travailleurs contraints» ; les «obligés du public» ; les «plus exposés». Le grand retour du prolétariat… Mais avait-il jamais disparu ? Moins intelligents, ces travailleurs-là ? Non, seulement moins libres de se cultiver, de penser…

Il faut de toute urgence reconquérir le travail, lui rendre sa valeur centrale d’émancipation, se rappeler qu’il conditionne la relation entre l’individu et la société. La situation est telle qu’il faut en appeler aux droits de l’Homme, à leur entrée dans l’entreprise, quitte à rapatrier d’Irak le droit d’ingérence si cher au bon docteur Kouchner.

Il y a eu de graves moments dans l’histoire où les êtres ont activé, contre tout réalisme, cette volonté d’agir. Il le faut à nouveau, si on veut espérer rebâtir l’espérance.

Dernier ouvrage paru : Jean-François Naton, A la reconquête du travail, 2008, Indigène Editions.

Le jour même, Renault - frappé tout particulièrement - nous livrait sa recette pour combattre le fléau : finies les réunions trop tôt le matin ou trop tard le soir ; interdit d’emporter du travail chez soi ; enfin, obligation de temps de pause entre midi et deux. Merci patron ! Le Président l’a bien compris, et il a pris les devants : son slogan «travailler plus pour gagner plus» risquait de déraper, écarté par ce «travailler plus, c’est stresser plus, c’est escompter une vie plus courte». Alors, on va prendre soin des gens, marchandiser leur souffrance : psychiatres, entrez dans l’entreprise !

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lundi 31 mars 2008

«Les instruments de bord restent fixés sur la voie du productivisme»

Libération - lundi 31 mars 2008 –

Recueilli par CHRISTIAN LOSSON et CHRISTIAN CHAVAGNEUX (Alternatives économiques)

Interview de Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes.

En janvier, Nicolas Sarkozy a demandé à deux prix Nobel, l’Indien Amartya Sen et l’Américain Robert Stiglitz, de réfléchir aux instruments de mesures du bien-être. Manière de prendre acte du décalage entre indices de croissance classiques et ressenti des Français. Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes et auteur de Reconsidérer la richesse (éditions de l’Aube, 2003), commente.

Nicolas Sarkozy confie une mission sur la refonte du calcul de la richesse à deux Nobel d’économie iconoclastes. Un symbole ?

C’est le symptôme du changement d’air du temps, produit du Grenelle de l’environnement, initié par la société civile. Plusieurs institutions internationales avaient ces dernières années travaillé sur le sujet. Nicolas Sarkozy, avec l’onction de Stiglitz et Sen, y ajoute une dimension internationale symbolique.

Pourquoi la mesure du produit national brut ne suffit-elle plus ?

Parce que les agrégats de la comptabilité nationale ont été pensés dans un autre contexte : celui de la reconstruction industrielle d’après-guerre. Laquelle ignorait la question de l’environnement et celle des services, l’éducation et la santé en particulier.

Comment aboutir à ces nouveaux indicateurs ?

Plusieurs pistes existent. Il y a eu d’abord l’approche des indicateurs de développement humain, initiés par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) à partir des travaux théoriques d’Amartya Sen. D’autres approches, comme le produit intérieur brut vert, visent à soustraire de la richesse produite des éléments destructeurs - comme les catastrophes écologiques (Erika, Katrina) - comptabilisés positivement quand ils sont générateurs de flux monétaires (réparations, indemnisations…). D’autres approches privilégient les composantes sociales, telles le rôle du «capital social» associatif ou du travail domestique dans la création de valeur, pouvant peser jusqu’à 120 % du PIB, selon les travaux de l’INSEE conduits par Annie Fouquet ! De nouveaux indicateurs synthétiques, comme l’indice de santé sociale, permettent de nouvelles comparaisons entre les sociétés. D’autres interpellent les acteurs sociaux, comme le collectif pour un Québec sans pauvreté, à l’origine du «produit intérieur doux».

L’Elysée fait, d’un côté, la promotion du libéralisme et, de l’autre, remet en cause le calcul de cette création de richesses en enrôlant deux économistes critiques de la mondialisation…

C’est une contradiction, certes, mais elle constitue un progrès sur la dénégation (le dogme de la croissance à tout prix, sa logique d’insoutenabilité environnementale, sociale ou civilisationnelle). A l’instar de la planète, qui se penche sur le réchauffement climatique à Bali mais laisse les institutions financières internationales camper dans la promotion du développement par la croissance à tout prix. L’Occident découvre qu’au jeu du laisser-faire, il va perdre la partie face aux pays émergents, portés par une forte démographie.

S’interroger sur de nouveaux indicateurs de richesse signifie-t-il le retour de la gouvernance, de la politique ?

Oui, à l’image de ce qu’imposent les enjeux climatiques ou la crise financière, il se dessine une phase de réhabilitation de l’action collective, de la gouvernance démocratique. On le voit à la sémantique actuelle, où les mots de planification, de régulation, de coopération, voire de taxation, hier honnis par la révolution conservatrice, font leur retour. On passe d’une phase historique de la mondialisation destinée à saper l’Etat-providence à une phase de crise de civilisation soluble par de nouvelles régulations planétaires. Des indices le disent, de la nobélisation du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, à la directive européenne Reach sur les substances chimiques.

Nicolas Sarkozy, entre sa récupération de la crise de civilisation chère à Edgar Morin et son souhait de changer les critères de richesse, aurait-t-il anticipé cela ?

Le politique doit réassumer sa responsabilité régulatrice car nous assistons à l’échec d’un capitalisme financier devenu écologiquement et socialement insoutenable. Et ce sera de plus en plus vrai pour les entreprises elles-mêmes. Au début, elles ont intégré la dimension développement durable comme facteur de com. Elles commencent à comprendre qu’il s’agit de leur avenir, de leurs marchés menacés par la gravité de la crise écologique et financière.

Ces nouveaux thermomètres peuvent-ils changer nos modes de vie, de consommation, de production ?

Non. Cela ne suffit pas bien sûr. Mais posons la question à l’envers. Que se passerait-il si nous continuions avec nos indicateurs actuels ? On se trouve dans la situation d’un marin qui veut changer de cap, mais dont les instruments de bord restent fixés sur l’ancienne voie de la croissance productiviste. Il ne suffit pas de changer les indicateurs de richesse, il faut aussi modifier les comportements. La question du développement humain soutenable, marginale hier, est en train de devenir essentielle.

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Le mystère de l'intelligence collective

Résumé de l'article-dossier de Craig Hamilton, paru dans la revue Eveil & Evolution 1e trimestre 2006,

intitulé: « Le mystère de l'intelligence collective »

De quoi s'agit-il?

On l'appelle intelligence ou sagesse collective. Elle apparaît dans certaines circonstances au sein de groupes rassemblés pour un objectif positif constructif, lorsqu'une certaine cohésion est présente, et que chacun laisse à l'extérieur ses préoccupations et intérêts personnels, pour se rendre disponible au travail collectif. De plus en plus de gens ont l'occasion de vivre cela.

Comment peut-on expliquer le phénomène?

Voici ce que décrivent certains participants :

« ...les entendements individuels se rejoignent, se combinent et forment un cerveau collectif, une sorte d'entité nouvelle avec ses propres caractéristiques particulières... le fait de nous rencontrer dans un état réceptif nous rend simplement disponibles à une conscience collective plus profonde et préexistante. »

Chacun a accès à quelque chose de nouveau qui ne correspond pas à son potentiel propre ou à celui de chacun des individus du groupe. Une sorte d'intuition de groupe se développe alors à un niveau supérieur, une forme de sagesse émerge. Le résultat de l'effort du groupe, dépasse de loin la somme de ce dont chacun est potentiellement capable de donner et de ce qu'on a l'habitude de rencontrer.

Au niveau du groupe, l'évolution va dans le sens de décisions plus rapides, de capacité à faire appel à l'intuition et l'accès à une pensée originale menant à des solutions nouvelles. Il y a aussi une faculté à réfléchir la globalité dans une compréhension partagée.

Quels groupes sont concernés?

Ce phénomène peut se présenter dans tous les types de groupes et quels que soient leurs objectifs.

Des soldats ayant participé à des formation de combat, des équipes sportives, des groupes de thérapie, des conseils d'administration, des équipes de sauvetage, des escadrilles aériennes, des orchestres ou autres groupes de spectacles, des assemblées religieuses. Dans tous ces domaines, on rend compte d'expériences similaires, où le groupe permet d'atteindre un niveau de coordination, d'efficacité et d'harmonie exceptionnel.

Conditions et caractéristiques

Certaines conditions doivent être réunies. La principale est que l'intention du groupe doit être forte, et partagée par chacun des participants. Chacun doit se sentir en confiance et être réceptif, sans a priori face à la participation des autres. Il est nécessaire de mettre de côté les préoccupations et intérêts personnels, d'être à l'écoute de chacun, avec une attention importante égale pour tous, un respect de l'autre qui permet de faire tomber les barrières sociales et créer ainsi un espace de sécurité où la vulnérabilité peut être exprimée librement.

Les participants se rendent tous compte du phénomène dont le groupe bénéficie, et c'est d'autant plus motivant. Non seulement cela permet d'augmenter la qualité ou le niveau du travail du groupe, mais cela améliore tant l'évolution du groupe que celle de chacun de ses participants. Une caractéristique fondamentale de ces groupes de travail est l'auto-organisation (non dépendance à une hiérarchie extérieure).

Une dimension supplémentaire à ce phénomène, est qu'il peut se reproduire avec la même qualité de résultats avec des groupes différents, se réunissant successivement pour un objectif commun. Les participants des différents groupes partent des résultats obtenus par leurs prédécesseurs, et continuent tout simplement le travail avec la même qualité.

Evolution du phénomène, et sa généralisation possible

Il semblerait qu'actuellement le phénomène se rencontre de plus en plus fréquemment, et cela, quel que soit le lieu géographique. Le plus étonnant serait que cela se produise également dans les groupes professionnels d'entreprises commerciales alors qu'on s'attendrait à ne le rencontrer que dans les milieux plutôt artistiques, religieux, ou encore là où la solidarité et l'entente sont choses courantes.

La possible expansion du phénomène pourrait fort bien s'expliquer au regard de la théorie des champs morphiques proposée par Rupert Sheldrake. (voir sur le site des créatifs culturels :

http://www.creatifsculturels.fr/story.php?title=Du-centieme-singe-aux-champs-morphiques-de-la-legende-lhypothese-scientifique-1 )

Les craintes

Pour ceux qui n'ont pas vécu le phénomène, cela peut provoquer certaines réticences. Tout d'abord la crainte de perdre son individualité, son autonomie par rapport au groupe, et se trouver noyé dans la dynamique.

Selon Craig Hamilton : « Notre peur de perdre notre indépendance est un leurre qui nous fourvoie dans une mauvaise direction. La question n'est pas tant de savoir si c'est une bonne chose ou non de faire partie d'un cerveau collectif. Si les observations mentionnées plus haut son justes, alors d'une façon ou d'une autre, nous faisons tous déjà partie d'un cerveau ou esprit collectif, pour le meilleur comme pour le pire. »

Selon Tom Callanan : « La conscience collective existe déjà, et nos consciences individuelles sont des nodules qui en émergent ça et là telles de petites îles. Nous imaginons que nous sommes séparés, alors nous tentons de construire des ponts entre nos îles, mais en communiquant, on se coule au niveau de la conscience collective où nous sommes déjà connectés.»

D'autre part, les dérives connues dans certaines actions de groupe que craignent certains sont en fait à l'antipode de ce qui se produit. En effet, la vie de groupe dans de telles circonstances est en réalité très différente des expériences connues de phénomènes de groupe avec leurs dérives destructrices.

L'impact sur les individus

La sagesse collective représente une puissante force de changement. Elle a la capacité de transformer tant les individus que les groupes. Le groupe porte les individus au point de pouvoir stimuler fortement leur évolution personnelle.

Les études, recherches et expériences sur ce phénomène, et les perspectives dans l'avenir

David Bohm est l'un des premiers à avoir étudié ces nouveaux rapports de groupe dans les années 80s. D'autres avaient déjà décrit le phénomène, mais sans l'avoir étudié à proprement parlé.

Il semblerait que la plupart des chercheurs dans le domaine de l'intelligence ou sagesse collective, voient plus loin que l'évolution individuelle et de groupe, et envisagent des conséquences fondamentales à un niveau planétaire.

Certains projets dans ce sens ont déjà vu le jour dans les 4 coins du monde, via différentes associations et groupements. Ces mouvements d'intelligence collective travaillent dans la même direction, dans des objectifs liés à la résolution des conflits civils, ou entre pays, mais également pour le développement social, pour l'application de la démocratie, ...

Et le plus étonnant, c'est que ces initiatives sont en général relativement bien accueillies par les responsables de gouvernements et des milieux d'affaire.

Pierre Teilhard de Chardin avait décrit déjà avant la moitié du XXè siècle ce que certains commencent à entrevoir et espérer pour l'avenir. Il l'avait appelé le point oméga : « ....nous marchons vers quelque nouveau point critique, en avant.....une collectivité harmonisée des consciences, équivalente à une sorte de super-conscience. La Terre non seulement se couvrant de grains de pensée par myriades, mais s'enveloppant d'une seule enveloppe pensante, jusqu'à ne plus former fonctionnellement qu'un seul vaste Grain de pensée, à l'échelle sidérale. La pluralité des réflexions individuelles se groupant et se renforçant dans l'acte d'une seule Réflexion unanime..... La paix dans la conquête, le travail dans la joie : ils nous attendent, au-delà de tout empire opposé à d'autres empires, dans une totalisation intérieure du Monde sur lui-même, - dans l'édification unanime d'un Esprit de la Terre. »

Carol Frenier définit actuellement, le but de la sagesse collective ainsi : « accoucher d'un nouvel ordre social/spirituel d'une ampleur correspondant à un véritable saut évolutif.... qui émerge déjà de sa propre force. »

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samedi 29 mars 2008

Boycottage des JO : halte au bal des faux-culs, par Denis Baupin

LE MONDE | 28.03.08 |

Depuis quelques jours, tandis que s'abat une impitoyable répression sur le Tibet, la classe politique nationale, gouvernement en tête, verse des larmes de crocodile, mais se tortille à qui mieux-mieux pour éviter tout ce qui pourrait contrarier le géant chinois, à commencer par la simple évocation du boycottage des Jeux olympiques.

Bernard Kouchner, autrefois chantre du droit d'ingérence, devenu aujourd'hui encenseur des dictateurs du monde entier, a au moins eu le mérite de l'honnêteté. A la question : "Est-ce que la position de la France n'est pas limitée par la puissance économique de la Chine ?", il a benoîtement répondu : "En effet, ça rend les choses plus difficiles !"

Tout est dit. Ah ! Si le Tibet avait l'envie et les moyens d'acheter des réacteurs nucléaires de type EPR ! Tout à coup les droits de l'homme seraient de nouveau cotés au CAC 40. Mais là, franchement, un dalaï-lama insolvable, c'est bien pour faire des photos dans les palais présidentiels, histoire de laisser croire qu'on résiste à la Chine, mais ça vaut pas un kopeck dans la realpolitik de la soi-disant rupture !

SUMMUM DE L'HYPOCRISIE - Quant aux Jeux olympiques, et leur éventuel boycottage, on atteint le summum de l'hypocrisie. On ne pourrait les boycotter car le dalaï-lama serait contre le boycottage ! Utile paravent dans le bal des faux-culs : là tout à coup, on l'écoute de nouveau... ou du moins on fait semblant. Car ce qu'il a dit est tout à fait différent, lui n'appelle pas au boycottage. Vu sa culture, le rapport de forces et la répression exercée sur son peuple, on ne peut que saluer son sens de la modération. Mais de là à laisser croire qu'il serait opposé à des mesures de rétorsion de la part d'Etats souverains qui, eux, ont les moyens de peser...

Deuxième argument : boycotter les Jeux ferait des sportifs les victimes. Quoi qu'on pense de cette gigantesque "machine à pognon" que sont les Jeux olympiques, on ne peut balayer cet argument d'un revers de main. Pour autant, ceux-là mêmes qui instrumentalisent les droits des sportifs à des fins économiques et commerciales oublient un peu vite que les JO ont construit leur image sur une charte, sur une éthique humaniste qui, dans la tradition grecque supposait que tout conflit, toute guerre, s'arrêtent pendant la "trêve olympique". Qui pourrait prétendre que les sportifs seraient à ce point inhumains qu'ils seraient prêts à concourir si le Tibet continuait d'être réprimé, de baigner dans le sang ?

On n'en est pas là aujourd'hui. Entre la complaisance de la "diplomatie" française et le boycottage pur et simple, une gamme étendue de moyens sont utilisables, visant à faire pression sur la Chine en menaçant de la priver de ce qu'elle cherche avant tout en organisant les Jeux : la respectabilité internationale.

Reporters sans frontières a proposé le boycottage de la cérémonie d'ouverture. Dès le mois de décembre 2007, le groupe des Verts au Conseil de Paris, malgré l'opposition des autres forces politiques dans l'Hémicycle proposait que le passage de la flamme olympique à Paris soit l'occasion d'ériger des portraits géants de victimes de la dictature chinoise et de présenter une vaste exposition, sur l'espace public, consacrée aux droits humains en Chine.

Bien d'autres initiatives sont envisageables. A deux conditions : avoir la volonté politique de mettre les droits de la personne humaine avant les intérêts économiques ; ne jamais exclure d'aller au bout de la pression, à savoir le boycottage total, si la Chine n'arrête pas la répression.

Denis Baupin est membre du conseil national des Verts

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Le probable et l’improbable de la situation actuelle, selon Edgar Morin…

Du magazine Nouvelles clés – mars 2008 – Extraits….

On parle beaucoup ces jours-ci de la nécessité de fonder une civilisation différente : le grand inspirateur de ce courant porteur d’idées nouvelles est l’anthropologue Edgar Morin. Il vient de publier un livre crucial : "Vers l’abîme ?" aux éditions de l’Herne.

Nouvelles Clés : Je suis frappé de voir combien se dégage de votre discours sur la situation actuelle un fatalisme mêlé de sérénité : comme si vous étiez à la fois pessimiste et optimiste ? Très stoïcien en fait.

Edgar Morin : Pour comprendre cette attitude, il faut envisager le point de vue du probable et celui de l’improbable. Qu’est-ce que le probable ? Un observateur impartial qui est dans un temps et dans un lieu, et qui dispose de bonnes informations sur le passé et les processus en cours du présent, peut projeter dans l’avenir ce qui lui semble probable. Et si je considère le probable aujourd’hui, celui-ci est catastrophique. Pourquoi ? Parce que le vaisseau spatial Terre fonctionne avec des moteurs qui ne sont plus contrôlés : ceux-ci ont pour nom l’économie, la technique et la science. La science a produit l’arme nucléaire qui aujourd’hui prolifère, et des groupes terroristes divers pourront bientôt effectuer des destructions sauvages. Enfin, le risque de voir de nouveaux Tchernobyl n’est pas écarté malgré les efforts accomplis.

La deuxième catastrophe vers laquelle on va, est la catastrophe écologique. Les conférences internationales n’ont pas abouti et on ne considère donc pas le problème de façon globale. Depuis deux ans, on se réveille quelque peu en s’inquiétant du réchauffement climatique, qui entraîne rait des catastrophes en chaîne : l’essor économique de la Chine et de l’Inde, qui sont devenues de très grandes puissances, va multiplier les pollutions. Enfin, le pétrole va voir ses réserves se tarir dans les prochaines dizaines d’années, et la civilisation occidentale, qui s’est répandue sur la planète, n’est absolument pas préparée à entrer dans des restrictions drastiques.

Disons encore que ce monde occidentalisé et urbanisé n’a pas tenu ses promesses, qui étaient des promesses de bonheur pour tous, à partir du bonheur matériel, de la paix, de la réduction des inégalités, etc. On se rend compte au contraire que le bien-être matériel finit par produire un mal-être intérieur, qui se vérifie à mille indices : la croissance des tranquillisants dont nous sommes d’énormes consommateurs, le recours à de plus en plus d’instances qui vont essayer de nous réconcilier avec notre âme et notre corps, la recherche dispersée aujourd’hui d’une autre vie par l’intermédiaire de livres, de produits bio, de stages, de vacances différentes... prouvent qu’il y a un malaise de la civilisation qui s’avère très profond. Face à cela, nul dans le monde occidental, sauf celui qui prêche dans le désert, ne propose une politique de civilisation apte à répondre à ces angoisses et périls réels.

Notre modèle de civilisation va donc recevoir des coups terribles du fait de ces problèmes énergétiques, écologiques et de comportement. Et je n’ai pas parlé des problèmes énormes soulevés par la science au niveau des manipulations qu’elle peut opérer sur notre capital génétique : certaines peuvent être fort profitables à l’espèce, d’autres fort dangereuses.

Nous voyons un nouveau mythe en train de s’effondrer, celui du néo-libéralisme basé sur le principe d’une économie qui ne veut pas voir d’autre régulation que la sienne, soit la loi du marché et de la concurrence. Or la planète a besoin de systèmes de régulation économique et écologique bien plus puissants.

Et ce n’est pas l’ONU qui y peut quoi que ce soit puisque, par exemple, sa demande de détruire le mur monté par la politique de Sharon, en Israël, reste sans aucun effet.

Dans cette vision où l’avenir a perdu son sens, là où on trouve un présent de consommation et de vie au jour le jour, mais partout où le présent est malheureux, inquiet et carencé, on assiste à la recherche de refuges venus du passé : vers la religion qui donne une certaine consolation à l’angoisse de l’existence, et vers l’identité ethnique nationale qui donne un sentiment profond de communauté et de chaleur grégaire. On a donc vu se déchaîner d’un côté des formes d’activisme désespéré et violent créant un nouveau terrorisme à l’échelle de la planète et, de l’autre côté, un terrorisme d’État venant des superpuissances : ainsi l’épisode irakien, qui devait officiellement réduire le terrorisme, n’a fait que l’accroître.

N.C. : Passons donc à la partie optimiste, s’il y en a une, de notre affaire...

E.M. : Nous passons alors de la sphère du probable au problème de l’improbabilité. Quand on examine l’histoire des civilisations, on se rend compte qu’elle comporte des irruptions d’improbabilités parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Toute évolution historique commence en fait par une déviance, qui se développe souvent de façon quasi souterraine, en une tendance, et cette tendance finit par changer un monde ancien pour créer un monde nouveau. Récemment, le développement informatique a exactement suivi ce processus-là.

Je pense donc que des processus encore invisibles et minoritaires dans le présent peuvent se développer et créer, en s’alliant les uns aux autres, une métamorphose comme le ver tout nu de la chrysalide qui se transforme, au cours d’une autodestruction qui se révèle en fait être en même temps une autoconstruction, en un être très différent, le papillon ou la libellule, doté de qualités nouvelles.

Aujourd’hui nous assistons donc au processus d’autodestruction d’un monde ancien qui va autoconstruire un monde nouveau, lequel essaie de naître avec les quêtes de vies différentes, les aspirations alter-mondialistes, avec la révolution en cours dans les sciences contre la compartimentation entre disciplines, etc. Il faut abandonner aujourd’hui le mot de révolution pour penser en terme de métamorphose.

Mais on ne peut rien prédire. On peut simplement dire que quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux et fondamentaux, ce système soit se désintègre, soit s’avère capable de susciter en lui des forces de métamorphose.

N.C. : De toutes ces catastrophes annoncées peuvent donc surgir des adaptations conduisant à la métamorphose ?

E.M. : Oui, si ce monde échappe à la mort et à la désintégration, il suscitera, de par cette créativité interne qui lui aura été nécessaire pour survivre, une nouvelle forme de civilisation.

N.C. : En prenons-nous le chemin, en France, par exemple ?

E.M. : Pas tant que la politique continuera d’être à la remorque de l’économie et d’une croissance de plus en plus utopique. En règle générale, il y a un manque total de pensée et d’imagination, et nous continuerons donc d’aller vers notre propre catastrophe. Espérons en un sursaut vital !

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COLOMBIE - "Les Farc redoutent la mort d'Ingrid Betancourt"

Interview de Sylvain Courage par Nicolas Buzdugan – Nouvel Obs - vendredi 28 mars 2008

Après la proposition du gouvernement colombien, sommes-nous près d'une sortie de crise et de la libération d'Ingrid Bétancourt ? (Bogota a proposé jeudi soir de faciliter la libération de guérilleros emprisonnés, si Ingrid Betancourt, détenue depuis six ans dans la jungle, et qui souffre notamment d'une hépatite B, était relâchée)

- La proposition du gouvernement colombien de relâcher unilatéralement des guérilleros si Ingrid Betancourt était libérée constitue une avancée considérable. Cela modifie la donne de l'échange humanitaire. Le gouvernement colombien fait une offre qui passe outre la demande des Farc de libérer les territoires de Florida et Pradera, près de Cali, pour procéder à un échange négocié. Pour une seule otage, il passe l'éponge sur les condamnations de quelques centaines de guérilleros détenus dans les prisons colombiennes. Mais cette accélération tend à prouver que l'état d'Ingrid est jugé très préoccupant par les services de renseignements colombiens. Comme si le président Uribe ne voulait pas être accusé d'être responsable d'une issue tragique...

L'état de santé de l'otage franco-colombienne peut-il inciter les Farc à la libérer rapidement ? Sont-ils prêts à aller jusqu'au bout de leurs revendications quitte à laisser mourir leur principale otage ?

- Les Farc ne peuvent que redouter le décès éventuel d'Ingrid Betancourt. Elles ont certes montré, par le passé, qu'elles ne craignaient pas de voir mourir ou de sacrifier leurs otages, mais la fin tragique d'Ingrid, devenue un symbole international et même national, serait une catastrophe politique pour un mouvement déjà mal en point et qui a perdu beaucoup de terrain, beaucoup d'hommes et de chefs historiques. Les Farc devraient donc tout faire pour éviter sa mort. Mais cela ne veut pas dire que la guérilla s'apprête à la libérer. Sans Ingrid, morte ou vive, leur cause deviendrait presque invisible. Ils vont sans doute tout faire pour la maintenir en vie en la faisant soigner.

Y a-t-il eu des pressions du gouvernement français pour que Bogota propose enfin de négocier un échange ou est-ce qu'Alvaro Uribe, le président colombien, a, de son propre chef, compris que le temps de la négociation était venu ?

- Depuis six ans, on a pu constater que l'influence de la France en Colombie était très réduite. Alvaro Uribe, comme les Farc, ont souvent fait semblant de répondre aux invitations ou aux injonctions de la diplomatie française, mais, en vérité, ils agissaient toujours en fonction de leur intérêt dans le conflit intérieur et régional de la Colombie. Cette fois, c'est sans doute les renseignements collectés par les autorités colombiennes qui ont provoqué la proposition de la libération de tous les guérilleros contre Ingrid. Uribe entend faire porter la responsabilité de la dégradation de sa santé sur les vrais responsables : ses ravisseurs. Et il y a fort à parier que si une catastrophe devait arriver, les Farc tenteraient d'en imputer la responsabilité au gouvernement colombien.

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jeudi 27 mars 2008

Fini la vague rose ! ... les médias votent pour le couple présidentiel qui fait un sans-faute à Londres !

Un sans-faute, cela veut dire une belle révérence de Carla, un beau discours atlantiste de Nicolas applaudi debout par les députés anglais, et tant pis pour Angéla. Bref de l’émotion et une royale réception. Y compris pour tous les courtisans bien notés, emmenés dans l’avion présidentiel (juste le temps de faire le plein de retour du Week-End de Pâques au Maroc), et récompensés par une magnifique journée et une grande bouffe au château Windsor. 

Eh oui tous les médias français sont béats : Sarko et Carla se sont bien tenus, n’ont pas mis leur doigts dans le nez ou leur coudes sur le table royale…cela vaut bien une demi-douzaine de points de bonus dans le prochain sondage à paraître…

Il y aurait bien eu une soi-disant vague rose il y a quelque temps mais c’est oublié car pour les français, rien ne compte plus aujourd’hui que ces deux êtres qui vont main dans la main à la rencontre de nos frères et soeurs d‘outre Manche. Cela devrait les rendre de nouveau heureux et optimistes.

Bien sûr il y a toujours quelques personnes âgées à l'esprit chagrin qui renâclent après leurs petites retraites mais Fillon a promis de s’en occuper. Il y a bien aussi les syndicats qui négocient mais à quoi cela sert d’en parler puisque les caisses sont vides. Bien sûr les lycées et les collèges grondent devant les restrictions imposées aux étudiants mais ils sont jeunes, ça leur passera… comme les banlieues… oui les impôts, les taxes, le coût de la vie mais tout est sous contrôle : on surveille de très près la façon dont les prix augmentent et Lagarde n’est pas inquiète.. oui, nous vendons des centrales nucléaires et des armes à qui veut, pour remonter le déficit, et cela après avoir organisé un spectaculaire et magnifique Grenelle planétaire. Oui la justice est en pleine mutation alors, les tribunaux supprimés, les magistrats déconcertés, les passe-droit, les prisons bondées, on verra. Quelques milliers de soldats engagés sur le budget de l’Etat, sans concertation en Afghanistan afin de participer en beauté à la défaite du contingent allié, pas grave : aucune contestation de la part de l’opposition….Oui les droits de l’homme sont bafoués, en Afrique, en Asie, sur le continent américain, mais des impératifs commerciaux nous rendent le plus discret des pays européens…

Bien sûr la droite a été désavouée aux élections municipales, mais de si peu, et c’était seulement un réajustement. Alors tout va bien…les médias sont vigilants à publier ce que les français aiment. Soyons heureux et devenons riches, l’exemple vient d’en haut !  

Sauf que les couvercles vissés sur les marmites républicaines tremblent un peu car il y a le feu sous les casseroles…. Mais puisque l’on vous dit que le président a réussi un sans-faute et que la France a gagné un à zéro hier soir contre l’Angleterre…

Werdna  27/03/08

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mardi 25 mars 2008

Le collectif est notre plus grande arme

Patti Smith née le 30 décembre 1946, légende du rock à la voix incroyable, passionnée de culture française et Commandeur des Arts et lettres, exposes ses photographies à Paris.

A propos de "People Have the Power" écrit dans les années 80 voici ce qu'elle dit :

"Cette chanson, que nous avons écrite Fred - mon mari - et moi, est un cadeau au public pour dire que nous sommes tous aussi importants en tant qu’individus, mais que collectivement, nous pouvons tout faire."

"Je le penserais toujours ! Parfois nous n'utilisons pas ce pouvoir par peur, par lassitude, ou parce que nous ne croyons pas à son efficacité. La voix des gens est la seule chose qui fait peur aux gouvernements et aux entreprises. Notre plus grande arme est notre voix collective."

Posté par werdna à 10:30 - Réflexions - Citations - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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