vendredi 16 mai 2008
Médias et Pouvoirs - Protection des sources : le projet de loi voté dans une ambiance tendue
NOUVELOBS | 16.05.2008 | 07:24
Les députés ont adopté en première lecture le projet de loi sur la protection des sources des journalistes dans un contexte tendu par les récentes critiques de Nicolas Sarkozy et de ses proches contre les médias. La gauche dénonce un texte "inapplicable et régressif".
Les députés ont adopté, jeudi 15 mai au soir, en première lecture le projet de loi sur la protection des sources des journalistes dans un contexte tendu par les récentes critiques de Nicolas Sarkozy et de ses proches contre les médias. La gauche, jugeant ce texte insuffisant, a voté contre.
Ce texte attendu depuis plusieurs années par les journalistes, promis depuis 2006 par le gouvernement, aurait pu faire consensus. Son objectif est de garantir une "véritable protection aux journalistes", alors que la législation française est très insuffisante dans ce domaine.
Condamnée par la CEDH - La France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour des poursuites contre des journalistes qui avaient refusé de révéler l'identité de leurs informateurs. Plusieurs perquisitions dans des entreprises de presse ont mis en avant la nécessité d'une définition précise de la protection des sources, pierre angulaire de la liberté de la presse.En décembre dernier, le journaliste Guillaume Dasquié, spécialiste des services secrets, a été mis en examen pour avoir publié des informations classées secret défense sur l'affaire Borrel et sur le 11-Septembre.
Le texte présenté aux députés par le garde des Sceaux Rachida Dati complète la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de le presse en précisant que "le secret des sources des journalistes est protégé afin de permettre l'information du public sur des questions d'intérêt général". La justice ne pourra rechercher l'origine d'une information de presse que lorsqu'un "impératif prépondérant d'intérêt public" l'impose, à titre exceptionnel, en cas de crime ou délit grave et si cela est absolument nécessaire à l'enquête.
Le texte protège davantage les journalistes en cas de perquisition. Les perquisitions dans les agences de presse et au domicile des journalistes devront être effectuées par un magistrat. Le journaliste pourra s'opposer à la saisie d'un document.
Rachida Dati a défendu devant les députés un projet "équilibré", "protecteur pour les journalistes" tout en permettant "une intervention encadrée de l'autorité judiciaire".
"Inapplicable et régressif" - La gauche, relayant les critiques des syndicats de journalistes, a dénoncé "l'imprécision" de ce texte "inapplicable et régressif", selon Aurélie Filipetti (PS). Le projet "ne précise nullement ce qu'est une source ni qui sont les personnes protégées", a estimé l'oratrice socialiste, pour qui les dérogations laissent la porte ouverte à "l'arbitraire des juridictions".
Socialistes, communistes et Verts ont jugé insuffisants les amendements ajoutés au texte par le rapporteur UMP Etienne Blanc: substitution de la notion d'"impératif prépondérant d'intérêt public" à celle d'"intérêt impérieux", extension de la protection du secret des sources aux collaborateurs des journalistes.
Le texte a été examiné dans un climat tendu par les attaques de Nicolas Sarkozy contre certains médias la semaine dernière devant les parlementaires de la majorité, et par la polémique entre le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre et l'Agence France Presse (AFP), accusée de n'avoir pas repris un communiqué sur la condamnation de Ségolène Royal pour ne pas avoir payé deux anciennes attachées parlementaires.
Absente lors du débat, la ministre de la Culture Christine Albanel est allée jusqu'à évoquer la création d'un nouveau service de l'agence dédiée à la diffusion de communiqués...
Frédéric Lefebvre, présent dans l'hémicycle, s'est autojustifié en se disant "victime comme source" de la non-utilisation de ses communiqués. Il s'est même prévalu du soutien du journaliste Daniel Schneidermann, qui a dit sur le site de Libération avoir "plutôt tendance" à lui donner raison.
La gauche s'est interrogée sur la coïncidence entre ce contexte et le projet de loi. "Il ne fait pas bon être journaliste en France. Les attaques auxquelles se sont livrées le président de la République et ses porteurs d'eau ne sont pas pour nous rassurer", s'est inquiété Noël Mamère. (AP)
Médias et Pouvoirs – Après la polémique : L'AFP n'est pas un blog, par Christophe Beaudufe
LE MONDE | 13.05.08 | 13h51
Christophe Beaudufe est président de la Société des journalistes de l'AFP.
Fournisseur d'information de plus de 10 000 médias dans le monde, l'Agence France-Presse vient de faire l'objet d'une virulente attaque de la part de l'UMP, qui lui reproche d'avoir "censuré" certains de ses communiqués.
L'affaire pourrait relever du jeu d'influence "normal" entre la presse et le pouvoir, si elle ne survenait pas à un moment crucial de négociations entre l'AFP et l'Etat pour le renouvellement d'un contrat d'objectifs et de moyens, vital pour la survie de l'Agence.
De quoi s'agit-il ? M. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a adressé au soir du 1er mai une lettre au PDG de l'AFP, avec copie à plusieurs médias parisiens, pour "dénoncer" le choix rédactionnel du service politique de ne pas traiter l'un de ses communiqués. Il s'agissait en l'espèce d'un communiqué de l'UMP sur l'affaire ayant opposé Mme Royal à deux anciennes collaboratrices, qui ont gagné en appel un procès pour obtenir de l'ancienne candidate à la présidentielle le versement de salaires non payés.
Cette affaire, largement traitée par l'AFP en son temps, avait donné lieu de nouveau à plusieurs dépêches en avril. Le 11 avril notamment, une dépêche donnait la parole à M. Lefebvre, et détaillait déjà les griefs de l'UMP contre l'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle. Le service politique, comme il le fait quotidiennement avec moult communiqués, a donc fait un choix rédactionnel, en décidant de ne pas traiter ce texte qui n'apportait aucune information nouvelle.
C'est faire preuve d'une méconnaissance profonde de notre fonctionnement que de voir là une volonté délibérée de l'AFP de prendre parti pour un camp contre un autre. Depuis, M. Lefebvre a réitéré ses accusations, allant jusqu'à parler de "censure" de la part de l'AFP. Selon des députés UMP, le président Sarkozy a lui-même critiqué l'attitude de l'AFP lors de sa rencontre avec les parlementaires de son parti le 7 mai.
Cette polémique appelle quelques mises au point.
L'AFP, de par son statut voté en 1957 par le Parlement, est une agence de presse indépendante de tout pouvoir politique ou économique. Elle n'a aucun actionnaire et ne vit que de la vente de son service aux médias et aux institutions. La vérité oblige à dire que l'Etat est son plus gros client, et qu'elle ne pourrait vivre sous sa forme actuelle sans le soutien des pouvoirs publics. D'où le caractère crucial des négociations en cours, qui doivent permettre de financer le développement de l'AFP pour les années à venir, notamment en l'aidant à renouveler son informatique pour l'adapter aux exigences du multimédia.
Cependant, depuis 1957, le statut de l'AFP, et une pratique quotidienne courageuse ont permis aux journalistes de l'Agence d'exercer leur métier en toute indépendance. Les pressions politiques n'ont jamais manqué. Et les journalistes de l'Agence ont toujours mis un point d'honneur à y résister.
L'Agence est un grossiste en information : nos choix rédactionnels, nos analyses, nos synthèses de l'actualité doivent, par principe, être utilisables en l'état par les journaux de gauche et par ceux de droite, par la presse de province, par les médias nationaux ou par les sites d'information en ligne. Une charte éditoriale précise et détaillée, de plusieurs dizaines de pages, encadre notre travail quotidien. Et bien malin qui, depuis un demi-siècle, pourrait déceler à l'AFP une "ligne politique". L'impartialité est notre métier, notre mission et notre fierté.
L'impartialité. Et non la communication tous azimuts. Les journalistes de l'Agence trient, évaluent et utilisent les informations exactement comme le font les journalistes de tous les autres médias. Une agence de presse n'est pas un blog, sur lequel les acteurs politiques ou économiques viendraient poster des communiqués à leur guise. C'est une rédaction, qui doit à ses lecteurs une information crédible, vérifiée, et replacée dans son contexte.
L'AFP d'ailleurs ne "publie" jamais aucun communiqué, de quelque source qu'il provienne. Les communiqués sont simplement "traités" par les journalistes, qui en tirent la matière première de dépêches brèves ou développées. Un communiqué est traité chaque fois qu'il apporte une information "nouvelle et intéressante". Le communiqué de l'UMP du 1er mai n'était qu'une reprise de commentaires précédents, et n'apportait aucune information nouvelle
Un mot, encore. Pendant que la rédaction parisienne fait face à ces pressions politiques, la vie de l'Agence continue. En ce début du mois de mai, des collègues risquent leur vie en Birmanie, au Liban, en Irak et dans d'autres pays, pour continuer à livrer au monde entier des textes, des photos, des infographies et des vidéos témoignant de la marche du siècle. Sur les cinq continents, dans les cinq langues de diffusion de l'AFP, des milliers de journaux, de radios, de télévisions et de sites Internet nous font confiance pour les alimenter en information. Leur confiance est fondée sur leur appréciation à long terme de notre travail. Elle est fondée également sur la conviction que l'AFP est un acteur libre du monde de l'information.
En dotant l'AFP, en 1957, d'un statut particulier assurant son indépendance vis-à-vis de l'Etat, le législateur a affiché une volonté politique : donner à la France une agence de presse internationale comme seuls en possédaient à l'époque les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'URSS. Cinq décennies plus tard, l'AFP est l'une des trois premières agences mondiales, la seule francophone
L'AFP n'est pas "la voix officielle" de la France. Et perdrait beaucoup à le devenir. Mais elle est l'une des voix par lesquelles la France peut encore faire entendre ses valeurs - dont la défense d'une presse libre - au-delà des frontières.
Personne n'aurait intérêt à faire taire cette voix libre et indépendante, en privant l'agence des moyens nécessaires à son développement, ou en la transformant en une officine de "communiqués".
Sources journalistes: l'Assemblée débat dans un climat de tension UMP-presse
PARIS (AFP) - 15/05/2008 - Tv5 infos
Les députés ont examiné jeudi le projet de loi Dati qui vise à protéger le secret des sources des journalistes dans des conditions jugées toutefois très insuffisantes par la profession, en plein climat de tension entre la majorité et la presse.
La ministre de la Justice, Rachida Dati, a estimé que le secret des sources des journalistes "ne peut pas être absolu", jugeant qu'il pouvait être "levé dans certaines conditions très encadrées".
La profession, mais aussi des parlementaires ont critiqué ces "restrictions" au secret des sources. Les députés, soucieux d'éviter tout "flou" sur cette question et pour tenter de lever ces réserves, ont adopté en commission plusieurs amendements, qui devaient être votés dans la soirée, Mme Dati y étant favorable, selon des sources parlementaires.
Le texte initial stipulait qu'il ne peut être porté atteinte au secret des sources que "lorsqu'un intérêt impérieux l'impose". La commission a réécrit cette définition en précisant qu'il "ne peut être porté atteinte au secret" des sources "directement ou indirectement" - incluant collaborateurs et proches - qu'à titre "exceptionnel" et "lorsqu'un impératif prépondérant d'intérêt public le justifie".
Quatre syndicats de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT, CFTC) mais aussi Reporters sans frontières et les élus de gauche on jugé cette modification encore trop "imprécise". Ils s'élèvent contre "d'autres dérogations prévues dans le texte" qui "sapent la portée des principes énoncés".
La gauche a défendu sans succès trois motions de procédure pour marquer son opposition à un texte qui "fleure sévèrement la raison d'Etat" pour Aurélie Filippetti (PS). Noël Mamère (Verts) l'a qualifié d'"imposture politique" tandis que, selon Patrick Bloche (PS), il "ne permet pas d'atteindre les objectifs ô combien légitimes qu'il entend se donner".
Le rapporteur UMP, Etienne Blanc, a répondu que le texte "ne fait qu'ajouter à la protection". "Nous encadrons beaucoup mieux les perquisitions, nous ajoutons le droit au silence des journalistes dans la phase d'audience alors qu'il est réservé actuellement à la phase d'instruction et nous supprimons purement et simplement l'infraction de recel", a-t-il insisté.
Michel Hunault (Nouveau Centre) a approuvé un projet "qui marque des avancées". Roland Muzeau (PCF) a mis en garde contre "une bien trop grande imprécision" du texte.
Pendant les débats, le député UMP Frédéric Lefebvre a évoqué la polémique qu'il a lancé sur "l'objectivité" de l'AFP, après que Mme Filippetti, M. Mamère et M. Muzeau se soient indignés de ces "attaques".
A l'issue de la discussion générale, Mme Dati s'est dit "surprise par la vivacité des critiques" vu les "avancées sans équivalent de ce texte" grâce auquel "la protection des sources devient un principe général du droit".

jeudi 15 mai 2008
Journalistes et hommes politiques, le bonheur de cumuler !
Marianne 14 Mai 2008
C'est celui qui le dit qui y est : en faisant remarquer à Laurence Ferrari, qui l'interrogeait sur le cumul des mandats, qu'elle aussi cumule les fonctions, Jean-François Copé s'est attiré l'ire de Jean-Michel Aphatie.
« D'abord, vérifiez que vous ne vous l'êtes jamais appliqué à vous-même ce petit principe » : voilà la réponse de Jean-François Copé à la journaliste Laurence Ferrari, qui l'interrogeait le 11 mai dernier, dans l'émission Dimanche Plus (Canal Plus) sur le cumul des mandats.
Et le président du groupe UMP à l'Assemblée d'ajouter : « Vous faites partie des gens qui aimez cumuler aussi. Vous avez bien raison, j'admire votre carrière, Laurence. Vous êtes une remarquable journaliste entrepreneuse et vous faites cela très bien. Bravo, mais vérifions les uns et les autres, quand on en parle, que l'on se l'applique bien à soi-même. » De fait, si Copé cumule les fonctions de maire de Meaux et de député de Seine-et-Marne, Laurence Ferrari travaille à la fois pour RTL et Canal Plus et dirige une société de production de reportages et de documentaires institutionnels.
Mais cette réponse du berger à la bergère a provoqué son lot d'indignations dans la corporation des journalistes, à commencer par Jean-Michel Aphatie, qui est monté au créneau dans son blog pour défendre sa consoeur - et doublement collègue, puisque lui aussi travaille pour RTL et Canal Plus. Aphatie raconte d'ailleurs que Copé, ainsi qu'Eric Woerth, lui ont déjà tenu le même discours. Il en déduit que c'est devenu « un argument que les responsables politiques resserviront, nous sommes désormais face à une stratégie de communication. Et cette stratégie là, il faut lui tordre le cou pour sa fausseté, son étrangeté et aussi, osons le mot, sa violence ». On se demande bien pourquoi.
Les politiques cumulent, les journalistes aussi : «So What?» - Parce que le journaliste, lui, n'est pas élu du peuple, comme l'a rappelé Laurence Ferrari. «So what ?» lui a répondu Copé. Oui, et alors ? Aphatie explicite : «Représenter le peuple au parlement, ou prendre en charge la gestion d'une municipalité, sont des tâches qui relèvent de l'organisation de la société. Il y a donc un intérêt public à évoquer les conditions dans lesquelles sont exercés ces mandats. Les cumuler, les mandats, entraine plusieurs conséquences néfastes ».
Au premier rang desquelles figure le fait que l'homme politique ne pouvant se dédoubler, l'une de ses deux fonctions pâtit obligatoirement du cumul. Mais surtout, explique Aphatie, le cumul engendre le détournement de fonds publics : « Un député battu ne quitte pas la scène locale puisqu'il est encore maire. Il est alors courant qu'il utilise les moyens de sa mairie pour préparer sa revanche. Détournement évidemment condamnable qui explique l'absence très étrange d'un statut de l'élu en France».
En revanche, le journaliste, lui, est un superman qui peut multiplier sa charge de travail à l'infini, sans que sa qualité s'en ressente. Le journaliste est un citoyen au-dessus des autres, qui a le privilège de travailler pour plusieurs employeurs à la fois. Ce qui est rarement le cas des employés de bureau ou des cadres moyens, même s'ils aimeraient bien.
Le journaliste, de surcroit, ne se heurte jamais au moindre conflit d'intérêts, même lorsqu'il bosse pour des gens qu'il peut être appelé à critiquer dans l'exercice d'une de ses autres fonctions. Et si par extraordinaire ça se produit, le journaliste mordra bravement la main qui le nourrit : il s'en fout, il y a tant de mains qui le nourrissent que sa fiche de paie pourrait s'appeler Shiva.
Et de fait, ce dernier point est un peu vrai : le cumul peut être aussi, pour les journalistes qui le pratiquent, une garantie d'indépendance. On craint toujours moins de se faire virer d'un de ses jobs que de perdre son seul et unique emploi. Mais dans ce cas, il faut rappeler ce que le brillant interviewer de Canal Plus et RTL a oublié de préciser : le cumul représente, pour bien des élus aussi, une sorte d'«assurance chômage». Sans lui, nous serions condamné à n'être représentés que par des hommes et des femmes certains de retrouver leur emploi une fois leur mandat perdu. C'est-à-dire exclusivement des fonctionnaires.
Télé sans pub. La Commission Copé n’écarte plus une augmentation de la redevance.
Libération – Ecrans/médias - jeudi 15 mai 2008 - RAPHAEL GARRIGOS ET ISABELLE ROBERTS
Pas une semaine sans que la commission Copé nous divertisse de ses bourdes. Pas une semaine sans un cafouillage. Pas une semaine sans que France Télévisions ne parte en cacahuète face aux errements de la commission chargée de réfléchir à son avenir sans pub. Après l’épisode goûteux «Et si on fusionnait les rédactions» de la semaine dernière, on a eu droit hier au croquignolet «Et si on augmentait la redevance ?»
Moyenne. En effet, face à l’intersyndicale de France Télévisions reçue par l’atelier Financement hier, la commission s’est montrée plus ouverte que jamais sur la question de la redevance. «D’habitude, raconte Carole Petit, membre de l’intersyndicale, dès qu’on commence à parler de redevance, on nous interrompt en nous disant que Sarkozy est contre. Cette fois, on a l’impression que la hausse de la redevance n’est plus un tabou.» Au point que, raconte Carole Petit, «à la fin, Patrice Martin -Lalande [député UMP, ndlr] a fait un tour de table pour savoir si les différents participants étaient pour ou contre une redevance à 161 euros». Un chiffre qui n’est pas dû au hasard, puisqu’il s’agit là de la moyenne européenne des redevances, majoritairement plus élevées qu’en France où elle n’atteint que 116 euros par an. Toujours selon l’intersyndicale, lors du rendez-vous a aussi été évoquée la possibilité de pondérer la redevance selon les revenus. Las, selon un membre de la commission, «vu le contexte du pouvoir d’achat, je ne vois pas le gouvernement augmenter la redevance».
Et, presque six mois après l’intempestive annonce présidentielle de supprimer la pub sur France Télévisions, on en est toujours au même point : où trouver l’argent pour compenser la perte de la pub ? Et ce, même dans le cadre d’une suppression après 20 heures, ou sur une chaîne uniquement. C’est la réponse que doit apporter la commission Copé le 21 mai. Mais c’est le flou le plus total. Taxer les richissimes opérateurs télécoms ? Cela pourrait comporter une insécurité juridique. Taxer la réclame des chaînes privées ? Au moment où les recettes pub de TF1, par exemple, s’écroulent, la commission juge que ce n’est pas l’idée du siècle. Et elle pencherait du coup vers un panachage de ces deux pistes, mixées avec une redevance révisée.
Velléités. Bref, c’est la purée de pois, et à France Télévisions, les AG se sont succédé hier. Après celle de l’intersyndicale, c’est la Société des journalistes (SDJ) de France 2 qui a rencontré les salariés inquiets des vélléités copéiennes de fusionner les rédactions de France Télévisions en une «news factory». L’AG a décidé de demander à être reçue par l’atelier Contenu de la commission Copé. «Les journalistes sont très demandeurs d’info et désireux de défendre leur travail», rapporte Agnès Molinier présidente de la SDJ.
Pour couronner cette belle journée, alors que la CGT a déjà appelé à la grève aujourd’hui, l’intersyndicale a décidé d’un un arrêt de travail d’une heure le 21 mai, pendant que Copé s’exprimera. Histoire d’écouter ce qu’il peut bien avoir encore à leur raconter.
mercredi 14 mai 2008
L'UMP a saisi le Conseil supérieur de l'AFP pour demander des « explications »
PARIS (AFP) - 13 mai 2008 | 17H54 - Journal "La Suisse de Vaud"
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a annoncé mardi que son parti avait saisi le Conseil supérieur de l'AFP, ce week-end, pour obtenir des explications sur le fait que l'agence n'avait pas traité certains des communiqués du parti sur l'affaire de la condamnation de Ségolène Royal.
"Tant que nous n'aurons pas cette explication, nous continuerons de la demander et c'est la raison pour laquelle nous avons saisi le Conseil supérieur de l'AFP, en posant un certain nombre de questions", a déclaré M. Lefebvre lors du point de presse hebdomadaire de l'UMP.
A une question de l'AFP qui lui demandait sur quel point précis portait sa demande au Conseil supérieur de l'agence, M. Lefebvre a répondu après le point de presse: "sur la question de l'objectivité".
Le président du Conseil supérieur de l'AFP, Jean-Pierre Leclerc, président de section honoraire au Conseil d'Etat, a indiqué mardi n'avoir pas reçu la lettre de l'UMP.
Le Conseil supérieur de l'Agence France-Presse a pour mission de "veiller aux obligations fondamentales de l'AFP" qui sont l'indépendance vis-à-vis de tout "groupement idéologique, politique ou économique", la fourniture "de façon régulière et sans interruption, d'une information exacte, impartiale et digne de confiance" et le maintien d'un "réseau d'établissements lui conférant le caractère d'un organisme d'information à rayonnement mondial".
Il compte huit membres: un membre du Conseil d'Etat, un magistrat de la Cour de cassation, deux représentants des directeurs des entreprises éditrices de quotidiens, un journaliste, un représentant de l'audiovisuel public et deux personnalités ayant représenté la France à l'étranger.
M. Lefebvre a réaffirmé mardi devant la presse qu'à son sens, l'UMP avait été victime d'une "censure" dans cette affaire.
Dans une lettre au PDG de l'AFP Pierre Louette, le 1er mai, M. Lefebvre estimait que, par deux fois, l'UMP avait été "confrontée à une obstruction volontaire" de l'AFP, concernant des communiqués du parti relatifs à la condamnation de l'ancienne candidate PS à la présidentielle.
Le PDG de l'AFP a pour sa part expliqué le 9 mai que l'agence n'avait pas vocation à "devenir une machine à diffuser des communiqués".
"La rédaction a des règles de fonctionnement qui reposent sur la notion de choix faits en permanence parmi la multiplicité des faits, des événements, des déclarations", a ajouté M. Louette.
La Cour d'appel de Rennes a, le 10 avril, donné raison à deux ex-attachées parlementaires de Ségolène Royal, présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, qui réclamaient depuis 1997 le versement de plusieurs semaines de salaires non payés.
Mme Royal s'est pourvue en cassation, selon son avocat.
Par ailleurs, le président de la Société des journalistes (SDJ) de l'AFP, Christophe Beaudufe, estime dans Le Monde que les reproches adressés par l'UMP à l'Agence France-Presse témoignent d'une "méconnaissance" du fonctionnement d'une agence de presse, qui "n'est pas un blog".
"Une agence de presse n'est pas un blog sur lequel les acteurs politiques ou économiques viendraient poster des communiqués à leur guise. C'est une rédaction qui doit à ses lecteurs une information crédible, vérifiée et replacée dans son contexte", réagit M. Beaudufe dans une tribune publiée dans Le Monde daté de mercredi.
Rappelant que le service politique de l'agence a décidé de ne pas traiter ce communiqué car il "n'apportait aucune information nouvelle", le président de la SDJ affirme que "voir là une volonté délibérée de prendre parti pour un camp contre un autre" témoigne d'une "méconnaissance profonde du fonctionnement" de l'AFP.
M. Beaudufe rappelle que cette "affaire" survient "à un moment crucial de négociations entre l'AFP et l'Etat" pour le renouvellement d'un contrat d'objectifs et de moyens "vital pour la survie de l'agence".
L'AFP "n'est pas la +voix officielle+ de la France", mais est "l'une des voix par lesquelles la France peut encore faire entendre ses valeurs (...) au-delà des frontières", souligne-t-il.
"Personne n'aurait intérêt à faire taire cette voix libre et indépendante, en privant l'agence des moyens nécessaires à son développement, ou en la transformant en une officine de +communiqués+", conclut-il.
Larousse s'ouvre au Net
LEMONDE | 13.05.08 | 20h32
Profitant de l'avènement des sites participatifs et contributifs, Larousse a décidé de lancer, mardi 13 mai, "la première encyclopédie contributive" sur la Toile (www.larousse.fr), qui mêle gratuitement le contenu du dictionnaire encyclopédique et des contributions d'internautes, après validation.
Line Karoubi, directrice adjointe du département dictionnaires et encyclopédies, précise que les internautes "sont de plus en plus habitués à ce foisonnement, à faire la différence entre un article de référence et un point de vue", faisant clairement référence à l'encyclopédie participative gratuite Wikipédia.
GOOGLE LANCE SON ENCYCLOPÉDIE - Chaque article de l'espace contributeurs n'aura qu'un seul auteur. Ce dernier, une fois inscrit et validé sur le site, pourra écrire sur ses sujets de prédilection, faire sa promotion via une page vitrine ou l'on pourra consulter son CV, son blog, sa photo ou encore noter et commenter ses contributions, qui resteront non modifiables par les autres internautes. Il devient donc un auteur de l'encyclopédie à part entière, mais avec pour seule rémunération la gloire d'appartenir à la communauté des encyclopédistes Larousse.
Cette concurrence de Wikipédia, l'un des dix sites les plus consultés sur le Net, se fait de plus en plus rude pour les dictionnaires et encyclopédies traditionnelles sur papier ou CD-ROM. Mais la concurrence vient aussi des acteurs d'Internet, et notamment de Google, qui a décidé il y a quelques mois de lancer l'encyclopédie Knol, abréviation de "knowledge", une encyclopédie "vérifiée" ou chaque auteur d'article est identifié, connu et même rémunéré par la publicité présente sur ses pages.
Car c'est bien là qu'est le cœur du problème : allier exhaustivité, rigueur et fiabilité. Larousse, en proposant dès le lancement une importante quantité d'articles vérifiés, en ne fermant pas la porte à une éventuelle rémunération par la publicité de ses contributeurs et en déployant son site avant le lancement du Knol de Google espère ainsi attirer les contributions de qualité. Et, à terme, s'imposer dans la bataille des encyclopédies en ligne.
L'encyclopédie francophone ouvre avec déjà 150 000 articles et près de 10 000 photos ou dessins. Tous ces éléments seront clairement identifiés comme source "sûre". Dans l'espace réservé aux contributeurs, Larousse mise à la fois sur la confiance acquise par la maison centenaire mais aussi sur la promotion d'internautes réputés "experts".
mardi 13 mai 2008
Médias et Pouvoirs - L'AFP renégocie son plan stratégique sous le feu des critiques du pouvoir
LE MONDE | 12.05.08 | 11h32
Le feu nourri de critiques émises par Nicolas Sarkozy et certains représentants de l'UMP contre la presse depuis plusieurs jours vise particulièrement l'Agence France-Presse (AFP). Il lui est reproché de ne pas avoir repris des communiqués émis par la majorité. Dans l'édition du 11 mai du Journal du dimanche, Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a proposé "que l'AFP mette à disposition de ses abonnés l'ensemble des communiqués de presse des partis et des organisations syndicales sur un espace spécifique".
L'AFP a déjà connu de nombreuses mises en cause de la part du pouvoir exécutif. La médiatisation du différend lui donne cette fois une ampleur inégalée. La polémique intervient au moment où l'agence, dont le financement est assuré en partie par l'Etat, renégocie avec ses représentants le nouveau plan stratégique pour les cinq prochaines années.
Sur les 263 millions d'euros de chiffre d'affaires de l'AFP, 40 % viennent des abonnements publics. L'AFP demande 20 millions d'euros de ressources supplémentaires à l'Etat pour se transformer en agence multimédia. Un plan qui pourrait s'accompagner d'une évolution du statut actuel, plutôt protecteur, de l'agence.
Tout a commencé avec le courroux de Frédéric Lefebvre, l'un des porte-parole de l'UMP, devant l'absence de reprise d'un communiqué envoyé le 1er mai. A l'occasion de la fête du travail, il revenait sur la condamnation de Ségolène Royal dans le litige qui l'opposait à deux ex-attachées parlementaires.
Les journalistes de l'AFP ont considéré que ce texte n'apportait pas d'information nouvelle sur cette affaire. Ils l'avaient traitée plusieurs fois lorsque la condamnation a été prononcée, le 10 avril, puis au gré des réactions.
Le 11 avril, une dépêche titrée "Avec Royal, 'c'est travailler plus pour gagner rien du tout'" reprenait les propos de M. Lefebvre à ce sujet. Le porte-parole de l'UMP s'est plaint auprès de Pierre Louette, président de l'Agence ainsi que de plusieurs rédactions.
La Société des journalistes (SDJ) a réagi en dénonçant les "tentatives de pressions politiques contre l'AFP". La polémique a rebondi après les déclarations de M. Sarkozy, mercredi 7 mai, qui s'en est pris devant les députés UMP à différents médias, et en particulier à l'AFP.
"QUASI-MONOPOLE" - Après cette mise en cause présidentielle, l'UMP a renouvelé son attaque. Dans un communiqué publié le 7 mai sous le titre "Deux poids, deux mesures", le parti de la majorité "regrette que sous couvert d'une ligne éditoriale, l'AFP censure un parti politique". Il pose "la question de la situation de quasi-monopole de l'AFP, de sa soi-disant ligne éditoriale et de l'objectivité qui lui est demandée dans ses statuts".
Les syndicats de l'agence ont condamné des "accusations aussi infondées que graves". Quant à M. Louette, il a réagi dans une note interne jeudi 8 mai : "La vigueur des attaques venues de la gauche, hier, avec Mme Royal, ou de la droite, aujourd'hui, est le meilleur indicateur externe de notre neutralité."
Il ajoute : "L'absolue exigence de relayer chaque déclaration émanant d'un porte-parole de l'un des partis politiques de notre pays, n'est prévue par aucun texte, ni conforme aux règles de notre rédaction : être journaliste, c'est toujours faire des choix, décider ce qui est une information et ce qui ne l'est pas."
MmeAlbanel l'a reconnu : "Une agence de presse n'est pas une machine à reproduire des communiqués."
lundi 12 mai 2008
Samedi chez Ruquier - Jean-Pierre Coffe passe Nadine Morano sur le grill
Gros "Clash" chez Ruquier samedi soir
Sur un ton badin, il lui dit quelques vérités... Bonnes à entendre...
En plus c'est justement sur le problème de l'alcool et les jeunes...
voir la vidéo

MéDIAS et POUVOIRS - Vive polémique entre Christine Albanel et l'AFP
NOUVELOBS.| 11.05.2008 | 10:32
A la suite des critiques qu'aurait émises Nicolas Sarkozy, la ministre de la Culture suggère que l'agence de presse pourrait diffuser l'intégralité des communiqués des partis et des syndicats. La société des journalistes de l'AFP estime qu'"on n'est plus dans le domaine du journalisme".
En pleine polémique autour des critiques que Nicolas Sarkozy aurait émises contre certains médias, la ministre de la Culture Christine Albanel suggère dans Le Journal du dimanche que l'Agence France Presse (AFP) pourrait diffuser l'intégralité des communiqués de presse des partis et des organisations syndicales. La société des journalistes de l'AFP s'insurge contre l'idée, estimant qu'"on n'est plus dans le domaine du journalisme".
Selon le JDD, le principe de ce "service supplémentaire" de l'AFP est inclus dans le projet de loi autorisant les journalistes à ne pas divulguer leurs sources, que Christine Albanel et la ministre de la Justice Rachida Dati présenteront à l'Assemblée nationale la semaine prochaine. La ministre de la Culture juge que les partis et syndicats pourraient ainsi exprimer "plus largement et de façon totalement neutre leurs points de vue".
Ces communiqués apparaîtraient "sur un espace spécifique et facilement accessible, selon des modalités à préciser et à organiser", précise-t-elle, avant d'ajouter qu'elle soumettra cette idée au directeur de l'AFP vendredi.
"On traite un communiqué" - Christine Albanel assure toutefois que ce "service" ne se substituerait "en aucun cas au travail de rédaction et d'éditorialisation des journalistes de l'AFP sur les sujets politiques ou sociaux quand ils le jugent nécessaires et pertinents".
Christophe Beaudufe, représentant de la Société des journalistes (SDJ) de l'AFP, s'est élevé contre un mélange des genres. "Notre travail de journaliste, c'est de faire une information vérifiée, recoupée et remise dans son contexte", a-t-il rappelé sur France-Info, on "ne publie jamais un communiqué, on traite un communiqué".
Pour ce journaliste, l'idée de Christine Albanel est "un peu curieuse et pas très pratique car il y aurait des centaines de communiqués". "Créons une boîte aux lettres géante où tout le monde viendra mettre ses communiqués, et on verra bien ce qu'il en ressortira", suggère-t-il, "mais on n'est plus dans le domaine du journalisme".
Interrogée sur les relations tendues entre le président de la République et les médias après qu'il a accusé certains titres de "s'attribuer la fonction d'opposition", Christine Albanel rappelle que c'est Nicolas Sarkozy qui "avait pris l'engagement d'inscrire le principe de la protection des sources des journalistes dans la loi" quand il n'était encore que candidat.
"Comme tout un chacun, le président a le droit de réagir à certaines critiques, notamment lorsqu'elles sont systématiques, qu'elles le ciblent, qu'elles sont violentes et récurrentes", estime-t-elle. "Cela étant, ce n'est pas contradictoire avec son profond attachement à la liberté de la presse".
"Fonction d'opposition" - Selon Le Parisien/Aujourd'hui en France de jeudi, Nicolas Sarkozy a accusé la presse lors d'une réunion de l'UMP de ne pas avoir donné assez d'écho à la récente condamnation de Ségolène Royal dans l'affaire de ses ex-collaboratrices parlementaires. Il aurait également mis en cause L'Express, Marianne, l'AFP et le Journal du Dimanche, les accusant de "s'attribuer la fonction d'opposition".
Quant à l'opposition, elle se plaint de la surexposition de l'UMP. Les socialistes sont "inaudibles" car ils sont "au pain sec et à l'eau médiatiques", estime Arnaud Montebourg, dans le JDD. "Aujourd'hui, l'expression en faveur de l'UMP, président de la République et collaborateurs compris, a augmenté de 256 % sur TF1 et 196 % sur France 2", selon le député PS de Saône-et-Loire, qui cite des chiffres du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). L'élu accuse par ailleurs "le sarkozisme" de "s'attaque(r) à tous les contre-pouvoirs: juges, avocats et journalistes". (avec AP)

