mercredi 30 juillet 2008
La Chine revient sur sa promesse de ne pas censurer l'internet durant les JO
TV5MONDE PEKIN (AFP) - 30/07/2008 08h25

Journalistes étrangers le 30 juillet 2008 dans une salle de presse du centre olympique à Pékin
Comme les 253 millions d'internautes chinois, les journalistes étrangers, accrédités pour les JO de Pékin, n'auront qu'une version censurée de l'internet, contrairement aux promesses des autorités. Cette décision, confirmée mercredi à seulement dix jours de l'événement (8-24 août), a déclenché une polémique.
Journalistes et responsables olympiques se sont indignés que l'engagement d'assouplir le contrôle de la Toile pendant les Jeux ne soit pas tenu.
Les pages et sites concernant le mouvement spirituel Falungong, interdit en Chine, et d'autres sites non précisés, resteront verrouillés pour les plus de 5.000 journalistes travaillant au principal centre de presse des JO à Pékin (MPC, Main press center), a indiqué à l'AFP le porte-parole du comité d'organisation, Sun Weide.
Depuis le MPC, l'AFP a pu constater l'impossibilité d'accéder à des sites dissidents, pro-tibétains ou ceux d'organisation de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International ou Reporters sans frontières.
Lors d'un entretien exclusif avec l'AFP il y a deux semaines, le président du CIO Jacques Rogge s'était pourtant félicité de la liberté accordée à la presse étrangère. "Pour la première fois, les médias étrangers pourront faire des reportages librement, les transmettre librement en Chine. Il n'y aura pas de censure sur internet", avait-il assuré.
Mais Sun Weide a douché ces espoirs en affirmant mercredi que la promesse des autorités était seulement d'autoriser "suffisamment" d'accès à internet pour travailler, mais pas un accès illimité.
"Notre promesse était que les journalistes pourraient se servir d'internet pour leur travail pendant les jeux Olympiques. Et nous leur avons donné suffisamment d'accès pour cela", a-t-il insisté.
Une restriction dénoncée par les représentants des journalistes étrangers basés à Pékin.
"Les journalistes devraient avoir autant d'accès à l'internet que lors des JO précédents", a estimé Jonathan Watts, président de l'Association de la presse étrangère à Pékin (FCC).
Le responsable de la presse du Comité international olympique (CIO), Kevan Gosper, a indiqué qu'il soulèverait la question auprès des autorités chinoises. "Je vais leur en parler et voir leur réaction", a-t-il expliqué.
De son côté, le président du Comité olympique australien John Coates, également membre du CIO, s'est montré contrarié, estimant que la Chine faisait marche arrière sur une promesse olympique "clef".
"C'est clairement décevant, je pense que cette question sera prise très au sérieux par le CIO", a-t-il indiqué à l'occasion d'une conférence de presse organisée précisément dans l'enceinte du MPC.
Mais il s'est montré sceptique sur le pouvoir de l'organisation olympique de faire revenir les autorités chinoises sur leur décision.
"Ce que (les responsables du CIO) pourront faire, je n'en sais rien", a-t-il déclaré.
Mardi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères avait déjà précisé que les sites liés au Falungong seraient inaccessibles depuis le MPC.
En Chine, malgré la censure politique, l'internet s'est considérablement développé, avec désormais quelque 253 millions d'internautes, selon les derniers chiffres. Ce qui place désormais le géant asiatique au premier rang en nombre d'internautes devant les Etats-Unis.
Et, à l'occasion des Jeux de Pékin, les nouveaux médias, comme l'internet et les téléphones mobiles, feront leur entrée sur le marché. Pour cette édition des JO, 187 pays ont ainsi acquis les droits nouveaux médias contre moins de 10 à Athènes.
Le dalaï lama reçu le 13 août par des groupes parlementaires
TV5MONDE PARIS, 29 juil 2008 (AFP) - 29/07/2008 17h51
Le dalaï lama, chef temporel et spirituel du bouddhisme tibétain, sera reçu le 13 août au Sénat par les groupes parlementaires sur le Tibet, a annoncé mardi Louis de Broissia, président du groupe d'information sur le Tibet au Sénat.
La réunion aura lieu "à huis clos" devant les parlementaires des groupes du Sénat et de l'Assemblée nationale, a précisé M. de Broissia dans un communiqué.
Les deux groupes parlementaires sur le Tibet réunissent respectivement 189 députés et 63 sénateurs, soit 252 élus de toutes tendances politiques.
"Malgré quelques avancées, les résultats du dialogue sino-tibétain sont pour l'heure insuffisants", estime M. de Broissia. "Les efforts de la Chine ne doivent pas se limiter aux quelques jours qui nous séparent des jeux Olympiques ou aux quelques mois précédant l'exposition universelle de Shanghai en 2010, qui focalisera à nouveau l'attention internationale", ajoute le communiqué.
La visite en France du dalaï lama est prévue du 13 au 23 août, notamment pour dispenser ses enseignements à Nantes (ouest).
Elle a lieu alors que se dérouleront à Pékin les jeux Olympiques (8-24 août). Elle avait été prévue de longue date, avant les incidents au Tibet.
Le programme définitif reste à compléter, a indiqué mardi l'association Océan de Sagesse, qui organise la visite.
Après le passage mouvementé de la flamme olympique à Paris en avril, la visite du dalaï lama en France a provoqué de nouvelles crispations avec Pékin.
L'ambassadeur de Chine à Paris, Kong Quan, a averti début juillet qu'une rencontre entre le dalaï lama et le président français Nicolas Sarkozy aurait des "conséquences graves" sur les relations franco-chinoises.
"Ce n'est pas à la Chine de fixer mes rendez-vous", avait rétorqué M. Sarkozy, sans préciser toutefois s'il rencontrerait le chef spirituel des Tibétains.
A Pékin, les policières à petits pieds surveillent les étrangers chevelus
Marianne –Mardi 29 Juillet 2008 - Catherine Minot
Pour les JO, la police chinoise prétend avoir enrôlé un Pékinois sur huit ! Souriez, vous êtes surveillés !
A onze jours de l'ouverture des Jeux olympiques, la pression ne cesse de s'accroître sur les habitants de Pékin. «La ville est en état d'urgence. Il s'agit de tout nettoyer, qu'il n'y ait pas de tâche», ironise Cai Chongguo. Ce dissident chinois vivant en France explique qu'un million de travailleurs non pékinois ont été chassés, tandis que 300 000 policiers et miliciens bénévoles quadrillent les quartiers de la capitale. Mendiants et prostituées ont également été refoulés.
La presse officielle se vante du fait qu'un habitant sur huit, à Pékin, travaille pour la police ! Et en effet, la population est sommée de se mobiliser pour surveiller les étrangers. Chauffeurs de taxi, chômeurs, désoeuvrés, tous sont réquisitionnés pour participer à ce grand effort collectif de surveillance et de délation. Les retraitées de la fonction publique, baptisées «policières à petits pieds», sont aussi mises à contribution avec pour consigne d'avoir à l'œil les inconnus «ayant des cheveux longs ou une chemise très colorée…», raconte Cai Chongguo.
Les étrangers résidant habituellement en Chine n'échappent pas à cette frénésie policière : le voisinage est questionné sur leurs activités et leurs déplacements, quand la police ne se rend pas directement à leur domicile.
La ville elle-même fait également l'objet d'un vaste opération de nettoyage. Cai Chongguo estime que 300 000 Pékinois logeant dans des sous-sols donnant sur la rue ont été expulsés. De nombreux petits commerces – restaurants, salons de thé, bains publics – ont été fermés de même que des discothèques. Sans parler de la lutte contre la pollution au nom de laquelle un certain nombre d'entreprises ont dû provisoirement cesser leur activité, tandis que la circulation automobile fonctionne maintenant en mode alterné, un jour sur deux. Les autorités envisagent même d'interdire 90 % des véhicules durant les Jeux olympiques. Un ralentissement économique qui étrangle plus encore une population déjà paupérisée. Pressurés et contrôlés, les Pékinois voient donc se profiler avec inquiétude des Jeux sous haute sécurité.
Retrouvez Cai Chongguo sur son blog personnel.
CHINE Pékin 2008: pourquoi la Chine a déjà gagné ?
Actualités CHINE le 28/7/2008 à 9h18
Le correspondant en Chine de l'hebdomadaire Marianne, Luc Richard a publié aux Editions Mille et une nuits, un livre percutant sur les jeux Olympiques de Pékin. A quelques jours de l'événement, Luc Richard fait le point sur la situation.
- A quelques jours des JO, la Chine a-t-elle vraiment déjà gagné ?
Je pense toujours que oui ! Les choses se passent comme l'avaient souhaité le Parti et le CIO. Les tensions sont retombées et la plupart des chefs d'Etat seront là, plus personne ne pense à boycotter les Jeux. Ce qui m'étonne finalement c'est le fait que le Parti affiche ouvertement et sereinement sa propagande. Je pensais qu'il serait plus discret mais en fait, il n'a pas peur d'afficher ouvertement que la Chine est une dictature.
Le contrôle est de plus en plus fort et les autorités ne s'en cachent pas. A tel point qu'elles n'ont pas besoin de censurer, les Occidentaux le font très bien eux-memes, il suffit de voir l'affaire de la campagne d'Amnesty ou d'Eutelsat.
Quand la Chine a annoncé durant l'été 2007 que la flamme olympique serait portée sur l'Everest, je me suis dit que je devais impérativement faire ce voyage avant pour comprendre la portée symbolique de l'événement au sein de la population tibétaine. J'y suis allé avant la crise du mois de mars et ce qui m'a vraiment frappé, c'est la concentration de problèmes économiques et sociaux que connaît cette région.
Je ne reviendrai pas ici sur les problèmes religieux, culturel ou de l'indépendance mais je tiens à souligner l'importance de la situation économique: les Tibétains connaissent un fort taux de chômage, comme les Chinois ailleurs dans le pays mais ceux-ci bénéficient de conditions intéressantes s'ils s'installent au Tibet et c'est cela qui obsède aujourd'hui les Tibétains dans leur vie de tous les jours, cette rationalisation économique qui d'une part les met au chômage et qui de l'autre les coupe de leur mode de vie traditionnel.
Ce qui m'effraye le plus, même si je me fais taxer de nostalgique, c'est c'est cette logique économique imparable qui s'est emparée de toute la Chine mais qui se fait ressentir encore plus au Tibet et qui pour imposer une modernisation, n'hésite pas à annihiler un mode de vie traditionnel qui ne correspond pas à ce que la Chine veut montrer comme image d'elle-même. Surtout en cette période olympique...
- Que pensez-vous du fameux "esprit olympique", existe-t-il vraiment chez les dirigeants chinois?
Il faudrait d'abord se mettre d'accord sur ce qu'est l'esprit olympique !
Aujourd'hui nous sommes loin de la fraternité et du sport, mais ce n'est pas typiquement chinois, c'est un phénomène mondial. Et ce qui est frappant c'est à quel point un pays comme la Chine, qui a été coupé du reste du monde, s'inscrit si bien aujourd'hui dans ce mouvement de dépassement du sport.
Il n'y a pas qu'en Chine qu'on veut dépasser les limites humaines mais c'est ici que les produits dopants sont fabriqués et revendus au reste du monde, c'est ici qu'on pratique l'eugénisme comme ce fut le cas pour Yao Ming (NDLR: joueur de basket ). En Chine, le culte de l'efficacité est terrible et le système est prêt à tout pour dépasser les limites humaines.
- Ces derniers temps, les autorités chinoises ont resserré le contrôle sur la société pour avoir des JO "sûrs", pensez vous qu'après, elles vont relâcher la pression ?
C'est évidemment difficile de prévoir l'attitude du pouvoir chinois. Mais depuis des années, il a demandé au peuple de courber la tête pour ces fameux JO, ce qui est sûr c'est qu'il lui faudra un autre but après le mois d'août pour se justifier.
J'ai peur que le nationalisme devienne de plus en plus important. Il y a ces temps un véritable basculement chez les jeunes et je pense que les autorités jouent avec le feu en poussant cette tendance chez les Chinois.
Quand on voit le succès d'un livre comme Le Totem du loup, qui est lu et utilisé comme une adaptation économique et sociale du comportement d'une meute de loups par les entrepreneurs chinois, franchement ça fait peur. Le nombre de livres publiés qui s'inspirent de ce livre est impressionnant: les librairies en rengorgent dans leurs rayons "Entreprise", "Carrière, "Ressources humaines"...
Et ce qu'on voit déjà aujourd'hui des JO, laisse présager une montée en puissance du chauvinisme et du nationalisme.
Il y a une débauche de propagande, digne de la Révolution culturelle dans tout le pays. Au Sichuan par exemple, je suis tombée sur une énorme affiche de 6 m sur 3, montrant Hu Jintao sur les lieux du séisme , avec comme slogan" Portez haut l'esprit olympique, préparez la reconstruction après le sinistre".
Et les Jo sont un prétexte pour tout. Toujours dans le Sichuan, j'ai dormi une nuit dans la tente de paysans au milieu de nulle part, la police a débarqué au petit matin, me demandant de rentrer à Chengdu ( NDLR la capitale de la province). Comme les paysans n'étaient pas contents du comportement de la police, celle-ci a expliqué, qu'avec les JO, la période était sensible et que les étrangers pouvaient déstabiliser la région....
- Vous avez commencé votre livre par un chapitre sur le Tibet, pourquoi ?mardi 29 juillet 2008
La tension monte à l'OMC : l'Inde et la Chine pointées du doigt
Challenges – 28/07/08
La tension monte à l'OMC, la Chine et l'Inde étant accusées d'empêcher un accord, une semaine après l'ouverture des négociations de la dernière chance.
L'Elysée a précisé que le pays est "plus que jamais attaché à la promotion du développement, notamment des pays les plus pauvres, qui est l'objectif du cycle actuellement en cours". "Si l'Europe devait jouer un rôle moteur à cet égard, elle devait aussi assurer la protection des intérêts européens avec vigilance et sans naïveté, notamment à l'égard des grands pays émergents".
Une source diplomatique a indiqué que Nicolas Sarkozy avait appelé ce week-end le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour se plaindre de l'accord proposé par Pascal Lamy, confirmant une information du Monde. Il aurait demandé à ce que le négociateur européen, Peter Mandelson, vienne à Paris pour faire un point sur l'état des discussions, mais celui-ci a refusé. Lundi, le porte-parole de Peter Mandelson a promis que Peter Mandelson se rendrait à Paris "dès que possible" après la fin de la négociation.
Les négociations de la dernière chance pour sauver le cycle de Doha ont été prolongées jusqu'à mercredi. L'OMC (Organisation mondiale du Commerce) devait initialement boucler les discussions samedi, mais peine à accorder ses 153 membres.
Lundi 28 juillet à Genève, la tension est montée d'un cran, la Chine et l'Inde étant accusées d'empêcher un accord.
L'Inde se défend
L'Inde s'est défendue en accusant les pays développés de privilégier "leurs intérêts commerciaux" et de chercher "à améliorer encore leur prospérité plutôt que de se concentrer sur ce qui pourrait contribuer à réduire la pauvreté". Selon le ministre indien du Commerce et de l'Industrie, Kamal Nath, Washington "veut obtenir deux fois le montant des subventions accordées actuellement. Ils disent: 'nous voulons avoir le droit de doubler nos subventions et nous ne les triplerons pas. Que donnez-vous en échange ?'"
La Chine a ensuite demandé l'élimination des subventions américaines sur le coton et rejeté, elle aussi, les accusations de Washington.
Lundi, les Etats-Unis se sont dit très préoccupés par l'orientation prise par les discussions engagées à Genève. Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi leur a emboîté le pas, répétant sa "préoccupation" concernant "l'absence de progrès" dans les négociations en cours.
Nouvelles propositions de Lamy
Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a mis vendredi sur la table des négociations un texte sur les principaux points d'un accord sur l'agriculture et les produits industriels, avalisé par six des sept principales puissances à l'OMC (Etats-Unis, UE, Chine, Inde, Japon, Australie et Japon). New Delhi était la seule à critiquer ces propositions. Le pays a été rejoint samedi par Pékin, qui a averti que la Chine voulait protéger sa production de riz, de coton et de sucre. Elle refuse, a-t-elle dit, d'abaisser ses droits de douanes sur ces produits.
"Les positions de la Chine non seulement sont un pas en arrière par rapport au cycle d'Uruguay (le précédent cycle de négociations commerciales, ndlr), mais également par rapport aux engagements qu'ils ont pris lors de leur adhésion à l'OMC", a déploré une source diplomatique.
Aucune avancée selon la France
La France a réagi à lundi, affirmant que le projet "n'est pas acceptable en l'état dans la mesure où il ne comporte aucune avancée sur des éléments essentiels". Elle pointe notamment l'absence d'avancée pour la protection des appellations d'origine et "la défense des intérêts industriels européens face aux grands pays émergents".
Etats-Unis : le déficit budgétaire menace d'exploser en 2009
28/07/08 - Les Echos
Selon un responsable gouvernemental, il pourrait atteindre 490 milliards de dollars lors de l'exercice fiscal 2009. Un niveau historique imputable à l'impact du ralentissement économique et au plan de relance de 168 milliards de dollars adopté au premier trimestre.
490 milliards de dollars ! C'est le montant inégalé que pourrait atteindre le déficit budgétaire américain lors de l'exercice fiscal 2009, indique un responsable gouvernemental. En février dernier, le président George W. Bush l'évaluait à 407 milliards. Cette aggravation résulte du ralentissement économique et du coût engendré par le plan de relance de 168 milliards de dollars adopté en début d'année, sous la forme essentiellement de crédits d'impôts.
En revanche, le même responsable confirme que cette année, le déficit devrait être moins important que les 410 milliards estimés en février.
L'économie américaine traverse actuellement une zone de turbulences nées de la crise du marché immobilier et accentuées par la flambée des prix de l'énergie et de l'alimentaire. Dans ce contexte, les statistiques publiées cette semaine - première estimation du produit intérieur brut jeudi et marché de l'emploi vendredi - seront scrutées de près.
Reste que le successeur de George W. Bush - le républicain John Mc Cain ou le démocrate Barack Obama - hériteront de l'épineux problème du déficit budgétaire à leur arrivée à la Maison Blanche, en janvier 2009. D'autant que les experts s'attendent à une situation de plus en plus tendue avec la hausse des dépenses de santé liée au vieillissement de la génération des "baby boomers".
lundi 28 juillet 2008
Henri Guaino assure que l'homme africain n'est "pas assez" entré dans l'Histoire
26/07/2008 – Marianne
Un an après le discours controversé de Nicolas Sarkozy à Dakar, le conseiller spécial du chef de l'Etat Henri Guaino persiste et signe, et assure dans le quotidien Le Monde que l'homme africain n'est "pas assez" entré dans l'Histoire.
"Revenons un instant sur le passage qui a déchaîné tant de passions et qui dit que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire". Nulle part il n'est dit que les Africains n'ont pas d'histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l'histoire n'est pas le même d'une époque à une autre, d'une civilisation à l'autre", affirme M. Guaino.
"Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l'emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l'histoire. Dans les sociétés modernes, c'est l'inverse", ajoute-t-il.
"L'homme moderne est angoissé par une histoire dont il est l'acteur et dont il ne connaît pas la suite. Cette conception du temps qui se déploie dans la durée et dans une direction, c'est Rome et le judaïsme qui l'ont expérimentée les premiers. Puis il a fallu des millénaires pour que l'Occident invente l'idéologie du progrès", poursuit le conseiller du président, qui convoque à l'appui de sa thèse le philosophe Emmanuel Mounier et l'historien Fernand Braudel.
"Cela ne veut pas dire que dans toutes les autres formes de civilisation il n'y a pas eu des progrès, des inventions cumulatives. Mais l'idéologie du progrès telle que nous la connaissons est propre à l'héritage des Lumières", affirme M. Guaino.
Le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy avait été vivement critiqué, notamment par le philosophe Bernard-Henri Lévy et par Abdoulaye Wade, qui l'avait jugé "inacceptable".
Le "drame de l'Afrique" est que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", avait-il dit.
"Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles", avait encore déclaré M. Sarkozy.
dimanche 27 juillet 2008
CHINE - Pékin se débarrasse de ses travailleurs migrants, gênants pendant les JO
Actualités Chine le 26/7/2008 à 9h40 par AFP

Comme d'autres travailleurs migrants à la peau brunie par le soleil et aux mains rugueuses, qui ne bénéficient pas d'un permis de résidence dans la capitale chinoise, il a reçu la consigne de rentrer chez lui.
Pékin veut présenter une image lisse pendant les Jeux et ses millions de travailleurs migrants font tache.
"Les autorités ne nous autorisent pas à rester. A cause des JO", explique l'ouvrier de petite taille, qui fend la foule compacte de la principale gare de Pékin en portant deux valises cabossées à bout de bras.
En route pour la province pauvre de l'Anhui (est), M. Dai a perdu son salaire mensuel de mille yuans, l'équivalent de 93 euros, qui contribuait largement à faire vivre sa famille de huit personnes restée au pays.
"Je n'ai pas d'emploi maintenant, donc je ne vais pas gagner d'argent jusqu'à ce que je trouve un autre boulot", dit-il.
M. Dai, comme d'autres ouvriers, a reçu l'ordre de quitter Pékin cette semaine.
Travaillant dur pour de tout petits salaires, et souvent dans des conditions dangereuses, ce sont eux qui ont construit les chantiers olympiques de la capitale, contribuant largement à sa croissance et à son boom immobilier.
A la fin de l'an dernier, Pékin comptait jusqu'à 5 millions de ces ouvriers, avaient indiqué les autorités.
Le nombre des travailleurs migrants tenus de quitter la capitale n'est pas connu. Et un responsable au service de presse de la ville de Pékin, interrogé par l'AFP, a démenti toute consigne en ce sens. Mais plusieurs d'entre eux confirment l'exode en cours.
"Ce n'est pas juste", dit Yuan Daxin, 36 ans, aussi rencontré à la gare, sur le départ vers la province du Gansu (nord-ouest). Il travaillait sur le chantier d'un immeuble de bureaux jusqu'à dimanche dernier.
Tous les chantiers de construction ont été gelés à cette date pour diminuer la pollution atmosphérique en amont des Jeux.
Son employeur a annoncé aux ouvriers qu'ils allaient bénéficier de "vacances olympiques". Pas du genre à se laisser abattre, Yuan se réjouit que son salaire sur le chantier ait au moins permis à sa famille de s'équiper d'un téléviseur, grâce auquel ils pourront regarder les Jeux.
"Nous devons quitter Pékin pour que la ville ne soit pas trop encombrée pour les JO. C'est notre responsabilité d'aider les Jeux à être un succès", ajoute-t-il, dans un élan patriotique.
La transformation de Pékin, qui compte 17 millions d'habitants, est également passée, ces derniers mois, par la répression de la prostitution, la rénovation de nombreux quartiers et de multiples mesures contre la pollution.
Wu Zuoliang, conducteur de cyclo-pousse de 42 ans, va devoir lui aussi rentrer à Tianjin, sa ville d'origine, à deux heures de route de Pékin.
Mais la police lui a fait savoir qu'il pourrait revenir dès la fin des Jeux paralympiques (6-17 septembre). En attendant, il prêtera ses bras à sa famille, pour récolter du maïs sur leur petit lopin de terre.
samedi 26 juillet 2008
CHINE - Des missiles sol-air qui intriguent près du stade olympique de Pékin
Actualités Chine le 24/7/2008 à 14h13 par AFP

"C'est quoi ça?". Surprise et intriguée, Mme Ji Xiu désigne les missiles déployés non loin du Stade olympique de Pékin, tout près d'une station de bus.
Cette retraitée de 55 ans est venue de l'autre bout de la ville. Accompagnée de son mari, elle a profité de la nouvelle ligne de bus, la 6, "ouverte 24 heures sur 24", pour se promener dans le quartier olympique de Pékin.
"Ici je ne connais pas trop, mais j'avais déjà vu le +Nid d'oiseau+ et le "Cube d'eau+", explique-t-elle, désignant le Stade olympique et le Centre aquatique par leurs surnoms, un km plus loin.
Ici, les passants ne manquent pas de s'arrêter pour se faire prendre en photo, avec en fond les batteries de missiles sol-air et les radars, dont une partie sont dissimulés sous des filets de camouflage.
L'une des rares occasions aussi pour les journalistes étrangers de venir filmer ou photographier du matériel militaire chinois sans être inquiétés.
Xue Honglei, un étudiant de 22 ans, venu de la province centrale du Henan avec sa copine pour découvrir le "Nid d'oiseau" et le "Cube d'eau", juge ce déploiement "indispensable".
"C'est pour éviter les attaques terroristes", dit-il après avoir pris une photo souvenir. "C'est une condition pour que les jeux Olympiques soient réussis, car +la forêt est grande, il y a toute sorte d'oiseaux+: S'il y a des gens bons, il y a en a aussi de mauvais", poursuit-il.
Selon l'étudiant, "dans les autres pays c'est pareil".
Derrière les grillages, des soldats ont les yeux rivés à d'énormes jumelles fixées sur des supports.
"Zone administrative militaire, Interdit d'entrer", préviennent des panneaux. A l'entrée principale, un autre recommande, aux éventuels téméraires, de "ne pas déranger les gardes".
Ils sont deux, immobiles et impassibles, à se regarder en chien de faïence, l'un porte une arme équipée d'une baïonnette. A l'intérieur, une autre recommandation: "Défense absolue d'allumer du feu".
Seuls les parasols multicolores qui, aux quatre coins du terrain, protègent les soldats de garde du soleil de plomb donnent un air de vacances à ce paysage de guerre.
Sur les préfabriqués où logent les militaires ont été mis deux slogans des JO: "Construire un nouveau Pékin, participer à de nouveaux jeux Olympiques".
Les autorités reconnaissent que ce genre de dispositif peut choquer.
"Quand ces installations de défense anti-aérienne ont commencé à apparaître à Pékin, les Pékinois ont été très étonnés, mais nous pensons que c'est indispensable et en plus c'est une pratique habituelle des jeux Olympiques", a assuré Liu Shaowu, directeur de la sécurité des jeux Olympiques.
Les autorités chinoises ne cessent de mettre en garde contre une menace terroriste, provenant notamment des groupes islamistes du Xinjiang.
Selon M. Liu, 110.000 personnes participent aux opérations de sécurité pour les jeux Olympiques.
Tibet : Pékin gèle les investissements français
Marianne - Samedi 26 Juillet 2008 - Régis Soubrouillard
Très irrité par la politique chinoise de la France, Pékin a annoncé le gel des investissements français dans la capitale pour au moins trois mois. Une décision qui dit l'état des relations franco-chinoises et invalide la stratégie diplomatique du président français.
D'après le quotidien Les Echos, qui cite une note interne distribuée aux services administratifs de la capitale chinoise, Pékin aurait ordonné « une suspension d'au moins 3 mois de l'approbation des nouveaux investissements français dans la ville ».
La France balayée hors de Chine
La rumeur courait déjà dans les milieux diplomatiques : dès les Jeux terminés, la France serait «balayée» hors de Chine. Si on peut y voir une part d'intox du côté de Pékin, il n'en reste pas moins que la tension est à son comble.
Par ailleurs, cette annonce ne vient pas conforter la stratégie diplomatique du président Sarkozy, affichant ici un discours de fermeté pour apparaître beaucoup moins téméraire lors de ses rencontres avec le président chinois Hu Jintao, n'hésitant pas à envoyer des émissaires pour arrondir les angles ou rattraper ses emportements.
Diplomatie à courte vue
Une diplomatie à trop courte vue pour gagner le respect des dirigeants chinois. Déjà lors du sommet du G8 au Japon, les relations entre Sarkozy et Hu Jintao avaient été décrites comme glaciales.
Et les derniers efforts de Nicolas Sarkozy pour apaiser les esprits n'auront pas suffi. Pékin n'a toujours pas digéré l'accueil que les parisiens ont réservé à la flamme olympique ni ses commentaires sur la crise tibétaine et encore moins l'annonce de la rencontre de Nicolas Sarkozy avec le Dalaï-Lama lors de sa venue en France.
Un nouvel ambassadeur conservateur à Paris
L'ambassadeur de Chine en France avait d'ailleurs dès le 8 juillet menacé Paris de conséquences graves si le président français venait à rencontrer le Dalaï Lama au cours de l'été. Le Figaro évoquait notamment des contrats portant sur la vente de 56 rames de TGV et de plus d'une centaine d'Airbus. Le nouvel ambassadeur de Chine en France, Kong Quan, en poste depuis mars 2008, que l'on dit conservateur et qui jouerait un rôle très négatif pour ce qui concerne l'image de la France à Pékin, a été immédiatement convoqué au quai d'Orsay. Bernard Kouchner lui aurait alors « indiqué que la France déterminait son attitude en toute indépendance et en rejetant les pressions d'où qu'elles viennent ».
Les investisseurs français très pessimistes
Si pour certains observateurs, ces menaces sont d'abord le signe d'une certaine fébrilité des autorités de Pékin face à une « fête » qui s'annonce déjà gâchée, l'annonce de ce gel de nouveaux investissements pourrait annoncer une politique de représailles encore plus ferme. La réconciliation n'est pas pour demain et les investisseurs Lesechos.fr cite un cadre français « On pourrait très vite se retrouver dans une situation très paralysante ».
Pour le moment, le ministère des affaires étrangères Français n'a pas réagi à ces informations.

