vendredi 9 novembre 2007
Les Roms, des Européens, cible privilégiée des expulsions sans répit
CATHERINE COROLLER Libération mercredi 7 novembre 2007
Pour un ministre de l’Immigration soucieux de montrer sa fermeté, et de faire monter son « quota », les Roms sont des clients idéaux. «Ils sont visibles, pauvres, vivent dans des bidonvilles, ne sont pas défendus par leurs pays d’origine – quand on les expulse, la Roumanie et la Bulgarie ne protestent jamais –, ils se laissent expulser sans problème selon la police et ils n’engagent pas de contentieux», affirme Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Brice Hortefeux peine à réaliser l’objectif des 25 000 reconduites à la frontière pour 2007 que lui a assigné Sarkozy ? Pas d’angoisse, les Roms peuvent l’y aider.
Lundi, la LDH et le collectif Romeurop ont dénoncé «les retours humanitaires forcés». Dans trois communes de Seine-Saint-Denis (Bondy, Saint-Denis et Bagnolet), la police a investi des terrains occupés par des Roms bulgares ou roumains, les a fait monter dans des bus, et leur a «proposé» une expulsion immédiate avec aide au retour. A leur arrivée, des chèques de 153 euros pour les adultes et de 46 euros pour les enfants leur ont été remis. Cette aide au retour est légale, mais elle est censée être distribuée sur des bases réellement volontaires, les familles capables de présenter un projet économique pouvant recevoir une somme supplémentaire de 3 600 euros.
Une fois les 153 euros reçus, que font les Roms ? Une bise à la famille, et retour. «Un billet de car jusqu’à Paris coûte 120 euros. Plus d’un tiers des familles expulsées reviennent dans le mois qui suit grâce aux 153 euros», affirme Malik Salemkour. Ce même lundi, Médecins du monde a demandé l’arrêt des expulsions des Roms, rappelant que «les conditions de vie déplorables auxquelles ils sont condamnés les exposent fortement à des risques sanitaires, notamment la tuberculose», et que les «expulsions incessantes et répétées dont ils sont victimes conduisent à la rupture des soins et traitements».
En théorie, les Roumains et Bulgares ont le droit de séjourner librement sur le territoire d’un autre Etat membre de l’Union européenne pendant trois mois. Les seules restrictions apportées sont «d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique». Au-delà des trois mois, il leur faut travailler ou apporter la preuve qu’ils disposent de ressources suffisantes. Dans le cas des Roms, «les préfectures ne vérifient même pas la date d’entrée», affirme Malik Salemkour.
mardi 6 novembre 2007
«Sarkozy a décidé qu'il n'y avait plus de problème quand il a fermé Sangatte»
Recueilli par H.S. – Libération 05/11/07
Ce sont des adolescents, parfois des enfants. Migrants, seuls. Depuis la fermeture du centre de Sangatte, il y a cinq ans pile, ils vivent sans-abri dans les forêts, près du port et près des autoroutes. Pakistanais, Afghans, Kurdes, Somaliens, Soudanais. Ils se dirigent vers l'Angleterre. Chaque nuit, ils se glissent sous les camions. Le département du Pas-de-Calais les prend en charge, au nom de la protection de l'enfance, dès que la Justice les lui confie. Les ados se reposent quelques jours, puis s'échappent. Ils se heurtent alors aux policiers, à la sécurité du port, la violence des passeurs, et la vie dans la forêt. Dominique Dupilet, président (PS) du Conseil général, en a assez. Interview.
Combien d'enfants migrants seuls tentent de passer en Grande-Bretagne autour de Calais?
A Sangatte, en 2002, à la fermeture du centre, il y avait 210 mineurs. Ils étaient 627 l'an dernier, et on en a compté déjà environ 2000, alors que l'année n'est pas terminée.
Comment pouvez-vous les compter?
Quand un mineur est arrêté par la police, la justice nous le confie. Nous lui offrons le gîte et l'éducation, ma responsabilité personnelle est engagée. Parfois, ce sont des jeunes majeurs. Les policiers eux mêmes qui les déclarent comme mineurs quand ils n'ont plus de place en centre de rétention. Mais leur but reste de passer en Grande-Bretagne. Au bout de deux jours, ils sont requinqués, le troisième jour, ils se sauvent. Quand ils sont repris, ils reviennent. On les connaît assez pour ne pas les recompter deux fois. Sur 2000, cinquante restent en France, dix par an passent le bac.
Que demandez-vous à l'Etat?
De prendre en charge l'urgence, par un dispositif d'accueil de ces jeunes. Car tout ce travail perturbe nos centres, et coûte cher. Le Conseil général dépense pour tout cela 5 millions d'euros par an. Dans la région parisienne, c'est l'Etat qui prend cela en charge. Pourquoi deux poids, deux mesures? Le problème, c'est que Nicolas Sarkozy a décidé qu'il n'y a plus de problème à Sangatte. (C'est d'ailleurs vrai dans la forme. Il n'y a plus personne dans le village de Sangatte même, puisque le centre a disparu il y a cinq ans. Le phénomène est dispersé entre Calais, Dunkerque, et sur tout le littoral qui fait face à l'Angleterre, ndlr). S'il devait ouvrir un centre pour les mineurs, ce serait admettre son échec.
lundi 5 novembre 2007
Bucarest dénonce la "xénophobie" et les expulsions de Roumains par l'Italie
TV 5 BUCAREST (AFP) - 04/11/2007
Le Premier ministre roumain Calin Tariceanu s'est déclaré "inquiet" dimanche des "réactions xénophobes" et des expulsions par les autorités italiennes d'immigrés roumains et a annoncé qu'il se rendrait prochainement à Rome pour discuter avec son homologue Romano Prodi.
Dans une conversation téléphonique dans la soirée, les deux chefs de gouvernement "sont convenus que M. Tariceanu se rende dans la courant de la semaine à Rome (...) et ont souhaité que les relations roumano-italiennes reviennent rapidement à la normale", selon un communiqué du gouvernement. Cette visite intervient alors que Bucarest a mis en cause la légalité des mesures de rapatriement d'immigrés roumains, qui se sont multipliées ces derniers jours.
M. Tariceanu avait auparavant déclaré qu'il entendait "avertir" M. Prodi que "la situation commençait à se dégrader et que cette vague de xénophobie devait être enrayée". "Nous ne tolérons pas la délinquance (ndlr: au sein de l'immigration roumaine) mais nous devons en même temps protéger nos citoyens", a-t-il souligné, alors que se sont multipliés les messages d'immigrés roumains affirmant se sentir "menacés" en Italie.
M. Tariceanu s'exprimait deux jours après que trois immigrés roumains ont été roués de coups dans la périphérie de Rome. Cette attaque survenait après l'agression mortelle d'une femme mardi dernier, dont est soupçonné un jeune Roumain d'origine tzigane. Au lendemain de ce meurtre qui a suscité une grande émotion dans tout le pays, le gouvernement italien a adopté en urgence un décret facilitant l'expulsion des étrangers membres de l'Union européenne pour des motifs de "sécurité publique".
Quatre premières procédures d'expulsion ont été décidées vendredi par le préfet de Milan, suivies, pour la seule journée de samedi, de 38 procédures supplémentaires visant principalement des Roumains. Aucun chiffre n'était disponible pour dimanche. M. Tariceanu a également souhaité être informé par Rome des "critères" en vertu desquels ces personnes ont été expulsées.
Sous la pression de l'opinion, qui accuse les autorités roumaines d'avoir "réagi tardivement" aux mesures adoptées par l'Italie, le président Traian Basescu a indiqué avoir demandé au ministre des Affaires étrangères Adrian Cioroianu de "saisir la Commission européenne au sujet des nouvelles lois italiennes sur la sécurité publique". "Sur le fond, ces lois correspondent à la directive européenne en la matière, mais leur mise en application a laissé à désirer", a-t-il estimé. "La manière dont plusieurs personnes ont été rapatriées ne leur a laissé aucune chance de s'adresser à la justice pour savoir si cette mesure était justifiée ou erronée", a souligné le président.
Le maire de Rome et dirigeant du centre gauche italien Walter Veltroni avait auparavant fait appel à la "compréhension" de Bucarest au sujet des expulsions, en soulignant que "le flux migratoire, dans la capitale, n'est plus supportable".
"Je comprends l'inquiétude du gouvernement roumain. Nous devons tout faire pour que la xénophobie et l'intolérance ne l'emportent pas, et nous le ferons", a déclaré M. Veltroni dans une interview au quotidien La Repubblica. "Mais, il doit aussi comprendre la nôtre (inquiétude, ndlr)", a-t-il ajouté.
Le ministre italien de l'Intérieur Giuliano Amato a de son côté recommandé des "contrôles systématiques" des immigrés, en vue de leur éventuelle expulsion, dans une circulaire invitant les préfets à "exercer les pouvoirs attribués par les nouvelles normes" sur la sécurité publique. Dans une interview au quotidien romain Il Messaggero, le commissaire européen chargé de l'immigration et ancien ministre de Silvio Berlusconi, Franco Frattini, évoque le chiffre d'"au moins 4.000 à 5.000 expulsions", souhaitant que des fonds correspondants soient prévus dans le budget 2008.
dimanche 4 novembre 2007
A Dunkerque, les associations dénoncent le marquage au feutre des réfugiés
A Dunkerque, les associations dénoncent le marquage au feutre des réfugiés
LE MONDE | 02.11.07 Geoffroy Deffrennes
Ce sont "des chiffres inscrits, au gros feutre indélébile, sur les mains de réfugiés, dans un refuge dunkerquois". Dans la lettre qu'il a écrite le 27 octobre, Aïssa Zaibet, secrétaire du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) du littoral dunkerquois (Nord), juge la méthode "indigne du pays des droits de l'homme".
La missive, adressée à Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, et Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'intégration, est consultable sur le "blog des réfugiés et migrants de Loon-Plage" (http://refugies.over-blog.com/).
Les associations qui soignent les migrants à Calais dénonçaient déjà, en 2005, les croix inscrites par les forces de police sur les mains. Selon ces collectifs, "ces pratiques continuent". Les inscriptions au feutre permettent de suivre les mouvements des réfugiés.
Conseiller principal d'éducation dans un collège de Grande-Synthe, M. Zaibet dit avoir observé ces pratiques le 24 octobre, lors d'une visite à des migrants "en provenance de Lille". Il s'insurge : "De nos jours, seuls les animaux sont ainsi marqués."
Pour Hervé Alloy, directeur de cabinet du député et maire de Dunkerque, Michel Delebarre, "le nombre de réfugiés est bien moins important ici qu'à Calais ou Cherbourg. Notre port a un terminal transmanche, ce qui explique la présence de Kurdes. Le principal problème du secteur est une aire d'autoroute squattée par des passeurs de la filière calaisienne". La mairie a évoqué le problème la semaine dernière avec le sous-préfet. Ce dernier envisagerait de fermer cette aire de l'A16 – l'autoroute du littoral Nord.
Les migrants avaient d'abord élu domicile entre Grand-Fort-Philippe et Fort-Mardyck, aux abords d'une zone industrielle entourée d'un cordon de dunes, parmi les oyats et épineux. Ils en ont été délogés en début d'année.
Ils ont alors élu domicile parmi des containers à marchandises du port de Loon-Plage. Ceux-ci, empilés, aux couleurs pastel, ressemblent à de fantomatiques cités HLM. Un autre monde a été recréé, "avec ses quartiers, ses étages, son voisinage", écrivait en février 2007 sur son blog Aïssa Zaibet.
A Calais, la situation n'évolue pas. Françoise Duvieubourg, la responsable de la Maison de la solidarité, a fait les comptes : "Au 30 octobre 2007, et depuis le 1er janvier, nous avons enregistré 2 250 mineurs. Soit déjà quatre fois plus qu'en 2006..." Enfants et adultes viennent du Moyen-Orient, d'Asie, d'Afrique subsaharienne, d'Europe de l'Est... Une multinationale de l'exode.
samedi 3 novembre 2007
Au bout du quai normand, les exilés voient la fin de leur rêve anglais
Jean-Yves Desfoux – Ouest-France 02/11/07
Dans l'attente d'une traversée clandestine vers l'Angleterre, une cinquantaine de réfugiés campent dans un terrain vague, aux abords de la gare maritime de Cherbourg. Près de cent tentatives de passage, dans la seule nuit de lundi à mardi, sur le port de Cherbourg. Ils sont Irakiens pour la plupart et hantent les quais dans l'espoir de gagner leur eldorado : l'Angleterre.
Voulez-vous connaître les pays de grande douleur où la terre saigne ? Il faut emprunter le boulevard maritime ou la rue Carnot, sur le front de mer, à Cherbourg. Approchez-vous du campement à l'abri des murets de pierre, bivouac dérisoire de tentes bleues. Là, il y a des hommes, parfois des femmes, parfois des enfants. Ils sont jeunes, à cran. Ont tôt fait de vous faire comprendre qu'il serait bon que vous partiez. Ce peuple aux visages sans rides et aux regards de bêtes traquées est un concentré d'errance absolue et de désespoir sans fond.
Ils sont Irakiens, Iraniens, Palestiniens, Africains d'Erythrée ou de Somalie. Ces gens qui vous poussent au large de leur périmètre d'infortune sont des victimes collatérales des guerres d'Irak et du Darfour, du chaos palestinien, des persécutions de l'ancienne Perse. Combien sont-ils ? « On a servi trente-cinq repas dimanche soir, précise Pascal Besuelle, un des militants humanitaires qui s'occupent d'eux. Ça bouge tout le temps. Parfois, le groupe monte à soixante-dix. Mais la vraie question n'est pas de savoir combien ils sont. La question c'est : sont-ils ? » Juridiquement, aux yeux de la loi, ils n'existent pas. « Ce sont des fantômes », résume Paul Gaillard, solide prêtre ouvrier, clé de voûte de l'association Itinérance, qui ratisse large, de l'extrême gauche à la paroisse Jean-XXIII. Ils ne sont pas demandeurs d'asile. Du moins, pas chez nous. Ils ont atterri ici au terme d'un long voyage : 10 000 km dans des camions clandestins, via la Turquie ou la Syrie : « Ils ont payé cher un rêve et ce rêve s'appelle l'Angleterre », soupire Anna Bosquet, d'Amnesty international, usée par les démarches d'urgence et ce problème enkysté au bout des quais, qui traîne depuis cinq ans. Depuis 2002, précisément.
Sangatte fermé rien n'est réglé
Cette année-là, la France et l'Angleterre signent un traité, dit du Touquet. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, est enfin parvenu à fermer le sinistre centre de Sangatte, dans le Pas-de-Calais : « Le centre a fermé. Mais les gens étaient encore là. On croyait avoir tout réglé. Rien n'était réglé. Le problème reste entier. Le problème, nous l'avons sous les yeux et sur les bras. Et l'État fait le mort », enrage Bernard Cazeneuve, le député-maire PS de Cherbourg qui, mercredi encore, a interpellé le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, à l'Assemblée.
Les routiers hors d'eux
La ville marche sur des oeufs. Elle prononce des arrêtés d'expulsion, actionnant des déménagements du squat qui erre de terrain vague en terrain vague, mais elle subventionne discrètement les associations venant à l'aide des malheureux du terre-plein portuaire. La mairie doit tenir compte, à la fois, du trafic transmanche fragilisé par la tension de ces campeurs nomades exposés à tous les périls et de la population cherbourgeoise, abasourdie et compréhensive.
Toutes les nuits, l'immense zone portuaire est le lieu d'une gigantesque et pathétique partie de cache-cache. Comme une guerre des tuniques bleues et des Sarrasins. Les réfugiés du port tentent de se hisser à bord d'un camion, dans la remorque, sous les essieux, derrière la casquette qui surplombe la cabine. Des grillages sont détruits qui sont ravaudés chaque matin. Les compagnies maritimes s'arrachent les cheveux : « Un clandestin que la police britannique découvre, c'est 2 000 livres d'amende et 700 livres de reconduite en France. »
En juillet, un jeune Afghan a pris une volée de plombs dans le cou. On a vu des battes de base-ball et des crics tournoyer. Et la police se démène. Les soixante hommes de la Police aux frontières, les vigiles privés et la demi-compagnie de CRS qui est partie voilà peu, ont réussi à éviter la bavure, sans brutalités mais pas sans lassitude.
vendredi 2 novembre 2007
La croisière du Club Med s'amuse...
LE « Club Med II » c'est un « bateau de croisière mythique », « l'un des plus beaux bateaux du monde"
Attention les yeux : « 187 m de long, 5 mâts, 1 750 m2 de ponts extérieurs en teck de Birmanie. 190 cabines de luxe, 2 piscines, 2 restaurants haut de gamme, des bars, des salons... », vantent les brochures du Club Med" Lequel promet du rêve à ses clients :
« Le service est exceptionnel, dans la grande tradition maritime française... La croisière est animée, mais toujours avec élégance. »
Pourtant, le 12 septembre dernier, la tradition en a un peu manqué, d'élégance...
Ce joùr-là, le fier « Club Med II », qui a quitté Tunis la veille, direction ,Alger, poursuit sa croisière en Méditerranée, avec 250 passagers à bord et 200 membres d'équipage. A 10 heures, alors qu'il navigue à environ 30 milles (55,5 km) des côtes algériennes, des clients qui déjeunent au restaurant ont l'oreille attirée par des cris venant de l'extérieur. Ils se précipitent vers la balustrade : à 200 mètres, ils aperçoivent une barcasse qui fait du surplace et où s'entassent une vingtaine de personnes. La plupart, dèbout, hurlent en élevant les bras et en agitant des teeshirts. Mais le navire les ignore superbement, ne ralentit pas et trace sa route.
Léger malaise à bord...
Illusion d'optique
Pour les témoins, la scène rappelle furieusement ces boat people qui tentent régulièrement la traversée vers l'Europe, à bord d'embarcations minables et avec des fortunes diverses. Du coup, certains passagers, un brin choqués, s'émeuvent auprès des GO du Club Med et jurent qu'ils vont « écrire pour se plaindre ». « La scène était surréaliste, rapporte l'un d'eux. Pendant que la barque s'éloignait, des clients continuaient leur aérobic sur le pont ! » Des animateurs du Club vont eux-mêmes interpeller certains officiers, et se font rembarrer.
D'autres, gênés, tentent d'expliquer aux clients qu' « il s'agissait juste de pêcheurs ». Qui criaient sûrement pour vendre leur poisson aux touristes de passage...
Depuis, au siège du Club Med, à Paris, on se contente de déplorer : « Hélas, ce sont des choses trop fréquentes qui arrivent dans ces régions ! >, Le service de communication précise en outre que le Club Med est juste « exploitant» de la partie village , dans l'affair e: « On n'y est pour rien, on n'est pas décisionnaire sur ce bateau ... C'est le commandant qui a toutes les cartes en main. »
Et de renvoyer vers l'armateur du bateau, la société V -Ships, l'un des plus gros gestionnaires de croisières du monde, basé à Monaco. Lequel, à la demande du « Canard », a fait pondre, le 29 octobre, un rapport par le 'commandant du « Club Med II ", Yvon Laloge, sur « l'événement » du 12 septembre.
Extraits de sa version, bien différente de celle des témoins: « (. . .) Entre Skikda et Alger, à une distance de 8 milles (15 km) de la côte, nous avons aperçu une, embarcation, genre barque de - pêche, d'une quinzaine de mètres, avec, à son bord; une dizaine de personnes. Les conditions météo étaient excellentes, vent de force 3, portant à la côte, ciel clair, grand beau temps, houle de nord modérée, d'environ 1 à deux mètres. »
Le même ajoute sans rire: « Deux personnes (...) agitaient leurs bras, en signe de salut, comme le font la plupart des personnes sur les embarcations que nous rencontrons. En aucun cas cette embarcation ne m'a paru en difficulté, aucun signe de détresse n'a été émis (...). Cette embarcation ne courait - aucun danger (...), j"ai donc continué ma route. »
Sans oublier de leur faire aussi un petit coucou ?
Christophe Nobili
© « Le Canard enchaîné » - mercredi 31 octobre 2007.
mercredi 31 octobre 2007
L'Autriche contrainte de revoir ses méthodes d’intégration pour une politique d’immigration indispensable à son économie
LE MONDE | 30.10.07 | Laurence Monnot
Pressé par l'écho médiatique donné aux récents cas d'expulsions de familles pourtant bien intégrées, le ministre autrichien de l'intérieur, le conservateur Günther Platter, a lancé une "plate-forme sur l'immigration". Ses recommandations, notamment celle d'un renforcement des cours d'allemand pour les immigrés, serviront de base à un nouveau projet de loi du gouvernement de coalition du chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer.
Le ministre de l'intérieur, qui s'oppose à la création d'un secrétariat d'Etat à l'intégration, souhaite aussi qu'une cour spéciale soit mise en place en 2008 afin d'accélérer le traitement des 33 000 demandes d'asile non considérées durant la dernière décennie.
L'Autriche découvre qu'elle est un pays d'immigration, et ses hommes politiques qu'il est temps de songer à mettre en place une politique d'intégration. D'autant que les milieux économiques font pression pour obtenir l'ouverture du marché du travail aux travailleurs spécialisés.
Sortant de sa réserve, le président de la République, Heinz Fischer, a plaidé pour l'octroi de la résidence aux familles intégrées présentes depuis plus de sept ans. Les conservateurs s'y opposent, les sociaux-démocrates sont divisés.
En dépit des quelques voix solitaires, comme celles de la présidente de la Chambre des députés, Barbara Prammer, et de la ministre de la justice, Maria Berger, qui réclament une révision rapide du droit, le toilettage de la législation héritée de la précédente coalition alliant la droite conservatrice à l'extrême droite ne devrait pas avoir lieu avant la fin de 2008.
En 2006, le Mipex, une étude portant sur l'intégration dans les pays membres de l'Union européenne, le Canada, la Norvège et la Suisse, plaçait l'Autriche en 26e position devant la Lettonie et Chypre. Nulle part ailleurs, il n'est plus difficile d'acquérir la nationalité. Concernant le regroupement familial, seule Chypre est plus stricte.
ECHEC SCOLAIRE
L'immigration autrichienne est issue de plusieurs vagues : celles des immigrants économiques arrivés de Yougoslavie puis de Turquie entre le milieu des années 1960 et 1970, puis essentiellement de Pologne, Hongrie et Slovaquie, au début des années 1990 après l'ouverture du rideau de fer. Enfin, une nouvelle vague issue de l'ex-Yougoslavie et des guerres dans les Balkans, à partir de 1993.
Près de 18 % des élèves du primaire et du secondaire sont d'origine immigrée. Bien que nés et scolarisés en Autriche, ils maîtrisent mal la langue allemande. Un handicap qui se traduit souvent par l'échec scolaire et la marginalisation sur le marché du travail.
La coalition gouvernementale a récemment adopté un projet de loi rendant obligatoire la fréquentation de la dernière année de Kindergarten, avant l'entrée au primaire, pour les enfants dont la maîtrise de l'allemand est faible. Mais le coût élevé reste un obstacle pour les familles d'origine étrangère.
samedi 27 octobre 2007
Le projet d'immigration "carte bleue" européen risque d'accélérer la fuite des cerveaux
Par Peter Apps - REUTERS : vendredi 26 octobre 2007
LONDRES - Le projet européen de "carte bleue", destiné à encourager l'immigration dans l'Union européenne de travailleurs hautement qualifiés, risque de priver les pays en voie de développement de compétences dont ils ont parfois cruellement besoin, selon des responsables et des ONG.
Ce système, calqué sur la "carte verte" délivrée par les Etats-Unis, vise à rendre l'UE plus attractive pour des étrangers dotés de compétences recherchés en Europe, par exemple dans les domaines technologique et hospitalier, pour pallier un manque de main d'oeuvre qualifiée. Si elle est adoptée à l'unanimité par les gouvernements des Vingt-Sept - des pays comme l'Allemagne et l'Autriche sont réticents -, les "cerveaux" de pays tiers obtiendront rapidement un permis de séjour et de travail ainsi que le droit au regroupement familial.
Selon des experts, ce système accentuerait la fuite des cerveaux que connaissent les pays en voie de développement et entraverait l'amélioration de leurs systèmes de santé. "C'est une nouvelle forme de colonisation, de discrimination, et il sera très difficile de lui trouver des appuis parmi les pays du Sud", estime le professeur en droit économique international Tajeddine El Husseini, un Marocain, interrogé jeudi par Reuters.
"Ils dépensent beaucoup d'argent pour éduquer et former des étudiants et au final les pays du Nord vont prendre les meilleurs (...), c'est une grosse erreur et un acte criminel de la part du Nord de priver le Sud de ses cerveaux." L'argent envoyé par les travailleurs étrangers à leurs familles restées au pays constitue une ressource précieuse, mais beaucoup jugent néanmoins très dangereux, à long terme, l'effet global de la fuite des cerveaux. Pour le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, ce processus est une "spirale aggravante qui s'auto-entretient ".
LES SYSTÈMES DE SANTÉ EN PREMIÈRE LIGNE
Le ministre libérien de la Santé, Walter Gwenigale, estime que le projet de "carte bleue" pourrait rendre quasi impossible la reconstruction du système de santé du pays après des années de guerre.
"Je ne veux même pas en entendre parler", a-t-il déclaré jeudi dans un entretien téléphonique accordé à Reuters.
"Si l'Europe adopte un projet destiné à attirer des travailleurs qualifiés qui constitue une véritable menace pour les miens (...) Tous les pays africains se plaignent de cette fuite des cerveaux mais, quand on en parle, personne ne nous donne de réponses claires."
Mais en ce qui concerne de nombreux travailleurs qualifiés, et notamment les médecins, désireux de quitter le pays qui les a formés, des observateurs pensent que s'ils peuvent obtenir un visa, disent-ils, ils partiront de toute façon.
L'ONG World Vision dit comprendre que des travailleurs qualifiés veuillent mettre à profit leur formation pour chercher de meilleures conditions de vie ailleurs, mais elle craint que le projet européen ne coûte des vies dans les pays d'émigration.
"Déjà, à l'heure actuelle, un demi-million de femmes meurent chaque année, dans les pays en voie de développement, de complications pendant leur grossesse, et prendre les travailleurs qualifiés ne va pas arranger la situation", souligne Rebecca Cooper, conseillère sur les questions de santé auprès de World Vision UK.
"Je crois que c'est assez hypocrite. C'est absurde de continuer à accroître le budget de l'aide humanitaire, année après année, et de prétendre qu'on veut aider, quand on fait ça."
jeudi 25 octobre 2007
Hygiaphone sans pitié à Marseille
A Marseille MICHEL HENRY Libération jeudi 25 octobre 2007
Sedat Tastan, 19 ans, a été arrêté à la préfecture des Bouches-du-Rhône, alors qu’il venait déposer un document pour sa régularisation.
Y aller, ou pas ? C’est toute la question. Hier, Sedat Tastan, un Kurde en situation irrégulière de 19 ans, de nationalité turque, a pris un risque. Il a franchi la porte du service des étrangers à la préfecture des Bouches-du-Rhône, à Marseille, pour déposer un élément nouveau en vue de sa régularisation : il s’est pacsé avec sa petite amie française. Mauvaise idée : le fonctionnaire en faction a constaté qu’il fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière, depuis mars. Des policiers sont venus l’arrêter. Sa compagne et trois militants de RESF (Réseau éducation sans frontières) qui l’accompagnaient ont également été interpellés pour trouble à l’ordre public, placés en garde à vue, puis relâchés dans la soirée.
Problème : la préfecture a déjà tenté trois fois d’expulser Sedat Tastan, fils d’un militant du PKK, arrivé en France en 2002, à 15 ans. En vain : il a opposé trois refus d’embarquer. Pour le dernier, à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, il est passé en jugement devant le TGI de Bobigny, le 19 mars 2006. Le tribunal a ajourné sa décision «de manière à ce qu’il puisse régulariser sa situation», selon son avocate parisienne, Me Irène Terrel. Sedat Tastan doit se représenter devant le TGI en mars prochain. «S’il ne se rend pas en préfecture, il ne sera jamais régularisé. Et quand on se représentera devant le TGI, on lui dira : “Qu’est-ce que vous avez fait pour être régularisé ?” explique Me Irène Terrel. C’est la quadrature du cercle.»
D’où le risque qu’il a pris hier. Inévitable : «La loi Sarkozy impose la présence physique de l’étranger, explique Me François-Xavier Vincensini, son avocat marseillais. C’est la roulette russe. Ça dépend de la personne derrière l’hygiaphone, à la préfecture. Moi, je ne conseille plus à mes clients d’y aller. C’est trop dangereux.»
Hier, des militants de RESF se sont positionnés devant le centre de rétention du Canet, à Marseille, histoire d’empêcher l’expulsion. Côté préfecture, on précise qu’il est venu de son plein gré : «Il n’était pas convoqué.» Et comme son arrêté de reconduite est toujours valable, l’Etat veut le faire exécuter : «Il est arrivé au bout des procédures», explique-t-on. Il a été définitivement débouté de sa demande d’asile politique en 2004. Et son pacs serait trop récent – début octobre – pour justifier d’une communauté de vie permettant la régularisation. Implacable logique administrative, à laquelle les militants de RESF répondent : «Qu’on arrête l’acharnement et qu’on le régularise !» Comme une partie de sa famille, installée à Marseille.
IMMIGRATION : Une quarantaine de députés de l'UMP n'ont pas voté la loi
LE MONDE | 24.10.07
Après cinq semaines de polémique et de divisions de la majorité, le projet de loi sur la maîtrise de l'immigration a été définitivement adopté, mardi 23 octobre, par le Parlement.
A l'Assemblée nationale, le texte a été adopté par 282 voix contre 235. Soit une majorité nettement plus restreinte que celle réunie, une heure plus tôt pour la première partie (volet recette) du projet de loi de finances, adoptée avec 339 voix.
Dès dimanche soir, pourtant, le président de la République avait insisté, au bureau politique de l'UMP, pour qu'aucune voix ne manque. Et, lundi, le député d'Ille-et-Vilaine Pierre Méhaignerie, qui n'avait pas caché, lors de l'examen du texte, sa réserve vis-à-vis de l'amendement ADN, publiait un communiqué pour souligner que "la limitation très stricte de son utilisation grâce aux modifications apportées et à l'intervention du juge ne justifiait plus la caricature qui en est faite" et qu'il voterait le texte.
LE NOUVEAU CENTRE DIVISÉ Le groupe UMP de l'Assemblée n'a cependant pas fait le plein de ses voix, contrairement à ce que promettait son porte-parole Eric Ciotti, qui garantissait "son unanimité". Sur les 321 députés UMP, une quarantaine a fait défection : trois, dont François Goulard, ont voté contre, vingt et un se sont abstenus, tandis qu'une quinzaine n'a pas pris part au vote.
Le Nouveau Centre s'est partagé entre quatre votes pour (dont le président du groupe, François Sauvadet), quatre votes contre (dont Jean-Christophe Lagarde) et dix abstentions.
Les élus UDF-Modem, dont François Bayrou, quant à eux, se sont joints au vote contre avec les socialistes, communistes et Verts.
Le gouvernement pouvait néanmoins se féliciter d'avoir rallié l'essentiel des sénateurs de la majorité autour de son texte, qui avait pourtant suscité une véritable fronde sénatoriale. Celui-ci a été adopté par 176 voix pour et 136 voix contre. Même Hugues Portelli, qui s'était opposé à l'amendement ADN et avait voté contre, a choisi de s'abstenir

