jeudi 27 décembre 2007
ALBANAIS : après deux ans de combat, le droit de vivre en France
SUD-OUEST- Gironde 26/12/07 Dominique Andrieux
LORMONT. --D'origine albanaise, Gazmir Hoxha, 21 ans, a obtenu avec le soutien de Réseau Education Sans frontières, après deux ans de combat, le droit de vivre en France. « Mon cadeau de Noël » dit-il
« Je suis enfin libre », lâche Gazmir Hoxha avec un sourire qu'on ne lui connaissait pas. Hier, en ce jour de Noël, ce jeune homme de 21 ans d'origine albanaise, est revenu au foyer des jeunes travailleurs, à Lormont, dans lequel il s'est caché des mois durant. Le quotidien d'« un clandestin » dans l'attente, l'espoir de voir sa situation de séjour sur le territoire national régularisée.
Dans sa quête, Gazmir a reçu le soutien sans faille du Réseau éducation sans frontières, en particulier d'Agnès Dubourg, professeur du lycée lormontais Jacques Brel, qui lui a enseigné le français avant de devenir sa marraine républicaine, en décembre dernier 2006.
Elle raconte : « Le samedi 15 décembre, j'ai reçu une lettre de la préfecture indiquant que Gazmir obtenait le droit de demander une carte de séjour avec autorisation de travailler. » La ville de Lormont, également très impliquée dans le soutien du jeune homme reçoit le même courrier. « Quand Mme Dubourg m'a annoncé ça au téléphone, j'ai été très content, ça a été un truc énorme », témoigne Gazmir. « On a fait un bon repas le soir avec 5 ou 6 personnes », poursuit Gazmir, très discret sur les gens qui l'ont aidé à vivre « pendant un an de clandestinité ». « On n'y croyait plus », avouait-il, hier, en choeur avec sa marraine républicaine.
« Volonté », « capacités ». « Il avait tout pour que son dossier soit examiné favorablement », résume l'enseignante admirative de « la volonté » et « des capacités » de son élève, lequel en sus de l'apprentissage du français a obtenu « un CAP de plombier dans le même temps que les élèves francophones ».
Gazmir est arrivé à Bordeaux en janvier 2003. Il avait 17 ans. « J'ai cherché dès le début à m'intégrer », rappelle-t-il. Personne ne le remet en cause. Le problème est qu'à la fin de cette même année, la loi Sarkozy annule le droit de nationalité française attribué aux mineurs. L'administration française se montre inflexible, refuse de considérer l'antériorité. « Il y avait injustice », tranche Réseau éducation sans frontières. Les recours ne changeront rien.
Il y a eu pire, pensent les mêmes et d'autres encore. Quand Gazmir Hoxhoa a constitué son premier dossier de demande de régularisation, il ne savait pas qu'il commettait une erreur en adressant le certificat original de décès de ses parents, assassinés en Albanie, alors qu'il avait 11 ans.
Longtemps, le destinataire, l'Ofpra (1), a indiqué « ne plus être en possession de ce document », malgré un accusé de réception. Après moult péripéties, Gazmir a obtenu de cousins albanais une attestation officielle du décès de ses parents. Jointe au dernier dossier adressé à la préfecture, cette pièce a sans doute incité l'administration à faire sortir Gazmir de la clandestinité. :
(1) Office français de protection des réfugiés et apatrides
Sud-Ouest
mardi 25 décembre 2007
Beaucoup de Roumains émigrent dans l'UE sans leurs enfants
Par Justyna Pawlak – La Tribune – 24/12/07
Roumanie (Reuters) - De nombreux parents, désespérés, quittent la pauvreté des campagnes roumaines en quête de travail en Europe occidentale, laissant derrière eux leurs enfants, qui sont élevés par d'autres.
Depuis que la Roumanie a adhéré à l'Union européenne début 2007, des milliers d'enfants ont été confiés à leurs grands-parents, à des voisins ou aux autorités locales tandis que leurs parents cherchaient du travail, souvent illégalement, sur des chantiers en Italie ou dans des vergers en Espagne.
"Le phénomène s'est accentué depuis que la Roumanie a rejoint l'UE, ce qui a permis la libre circulation à travers les frontières en Europe occidentale", explique Mariela Neagu, qui dirige l'organisme chargé de la protection des enfants.
"Les parents voient cela comme un sacrifice pour leurs enfants, pour leur donner un avenir meilleur."
Dans certaines écoles, plus de la moitié des élèves vivent sans l'un de leurs parents, voire les deux. De nombreux villages du nord et de l'est de la Roumanie ne semblent habités que par des enfants et leurs grands-parents.
Selon des chiffres officiels, 80.000 des quatre millions d'enfants environ que compte le pays ont un parent, ou les deux, qui travaillent à l'étranger. Des travailleurs sociaux et des bénévoles évoquent quant à eux des chiffres bien plus élevés.
Bogdan Lacatus avait sept ans quand son père est parti en Espagne pour trouver du travail, et onze ans quand sa mère a quitté leur village du sud de la Roumanie pour suivre son mari.
"JE CROIS QU'ILS VONT REVENIR"
Ce garçon frêle aux grands yeux bruns et à la voix douce vit à présent dans une structure d'Etat, en attendant que ses parents viennent le chercher ou que les services sociaux lui trouvent une famille d'accueil.
"Je crois qu'ils vont revenir", dit-il. Il pourrait attendre longtemps, si l'on en croit les travailleurs sociaux, qui n'ont pu localiser aucun de ses parents. La mère de Bogdan, revenue en Roumanie brièvement, est repartie au bout de quelques jours.
Des parents éloignés ont tenté d'obtenir la garde de Bogdan et de ses frère et soeur, plus jeunes que lui, depuis que leur mère a quitté le pays, il y a des mois. Les services sociaux les jugent plus en sécurité sous la garde de l'Etat, à l'abri des mauvais traitements et de la pauvreté.
"Les parents doivent nous informer quand ils laissent des enfants derrière eux pour que les autorités locales les surveillent", explique Nicolae Badea, qui travaille pour l'organisme de protection sociale chargé du dossier de Bogdan. "S'il y a des problèmes, nous les prenons en charge."
D'une certaine façon, Bogdan a de la chance. Il va sans doute éviter l'un des grands orphelinats devenus tristement célèbres au début des années 1990 pour les terribles conditions dans lesquelles les enfants y étaient accueillis, et qui ont quasiment disparu depuis.
Mais l'Etat roumain, pauvre, vient de commencer à rénover son système de prise en charge des enfants, corrompu par des années de dictature. L'accueil y est sans doute meilleur maintenant, mais certains déplorent que la bureaucratie, la corruption et l'incompétence entravent les réformes, et que de nombreux enfants ne bénéficient d'aucune protection.
ENFANTS DES RUES
Les enfants, parfois très jeunes, sont omniprésents aux carrefours les plus fréquentés de Bucarest où ils se faufilent entre les voitures à l'arrêt pour mendier. D'autres hantent les passages souterrains, où ils reniflent de la colle.
Ce problème n'est pas exclusivement roumain. Plusieurs autres pays d'Europe orientale sont eux aussi concernés.
La Roumanie a demandé à l'Espagne et à l'Italie, principales destinations de l'émigration économique roumaine, de mettre en place des programmes-pilote d'apprentissage de la langue locale dans les écoles, afin de faciliter l'intégration des enfants et d'encourager les parents à les emmener avec eux.
Dans la petite école de Bogdan, située au bord d'un chemin de terre et entourée d'arbres fruitiers dont s'occupent les enfants, on apprend le français et l'anglais.
"Ces enfants ne sont pas nourris et habillés comme il faut. Ils sont intelligents et gentils mais ce serait mieux que leurs parents soient là", estime Mariana Mirea, son institutrice.
L'émigration économique est un pilier de l'économie roumaine. Deux millions de Roumains, soit un habitant sur dix, vivent à l'étranger depuis la chute du communisme, en 1989.
Selon des chercheurs, une génération entière d'enfants grandit sans un environnement familial approprié. Le nombre d'années que les enfants roumains passent à l'école est déjà l'un des plus faibles de l'UE, selon des chiffres Eurostat.
Filanda, mère de trois enfants, vit de petits boulots à Milan avec son mari. Elle dit n'avoir pas pu emmener ses enfants quand elle est partie en Italie en janvier. "Ce sont mes enfants, et je suis triste", dit-elle, refusant de donner son nom complet. "Il n'y avait aucun espoir en Roumanie. Ici, il y en a un peu."
lundi 24 décembre 2007
Réseau Éducation Sans Frontières lance une campagne de lettres pour Hortefeux
NOUVELOBS 24.12.2007 |
L'association souhaite qu'à l'occasion de Noël, les proches des familles ou des personnes en situation irrégulière envoient un courrier au ministre de l'Immigration ,relatant la vie d’une personne ou d’une famille concernée.
Le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) lance à partir de lundi 24 décembre et jusqu'au 31 décembre une campagne de lettres que des militants ou simples citoyens doivent envoyer au ministre de l'Immigration Brice Hortefeux pour raconter la vie d'un sans-papier.
L'association compte sur "tous ses militants, amis, voisins, camarades de classe, parents d'élèves, enseignants, collègues" des familles en situation irrégulière pour écrire et envoyer à Brice Hortefeux "un courrier relatant la vie d'une personne ou d'une famille", selon un communiqué.
Place dans la société
Il s'agit de "témoigner de la place qu'occupent dans la société tous ceux que le ministre veut expulser" et de "manifester haut et fort qu'aucune politique ne traite seulement de chiffres".
Pour RESF, "leurs vies, celles des 'sans-papiers', et les nôtres, ne se réduisent pas en équations, ne se réduisent pas à un chiffre - 25 000 (objectif gouvernemental d'expulsions pour 2007, ndlr)- et à trois lettres - ADN".
L'association s'est inspirée des nombreuses lettres envoyées par les enfants au Père Noël. Elle souhaite que la population s'adresse directement au ministre pour lui exprimer son sentiment sur sa politique.
Le porte-parole de l'association Richard Moyon, a illustré ses propos avec l'exemple d'un père de famille malgache qui a refusé d'embarquer dimanche matin à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Il a été placé en garde à vue et devrait être jugé lundi en comparution immédiate.
L'adresse du ministre de l'Immigration : 101, rue de Grenelle 75323 Paris cedex 07.
vendredi 21 décembre 2007
Des enfants suisses privés du droit de vivre au pays
Check-list Le Monde du 20/12/07
MIGRATIONS.
Maman de petit Suisse
Le Temps s'intéresse à ces "petits Suisses contraints de quitter le territoire avec leur mère étrangère", souvent traitées, parce qu'étrangères, comme des "criminelles".
mercredi 19 décembre 2007
Centres de rétention : la honte de la France
Libération mardi 18 décembre 2007
Par gilles Cervera président du Réseau national des communautés éducatives.
Monsieur le président de la République, nous sommes atteints dans notre éthique. Nous avons honte et, comme aux heures les plus sombres, nous nous sentons réductibles à un rouage d’une machine infernale que vous avez mis en place et dont nous sommes les roues dentées. Jusqu’où nous tairons-nous ? Jusqu’où dans cette large chaîne des travailleurs sociaux allant des médecins aux éducateurs de rue, des juges aux professeurs d’école, des policiers aux éducateurs, jusqu’où tiendrons-nous nos engagements ? Quel engagement sera le plus tenable, la loyauté à la mission de service public, ou l’engagement qui nous lie aux gens avec qui l’on travaille
Je rentre d’un centre de rétention où je suis allé porter des mauvais sacs en plastiques de Roumains pour d’autres Roumains : des couches-culottes, du savon pour bébé. Les Roms de Roumanie ont fait la quête dans leur camp nauséabond de Nantes, où nous ramenions un de leur enfant placé par erreur à l’aide sociale à l’enfance (on ignorait qu’il avait des parents sur le territoire). Ils nous ont chargés de rapporter des robes, des polos et des clopes pour tous ceux des leurs qui avaient été raflés jeudi 13 septembre, pour faire du chiffre.
Monsieur le président, je suis pour une République qui a été fabriquée par des citoyens qui ont mis en place des routes goudronnées, des écoles et des hôpitaux pour que tous, d’où qu’ils viennent, se soignent, s’instruisent et cheminent.
Monsieur le président, si cette France des droits de l’homme (et de l’enfant) en arrive à mettre dans un centre de détention administrative un bébé sans impedimenta, je ne suis plus très sûr de mes mandats, ni de fonctionnaire, ni de garant du bien public, ni sûr de devoir m’en remettre à la seule vocation démocratique de votre élection. Vos fonctionnaires, dont un sur trois est à la casse, ne pourront, en leur âme et conscience, exécuter tous vos ordres. Vos préfets ne sont pas des prévôts, car les Français, au final, ne sont pas des veaux.
Monsieur le président, rendez la République à l’Europe et au monde, ouvrez à nouveau votre cœur ; nos dispositifs sociaux nous honorent, la CMU et le RMI sont faits pour les pauvres. Les frontières que vous érigez autour de l’Hexagone blessent et humilient l’humain dans l’homme et flattent l’inhumain et la xénophobie. Notre terre d’accueil s’honorait d’une politique sociale que vos gesticulations en quelques mois déshonorent, et deux cent cinquante générations avant nous baissent le front. Mais pas la garde !
Je rentre, Monsieur le président de la République, d’un centre de détention administrative où les gendarmes mettent des gants pour inventorier des objets dans un sac plastique. La rue, Monsieur le président, va se peupler de citoyens au nez pincés par des pinces à linge, non à cause du trou dans la couche d’ozone, mais à cause des couches et des surcouches d’intolérance que vous ajoutez chaque jour au code pénal.
mardi 18 décembre 2007
Journée internationale des migrants
Le Monde 18 /12/07 Droits des migrants
Journée internationale des migrants, ce mardi
18 décembre
Le nombre de migrants ne cessant de croitre de par le monde, l’Assemblée générale, a proclamé le 18 décembre Journée internationale des migrants (résolution 55/93). L’Assemblée a adopté la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (résolution 45/158) le 18 Décembre 1990.
L’Assemblée générale invite les États Membres, ainsi que les organisations intergouvernementales et les organisations non gouvernementales, à marquer la Journée internationale des migrants, notamment en diffusant des informations sur les droits de l’homme et les libertés fondamentales des migrants, en procédant à des échanges de données d’expérience et en prévoyant des mesures propres à assurer la protection des migrants.
lundi 17 décembre 2007
Immigration : 21 000 immigrés en situation irrégulière expulsés de France entre janvier et novembre 2007
LEMONDE.FR | 16.12.07 | 10h49
Les associations Act Up Paris, Réseau éducation sans frontières (RESF), Uni(e)s contre une immigration jetable ont lancé une campagne d'affichage à Paris et dans une vingtaine de départements pour dénoncer la "politique du chiffre" en matière d'expulsions. 5 000 affiches ont été imprimées, où sur fond de drapeau tricolore, on peut voir, sous la mention "expulsion" un enfant chuter dans le vide. "La politique du chiffre tue", expliquent les associations dans un communiqué commun.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-990415@51-989381,0.html
samedi 15 décembre 2007
Le vigneron pleure son sans-papiers
Alice Géraud - Libération samedi 15 décembre 2007
Un notable bourguignon choqué par l’expulsion de son ouvrier algérien.
C’est un «vieil homme de la vieille droite», comme il dit, qui semble avoir subitement égaré ses certitudes. Un notable bourguignon qui porte beau la casquette Sherlock Holmes, vouvoie son épouse, mais se met à dire des jurons la voix gonflée de colère. Un employeur qui ne comprend pas pourquoi on lui a «enlevé» son salarié. Un monsieur qui pleure un ami. Michel Millet, riche propriétaire de vignes sur la côte chalonnaise, avait rencontré Benali Sahnoune en 2005, via une de ses connaissances parmi la communauté harki.
Métier. Millet est un ancien officier de l’armée française en Algérie. Il en a conservé un vocable suranné aux accents plus paternalistes que colonialistes à l’égard de la communauté arabe. Benali Sahnoune, algérien, était alors clandestin en France, il n’avait pas de boulot. Millet l’a fait embaucher sur le domaine viticole de sa fille. Petit à petit, le travailleur clandestin a appris le métier de la vigne. Il a commencé par trier les sarments, puis se familiarisant, il a appris à les attacher, à ébourgeonner, à tailler… «C’est un bon vigneron», dit Michel Millet. Mais, la semaine dernière, alors qu’il se rendait sur le domaine de Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire), Benali Sahnoune a été arrêté sur la route par les gendarmes et emmené au centre de rétention administrative de Lyon. Il doit être expulsé d’un jour à l’autre vers l’Algérie. Michel Millet a d’abord été en colère. Puis il a pleuré.
L’histoire de Benali Sahnoune se confond avec celle des milliers de clandestins expulsés chaque année. En 2002, il a fui le nord-ouest d’Alger, région sinistrée par la guerre civile, laissant sur place femme et enfants, pour espérer trouver un travail en France. Il a rejoint Chalon-sur-Saône, où son père est installé depuis 1962, sa mère et ses frères et sœurs (français, eux) depuis une quinzaine d’années. Il s’est vu refuser, comme la plupart des Algériens, le statut de réfugié. A quand même trouvé du boulot. Déclaré. Il pensait que cela plaiderait pour sa régularisation. Il s’est trompé.
Lors de son arrestation, il a montré ses feuilles de paie, ses cotisations à la Mutuelle sociale agricole… «Ils m’ont dit que ça ne servait à rien.» Benali Sahnoune est résigné. Michel Millet, son employeur, n’y arrive pas. Benali Sahnoune sait que «c’est comme ça». Michel Millet ne le savait pas. Cet homme de 73 ans vient de découvrir une France qu’il ne connaissait pas. Celle «des humiliations» et «du mépris». Comme sa fille, il a été convoqué chez les gendarmes. Il lui a été signifié qu’il pouvait être poursuivi pour «aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’un étranger en situation irrégulière». Le procureur n’a pas voulu donner suite. Mais Michel Millet n’est pas dupe : «On est une famille de notables convenables, cela explique.»
Quelques jours après l’arrestation de Benali Sahnoune, il s’est rendu avec Zerka et Amoulkeir, les deux sœurs de Benali, au centre de rétention administrative de l’aéroport de Lyon. Après deux heures de route, ils ont sonné au centre de rétention. On leur a demandé d’attendre sous le vague Abribus qui fait office de salle d’attente. Au bout de trois quarts d’heure dans le froid, croyant avoir été oubliés, ils ont resonné. Les policiers sont sortis, leur ont fait comprendre que leur impatience était de mauvais aloi. Ils sont repartis à Chalon, la colère au ventre. Avec un accent bourguignon comme on n’en entend plus, le «r» roulant et traînant, Michel Millet peste contre «cette droite de cons».
Curieux trio. L’ancien président local de la CGPME (le très droitiste syndicat des petits et moyens patrons), qui fréquente le ban et l’arrière-ban des notables chalonnais, a des gros mots pleins la bouche contre la politique d’immigration de la France, la politique tout court et ses représentants. A sa femme qui s’inquiète de le voir sortir de ses gonds face à la presse, il répond : «Ne vous inquiétez pas Geneviève, je sais que je parle à un journal de gauche, je prends toutes les précautions d’usage.» Les sœurs de Benali sourient. Parfois le taclent sans ménagement.
Curieux trio que ce monsieur aux allures de gentleman-farmer version bourguignonne de la IIIe République et ces deux jeunes femmes portant le voile et le verbe haut. Ils sont retournés ensemble mercredi au centre de rétention pour un dernier au revoir à Benali. Cette fois-ci, ils ont pu entrer. Ils lui ont apporté sa valise et quelques cadeaux pour la famille au bled. Ils ont droit à vingt minutes d’entretien. Dans la salle aux murs blafards, personne n’arrive vraiment à parler. Michel Millet répète : «C’est ridicule tout ça.»
Un exemple, on l'embrasserait...
Le 21 décembre, neuf des dix Etats qui ont rejoint l'Union en 2004 intégrent l'espace Schengen. Fini les contrôles aux frontière
Le 21 décembre, neuf des dix Etats qui ont rejoint l'Union en 2004 supprimeront les contrôles aux frontières Magazine Challenges | 13.12.2007 par Didier Pavy
Europe : A Bruxelles, on parle d'un «beau cadeau de Noël» pour les députés et les fonctionnaires européens de nationalité polonaise, tchèque ou hongroise qui pourront aller fêter Noël dans leurs pays sans avoir à montrer, pour la première fois, leur passeport à la frontière. A Prague, selon le quotidien Hospodârské noviny, ces mêmes expatriés se réjouiront surtout de ne plus «être des citoyens de seconde zone au sein de l'UE». Le 21 décembre, neuf des dix Etats qui ont rejoint l'UE enmai 2004 deviendront membres de l'espace Schengen. Seuls les contrôles dans les aéroports seront maintenus jusqu'à la fin mars 2008.
Pas de «plombier polonais»
Ce nouvel élargissement ne fera pas resurgir le spectre du «plombier polonais» : la libre circulation des personnes n'induit pas celle des travailleurs, et elle n'exonère pas un citoyen de l'espace Schengen désireux de s'installer dans un autre pays membre d'apporter les preuves de ses moyens de subsistance. Malgré tout, comme le reconnaît un expert européen en sécurité, «dans l'UE, cette liberté de circulation des personnes ne s'accompagne pas de celle des services de police». En clair, l'abolition des contrôles systématiques aux frontières intérieures risque de renforcer l'immigration illégale.
Sachant que l'Europe ne dispose pas de corps intégré de gardes-frontières, chaque pays membre de Schengen devra surveiller ses frontières extérieures et coopérer avec les autres pays.
Les neuf nouveaux membres ont été connectés au Système d'information Schengen, lequel rassemble «les données de millions de personnes qui posent problème», selon un haut fonctionnaire bruxellois, mais n'intégrera des données biométriques que dans deux ans. Pas moins de 960 millions d'euros leur ont été alloués par la Commission pour s'équiper et former les personnels. Ces investissements sont jugés indispensables, alors qu'un rapport de Bruxelles souligne que certains des neuf promus - dont la Hongrie, la Slovénie et l'Estonie -manquent de gardes-frontières ou pratiquent une délivrance de visas non conforme à la convention Schengen.
Le problème est que, jusqu'ici, l'UE n'a pas su faire face aux vagues d'immigrants car environ 400 000 clandestins passent les frontières de l'Union chaque année. Les deux tiers profitent des lacunes dans le contrôle aux frontières des pays de l'UE bordant la Méditerranée. Créée en juin 2005 pour coordonner l'action des Etats membres, l'agence Frontex, à Varsovie, est débordée. Elle ne compte que 105 employés, et ne parvient pas à se faire entendre. «Sur 115 bateaux promis, nous n'en avons qu'une vingtaine. Sur 25 hélicoptères, seulement quatre», s'était alors plaint Franco Frattini, commissaire européen à la Justice et à la Sécurité.
Pour renforcer les capacités de Frontex, le principe d'équipes d'intervention rapide aux frontières baptisées RABIT (pour Rapid Border Intervention Teams) a été décidé en juillet. Ces équipes multinationales, qui ne porteront pas d'uniforme commun, seront mobilisées lorsqu'un Etat Schengen aura besoin d'une assistance pour protéger ses frontières extérieures.
Un premier exercice s'est tenu début novembre au Portugal. Mais RABIT ne sera vraiment efficace que si tous y participent. Or les pays du Nord, qui ne sont pas très solidaires sur les problèmes qui ne les concernent pas, et ceux de l'Est, qui y voient une ingérence dans leur mission de contrôle des frontières orientales de l'UE, n'ont pas applaudi à la création de cet outil répressif communautaire.
«Un pour tous, tous pour un»
Exemple : alors que le gouvernement grec, dépassé par le nombre d'immigrants dans les îles de la mer Egée, réclame une aide financière de Bruxelles et un système de surveillance des frontières, Ivan Langer, le ministre tchèque de l'Intérieur, ne s'offusque pas de ces dysfonctionnements. Pour lui, Schengen c'est «un pour tous, tous pour un». Normal : la seule frontière extérieure de son pays se résume à celle de l'aéroport international de Prague Ruzyne.
Sur ces sujets, le courant ne passe pas toujours entre les Etats membres et Bruxelles. Le ministre italien de l'Intérieur, Giuliano Amato, avait proposé que la réglementation des mouvements des citoyens européens établie en 2004 soit repensée. «La libre circulation ne peut pas être remise en cause», lui a répondu sèchement Friso Roscam Abbing, le porte-parole de Franco Frattini.
mercredi 12 décembre 2007
"J'ai rencontré plus de gens non racistes que l'inverse"
Par Christophe Lehousse - Libération
Remarques. La raison est peut-être à chercher dans sa formation : sophrologue et détenteur d’un certificat en philosophie générale et indienne. Et aussi dans son enfance passée au milieu de ses quatre frères et sœur au Sénégal : «Physiquement, je n’étais pas parmi les plus forts, alors j’ai fait preuve de résilience, j’ai ouvert certaines prisons internes qui m’auraient empêché de réussir.» Au premier rang desquelles la peur, source du repli sur soi et du rejet de l’autre que Boubacar découvre dès son arrivée à Paris. « A cette époque, je ne savais pas qu’il y avait du racisme en France. Je ne voyais pas pourquoi cela pouvait exister. Mais le jour de mon arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, j’ai voulu demander mon chemin à une dame qui passait par là. Quand je me suis dirigé vers elle, elle est partie en courant.» Autre marque laissée par ces «prisons internes» : «Dans l’esprit des gens reste enracinée l’idée que les immigrés viennent pour trouver du travail et retournent ensuite dans leur pays. Beaucoup de personnes me disent : Toi, plus tard, tu rentreras au bled. Je leur réponds toujours : Mais j’y rentre tous les soirs, et c’est chez ma femme et mes enfants. » A remarques bêtes et méchantes, répliques placides et riantes.
Si l’idéal de la France républicaine avait un visage, il aurait à coup sûr celui de Boubacar Sy. Calme, avenant, lucide. Un «modèle d’intégration», pourrait dire Brice Hortefeux. Des diplômes, un emploi, une femme «française de souche» . Ce compliment ne gênerait d’ailleurs pas ce Franco-Sénégalais de 53 ans : «Ce que je veux prouver, c’est justement que c’est possible. Vivre ensemble, vivre autrement que dans le pays d’où l’on vient, sans se renier», témoigne ce natif de Guinguinéo, près de Kaolack au Sénégal, installé en France depuis trente-deux ans. «Dans mon cas, ça s’est fait tout naturellement, sans efforts particuliers.» Le rire chaleureux et sonore de Boubacar remplit l’espace de sa salle de séjour. Naïf ? Non, «éternellement optimiste».
D’autant plus que la situation n’est pas aussi grave qu’on veut bien le dire. «Ici, j’ai rencontré beaucoup plus de gens non racistes que l’inverse.» Ici, c’est à Manom, extension pavillonnaire de l’ancienne ville industrielle de Thionville, au cœur du bassin minier mosellan. Boubacar et sa femme Laurence s’y sont établis il y a sept ans et s’y disent parfaitement heureux. Leurs deux enfants Kévin et Salomé - Boubacar a aussi un autre enfant d’un précédent mariage - ont très vite assimilé les recettes du père pour vivre leur métissage comme une richesse. «Je leur dis souvent que leur histoire commence ici en France et pas avec la mienne au Sénégal. Je ne voudrais en aucun cas qu’ils se sentent à 50 % français et à 50 % sénégalais. Parce que c’est terrible pour quelqu’un de ne jamais pouvoir être à 100 % lui-même.» Et Boubacar sait de quoi il parle : en parallèle de ses consultations de sophrologie, il travaille également comme formateur à l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) de Metz. Le public qu’il y reçoit ressemble à l’étudiant qu’il a été, avant sa naturalisation en 1990 : jeune, souvent d’origine étrangère et plein d’attentes.
Mais «l’époque n’est plus la même. J’accompagne aujourd’hui des personnes qui sont fatiguées par le regard des autres et par les moqueries, des personnes qui vivent dans le stress permanent de pouvoir être renvoyées dans leur pays à tout moment». Derrière ses lunettes de professeur, le regard lumineux de Boubacar se fait soudain plus sombre. «Tout ce que je demande, c’est qu’on juge les gens quand on leur a donné les moyens d’exister pleinement, pas quand ils ont un fardeau sur la tête. La France attend souvent tout de celui qui arrive. Mais il faut aussi qu’elle soit prête à lâcher des choses.»
Boubacar Sy, originaire du Sénégal, vit en France depuis plus de trente ans.
Recettes.
