lundi 24 mars 2008
Quand la France prive l'Afrique de médecins
Ouest-France - Michel ROUGER – 24/03/08
Ils sont des milliers à exercer dans l'Hexagone, alors que leurs pays manquent de docteurs. L'ONG Oxfam France-Agir ici s'attaque à ce non-sens.
Fière des « french doctors » de Médecins sans frontières ou de Médecins du Monde, la France oublie que les « african doctors » sont bien plus nombreux aujourd'hui à venir soigner les Français ! À cause de la pénurie - bien relative - qui frappe nos hôpitaux et nos campagnes et du désir de ces médecins de mieux vivre, selon la double justification habituelle. En réalité, le phénomène, observé dans les pays riches depuis vingt-cinq ans, est organisé. En témoigne l'ONG Oxfam France - Agir ici, qui en a fait un cheval de bataille.
Une saignée organisée :
La France est le 3e pays au monde à attirer ainsi - en les sous-payant - des médecins des pays pauvres, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne. Selon l'OCDE, l'organisation des pays industrialisés, « 18 000 médecins exerçant en France, soit 6 % des effectifs totaux, ont été formés hors de l'Union européenne », indique Jean-Denis Crola, qui pilote l'action d'Oxfam France - Agir ici. En vingt-cinq ans, la part des professionnels de santé (médecins, infirmières, etc.) formés à l'étranger a été multipliée par six. C'est ainsi que l'Île-de-France compte aujourd'hui plus de médecins béninois que le Bénin...
Les pays d'Europe de l'Est sont aussi saignés. « L'année dernière, 450 médecins roumains, soit trois promotions annuelles d'une fac de médecine, ont été recrutés pour s'installer en France ! », ajoute Jean-Denis Crola. Des recruteurs, comme Medical Agency ou Arime (Association pour la recherche et l'installation de médecins européens), démarchent à Bucarest, Varsovie, Budapest...
Mais c'est bien sûr en Afrique, dont la moitié des médecins s'expatrient dans les cinq ans qui suivent leurs études, que cet exode médical tue le plus. Il explique en partie pourquoi, depuis quinze ans, au sud du Sahara, l'espérance de vie a chuté de 50 ans à 46 ans. Si l'accès aux médicaments contre le sida a bien progressé, sous la pression de l'opinion, on manque cruellement de personnels pour les administrer...
Ces médecins qui s'exilent, les pays africains les ont pourtant formés. « Ils font sur place leurs cinq premières années d'études, les plus coûteuses, poursuit Jean-Denis Crola ; s'ils passent les trois dernières en France, ils travaillent en même temps à l'hôpital. » L'Afrique forme donc des médecins pour la France. Un pillage pour résorber une pénurie clairement programmée : jusqu'en 2002, la France a limité à moins de 5 000 par an le nombre de nouveaux médecins. Ce « numerus clausus » (lire ci-dessous) doit repasser au-dessus de 8 000, l'an prochain, mais le mal va durer longtemps, amplifié par la masse des départs en retraite.
Rembourser le pays d'origine
La principale proposition d'Oxfam France - Agir ici est donc de compenser le coût supporté indûment par les pays africains. « L'Afrique perd ainsi quelque 500 millions d'euros par an sans compter les coûts indirects : ces cerveaux qui s'en vont pourraient développer leur pays ». La France doit aussi augmenter le secteur santé de son aide au développement : elle est en dessous de la moyenne (7 %, contre 11 % dans les autres pays riches). Pour l'ONG, il n'est donc pas question, bien sûr, de fermer les frontières aux médecins africains. Elle ne table guère, par ailleurs, sur les chartes ou codes « éthiques » non contraignants, qui ont montré leur inefficacité en Grande-Bretagne. Simplement, la France doit d'abord payer son dû puis aider à la hauteur des autres.
Pour faire quoi ? « Il faut investir massivement dans les systèmes de santé (en Afrique), dans le fonctionnement, les coûts salariaux ; la France refuse aujourd'hui de le faire, elle préfère construire un hôpital que d'aider à le faire fonctionner... » C'est pourtant la seule façon de retenir des médecins aujourd'hui mal payés, mal équipés, soumis aux risques sanitaires : « À cause du sida, l'Afrique va sans doute perdre 20 % de ses personnels soignants au cours des prochaines années. »
vendredi 21 mars 2008
Immigration. Les travailleurs clandestins ont pris conscience de leur capacité de résistance et n’hésitent plus à faire grève.
Libération - vendredi 21 mars 2008
ADÈLE MOMMEJA et CHARLOTTE ROUAULT étudiantes en sociologie
Le travail, lutte finale des sans-papiers
Mercredi, une vingtaine de travailleurs saisonniers étrangers ont réclamé devant le tribunal administratif de Marseille le statut de travailleur permanent. «Ils ont cotisé pendant dix ou vingt ans», plaide Me Léonhardt, leur avocate. Après la grève des cuisiniers sans papiers du restaurant de la Grande Armée à Paris, cette démarche met en évidence une nouvelle revendication des étrangers fondée sur leur statut de travailleur. De nombreuses associations mènent déjà un travail de sensibilisation auprès des citoyens et un accompagnement juridique des sans-papiers. Si la mobilisation se concentre sur les droits personnels et familiaux des étrangers, la question du travail apparaît aujourd’hui de plus en plus importante.
Participation. Pour Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits Devant !!, «un sans-papiers est un travailleur avant d’être un étranger». Lorsque les militants de cette association interviennent dans les foyers d’immigrés, leur objectif est de faire prendre conscience aux sans-papiers de la capacité de résistance et de revendication qu’ils détiennent en tant que travailleurs. L’idée est de dépasser une mobilisation axée sur la seule qualité d’étranger en situation irrégulière. Salif, par exemple, travaille depuis sept ans dans une grande surface grâce à la carte de séjour d’un ami. Comme beaucoup, il est déclaré et paye des impôts.
Dans certains secteurs, comme la restauration ou le bâtiment, les sans-papiers représentent une part importante de la main-d’œuvre. Certains demandent qu’on reconnaisse cette participation à l’économie française. Dans cette perspective, ils décident souvent de faire grève. Les employeurs cherchent à s’organiser de leur côté afin de faire régulariser leurs employés en situation irrégulière. S’ils cherchent certainement à prévenir ce genre de mobilisation, ils reconnaissent qu’ils ont besoin de ces travailleurs, que la préfecture les somme de licencier et que la loi leur interdit d’embaucher. Le sociologue Abdelmalek Sayad affirmait que «la manière la plus pernicieuse de subvertir l’immigration en assurant la domination la plus totale qui puisse s’exercer sur elle est de la dépolitiser».
Légitimité. Cette idée à fait son chemin parmi certaines associations qui estiment qu’en tant que travailleur, un sans-papiers peut revendiquer une prise de parole politique. Dépassant un statut de victime exploitée par un système qui ne lui reconnaît pas d’existence, il passe à celui d’un interlocuteur légitime face aux employeurs et au gouvernement. En s’inscrivant dans un rapport de force entre l’Etat, le patronat et la société, les acteurs des mouvements des sans-papiers sentent la nécessité de réinvestir le terrain de l’entreprise et interpellent les syndicats sur la situation des sans-papiers.
Secrétaire général de l’union locale CGT de Massy-Palaiseau (Essonne), Raymond Chauveau a soutenu les travailleurs sans papiers à plusieurs occasions. Il fait partie des syndicalistes convaincus de la légitimité des occupations de lieux de travail. A cet engagement des associations, des syndicats et du patronat s’ajoute la participation des sans-papiers eux-mêmes. Mis en première ligne, maniant les outils qui firent les beaux jours des luttes syndicales, auxquelles beaucoup d’immigrés ont participé avant lui, ils sont appelés à devenir des acteurs à part entière d’une mobilisation qui les concerne avant tout. Dans cette perspective, la grève peut produire deux effets : un effet matériel, puisqu’elle peut déboucher sur une régularisation, et un effet symbolique, puisqu’elle permet à ses acteurs de dépasser ce que le statut de sans-papiers contient d’illégitimité et de domination.
mardi 18 mars 2008
Immigration : La France a l’une des législations les plus restrictives d’Europe
Libération 18/03/08
Qu’il s’agisse de l’accès au marché du travail, du regroupement familial ou des droits électoraux, la législation française est la plus sévère, selon l’index européen des politiques d’intégration des migrants rendu public hier.
La comparaison a porté sur vingt cinq pays membres de l’Union Européenne plus le Canada, la Suisse et la Norvège.
« Les ressortissants des pays tiers résidant légalement en France doivent remplir les conditions les plus sévères » de ces vingt huit pays. Cette « aggravation » serait notamment due à la loi Sarkozy sur l’immigration du 24 juillet 2006.
Le Monde 18/03/08
OUVRIR LE DÉBAT SUR L'IMMIGRATION
"Etre à égalité dans ce domaine avec l'Autriche n'est pas a priori glorieux vu les développements politiques récents dans ce pays", estime Virginie Guiraudon, chargée de recherche au CNRS. La France et l'Autriche "sont deux pays où il y a eu énormément de politisation" de l'immigration. Pour cette spécialiste des politiques européennes d'immigration, "le fait que ce colloque ait lieu au lendemain des [élections] municipales permet de souligner qu'en France, un ressortissant d'un pays tiers ne peut pas voter ou se présenter, même à des élections locales, alors qu'il y a beaucoup de pays européens où c'est possible".
Mme Guiraudon relève également que la législation française "se rapproche parfois du pire en matière de résidence de longue durée et d'accès à la nationalité". En combinant les six critères du Mipex, la France obtient une note moyenne grâce à des évaluations plus favorables en matière de lutte contre les discriminations et d'autorisation de la double nationalité.
Pour Thomas Huddleston, rédacteur de l'étude, "l'objectif final du Mipex est de promouvoir un débat européen mieux informé sur l'immigration, ce qui sera particulièrement utile avant la présidence française de l'UE [en juillet], le gouvernement français ayant annoncé que ce thème serait traité en priorité.
mercredi 12 mars 2008
La mobilisation en faveur de Julio, lycéen angolais menacé d'expulsion, se poursuit à Rennes
Ouest-France – Rennes - 11/03/08
Ils étaient 400 manifestants jeudi dernier, 300 vendredi, un millier samedi et lundi, à nouveau 300 ce mardi midi...
La mobilisation en faveur de Julio, lycéen angolais détenu en centre de rétention en attendant une éventuelle expulsion, se poursuit à Rennes. Dans les rangs des manifestants réunis devant la préfecture de Bretagne, principalement, des élèves et des professeurs du lycée Victor-et-Hèlene-Basch où Julio est scolarisé.
Interpellé il y a une semaine à la gare de Rennes lors d'une sortie scolaire, Julio est âgé, selon ses papiers, de 16 ans. Mais le médecin a estimé que la longueur de ses os et sa pilosité n'étaient pas celles d'un mineur.
Le jeune homme a contesté l'arrêté de reconduite à la frontière devant le tribunal administratif de Rennes, lundi. Les magistrats ont annulé l'Angola comme pays de destination mais n'ont rien changé à la procédure d'expulsion. Un autre pays devra accepter le jeune homme sur son sol. La cour d'appel de Rennes a décidé son maintien en rétention.
Une nouvelle manifestation est prévue, mercredi, à partir de 13 h devant la préfecture de Beauregard. Un défilé jusqu'au centre-ville de Rennes devrait suivre.
Un médecin psychiatre reçoit un blâme suite à son action en faveur d’une patiente étrangère réfugiée
11/03/08
Le Docteur Francis REMARK exerce en libéral et il est également Directeur Médical du Centre Médico Psycho Pédagogique de Périgueux. Dans son activité libérale, il reçoit des étrangers réfugiés souffrant de pathologies liées à des violences subies dans leurs pays d’origine. Une de ses patientes réfugiée s’est vue refuser par la préfecture la possibilité d’accès à un dossier pour que soit examiné son droit au statut d’étranger malade.
Après avoir sollicité en vain la préfecture, la DDASS et le Conseil de l’Ordre des Médecins, le Dr REMARK a adressé à une cinquantaine de ses confrères, sous le couvert du secret médical et, bien sûr, avec l’accord de sa patiente, un compte rendu clinique de façon à organiser par une pétition une
pression sur les services de la préfecture.
Le Conseil départemental de l’Ordre des Médecins de la Dordogne a porté plainte contre le Dr REMARK pour violation du secret médical et il a comparu devant la Chambre Disciplinaire du Conseil Régional de l’Ordre des Médecins qui lui a infligé la peine du blâme. Celui-ci a décidé de faire appel.
Une pétition de soutien est en ligne à l’adresse :
http://www.thepetition.eu/petition/petition.php?idp=www.thepetition.eu/petition/droitauxsoins.php/
Vous trouverez d’autres informations sur le site de RESF 24
(http://www.resf24.info/)
et de la section de Périgueux de la Ligue des Droits de l’Homme
(http://ldh-perigueux.blogspot.com/search/label/Etrangers%20malades)
Merci de faire suivre ce mail le plus largement possible pour informer de la
situation inadmissible des étrangers réfugiés malades reconduis dans leur
pays d'origine comme le dénonce l'actuelle campagne de Médecins du Monde
"Reconduire aux frontières un sans-papiers gravement malade c'est le
condamner à mort"
(http://www.medecinsdumonde.org/fr/mobilisation/les_evenements).
Comité d’Action pour les Soins et la Protection des Etrangers Réfugiés
vendredi 7 mars 2008
Libreville riposte à l'expulsion de deux Gabonais et appliquera la réciprocité à l’égard des français en situation irrégulière
LE MONDE | 06.03.08 | Laetitia Van Eeckhout
"Réciprocité". Jugeant "abusive" l'expulsion récente par la France de deux de ses ressortissants, le gouvernement gabonais a décidé d'appliquer la même règle en matière de politique migratoire à l'égard des Français en situation irrégulière sur son territoire, aussi bien ceux qui arrivent que ceux qui y résident déjà. Mardi 4 mars, un cadre français du secteur pétrolier venant travailler au Gabon a été refoulé à son arrivée à l'aéroport Léon Mba de Libreville. Il a été empêché de pénétrer sur le territoire gabonais et a dû repartir.
La veille, Libreville avait fait part de sa "stupeur et (de son) indignation", estimant que la France avait "violé" de manière "flagrante" les accords entre les deux pays avec des "reconduites abusives". Les autorités gabonaises ne digèrent pas la reconduite à la frontière en février de deux de ses ressortissants étudiants en France.
Le 19 février, Raïssa Menge Ondo, 29 ans, qui préparait une licence en droit à Toulouse, a été expulsée par les autorités préfectorales de Haute-Garonne au motif qu'elle "n'est pas menacée dans son pays" et qu'elle "manque de sérieux dans ses études".
Léguy Mbira, 32 ans, a été mis le 29 février de force dans un avion à destination de Libreville. Père d'une fille de 4 ans restée en France, M. Mbira avait obtenu un master en ressources humaines à l'université de Reims en 2004. Il avait entrepris des démarches pour changer de statut et pouvoir honorer un contrat de travail à durée indéterminée. Contrat qui lui aurait permis de financer le doctorat qu'il projetait de suivre dans une école privée.
"Normalement il y a une concertation entre les services gabonais et français, mais depuis quelque temps les services français arrêtent des Gabonais sans nous consulter et ils les mettent dans l'avion", relevait, mercredi, le ministre de l'intérieur gabonais André Mba Obame. Il a annoncé que désormais son pays n'aviserait plus les services français et reconduirait les Français à la frontière : "Ce sont les services français qui ont commencé les premiers." "Il y a beaucoup de Français en situation irrégulière au Gabon. Ils pourront être reconduits à la frontière, si au cours d'un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour", a insisté M. Mba Obame. Selon lui, "5 à 10 %" des quelque 10 000 Français installés au Gabon ne seraient pas en règle et pourraient donc être expulsés.
Le Gabon entend aussi appliquer la règle de la réciprocité à tout Français qui débarquerait sans visa à Libreville. Bien que soumis à une obligation de visa, les ressortissants français arrivaient jusqu'alors fréquemment sans visa. Il leur était cependant possible d'en obtenir un à l'arrivée à l'aéroport de Libreville : cela ne devrait plus être le cas.
Les autorités gabonaises ne comprennent pas pourquoi la France n'a toujours pas ratifié l'accord signé à l'été 2007 entre les deux pays. Le 4 juillet, le ministre français de l'immigration, Brice Hortefeux, s'était rendu à Libreville pour signer un accord de "gestion concertée des flux migratoires". Accord qui prévoit notamment d'alléger et faciliter la délivrance de visas à des Gabonais souhaitant venir étudier ou travailler en France. En contrepartie, le Gabon s'est engagé à faciliter le rapatriement de ses ressortissants qui résideraient en France en situation irrégulière.
Au ministère français de l'immigration, on précise que cet accord est en cours de ratification. "Le projet de loi de ratification a été adopté le 20 février en conseil des ministres et doit être soumis au Parlement au printemps", explique-t-on, tout en ajoutant que "cet accord n'a pas pour finalité d'accorder des visas à des étudiants qui ne le justifient pas".
lundi 3 mars 2008
Avec la lutte impitoyable menée contre les clandestins, «Nous assistons à l’avènement d’une xénophobie d’Etat»
Le Contre-journal – 02/03/08 - Recueillis par CAMILLE STROMBONI
«Les incidents au centre de rétention de Vincennes ne sont pas des bavures, ce sont des violences structurelles» estime Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. «Désormais il est assumé au plus haut niveau de l’Etat que l’étranger en situation irrégulière est une source de troubles et de maux. La traque, l’arrestation et l’expulsion deviennent donc une priorité nationale» analyse-t-il.
Olivier Le Cour Grandmaison a écrit et codirigé Le Retour des camps? aux Editions Autrement, en 2007. Il est également l’auteur de Haine(s). Philosophie et Politique, (PUF, 2002) et Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial, (Fayard, 2005).
Vous parlez d’un «retour des camps» qu’est-ce qui vous permet aujourd’hui d’utiliser ce terme ? N’est-il pas trop chargé, excessif ou délicat par rapport à la mémoire des disparus de la Shoah notamment ?
Olivier Le Cour Grandmaison. « Ce type de camp n’a bien sûr rien à voir avec les camps de concentration, où le propre de l’interné n’est pas seulement d’être privé de sa liberté, mais également d’être massivement exposé à des tortures et à une mort de masse permanente. Il est pourtant tout à fait adéquat de parler de camp pour désigner les structures dans lesquelles sont aujourd’hui internés en masse des étrangers en situation irrégulière et destinés à être – selon la formule consacrée - renvoyés dans leur pays d’origine. Ça ne me paraît pas excessif.
Le point commun de tous ces lieux, c’est la technique répressive utilisée : l’internement administratif. Il s’agit de priver quelqu’un de sa liberté non sur la base d’un jugement prononcé par un tribunal, mais en vertu d’une décision prise par une autorité administrative. Nous assistons aujourd’hui à une extraordinaire banalisation. À droite comme à gauche (pour ce qui est de la gauche parlementaire), l’enfermement des étrangers apparaît comme la solution adéquate. Il existe évidemment plusieurs désaccords concernant les modalités d’application et le traitement infligé, mais il existe un consensus sur la technique. Mais pourquoi estimer normal que, pour le simple fait d’entrer irrégulièrement sur le territoire national, des hommes et des femmes puissent être privés de leur liberté ?
S’agit-il d’une violation des droits fondamentaux ?
Ces camps nient assurément un principe de base : il ne devrait pas être possible de priver quelqu’un de sa liberté en dehors d’un crime et d’un délit dûment jugé par un tribunal compétent ! Cela ne signifie pas que les internés sont privés de tout droit, mais les garanties sont notoirement insuffisantes. Un état d’exception permanent est mis en place, à l’intérieur même de l’Etat de droit, conçu par l’Etat de droit ! D’un côté il existe un droit qui institue une sécurité juridique, pour les nationaux, et de l’autre un droit qui institutionnalise l’insécurité pour les étrangers en situation irrégulière. Même les étrangers en situation régulière, en concubinage voire mariés avec des Français(es), et avec des enfants en France, sont menacés avec la politique initiée par Nicolas Sarkozy. C’est une insécurité qui porte atteinte à un droit fondamental reconnu par le Conseil d’Etat : le droit à mener une vie familiale normale.
Les récents incidents dans le centre de Vincennes vous ont-ils surpris par leur gravité ?
Vincennes n’est que le dernier exemple sinistre en date. Ces violences ne sont pas des faits divers, ces violences ne sont pas des bavures, ces violences sont structurelles ! Elles sont induites par la nature même du camp, et par la stigmatisation des étrangers perçus comme dangereux, et qui même s’ils ne sont pas totalement dépourvus de droits, ne disposent que de prérogatives minimales. Ajoutez à cela des forces de police qui savent qu’elles opèrent dans des lieux globalement soustraits aux contrôles, la violence devient un phénomène banal et courant dans ces centres de rétention. Les événements de Vincennes n’ont donc rien d’exceptionnel concernant la violence, la nouveauté, on la trouve dans les mouvements de protestation qui ont suivis, ainsi qu’une petite opération politicienne tendant à faire croire que la police et le gouvernement menaient une politique de transparence en la matière. Il faut rappeler qu’une seule association peut pénétrer dans les centres : la CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués). Si le gouvernement veut aller jusqu’au bout, il faudrait commencer par autoriser toutes les associations qui défendent les droits de l’homme à entrer dans ces camps.
Les mêmes qui font grand cas de la préservation de l’unité familiale quand il s’agit de nationaux, ou d’étrangers vivant régulièrement en France, n’ont aucun scrupule à séparer les parents de leurs enfants, voire à expulser des enfants en violant pour cela une convention internationale ratifiée par la France et certaines dispositions express du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le nombre de personnes placées en rétention et expulsées a ainsi considérablement augmenté dès l’entrée de Sarkozy au ministère de l’Intérieur mais nous assistons à un phénomène encore plus grave : l’avènement d’une xénophobie d’Etat ! Désormais il est assumé au plus haut niveau de l’Etat que l’étranger en situation irrégulière est une source de troubles et de maux. La traque, l’arrestation et l’expulsion deviennent donc une priorité nationale. Des moyens matériels et humains considérables sont engagés à cette fin. Le ministère abracadabrantesque de Brice Hortefeux en est l’incarnation : ministère de l’immigration, de l’identité nationale de co-développement et de l’intégration. Sur son site officiel, une seule activité est d’ailleurs mise en avant : la traque, l’arrestation et l’expulsion. Les objectifs sont très élevés: pour 2008, le quota est fixé à 28 000 expulsions ! Et cela doit augmenter chaque année !
S’agit-il d’un retour du nationalisme ?
Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, la lutte contre les clandestins est pensée comme un élément essentiel de la préservation de la sécurité des nationaux et de l’unité nationale. Nous assistons à un retour d’une forme très convenue, xénophobe et parfois agressive du nationalisme, avec l’objectif de redonner aux Français une fierté qu’ils seraient supposés ne plus éprouver pour leur patrie. Il s’agit d’articuler une politique ouvertement xénophobe et la réactivation de grands discours sur la France, son passé prestigieux, ses origines chrétiennes, les beautés de sa colonisation réputée avoir été synonyme de civilisation…
Vous décrivez un phénomène d’externalisation parallèle à cette multiplication des camps sur le sol européen. Quel est son rôle ?
Les camps se multiplient en effet en Europe, principalement sur la «ligne de front» (Grèce, Malte, et les derniers entrants). L’externalisation se développe en parallèle pour redoubler et sanctuariser les frontières de l’Union Européenne. L’Europe ne cesse de sous-entendre ou même d’affirmer explicitement qu’elle est en guerre contre les «clandestins». Tous les moyens (ou presque) sont bons pour mener cette bataille ! La directive (en projet) va dans ce sens : la rétention administrative pourrait atteindre 18 mois ! Ce projet permettrait aussi de prononcer contre les étrangers en situation irrégulière et expulsés dans leur pays d’origine une peine d’interdiction de séjour de 5 ans sur le territoire des Etats membres de l’UE. L’avènement d’une xénophobie d’Etat n’est donc pas propre à la France, il s’agit d’une véritable «xénophobie d’institution» au niveau européen.
N’y a-t-il pas une certaine indifférence ou une trop faible mobilisation de l’opinion publique sur ces conditions de rétention ?
Effectivement. Et cela s’explique tout d’abord par l’extraordinaire démission des partis de l’opposition parlementaire, pour des raisons électorales. Les députés ont en effet un droit d’accès permanent aux camps de rétention, dont ils n’usent visiblement pas ! Ensuite, Ces centres sont des «hors lieux» : ils sont quasiment invisibles ! Qui sait lorsqu’il se rend à Roissy CDG qu’à quelques mètres seulement de lui se trouvent des étrangers placés en zones d’attente et dans certains cas en cours d’expulsion ? Il s’agit d’une invisibilité organisée. Cependant, entre le moment où ce livre a été écrit (2007) et aujourd’hui, les réactions se multiplient car la situation s’est aggravée, les quotas d’expulsions se sont durcis, et aussi grâce aux mobilisations de masse organisées par le Réseau éducation sans frontières (RESF). Ces derniers ont fortement contribué à sortir ce sujet de la marginalité »
vendredi 29 février 2008
Français pendant 50 ans, il court après sa nationalité
vendredi 29 février 2008 – La Provence - Luc Leroux
"Français je suis, Français je mourrai. Je fais confiance à la justice de mon pays." Une confiance que, pour l'instant, les juges n'ont pas manifestée en retour à Abdelkrim Fodli. Français depuis l'âge de trois mois - il a aujourd'hui 52 ans -, cet habitant de Grasse avait toujours obtenu sans difficulté passeport et carte d'identité. Il vote à chaque scrutin, tenant même, parfois, un bureau. Jusqu'à ce que, en 2004, le tribunal d'instance de Cannes lui annonce que, son père, ayant perdu la nationalité française le jour de l'indépendance de l'Algérie, lui-même, sa mère, sa soeur ne l'étaient plus non plus.
Pas même apatride, Abdelkrim Fodli tombe alors dans un trou noir juridique. L'affaire était évoquée, hier, devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, ultime étape d'une course d'obstacles judiciaire. Dernier espoir de récupérer ce bien qu'on ne ressent précieux que lorsqu'on le perd : la nationalité et donc la citoyenneté. La cour rendra sa décision le 3 avril.
Contre lui, Kafka et Courteline se donnent la main. En 1962, les accords d'Évian octroient la nationalité française aux Algériens qui en font la déclaration. Kadour, le père d'Abdelkrim vivant et travaillant en France, opère cette démarche, en 1963, au tribunal d'instance de Gap. Mais lorsque, quarante ans plus tard, il réclame la trace de cette déclaration, son avocat ne reçoit qu'un extrait informatique indiquant "classé sans suite". La déclaration d'option pour la nationalité française a-t-elle été enregistrée, rejetée ? Impossible aujourd'hui de savoir.
Bien qu'il ait produit une carte d'identité française de son père, l'acte de mariage en 1940 et un relevé de carrière établissant une implantation permanente en France, le tribunal de Nice a refusé, à son tour, de le considérer Français. Pour son avocate, Catherine Cohen-Seat, "c'est inextricable, intenable". Même le procureur de Grasse a refusé de livrer les enquêtes faites avant de lui délivrer une licence 3 d'exploitation de débit de boissons. Et pour l'obtenir, la loi exige pourtant la nationalité française.
Pour corser l'affaire, le coup aurait pu être rattrapé en entérinant sa présence en France depuis sa naissance. Cette procédure s'appelle l'acquisition de la nationalité par possession d'état. Sauf que les juges lui encore opposé un refus, exhumant une vieille condamnation, aujourd'hui non avenue. "On détruit psychologiquement ma famille et moi. Ma femme a peur, j'ai pris dix-huit kilos".
Le permis de conduire qu'il voulait renouveler ne lui pas été restitué et l'autorisation provisoire de conduite pas renouvelée alors qu'il doit accompagner son fils paraplégique à l'hôpital. Le passeport de sa fille, âgée de 12 ans, lui a été retourné, détruit par la préfecture. Toute une famille dans le trou noir juridique…
samedi 23 février 2008
«La police m’a empêchée de téléphoner à mon fils !» Lui, 11 ans, seul, sa mère arrêtée sur son lieu de travail et en détention
Libélabo – 22/02/08
Gloire de Dieu est Congolais (Congo Brazzaville), il est élève de 6e au collège Chantemerle à Corbeil (91). Il a 11 ans et, depuis hier, il est seul au monde. Sa mère Antou-Ghislaine MATOUBA FOUMA a été enfermée dans la prison administrative pour étrangers (CRA) de l’île de la Cité à Paris sur décision du Préfet de Seine et Marne, Monsieur Guillot en application des consignes précises et chiffrées du ministre, Monsieur Hortefeux. Beau boulot !
Arrivée en France en 2003, Antou-Ghislaine MATOUBA FOUMA travaille dans une maison de retraite de Seine-et-Marne. Elle a été arrêtée sur son lieu de travail par des policiers accompagnés d’agents de l’URSAFF, alors qu’elle procédait à la toilette d’une personne âgée. La classe !
Le Juge des libertés et de la détention de Paris devant qui elle a comparu aujourd’hui a estimé que tout était en règle et l’a maintenue en rétention pour 15 jours.
Antou est en prison, Gloire de Dieu seul à la maison, comme un petit homme vaillant. Ce midi, la cantine du collège était fermée. Gloire de Dieu n’a pas mangé et a passé 24 heures seul. La mère est toujours menacée d’expulsion mais l’arrêté de reconduite à la frontière a été annulé par la justice.
Exigeons du ministre et du préfet de Seine et Marne la libération immédiate d'Antou
Fax ministère de M. Hortefeux : 01 55 55 49 20 Standart 01 77 72 61 00
Conseiller du ministre : patrick.stefanini@iminidco.gouv.fr
Directeur de cabinet : thierry.coudert@iminidco.gouv.fr
Directeur-adjoint : guillaume.larrive@iminidco.gouv.fr
Conseillers techniques : sabrina.belkhiri-fadel@iminidco.gouv.fr et geoffroy.didier@iminidco.gouv.fr
Exigeons du Ministre et du Préfet de l'Essonne la régularisation immédiate d'Antou
prefet gerard.moisselin@essonne.pref.gouv.fr
dir cab jean-françois.raffy@essonne.pref.gouv.fr
chargé des titres de séjour christian.vedelago@essonne.pref.gouv.fr
chargé des éloignements robert.texier@essonne.pref.gouv.f
samedi 16 février 2008
« Les contrôles, ça ne doit pas se passer à 5 heures du matin. Casser les portes, ce n’est pas un contrôle, c’est de la violence
Christina Lionnet – 20 minutes 15/02/08
Les sans-papiers veulent l'appui de Martin Hirsch
«On a trop froid. Ca fait des heures qu’on est là. Mais on restera jusqu’au bout.» Le «bout», pour ce Malien sans-papiers qui attendait jeudi soir devant l’entrée du bâtiment officiel, c’était les résultats de l’entrevue entre Martin Hirsch et les délégués du 9ème collectif, une organisation de défense des sans-papiers. En milieu d’après-midi, une centaine de personnes selon le collectif, une trentaine selon le Haut commissariat, ont occupé les locaux de Martin Hirsch dans le 7e arrondissement.
L’organisation protestait notamment contre l’opération de police menée mardi dans un foyer du 13ème arrondissement, au cours de laquelle une centaine de personnes en situation irrégulière ont été interpellées et placées en centre de rétention.
Un examen des dossiers au cas par cas
En début de soirée, Martin Hirsch avait indiqué être prêt à recevoir une délégation vendredi. «S'ils veulent partir, je verrai une délégation demain matin sans aucune difficulté», avait-il déclaré sur Canal +. La réunion a finalement eu lieu le soir même et s'est achevée vers 23h. «Monsieur Hirsch a écouté nos doléances et s’est engagé à examiner les dossiers qu’on lui soumettra au cas par cas et à faire le point avec les différentes préfectures. Mais transmettre des dossiers, ça n’est pas régulariser. Nous sommes toujours en attente», expliquait Bahija Ben Kouka, l’une des coordinatrices du collectif à l’issue de la réunion.
«Monsieur Hirsch nous a dit qu’il n’était pas responsable des régularisations, ajoute Bahija Ben Kouka. Mais la raison pour laquelle nous sommes allés le voir, c’est que les sans-papiers sont de plus en plus précarisés. Quand tu es sans-papier et que lorsque tu sors de chez toi, on te met en garde à vue, comment veux-tu pouvoir travailler?» interroge l’un des membres du collectif. Tous attendent de connaître le sort des personnes emmenées pendant l’opération de mardi. Des personnes qui pour beaucoup «travaillent, paient des impôts et participent à l’économie», soulignent-ils. Le collectif a déjà appelé à se rassembler samedi pour une nouvelle manifestation.
