mardi 19 août 2008
Hortefeux critiqué par un député UMP
Europe 1 le 18/08/08
Le député UMP des Yvelines Etienne Pinte juge "un peu rapide, indigne et injuste" d'accuser les associations d'être responsables des incidents dans les centres de rétention administrative (CRA).
"Depuis le début de l'année, le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, et le député Frédéric Lefebvre, accusent les associations soutenant les personnes immigrées en situation précaire d'être responsables des incidents et révoltes dans les centre de rétention", écrit le député dans un texte intitulé "La paille et la poutre" et publié dans Le Monde.
Rappelant les alertes lancées par les responsables de la Cimade, seule association autorisée à entrer dans les centres de rétention, avant l'incendie de juin, sur la situation au centre de Vincennes, Etienne Pinte a souligné que Nicolas Sarkozy, ex-ministre de l'Intérieur, "avait placé la limite par un décret du mois de mai 2005 à 145 personnes maximum par centre".
De son côté, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national PS à l'égalité, a affirmé lundi que la politique migratoire de Brice Hortefeux "crée le malaise jusque dans les rangs de la majorité" à la suite des critiques d'Etienne Pinte.
jeudi 14 août 2008
Pendant l'été, les sans-papiers ne veulent pas être oubliés
PARIS (AFP) - 13/08/2008 - Tv5 Infos
Plusieurs centaines de salariés sans-papiers, en grève en Ile-de-France dans le cadre d'un mouvement lancé le 15 avril, poursuivent leur action pendant l'été, cherchant à ne pas être oubliés d'une opinion publique en vacances et à montrer leur détermination aux autorités.

Si la CGT s'est félicitée début août d'avoir obtenu la régularisation par le travail de 850 sans-papiers (753 selon le ministère de l'Immigration), environ 650 autres dossiers qu'elles a déposés avec l'association Droits Devant sont toujours en attente dans les préfectures d'Ile-de-France.
Tous les jours, les grévistes, avec douze collègues du Quick mitoyen également en grève, installent leurs chaises, quelques drapeaux CGT et deux tire-lires bricolées dans des seaux sur "la plus belle avenue du monde" investie par les touristes. "On veut juste rester en vue", explique Abdulaye Diabi, 25 ans, employé depuis 2002 dans une entreprise de nettoyage, sous-traitant pour Quick.
A côté, le service en terrasse du Bistro Romain se poursuit; devant eux passent les touristes. Certains regardent sans s'arrêter, d'autres sourient à la vue de la banderole "Il n'y a pas que le carpaccio qui est à volonté, les jours de grève aussi!", mais rares sont ceux qui s'arrêtent pour donner quelques pièces.
"On rassemble 15 euros au maximum. C'est moins qu'avant l'été, où ça pouvait atteindre 80 euros par jour", raconte M. Diabi. "Les touristes étrangers ne comprennent pas. Avant, on avait mis une affiche en anglais sur le magasin mais la direction nous a demandé de l'enlever", explique-t-il.
A l'autre bout de Paris, loin des boutiques et des monuments et avec un soutien distant de la CGT, les sans-papiers de la Coordination 75 redoutent, eux, d'être oubliés. Depuis le 3 mai, 1.300 sans-papiers de ce collectif parisien occupent une annexe de la Bourse du Travail (IIIe) pour attirer l'attention de la CGT, qui a finalement accepté de les aider à déposer de leur côté 600 dossiers. Pour l'instant, ils n'ont obtenu aucune réponse.
Depuis trois semaines, plusieurs centaines d'entre eux manifestent les mercredis et vendredi de leur quartier général à la Préfecture de police (Ier) "pour ne pas être oubliés et mettre la pression" sur les autorités, explique Sissoko Anzoumane, porte-parole de la coordination.
Mercredi, ils étaient près de 200 à défiler, essentiellement des salariés isolés travaillant dans le nettoyage ou le bâtiment. "Nous, on n'a pas le soutien des patrons, qu'a obtenu la CGT pour ses dossiers. On n'a eu que douze engagements de patrons sur les 600 dossiers", souligne-t-il. "On est un peu désavantagés, alors on est obligés de faire plus de bruit", ajoute-t-il.
Sur le parcours, un couvreur qui applaudit depuis un toit ou quelques coups de klaxons témoignent d'une solidarité ténue. "On ne perd pas notre temps, il faut montrer qu'on est toujours là", insiste Aminata Bakayoko, une femme de ménage de 40 ans, avant de crier son impatience dans un des slogans: "Y en a marre! Des papiers pour tous!".
"Ca nous soulage aussi la tête", explique-t-elle. "Il faut y croire, mais c'est pas toujours facile, parce que c'est très, très long".
"Pendant l'été, les examens de dossiers continuent, mais au ralenti. On nous a promis de nouvelles convocations après le 15 août", explique Christophe Cosmano, délégué CGT du Bistro Romain des Champs-Elysées, où 32 salariés occupent depuis le 20 mai une partie du deuxième étage du restaurant.
vendredi 8 août 2008
Brice Hortefeux s'en prend aux soutiens des sans-papiers
LE MONDE | 06.08.08 • Mis à jour le 07.08.08
Les associations de soutien aux sans-papiers se sentent désormais dans la ligne de mire du gouvernement et de la majorité parlementaire.
Avec l'annonce du dépôt d'une plainte contre SOS soutien aux sans-papiers, accusée d'avoir incité à la révolte des immigrés placés au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le gouvernement a franchi une étape dans le durcissement de ses rapports avec les collectifs mobilisés contre la politique gouvernementale
Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Brice Hortefeux, a interrompu ses vacances, mardi 5août, et présidé une courte réunion avec des hauts responsables des ministères de l'intérieur et de l'immigration pour faire le point sur les incidents du Mesnil-Amelot, samedi 2 août, au cours desquels trois matelas avaient été incendiés par des retenus en attente d'expulsion alors que se déroulait, à l'extérieur, une manifestation de SOS soutien aux sans-papiers.
Devant les journalistes, le ministre a dénoncé les "agissements" de l'association, proche du mouvement autonome, qu'il a qualifiée de "groupuscule" et dont les membres sont, à ses yeux, des "agitateurs" et des "provocateurs". Le ministre a confirmé le dépôt d'une plainte contre le collectif et demandé l'interdiction de manifester, samedi 9 août, devant le CRA du Mesnil-Amelot.
Pour justifier ces décisions, M. Hortefeux s'appuie sur les déclarations du président de l'association, Rodolphe Nettier, au Parisien du 4 août. Celui-ci appelait à "brûler les centres" – propos qu'il a depuis démenti avoir tenus. Le cabinet du ministre précise que d'"autres éléments" figurent dans la plainte – notamment la présence, lors du rassemblement du 2 août, d'une banderole appelant à la "destruction" des centres. M. Nettier rétorque que la banderole n'avait pas été apportée par l'association mais par des "anarchistes".
Au-delà du cas particulier de SOS soutien aux sans-papiers, acteur secondaire dans le paysage militant, cet épisode intervient dans un contexte de rapports tendus avec les associations historiques.
Le ministère de l'immigration tente discrètement de réduire les capacités critiques de la Cimade, association d'origine protestante chargée d'assurer la défense et l'information des retenus au sein des centres. M.Hortefeux, qui ne dissimule pas son agacement vis-à-vis de la Cimade, préconise de faire appel à des associations caritatives, comme la Croix-Rouge ou l'Ordre de Malte (Le Monde du 26 juillet) pour assurer une plus grande "diversité" dans l'aide aux sans-papiers.
"La Cimade est trop indépendante à ses yeux. Le ministère veut éclater ses missions en les confiant à plusieurs associations dans l'idée de réduire son poids", explique un proche du dossier.
L'UMP a multiplié, ces derniers mois, les accusations et les critiques à l'encontre des "collectifs" de soutien aux sans-papiers. A plusieurs reprises, son porte-parole, Frédéric Lefebvre, a mis en cause les associations dans les incidents.
Après l'incendie, le 22 juin, du CRA de Vincennes, il s'en était pris très durement au Réseau Éducation sans frontières (RESF), lui attribuant une "responsabilité morale" dans les troubles.
Les associations, qui décrivent une atmosphère tendue dans les centres de rétention, estiment que le ministère tente d'allumer des "contrefeux" pour prévenir les critiques au cas où surviendrait un drame. "Les gestes de désespoir se multiplient dans les centres. La stratégie de M.Hortefeux vise à cacher cette réalité qui est le produit de sa politique", souligne Richard Moyon, porte-parole de RESF.
"Le gouvernement détourne l'attention sur des groupuscules d'extrême gauche , j'emploie des guillemets, pour éviter qu'on se préoccupe de sa politique et de ce qui se passe dans les centres de rétention", ajoute Stéphane Maugendre, président du Gisti. Les associations réfléchissent à une action commune pour dénoncer l'attitude du gouvernement.
mardi 5 août 2008
Le désarroi des chefs d'entreprise un an après la loi contre le travail des sans-papiers
[ 04/08/08 ] Les Echos - ARIELLE GONCALVES
Depuis juillet 2007, les patrons de salariés étrangers en situation irrégulière n'ont que cette alternative. Voilà un an qu'une loi leur impose de s'assurer de la régularité de la situation de leurs employés sous peine d'écoper d'une amende de 15.000 euros par fraudeur, voire d'une peine de prison allant jusqu'à 5 ans. En réaction, certains chefs d'entreprise ont décidé de soutenir publiquement le mouvement de grève lancé en avril, à l'initiative de la CGT, en vue d'une régularisation des sans-papiers embauchés avant l'entrée en vigueur de cette législation.
Un appui inédit qui divise les représentants des secteurs à fort besoin de main-d'oeuvre, et qui en dit long sur le malaise suscité par ce dispositif clef de la politique d'immigration choisie prônée par Nicolas Sarkozy. Tandis que les deux principaux syndicats de l'hôtellerie et de la restauration, Umih et Synhorcat, insistent sur la nécessité économique d'une régularisation des salariés en poste, la CGPME redoute un « appel d'air ». La Fédération française du bâtiment, elle, « ne s'inscrit dans aucune démarche de régularisation. Une entreprise qui emploie des salariés de manière illégale crée des distorsions de concurrence considérables ».
Moyens de contrôle insuffisants
Pris entre craintes de sanctions et difficultés de recrutement, nombre d'entrepreneurs, au quotidien, se déclarent un peu perdus. « Pour les entreprises qui manquent de temps et de personnel, la complexité administrative et législative peut être difficile à gérer », confirme Nathalie Malan-Manigne, DRH du groupe Cari (BTP, 2.400 salariés). « Avant, nous n'avions aucun moyen de contrôler si les candidats nous présentaient des faux papiers. Désormais, on s'adresse à la préfecture. Si elle nous donne son aval, nous sommes couverts. Pour notre groupe, déjà doté des processus de suivi adéquats, c'est presque plus simple. Mais toutes les entreprises ne peuvent pas mobiliser un chargé administratif pour 150 salariés », admet-elle. D'autant qu'en plus de l'authenticité des titres de séjour à l'embauche, la loi impose une gestion rigoureuse de l'évolution des situations individuelles.
Yann Orpin a failli le découvrir à ses frais.« J'exigeais bien une photocopie de carte de séjour de chaque nouvel embauché étranger. Mais je ne savais pas que je devais aussi veiller au bon renouvellement des titres de séjour arrivant à expiration », confie le patron de la société de nettoyage Cleaning, alerté sur ses obligations et leurs conséquences « financièrement pas neutres pour une PME » lors d'un contrôle préventif de l'inspection du travail. Depuis, il se protège. « Nous avons ajouté une veille sur la validité des cartes de séjour à nos processus de suivi de personnel. Au moindre doute, j'envoie un e-mail à la préfecture dont je garde la copie. Je conserve aussi la réponse de l'administration si j'en ai une », dit-il. Avec ses salariés, il s'est aussi imposé un effort supplémentaire de pédagogie. « Dès le recrutement, j'explique les tenants et aboutissants de cette loi qui leur met une épée de Damoclès de plus sur la tête pour prévenir tout sentiment de discrimination », indique-t-il. Il continue néanmoins à s'interroger. Comment réagirait-il s'il devait licencier sur le champ un collaborateur donnant toute satisfaction dans son travail ? Quelle crédibilité la politique de diversité de l'entreprise conserverait-elle auprès de ses autres salariés ? « Humainement, c'est terrible de mettre fin à un contrat de travail pour des raisons uniquement administratives, confie Yann Orpin. Mais si un salarié utilise des faux papiers je n'aurai aucun scrupule. »
Administration peu coopérative
Ce dilemme, Nils Delcourt, gérant de Deltech (traitement de surface, 14 salariés), l'a temporairement vécu. A la recherche d'un dessinateur industriel pendant plusieurs mois, il pensait avoir trouvé la perle rare avec un Algérien, tout juste diplômé d'une école française d'ingénierie. Mais c'était sans compter avec une administration peu coopérative. Après une première demande, qui lui vaut un contrôle immédiat de l'inspection du travail, il obtient pour cet ex-étudiant une carte de séjour provisoire de trois mois. Mais à son expiration, la carte définitive se fait attendre. « J'ai eu beau me démener auprès de la Direction départementale du travail, il a fallu un mois et demi pour régler le dossier. Pendant ce temps, j'ai été obligé de le mettre au chômage sans indemnité et d'interrompre l'activité de mon bureau d'études », s'insurge-t-il.
Licencier ou s'exposer à de lourdes sanctions, c'est l'alternative offerte depuis un an aux employeurs de salariés étrangers dépourvus de permis de travail valide.
MALI - A Bamako, on rêve d'une maison pour les expulsés venus de France
LE MONDE | 30.07.08

Des membres de l'association malienne des expulsés.
Le bruit court, parmi les Maliens sans papiers de France, qu'il existe désormais à Bamako une "maison des expulsés", susceptible d'amortir le choc si d'aventure ils devaient se retrouver dans un vol Air France, entravés et entourés de quatre policiers. Pourtant, sur place, on peut la chercher longtemps. Car cette maison n'est que le rêve d'une association qui ne dispose, pour l'instant, que de deux petites pièces au premier étage d'un bâtiment, en face des marchands de fruits et de charbon du marché de Fadjiguila.
Dans la première pièce, ce matin, un bénévole suisse de l'Association malienne des expulsés (AME) recueille le témoignage de Babacar, blessé et expulsé la veille. Il est arrivé en France à l'âge de 10 ans, en a passé seize sur place. Il avait un appartement, un emploi, mais plus de papiers. Babacar a été arrêté un jour qu'il venait d'acheter une trottinette pour son fils.
Au centre de rétention de Roissy, il épuise tous les recours. Le dernier consiste à faire parvenir 600 euros au consul du Mali pour qu'il ne délivre pas le fameux laissez-passer dont les Français ont besoin pour procéder à l'expulsion. Malgré cela, on vient le chercher pour le conduire dans l'avion. Il exige de voir le laissez-passer, les policiers s'énervent, le frappent et l'insultent. Une hôtesse de l'air filme la scène avec son téléphone portable. L'expulsion est remise à plus tard.
Babacar pleure en racontant la suite. "Ils m'ont dit "merci de nous permettre de rentrer plus tôt chez nous, on pourra baiser notre femme. Toi, c'est la douleur qui va te baiser".
" L'hôpital constatera une entorse à la cheville et une autre au poignet. Il dépose plainte mais sera mis dans l'avion cinq jours plus tard, menotté, bâillonné, les jambes attachées avec de l'adhésif.
Babacar a parlé plus d'une heure. Clément, le bénévole, et Inna Touré, la secrétaire, sont ébranlés, même si l'histoire se répète presque chaque jour.
En 2007, l'AME a recensé 576 expulsions de France. Avant de transcrire ce témoignage dans l'unique ordinateur que possède l'association, Inna Touré va proposer à Babacar une carte de membre de l'association, qui en compte plus de 200, lui expliquer comment récupérer l'argent laissé sur son compte bancaire en France et tenter d'encadrer son arrivée brutale à Bamako.
"Les expulsés ne sont pas forcément bienvenus dans leur famille, qu'ils faisaient vivre de l'étranger, explique Clément. Et ils ne sont plus adaptés aux conditions de survie économique de Bamako, sans parler de celles du reste du pays. Ils perdent toute valeur à leurs propres yeux. Les dépressions sont fréquentes."
Assis dans la minuscule pièce d'à côté, qui sert aussi de chambre de passage pour les expulsés les premières nuits, Ousmane Diarra, le président de l'AME, se souvient de la création de l'association en octobre 1996.
"L'AME est un bébé qui a vu le jour dans le feu, dit-il. Il y avait tant d'expulsés à Bamako. Et nous étions là comme des déchets. En France, c'était l'époque des charters et de l'église Saint-Bernard. Le même mois, 2 000 Maliens ont été expulsés d'Angola, dont moi." Une des premières actions significatives de l'AME fut d'organiser, en 1997, une marche de soutien dans Bamako pour faire libérer 77 Maliens expulsés de France par le "36e charter Debré" et emprisonnés par le gouvernement malien de l'époque.
Après ce premier succès (les expulsés ont été libérés deux semaines plus tard), l'association sombre lentement dans la léthargie, faute de moyens. Elle ne peut même plus payer le transport pour aller attendre chaque soir à l'aéroport : il faut parfois plusieurs taxis pour coller aux horaires d'Air France, de Royal Air Maroc et d'Air Sénégal.
Surtout, elle n'a rien à leur proposer. C'est la tenue du Forum social à Bamako, en janvier 2006, qui va la remettre d'aplomb grâce au soutien d'ONG "du Nord" comme la Cimade, le Réseau éducations sans frontières, Droits devant !!, No vox ou Migreurop.
Or, à mesure que l'AME s'organise (quelques permanents, un véhicule), la tâche devient plus lourde. Elle doit se concentrer sur les cas les plus dramatiques. "On craint une vague d'expulsions massives de France si le Mali cède et signe l'accord sur la gestion concertée des flux migratoires", s'inquiète Ousmane Diarra.
Le 17 juin, peu après cet entretien, l'association a manifesté devant l'Assemblée nationale pendant que le gouvernement négociait avec Patrick Stefanini, adjoint de Brice Hortefeux, au "ministère des expulsions", comme on dit à Bamako. Quelque 200 policiers ont chargé les manifestants : plusieurs membres de l'AME ont été blessés ou arrêtés.
"Tout serait tellement plus simple si la France régularisait d'un côté les sans-papiers et investissait vraiment de l'autre, pour créer des emplois au Mali", soupire Ousmane Diarra. Tant que ce n'est pas le cas, il se refuse à "jouer au gendarme" : "A ceux qui veulent recommencer, on peut leur dire que le désert tue, et que la mer tue aussi. Mais comment leur dire de ne pas partir ; vous avez vu les conditions de vie ici ?"
samedi 2 août 2008
Salariés sans papiers : plus de 750 régularisations, la grève continue
PARIS (AFP) - 01/08/2008 – TV5 Infos
Plus de 750 salariés sans-papiers ont été régularisés en un peu plus de trois mois depuis le début d'un mouvement inédit de grèves coordonnées dans des entreprises d'Ile-de-France par la CGT et l'association Droits devant!, qui ne prévoient pas de trêve estivale.
Depuis le 15 avril, près de 70 entreprises ont été touchées par la grève de leurs salariés sans-papiers, cuisiniers-plongeurs, terrassiers ou hommes de ménage, embauchés parfois depuis des années, qui désespéraient d'obtenir un jour des papiers en règle.
Quelques heures de grève ont suffi parfois pour que "le patron s'asseoit à une table et décide de faire les dossiers", raconte Francine Blanche, secrétaire confédérale CGT. Ailleurs, des locaux ont été occupés, des dossiers déposés en préfecture et la grève a duré. Elle dure encore dans 26 entreprises.
Dimanche à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) un barbecue de solidarité est organisé avec des sans-papiers licenciés en 2007.
"Sur les 200 premiers grévistes, il n'en reste qu'une petite dizaine qui ne sont pas encore régularisés et il reste encore 26 piquets de grève", a indiqué Mme Blanche, qui recense 850 cas régularisés. Le ministère de l'Immigration de son côté en compte 753.
Au passage, certains salariés ont gagné 2 à 300 euros d'augmentation ou la conversion d'un intérim en CDI.
Raymond Chauveau, fer de lance du mouvement côté CGT, s'est refusé à parler de "succès" ou à prononcer les mots de "régularisation de masse" qui fâchent au gouvernement.
"Je ne dirais pas que le gouvernement a plié", a-t-il déclaré, corrigeant des journalistes. La CGT ne fait qu'appliquer la loi.
Le gouvernement a introduit la régularisation par le travail dans la loi Hortefeux sur l'Immigration de novembre 2007 complétée par une circulaire de janvier 2008. "Si la loi existe et prévoit la régularisation par le travail, c'est normal de s'appuyer là-dessus", a souligné M. Chauveau, en invitant le gouvernement "à aller au bout de sa logique".
Le principal écueil réside actuellement dans "l'arbitraire" des préfectures qui n'appliquent pas toutes les mêmes critères, "chacune fait un peu son potage, cela n'a ni queue ni tête", s'insurge M. Chauveau.
Illustration de ce "non-sens", chez BMS, une déchetterie industrielle de Nanterre (Hauts-de-Seine), 9 salariés ont été priés de quitter le territoire alors que leurs 37 collègues "même profil, même situation" ont été régularisés. La CGT a déposé des recours.
Autre difficulté : la CGT a dû gérer la rancoeur des collectifs parisiens de sans-papiers qui lui reprochent de ne s'occuper que des salariés et pas des autres.
En interne à la CGT, le mouvement a mis du baume au coeur des militants. "Combien m'ont dit: on est fiers de notre CGT, on retrouve des fondamentaux", a déclaré vendredi Francine Blanche, destinataire de "plus de 70.000 euros de collecte nationale" pour aider les grévistes.
Le 15 avril, le mouvement avait démarré par 13 piquets de grève, dont le dernier a symboliquement été levé vendredi à Paris XIIIe: un chantier de démolition faisant intervenir plusieurs entreprises sous-traitantes, dont 23 salariés sans-papiers sur 29 ont obtenu un titre de séjour, après être restés sur place, nuit et jour.
Si l'on demande à Koita où il ira avec son précieux récépissé reçu le 18 juin, le visage de ce travailleur malien qui travaille depuis sept ans sur des chantiers de désamiantage, s'éclaire : "Au Mali voir ma femme, mon enfant et ma famille" quittés en 2001.
jeudi 31 juillet 2008
«Ils ont été traités comme des délinquants, des criminels»
Réalisé par Laura Roland – Le Contre journal – 31/07/08
Elodie, deux ans et demi, d'origine belge et ses parents, ressortissants équatoriens en situation régulière, auraient pu être des touristes comme les autres. Arrêtés vendredi, après un contrôle d'identité, ils sont internés au centre de rétention de Rennes. Damien Nantes, de la Cimade, s'indigne de cette situation absurde.
Damien Nantes. « Les parents d’Elodie vivent légalement en Belgique avec un permis de séjour de cinq mois. Ils sont venus passer deux semaines de vacances en France. Avant de venir, ils ont pris la précaution de demander à l’Office Belge des étrangers si les documents en leur possession leur permettaient de circuler en Europe et de venir en France. Il leur a été répondu que oui.
Arrivés en France lundi 21 juillet 2008, le couple et son enfant ont passé la semaine dans la Manche. Vendredi matin, alors qu’ils roulaient vers le centre ville de Cherbourg, ils ont fait l’objet d’un contrôle routier. Monsieur Campo Otavalo s’est alors garé sur le côté. Sept fonctionnaires de police se sont positionnés autour du véhicule, en demandant combien de personnes se trouvaient à l’arrière de leur fourgonnette.
Très surpris par cette question, ils ont répondu que seule leur fille dormait à l’arrière. Les fonctionnaires de police ont posé 4 fois la question, à laquelle le couple a continué de répondre de la même manière. Les policiers ont finalement demandé que les portières arrières de la fourgonnette soient ouvertes et ont pu constater qu’il n’y avait que la petite Elodie qui dormait. Ils ont demandé à Madame Suntaxi Diaz de réveiller sa fille. Lorsque sa mère l'a réveillée, Elodie a été très impressionnée par le nombre de policiers présents et par la tension ambiante. Ses parents n’étant pas en mesure de prouver qu’il s’agissait bien de leur fille, ils ont été conduits au commissariat de Cherbourg pour une vérification d’identité. Dès 10h vendredi matin, la Belgique avait confirmé aux fonctionnaires de police la filiation entre Elodie et ses parents et également, la nationalité d’Elodie.
La famille a tout de même été placée en garde à vue. Campo Otavalo a été séparé de sa femme et de sa fille et a subi une fouille à nu. Suntaxi Diaz a refusé de se soumettre à une fouille, pour laquelle elle devait se dévêtir intégralement. Face à l’insistance et à l’agressivité d’une fonctionnaire de police, Suntaxi Diaz s’est mise à pleurer sous le regard inquiet de sa fille. Elodie et sa mère ont été placées dans une cellule équipée de toilettes. Toutefois, comme les toilettes étaient sous vidéosurveillance permanente, elles ne pouvaient pas les utiliser sans être vues par les fonctionnaires de police.
Finalement, le Préfet de la Manche a décidé de reconduire cette famille à la frontière, estimant que les parents d'Elodie n’étaient pas en mesure de prouver qu’ils étaient entrés régulièrement en France et qu’ils avaient le droit d’y être. D'après l'administration, le couple n'a pas pu prouver la durée de son séjour en France, qui doit être inférieure à trois mois. Un arrêté de reconduite à la frontière a été pris à leur encontre, ainsi qu’un arrêté de placement en rétention administrative, vendredi 21 juillet, à 21h25 pour Suntaxi Diaz et à 21h20 pour Campo Otavalo. La famille a alors été placée au local de rétention de Cherbourg : une pièce sans fenêtre du commissariat de la ville, équipé d’une douche et de toilettes. Elodie a été très angoissée par le temps passé dans cette pièce sans fenêtre, dont la porte était fermée et dans laquelle on ne pouvait rien faire. Elle n’a cessé de demander à ses parents pourquoi ils n’étaient pas dans leur camionnette et pourquoi ils étaient enfermés. D’autre part, les parents d’Elodie étaient très inquiets car leur fille est asthmatique et l’endroit dans lequel ils étaient gardés était visiblement poussiéreux. Les parents ont été ébahis par la manière dont ils ont été traités : "comme des délinquants, des criminels".
Dimanche 27 juillet 2008, la famille a été transférée au centre de rétention administrative de Rennes, après que le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention, à Cherbourg. La famille attend désormais que les autorités belges acceptent la demande de réadmission faite par la France.
L'administration a donc décidé de renvoyer de force dans son pays, avec tous les traumatismes que cela implique, une famille qui de toute façon avait l'intention d'y retourner.»
samedi 19 juillet 2008
Espagne - Madrid propose un plan de retour volontaire aux immigrés
NOUVELOBS. | 18.07.2008 | 18:29
L'idée du gouvernement est que les immigrés acceptant de retourner dans leur pays d'origine puissent toucher leurs indemnités de chômage chez eux.
La numéro deux du gouvernement espagnol l'a annoncé, vendredi 18 juillet. Environ 100.000 immigrés pourront adhérer à un plan de retour volontaire bientôt mis en place pour les encourager à regagner leur pays d'origine.
L'idée du gouvernement est que les immigrés acceptant de partir puissent toucher leurs indemnités de chômage chez eux.
Au cours d'une conférence de presse donnée à l'issue du conseil des ministres, la vice-présidente, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a précisé que le plan entrera en vigueur à partir de septembre et visera des Marocains, des Equatoriens et des Colombiens.
Prioritaires "pour revenir travailler" - Ce plan prévoit de permettre aux immigrés de toucher les droits aux allocations de chômage en deux fois: 40% alors qu'ils sont encore en Espagne, et 60% une fois chez eux, un mois plus tard.
Les immigrés souscrivant ce plan devront attendre trois ans avant de pouvoir obtenir une nouvelle autorisation pour vivre et travailler en Espagne.
Et après cinq ans, "ils auront priorité pour revenir travailler" en Espagne, a déclaré Maria Teresa Fernandez de la Vega.
Un brusque coup d'arrêt économique - Le gouvernement a décidé d'adopter ces mesures en raison du brusque coup d'arrêt économique que subit le pays, dont la croissance devrait être inférieure à 2% en 2008, après 3,8% en 2007.
Le chômage, après avoir touché un plancher à l'été 2007, est en train de repartir à la hausse, notamment à cause du retournement du marché immobilier qui prive d'emploi des légions de travailleurs immigrés du bâtiment.
Le nombre d'immigrés en Espagne a explosé depuis un peu plus de dix ans, passant de 500.000 en 1996 à 5,22 millions actuellement, sur une population totale de 45 millions de personnes.
jeudi 10 juillet 2008
Carla Bruni-Sarkozy «naturalisée française»
Le Parisien - mercredi 09 juillet 2008,
Carla Bruni-Sarkozy, née italienne, a déclaré mercredi sur France Inter qu'elle était désormais «naturalisée française» et qu'elle «attend(ait) son passeport».
«Je ne suis plus italienne (...) depuis quelques temps en fait. Je suis naturalisée française, j'attends mon passeport», a indiqué la chanteuse et épouse du président de la République.
Lors d'une précédente interview au quotidien Libération du 21 juin, elle avait affirmé: «Je ne suis plus italienne depuis trois mois».
Interrogée par le quotidien sur le fait de savoir si elle était naturalisée française, elle avait alors répondu: «Pas encore, la procédure est longue pour tout le monde, mais je suis désormais française».
Pas de reconduite à la frontière pour la star Elyséenne
mercredi 9 juillet 2008
Brice Hortefeux est le meilleur, vous ne le saviez pas?
Les coulisses de l’UE – Jean Quatremer – 08/07/08
Une belle journée d’autopromotion, hier, pour Brice Hortefeux.
Notre ministre de l'immigration et de l'identité nationale, vraiment très très très fier d'avoir fait avaliser son "Pacte sur l'immigration et l'asile" par ses partenaires de l'Union réunis à Cannes (mon article est ici, dans Libération), s'est dépensé sans compter pour expliquer aux journalistes à quel point il avait emporté un succès, que dis-je, un triomphe! Gentiment, une partie des médias a donc célébré son succès "historique" (le mot est d'Hortefeux lui-même): "une" du Monde de lundi (qui de façon assez ridicule annonce que le journal s'est "procuré" un document dont les différentes versions circulent librement à Bruxelles depuis plusieurs semaines...) et, bien sûr, "une" du Figaro ce matin (mais ça, c'est moins étonnant)...
Hier, vers 18 heures, une attachée de presse tendue (vraiment très tendue), vient chercher les seuls journalistes français pour un point de presse "off, bien sûr, afin de vous donner le temps de boucler vos papiers". Gentil. Mais un tantinet "ethnique" de la part de celui qui est censé présider le Conseil des ministres européens. C'est sans doute ça "l'identité nationale". Mais on ne rechigne pas: Hortefeux fuit habituellement la presse et on ne va pas bouder notre plaisir de pouvoir lui poser quelques questions bien senties sur ce Pacte dont on ne perçoit guère la portée par rapport aux textes qui sont déjà sur la table.
Une petite dizaine de journalistes français sont donc introduits dans l'enceinte où sont réunis les ministres. Dans une petite pièce, Hortefeux, accompagné de Patrick Stefanini, secrétaire général de son ministère et de l'un de ses conseillers, nous explique qu'il vient de vivre Austerlitz, pas moins. Il nous lit des citations de félicitations de l'ensemble des ministres présents. "Wolfgang Schaüble, le ministre allemand: nous appuyons sans réserve le Pacte. Il y a un parfait équilibre entre immigration et intégration. L'Espagnol: nous partageons les grandes lignes mais aussi les nuances. Le Néerlandais: le but est déjà atteint". Nous tentons de l'interrompre pour lui poser des questions. Il n'est pas là pour ça, mais pour que nous prenions des notes afin de chanter ses louanges. "Même le ministre chypriote, qui est communiste, cela devrait vous faire plaisir Monsieur Quatremer, me soutient". Moi, étonné: "c'est bien la première fois que l'on me dit que je suis communiste. Manifestement, on est toujours le communiste de quelqu'un"...
Au bout de cinq minutes, une fois la liste des félicitations ministérielles épuisée, nous sommes poussés dehors. Le ministre doit retourner en séance. Merci. Au revoir. Il disparaît en nous laissant ahuris par cet exercice d'autocélébration hallucinant. Ca "off"? Il n'a pourtant rien dit. Et surtout pas un mot sur le fond, évidemment, le fond n'étant manifestement pas le sujet du jour: puisqu'on vous dit que c'est bien et que la France a relancé l'Europe!
Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Une heure et demie plus tard, conférence de presse finale. Et là, contrairement à tous les usages, Hortefeux, ne se tenant plus de joie, brise officiellement le secret des délibérations et se met à citer ses collègues, y compris Wolfgang Schaüble, le ministre allemand, qui est pourtant à ses côtés. Celui-ci, d'abord interloqué, se marre et confirme que la traduction française de ses propos est correcte...
Au-delà du ridicule de sa prestation d'hier, il faut cependant reconnaître un grand mérite à Hortefeux: il a su éviter à Nicolas Sarkozy un fiasco identique à celui de l'Union pour la Méditerranée. Contrairement à Henri Guaino, son "conseiller spécial", qui a essayé d'imposer un projet clefs en main aux partenaires de Paris, l'ancien député européen (très absent, mais ça acculture quand même), a eu la prudence d'effectuer un tour de l'ensemble des capitales avec un simple projet de texte, afin de négocier ce qui ne plaisait pas. Rien d'étonnant, dès lors, que tout ce soit bien passé hier, lors du premier examen du texte par les 27, lors de leur réunion informel de Cannes. Tout ce qui déplaisait, y compris l'interdiction des régularisations massives, a disparu ou a été atténué. "Historique" ce texte? Uniquement pour le service après-vente assuré par Hortefeux.

