samedi 19 avril 2008
L'adieu au Nègre - Edito du Monde
Edito LE MONDE | 18.04.08 | 14h00
La République est en deuil et les hommages se succèdent. Déjà, des voix s'élèvent pour qu'il entre au Panthéon... Mais nul ne s'y trompe : c'est en Martinique, et plus largement aux Antilles, que l'on se sent orphelin. C'est dans les Caraïbes que la figure d'Aimé Césaire, "symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés", selon la formule de Nicolas Sarkozy, prend tout son sens, avec son poids de mémoire douloureuse et de combats. En métropole, malgré tous les éloges d'aujourd'hui, son oeuvre poétique est en grande partie ignorée
André Breton la qualifiait, à juste titre, de "monument lyrique". Aimé Césaire a donné en effet à la littérature française un souffle, un accent qui n'avaient pas été entendus avant lui. "J'habite une blessure sacrée/J'habite des ancêtres imaginaires/J'habite un vouloir obscur..."
Cette langue volcanique n'a pas valu cependant au normalien, agrégé de lettres, une entrée à l'Académie française, contrairement à son ancien condisciple Léopold Senghor, avec qui il avait lancé et consacré l'idée de "négritude".
Cet Antillais a contribué à rendre à l'homme noir sa fierté. On le célèbre en Afrique comme s'il faisait partie de ce continent. Mais Césaire a été aussi, pendant plus d'un demi-siècle, la plus grande figure politique martiniquaise. Son exceptionnelle longévité comme conseiller général, maire de Fort-de-France et député - il a siégé à l'Assemblée nationale de 1945 à 1993 - a fait de lui un personnage central.
Retiré de la vie politique depuis 2001, contesté par les uns mais vénéré de tous, il était devenu une sorte d'icône. Même l'aéroport international de la Martinique porte son nom...
Rejetant la notion d'assimilation, cette "grande illusion", Césaire a été l'un des artisans de la création des départements d'outre-mer. "Je ne suis pas antifrançais, disait-il, je suis d'abord martiniquais."
Lionel Jospin a bien résumé la personnalité de ce chantre de la négritude : "Aimé Césaire était fait d'un alliage rare. C'était un magnifique écrivain et un vrai politique. (...) Un être fier de sa singularité d'homme noir et un humaniste attaché à l'universel. Un combattant de l'anticolonialisme et un fidèle de la République."
Pour sa part, Aimé Césaire disait joliment : "Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie."
mercredi 9 avril 2008
France/Québec - L'ingénuité d'un président
Opinions La Presse dimanche 06 avril 2008
FRANCOPHONEFrance-Québec, fin de la lune de miel ? Dans La Presse, un diplomate s'inquiète de la vision que Nicolas Sarkozy peut avoir des relations entre Paris et Québec.
L'auteur est un ancien délégué général du Québec à Londres.
De grâce, que Nicolas 1er ne devienne pas l'héritier politique de Louis XV ! Un conseiller diplomatique de Matignon m'a déjà avoué qu'après le Proche-Orient, la relation triangulaire avec le Québec et le Canada était peut-être, pour la France, la situation la plus complexe sur le plan diplomatique; le sang en moins, évidemment.
Ainsi, un mot au sens tout à fait anodin en Hexagone devient, utilisé par un haut gradé français au sujet du Québec, une hérésie pour les uns et une parole d'évangile pour les autres. Un mot, un seul, - que dis-je ? une légère inflexion - suffit à rompre l'équilibre qui existe pourtant depuis plus de 30 ans.
D'ailleurs, la presse d'ici est à l'affût du moindre faux pas lorsqu'un dirigeant politique français se prononce à ce sujet. À la lumière de l'annonce inusitée faite par Jean-Pierre Raffarin selon laquelle le président Sarkozy s'apprêterait à procéder à un important recentrage de la politique française vis-à-vis le Québec et le Canada, je me demande sincèrement si on pourra parler d'un autre sujet que celui-là à l'occasion du Sommet de Québec. Comme gestion des attentes, on a déjà vu mieux!
Je salue la modération avec laquelle André Pratte a commenté l'annonce de M. Raffarin dans La Presse, mais je me demande où logent les autres fédéralistes.
La question n'est pas de savoir si la France appuie l'idée d'indépendance nationale du Québec. Même si, soit dit en passant, personne ne s'insurge du mantra américain en faveur d'un Canada uni répété inlassablement depuis des décennies... La question est plutôt de savoir si le Québec peut conserver le modeste point d'appui que lui prête la France depuis bientôt 50 ans pour qu'il s'épanouisse le plus possible sur le plan international.
Si les fédéralistes québécois sont sincères dans la reconnaissance, la défense et le développement de la nation québécoise, voilà l'occasion idéale de le démontrer.
Le délégué général du Québec à Paris est-il à pied d'oeuvre dans les officines du Quai d'Orsay, de Matignon et de l'Élysée pour sauvegarder l'intégralité de la relation privilégiée entre le Québec et la France ?
Le bureau du premier ministre et le ministère des Relations internationales du Québec sont-ils en train de s'assurer que la relation directe entre le Québec et la France ne tombera pas en déshérence ?
Les militants libéraux sont-ils inquiets de cette dérive ? Il serait pour le moins absurde de réclamer plus d'autonomie pour le Québec sur la scène internationale - comme le font notamment les libéraux québécois - tout en regardant béatement nos acquis diplomatiques les plus chèrement gagnés et maintenus s'éroder de la sorte.
Car il faut le dire, tout anglophile et américanophile que je sois, nous ne pourrons jamais compter ni sur l'un ni sur l'autre de ces deux grandes nations pour appuyer quelque ambition internationale du Québec.
Il serait dommage que le président Sarkozy, au détour d'une de ces petites phrases qui font et défont des politiques, sorte des sentiers battus par sa propre famille politique. De grâce, que Nicolas 1er ne devienne pas l'héritier politique de Louis XV. Il découvrirait alors, à ses dépens, que le Québec, c'est peut-être quelque chose comme quelques arpents de pièges !
vendredi 21 mars 2008
FRANCOPHONIE - Le combat pour le français dans la seule province bilingue du Canada
TV5 Monde 20 mars 2008 MONTREAL, avec (AFP) - 20/03/2008 05h10
Protégé par une loi depuis près 40 ans, le français se maintient vaillamment au Nouveau-Brunswick, la seule province canadienne officiellement bilingue, mais sa promotion demeure un "combat de tous les jours" pour ses défenseurs.
En dehors du Québec voisin, le Nouveau-Brunswick est la province comptant le plus fort pourcentage de francophones, ceux-ci représentant 32,3% des quelque 719.000 habitants, soit quelque 232.900 personnes, selon le recensement canadien de 2006.
Mais le poids des francophones était en baisse de 1,6% entre 2001 et 2006. "Si on compare avec les années 60, il y a eu énormément de changements et de progrès", souligne Michel Doucet, professeur de droit à l'université de Moncton et spécialiste de la question.
"Les droits de la communauté francophone sont ancrés dans la Constitution canadienne. Des dispositions particulières au Nouveau-Brunswick reconnaissent l'égalité non seulement des langues officielles mais également des deux communautés (francophone et anglophone)", explique-t-il à l'AFP.
Mais il "reste encore beaucoup de travail à faire" et la "vigilance" demeure de mise, fait valoir ce défenseur du français. "C'est un combat de tous les jours, un combat politique car c'est un choix politique de s'affirmer tous les jours en tant que francophone", dit-il.
Jusqu'au début des années 60, les francophones étaient traités comme des citoyens de seconde classe. Il s'agit principalement d'Acadiens, descendants de paysans de l'ouest de la France, surtout du Poitou, qui avaient été chassés de la région par l'Angleterre à partir de 1755 et qui furent plus tard autorisés à y revenir. Après cet épisode traumatisant, les Acadiens restèrent longtemps craintifs d'affirmer publiquement leur identité, et ce n'est qu'au début des années 60 qu'ils commencèrent à revendiquer auprès du gouvernement de leur province le droit d'être servis dans leur langue.
Le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue (anglais/français) depuis 1969. Une loi sur les langues officielles, modernisée et complétée en 2002, stipule que les institutions provinciales (administration, hôpitaux, justice) doivent offrir au public des services dans la langue officielle de son choix.
La province a aussi institué en 2003 un poste de Commissaire aux langues officielles, dont la tâche est de recevoir et d'assurer le suivi des plaintes du public ainsi que de promouvoir le bilinguisme. L'an dernier, le bureau du Commissaire a reçu 119 plaintes, dont 77 ont été jugées recevables et la grande majorité concernait le manque de services en français, indique Giselle Goguen, porte-parole du Commissaire.
Une bonne partie de ces plaintes portent sur les soins de santé, bon nombre de francophones se plaignant de ne pouvoir être soignés dans leur langue.
Pour Marie-Pierre Simard, présidente de la société des Acadiennes et des Acadiens du Nouveau-Brunswick, si la "vitalité de la communauté n'est plus à prouver", le risque d'assimilation demeure un sujet de préoccupation. Elle note que le taux d'assimilation des francophones a légèrement augmenté ces dernières années en raison des mariages et de l'exode rural.
Les francophones qui se trouvaient concentrés dans des zones rurales se trouvent confrontés dans les agglomérations à une mixité qui favorise l'assimilation à la majorité anglophone.
"Il semble y avoir une plus grande acceptation de la communauté francophone par les anglophones. On est moins traités comme des citoyens de seconde zone", confie-t-elle à l'AFP, tout en estimant que le gouvernement provincial doit se montrer plus actif, notamment pour favoriser l'immigration francophone.
Un expatrié français s'étonne pour sa part qu'il y ait une nette sous-représentation des produits culturels en français et qu'aucun film français ou québécois n'y soit diffusé dans les circuits officiels
jeudi 20 mars 2008
La Francophonie compte ses troupes jeudi pour célébrer le français
TV5MONDE PARIS, 19 mars 2008 (AFP) - 14h12
De Séoul à Québec, débats, concours de théâtre, de danse, concerts, récitals de poésie célèbrent jeudi sur les cinq continents la journée internationale de la Francophonie du 20 mars dédiée à la langue française.
La Francophonie revendique 200 millions de locuteurs dans le monde et fédère 803 millions de personnes au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui représente 68 Etats et gouvernements.
Le secrétaire général de l'OIF Abdou Diouf doit lancer jeudi les célébrations officielles de cette journée à la Cité internationale universitaire de Paris qui accueille plus de 10.000 résidents de 140 nationalités. Il sera accompagné du nouveau secrétaire d'Etat à la Francophonie Alain Joyandet, qui a remplacé cette semaine Jean-Marie Bockel, chargé désormais des Anciens combattants.
Les étudiants de la Cité ont été invités à participer à un concours en rédigeant un texte qui intègre les dix mots "apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s'attabler, tact, toi, visage".
En France comme dans de nombreux autres pays, la célébration de la francophonie a suscité des centaines d'initiatives enregistrées sur le site "http://www.20mars.francophonie.org" dédié à l'événement.
En 2007, plus d'un millier d'événements avaient été recensés de par le monde, selon l'OIF.
A Québec, qui accueillera le prochain sommet de la Francophonie à l'automne, comme dans le reste du Canada majoritairement anglophone, les célébrations ont débuté dès le 7 mars pour une "Francofête" qui dure un mois. Parmi les centaines d'activités prévues, on note le concours "J'ajoute un québécisme au dictionnaire" organisé par Radio-Canada et qui vise à faire entrer dans les dictionnaires des "québécismes" d'usage courant.
A Bucarest, ville qui a accueilli le dernier sommet en 2006, un message du président roumain doit être être lu jeudi lors d'une cérémonie et un forum "Innover en Français" devait réunir plus de 400 professeurs roumains à Bucarest durant le week-end.
En Syrie, un récital de poésie "L'Orient et l'Occident de l'amour" était donné mardi à Damas en français et en arabe par Marcel Bozonnet et Hala Omran.
Pour la première fois à Damas, une dictée de la Francophonie, inspirée de la célèbre dictée du journaliste littéraire Bernard Pivot, était prévue comme à Marrakech ou Vatomandry (Madagascar).
Un concours du "meilleur blog francophone de la Jeunesse" a été lancé à Beyrouth.
En Egypte, plusieurs manifestations culturelles étaient attendues au Caire et à Alexandrie (nord), notamment une exposition intitulée "Quand l'Afrique s'éveillera..." Ces célébrations interviennent alors que des employés égyptiens des institutions diplomatiques et des centres culturels français ont protesté par une grève de trois jours contre des suppressions de postes
Au Maroc, un spectacle artistique de slam (poésie urbaine) est prévu le 28 mars et une tournée dans les régions de ce pays de 16 écrivains francophones d'Afrique, du Canada et d'Europe devait débuter le 7 avril.
En Mauritanie, un spectacle pour la paix intitulé "La Francophonie une solution à la violence" devait être joué par des enfants de 10 à 12 ans, tandis que des dizaines de manifestations étaient aussi prévues dans les pays francophones du Cameroun et de la Côte d'Ivoire mais aussi dans l'Afrique anglophone comme en Ouganda.
La date du 20 mars a été retenue en commémoration de la signature, en 1970 à Niamey, du traité portant création de l'Agence de coopération culturelle et technique, l'ancêtre de l'OIF
Lyon: inauguration de la première Maison de la Francophonie en France
TV5 - LYON, 19 mars 2008 (AFP) - 17h14
La première Maison de la Francophonie en France a été inaugurée mercredi à Lyon, à la veille de la journée internationale du 20 mars dédiée à la langue française, en présence notamment du secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf.
Cette maison, la première du genre en territoire français, "a pour vocation de promouvoir la francophonie dans toute la région Rhône-Alpes et de développer un véritable réseau d'idées et d'influences", a déclaré à la presse Bernard Mouillon, président de la Maison de la Francophonie, lors de l'inauguration dans le centre-ville de Lyon.
L'initiative, qui devrait être imitée "d'ici à la fin de l'année dans toutes les grandes villes de France", dont Bordeaux, Lille, Marseille et Strasbourg, doit "donner un nouveau souffle à la francophonie" insuffisamment représentée dans l'Hexagone, a indiqué à l'AFP Christian Philip, représentant du président de la République pour la francophonie.
"C'est un acte fondateur (...) Cette initiative est la réalisation de la francophonie sur le terrain, et non plus seulement dans les discours", a indiqué l'ancien président sénégalais Abdou Diouf. "J'ai toujours dit que les Français n'étaient pas assez militants francophones. Vous me montrez ici que vous êtes militants francophones", a déclaré M. Diouf.
A Lyon, comme dans les autres villes, ces maisons assureront trois missions essentielles : l'information, la rencontre d'associations francophones et l'animation à l'aide d'événements et de spectacles divers sur le thème de la francophonie.
La francophonie revendique 200 millions de locuteurs dans le monde et fédère 803 millions de personnes au sein de l'OIF qui représente 68 Etats et gouvernements.
dimanche 20 janvier 2008
La francophonie inquiète
La francophonie inquiète
Sud-Ouest 19/01/08
TÉLÉVISION. -- À la suite des déclarations de Nicolas Sarkozy, Suisse, Belgique, Québec pourraient se désengager de la chaîne francophone TV5 Monde
Et maintenant, le monde de la francophonie en ébullition ! L'intrusion de Nicolas Sarkozy dans la sphère audiovisuelle aura eu les effets du passage d'un pachyderme dans un magasin de vaisselle. En effet, le président de la République a souhaité fondre dans une holding, appelée « France Monde », TV5 Monde, chaîne emblématique de la francophonie, reçue dans 202 pays et suivie par 25 millions de téléspectateurs, le canal d'information France 24 et les antennes de Radio France internationale.
« Période de concertation ». Certes, la France finance 84 % de TV5 Monde. Mais ses programmes sont fournis, aussi, par la Belgique, le Québec et la Suisse. Les partenaires de notre pays envisagent donc de se désengager de ce qu'ils considèrent comme ce qui serait une nouvelle entité franco-française si le projet était mené à son terme.
La disparition de cette vitrine inquiète les partenaires de la francophonie. Jean-Charest, premier ministre québécois, ne « peut pas concevoir » une telle hypothèse. De son côté, le président de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), Abdou Diouf, s'est élevé lui aussi contre ce projet. Devant cette levée de boucliers, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tenté de temporiser : « La période de concertation est à peine entamée et celle de conception n'est pas terminée », a-t-il affirmé hier.
Sur l'autre front ouvert par Nicolas Sarkozy, celui de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, c'est la ministre de la Culture, Christine Albanel, qui reste sur la sellette. Hier, sur RTL, elle a chiffré à 1 milliard d'euros le montant des financements compensatoires à trouver. Et elle a promis que les taxations envisagées sur les achats de produits grand public (téléviseurs, PC) ne dépasseraient pas 1 %.
À propos du Festival international des programmes audiovisuels de Biarritz, où elle était attendue avant de faire savoir qu'elle ne viendrait pas, elle a dit qu'elle allait « reconsidérer » sa position.
mardi 27 novembre 2007
Ils se battent pour parler français au bureau
Ouest-France 26/11/07 - Christelle GUIBERT.
Le « globish », l'anglais à la sauce business se répand à vitesse grand V dans les entreprises françaises. :
La ministre de l'Économie, Christine Lagarde, ex-avocate d'affaires à Chicago, a reçu dimanche le Prix 2007 de la Carpette anglaise. Elle rédigeait des notes en anglais à ses collaborateurs du ministère, ce que Le canard enchaîné avait révélé il y a deux mois. Une entorse à la loi Toubon de 1994, qui oblige les entreprises implantées en France à utiliser le français. En 2006, c'est le Conseil constitutionnel qui avait été primé pour avoir jugé « constitutionnel » le protocole de Londres, le texte qui permet à tous les brevets déposés en anglais d'être applicables en France sans traduction.
Ce goût prononcé pour l'anglais commercial dans l'économie française ne date pas d'hier. En 1999, Renault a adopté cette pratique au moment du rapprochement avec Nissan. En 2001, c'est le Medef, le syndicat des patrons, qui trouve plus productif d'instaurer des réunions en langue anglaise. Dans son dernier livre, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, avoue même que le « français n'est pas indispensable » pour l'économie de la francophonie ! Résultat, aujourd'hui, il n'est pas rare d'entendre entre deux bureaux open space (ouverts), « Je te fowarde (fais suivre) ce que je viens de printer (imprimer) ». De quoi révolter Molière et Shakespeare...
Mais s'il ne s'agissait que de snobisme ou de tics de traduction automatique, Jean-Loup Cuisiniez, porte-parole du Collectif pour le droit de travailler en français, ne se formaliserait pas. Ce polyglotte - il connaît cinq langues étrangères - parle ici « d'entreprises passées au tout-anglais. Ce sont des logiciels de travail - les patrons comme Madame Parisot disent des outils business intelligence - qu'on ne traduit plus ; des communications, des informations qui ne circulent plus qu'en anglais »... Un autre militant, le député UMP des Yvelines Jacques Myard, a des exemples plus concrets. Plus alarmants aussi : « Ici, c'est le décès d'un employé qu'on annonce en anglais ; là, la délocalisation d'un site »...
Une pratique lourde de conséquences. Elle induit une « discrimination entre les jeunes parfaitement anglophones et les plus anciens moins sûrs de leur anglais », explique Jocelyne Chabert, déléguée syndicale CGT qui a obtenu en 2005 la condamnation de son entreprise, General Electric Medical Systems (Gems). « À des niveaux assez hauts de hiérarchie, certains le vivent comme une honte. »
Les salariés ressentent aussi stress et fatigue intellectuelle « générés par le doute. Est-ce que j'ai bien compris ? Est-ce que j'ai bien traduit les consignes ? »... Parfois, l'erreur ne pardonne pas : à Épinal, des patients ont été irradiés parce que la notice d'utilisation de l'appareil de radiothérapie, écrite en anglais, avait été mal comprise.
À terme, le député Jacques Myard craint aussi « une économie tout anglais; un processus lent qui touche à la structure de la pensée. Il y a de l'idéologie derrière ça. »
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Les bides de la francisation des termes high tech
26/11/2007 17:01 - L'Expansion.com : Adieu les smartphones ! En bon français, il faudra bientôt parler de « terminaux mobiles de poche ». De la causette au filoutage, retour sur dix ans de néologismes très difficilement acceptés.
La Commission de terminologie et de néologie ne se décourage pourtant pas. Malgré un désintérêt cuisant des Français pour ses créations, cette émanation du ministère de la Culture présentait lundi matin à la presse une nouvelle fournée de termes censés remplacer, en bon français, des expressions populaires empruntées à l’anglais. Ainsi, il conviendra par exemple de remplacer l’odieux « smartphone » par l’expression « terminal mobile de poche », qui entretient tout de même la confusion avec le simple téléphone mobile. De même, les nouveaux DVD de haute définition, Blu-ray ou HD DVD, seraient qualifiés de « disques numériques polyvalents ».
« Avec la prolifération des nouveaux termes technologiques, les menus sont de plus en plus copieux et l’urgence de plus en plus grande », souligne Jérôme Trollet, président de la commission qui planche spécifiquement sur la terminologie et les néologismes informatiques. Tous les ans, une cinquantaine d’équivalents sont ainsi décrétés. Mais la procédure, qui demande un passage devant l'Académie française, est longue. Sauf exception, il faut compter entre un an et un an et demi, ce qui laisse souvent le temps aux termes étrangers de s’implanter durablement.
Dès lors, les échecs abondent depuis la première fournée de termes francisés il y a dix ans. Le cookie n’a jamais cédé sa place au témoin de connexion ou au mouchard. L’arrosage reste plus couramment utilisé en jardinerie que pour évoquer le spam. La « causette » ayant échoué pour remplacer le chat, la commission retente sa chance cette année avec « dialogue en ligne ». Le tatouage numérique, jusque dans les rapports ministériels, est délaissé pour le watermarking. Le bloc-notes est quasi inexistant face au blog. Le canular n’évoque en rien le hoax. Même à deux contre un, le filoutage ou le hameçonnage ont perdu leur bataille contre le phishing. Quant à l’ASFI, qui saurait dire qu’il désigne « l’accès sans fil à Internet », autrement dit, le WiFi et le WiMAX ?
Il existe pourtant quelques exceptions. On parle ainsi volontiers de navigateur Internet plutôt que de browser, de pirate plutôt que de cracker, de moteur de recherche plutôt que de search engine. De même, le logiciel libre rivalise avec l’Open Source. Généralement, il s’agit d'ailleurs de termes ou d’expressions qui étaient déjà employés avant l’intervention de la commission dont le rôle, dans ce cas, s'est limité à celui d'une simple chambre d’enregistrement. En témoigne l’exemple de l’email. D’abord francisé en « Mél », le message électronique à la française a évolué peu à peu en « courriel » venu du Québec, plus populaire auprès des internautes.
mardi 25 septembre 2007
Belgique - Débat houleux entre Francophones
Actu 24. be - 25 Septembre
Le débat sur l'avenir des francophones a été tout sauf serein dimanche sur les plateaux de télévision. Les hommes politiques invités par la RTBF et par RTL-TVi ont échangé des noms d'oiseaux.
Anne-Marie Corbisier, la chef de groupe cdH au parlement de la Communauté française, a notamment parlé d'un "débat de sales gamins" tantis que le ministre-président wallon Rudy Demotte qualifiait les propos du MR d'indignes. Tant la RTBF que RTL-TVi consacraient leur débat dominical à l'avenir des francophones après l'appel lancé par la ministre-présidente de la Communauté française Marie Arena en faveur d'une Commission composée de représentants des partis démocratiques et de la société civile pour réfléchir à l'avenir des francophones.
Tous les partis - MR, cdH et Ecolo - ont redit leur accord pour participer à une telle réflexion sous certaines conditions mais on n'est guère allé au-delà de cet accord formel. "Je suis inquiet. Ce débat est un début inquiétant", a notamment souligné le chef de groupe Ecolo au parlement de la Communauté française, Marcel Cheron.
"Nous avons une vision des choses et nous la défendrons", a dit Richard Miller (MR). "On ne fera pas l'économie d'un débat démocratique sur le sujet", a lancé le président du FDF, Olivier Maingain. "Je ne suis pas prêt à suivre les déclarations confédéralistes de José Happart (président PS du parlement wallon).
Nous n'allons pas faire comme les flamands où tous les partis s'alignent sur les positions du plus radical d'entre eux", a-t-il ajouté.
Richard Miller, s'est montré très critique sur la politique menée par l'actuelle majorité PS-cdH à la Communauté et à la Région. Il s'est aussi interrogé sur l'absence du ministre-président bruxellois Charles Picqué au côté de Marie Arena lorsqu'elle a lancé son appel. "Alors que le ministre-président wallon Rudy Demotte était là, où était Charles Picqué? Sa présence aurait pourtant été symbolique pour le lancement d'un tel projet", a dit M. Miller.
Comme Olivier Maingain, il a aussi mis en évidence le fait que Bruxelles est très souvent oubliée dans les synergies entre la Communauté française et la Région wallonne. Il a reçu l'appui de Christos Doulkeridis (Ecolo). Le président de la Cocof a reconnu que le MR avait raison sur ce point. "C'est vrai. Le fait qu'il n'y ait pas de ministre francophone bruxellois au sein du gouvernement de la Communauté est sans doute un obstacle pour organiser de bonnes collaborations. La présence d'un ministre wallon favorise les synergies", a-t-il dit.
Le MR veut depuis tout un temps déjà - et son président Didier Reynders le rappelle régulièrement - un exécutif commun réunissant les ministres wallons, ceux de la Communauté française et les ministres francophones bruxellois afin de mieux coordonner les politiques. Marie Arena a reconnu qu'"on sera plus forts lorsqu'il y aura un Bruxellois dans l'exécutif de la Communauté". Selon elle, cela ne s'est pas fait "parce que personne n'était prêt".
Rudy Demotte a quant à lui qualifié les propos du MR d'indignes. "On a entendu le président du MR dire qu'il n'était pas opposé à des transferts de compétences à condition que cela se fasse après 2009 (date des élections régionales)", a-t-il rappelé. Pour lui, il s'agit d'une "reculade car on veut participer au pouvoir quelles que soient les concessions à faire".
En conclusion, M. Demotte a plaidé pour que les partis retrouvent ce qu'il a appelé "l'esprit de Saint Polycarpe" tandis que Marcel Cheron disait qu'il fallait dépasser "le lourd passif francophone du passé". (Belga)

