vendredi 13 novembre 2009
Travail : écart encore accru entre les très hauts salaires et les autres
Ouest-France - 13/11/09 - Charles Dutertre

L'écart entre les très hauts salaires, le 1% de salariés à temps complet les mieux payés du privé, et les autres, s'est "accentué" au cours des dix dernières années, selon des données publiées vendredi par l'Insee dans son édition 2009 du Portrait social de la France.
En 2007, le 1% de salariés les mieux rémunérés du privé, soit 133.000 personnes, ont disposé en moyenne d'un salaire brut de 215.600 euros.
C'était trois fois plus que le salaire moyen des autres salariés du même décile (les 10% les mieux payés) et près de sept fois le salaire moyen de l'ensemble des salariés à temps complet du secteur privé (31.984 euros).
"Alors que le salaire brut médian des salariés du privé à temps complet a augmenté, en euros constants, au rythme annuel moyen de 0,65% de 1996 à 2007, le dernier centile (le 1% les mieux payés ndlr) a crû, lui, de 1,35%", précise l'institut.
L'écart s'est accentué au cours de la période 1996-2007 : les très hauts salaires ont gagné 8,5 fois le salaire médian en 2007, contre 6,6% en 1996, et percevaient 6,8% de la masse salariale totale des temps complets, contre 5,5% en 1996, selon l'institut national de la statistique et des études économiques.
Si ces très hauts salaires existent dans tous les secteurs d'activité, trois secteurs en concentrent plus de la moitié alors qu'ils représentent moins de 20% du total de l'emploi privé : le conseil et l'assistance, les activités financières et le commerce de gros, note l'Insee.
Ces personnes sont "essentiellement" des cadres ou des dirigeants (95%), notamment des cadres administratifs, des dirigeants salariés et des ingénieurs.
Cette population est aussi "très masculine", remarque l'Insee, ajoutant que "plus on s'élève dans la hiérarchie salariale, plus la proportion d'hommes s'accroît (55% dans l'ensemble des salariés du privé, 65% pour ceux à temps complet, 79% pour les 10% les mieux payés, 87% pour les très hauts salaires)".
mardi 3 novembre 2009
Négociations sur la réforme de la médecine du travail : un sentiment d’inachevé
Encadrement magazine CFE-CGC – N °168 – octobre 2009-11-03- Extraits…
Le 11 septembre dernier s’est achevée la négociation sur la réforme de la médecine du travail (supervisée par le ministre du Travail Xavier Bertrand ), avec le sentiment d’un projet qui n’est pas allé aussi loin qu’il aurait dû. La plupart des organisations syndicales ont manifesté leur désaccord.
La CFE-CGC, pour sa part, ne signera pas cet accord qui consacre une gouvernance des services de santé entre les mains des employeurs. Elle a pesé de tout son poids pour faire valoir que seul un véritable paritarisme entre les organisations syndicales et patronales pouvait établir la transparence financière et permettre le contrôle des différents acteurs du service, en vain.
Elle ne peut accepter la consécration de l’inégalité des traitements entre les salariés sous prétexte que les pouvoirs publics n’ont pas su anticiper la pénurie !
Elle dénonce la définition de l’aptitude au travail proposée par les employeurs qui conduit à une médecine de sélection au détriment d’une médecine de protection.
Elle s’est élevée contre la proposition de limiter fortement l’obligation de reclasser les salariés accidentés qui est à la charge des employeurs.
Elle n’accepte pas l’idée actée de faire payer à l’assurance maladie l’indemnisation du salarié pendant les 21 jours qui suivent son avis d’inaptitude. C’est aux employeurs d’assurer les conséquences de leur décision de licencier !
De nombreux sujets sont renvoyés à un « groupe de travail », notamment la révision des critères de fixation des cotisations patronales versées aux services de santé.
La déception est grande. Le patronat n’a pas pris la mesure des conséquences de ces nouveaux changements en terme de coût. La surveillance médicale des salariés est en régression.

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Un plus grand espacement des visites médicales en entreprise (Santé-repère.fr)
La mesure principale du texte concerne les visites médicales périodiques réalisées par les médecins du travail. En effet, est prévu le report de la périodicité des visites médicales en entreprise. Elles seraient dorénavant espacées de trois ans, et non plus tous les deux ans comme aujourd’hui, avec la possibilité de dérogations régionales lorsque sera constatée la pénurie de médecins..
Alors que la majorité des syndicats (CFE-CGC, CGT), ne sont pas satisfaits de cette réforme de la médecine du travail, la CFDT est la seule à vraiment soutenir cette proposition, qui tient compte de la pénurie croissante de médecins du travail.
En effet, un départ à la retraite massif des médecins est prévu au cours des cinq prochaines années. Le report de la périodicité des visites médicales en entreprise permettrait de dégager du temps pour que les médecins du travail aillent dans les entreprises.
De nombreux points ont été renvoyé à une commission de suivi de l’accord, qui sera chargée de faire pour fin 2012 un bilan global du texte.
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Alors que les risques psychosociaux et les maladies professionnelles s’accentuent, et au moment où France Télécom est confronté à une série de suicides au travail, le texte d’accord apparaît également loin de la réforme en profondeur souhaitée par le gouvernement. (news-assurances.com)
Contre la mesure annoncée qui vise à taxer les indemnités des accidentés du travail
MEETING UNITAIRE, 3 NOVEMBRE : Contre la mesure annoncée qui vise à taxer les indemnités des accidentés du travail
OBJET : A l’appel de P. Laurent A. Laguiller, J. Fraysse, JC Cambadélis, B. Hamon, M-N. Lienemann, N. Mamère, M. Billard, JL Mélenchon, O. Besancenot, N. Arthaud, Annick Coupé, Eric Beynel, W. Pelletier, G. Filoche... nous vous invitons au MEETING UNITAIRE qui se déroulera le 3 novembre, Bourse du Travail, à 18h30, Salle Grande Croizat, 3 rue du Château d’Eau, Métro : République.
La pétition est signable en ligne à l’adresse : http://www.non-taxation-at.net
Cher-e-s ami-e-s,
L’ensemble des signataires ci-dessous de l’appel lancé par la Fondation Copernic "Contre la mesure visant à taxer les indemnités des accidentés du travail", vous invitent au MEETING COMMUN, qui entend contrarier cette mesure particulièrement injuste.
Il se déroulera le mardi 3 novembre, 18h30, à la Bourse du Travail, salle Grande Croizat, 3 rue du Château d’Eau, métro : République.
Parmi les intervenants : Mathieu Bonduelle (Syndicat de la Magistrature), Benoît Hamon (porte parole national du PS), Pierre Laurent (coordinateur général du PCF), Nathalie Arthaud (porte parole de Lutte Ouvrière), Eric Beynel (porte parole national de Solidaires), Martine Billard (députée écologiste), Sandra Demarcq (executif du NPA), Alain Lipietz (Les Verts), Claude Debons (secrétaire national du Parti de Gauche), Isabelle Taraud (Syndicat des Avocats de France), Gérard Filoche (Inspecteur du Travail, CN PS), Willy Pelletier (coordinateur général de la Fondation Copernic)
Le vote sur cette disposition législative interviendra le 13 ou le 15 novembre. Le gouvernement vient d’affirmer qu’il s’agissait d’un texte "de justice sociale" ! Il est donc fondamental de ne pas laisser cette mesure obscène annoncée et assumée par le groupe UMP et nombre de ministres, sans résistance large. C’est d’ailleurs pourquoi, se retrouveront là, lors du meeting du 3 novembre, toutes les organisations de gauche.
La Fondation Copernic est par ailleurs à l’initiative de la campagne "Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?".
http://www.fondation-copernic. org/petition/index.php ? petition=3
Cordialement,
Willy Pelletier coordinateur général de la Fondation Copernic, 06-75-25-77-76
Gérard Filoche 06-07-48-11-67

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Contre la mesure annoncée qui vise à taxer les indemnités des accidentés du travail
Il y a quelque chose d’obscène dans la mesure annoncée qui vise à taxer les indemnités des accidentés du travail. C’est s’en prendre aux salariés dans leur chair. Alors que, subordonnés à l’employeur, ils viennent d’être brutalement vulnérabilisés par un accident survenu au travail. Alors qu’ils ne touchent déjà que 80 % puis 60 % du salaire journalier de base. Alors qu’ils sont frappés par les franchises médicales et les déremboursements. Alors que, très souvent, leur avenir est devenu incertain du fait du handicap qu’ils subissent.
La justice serait, au contraire, que les accidentés touchent davantage que la totalité de leur salaire, à titre de réparation. Ne pas imposer jusque-là les indemnités journalières des accidentés du travail n’était qu’une frêle compensation. La supprimer serait scandaleux. D’autant que le total des accidents du travail vient d’augmenter de 0,4 % depuis 2 ans. Et que les suicides à cause du travail, et pas seulement à France Télécom, ne sont pas reconnus légalement comme des accidents. Il faudrait aller exactement dans la voie inverse et mieux prévenir, protéger, réparer les accidents et les victimes.
Car il y a 2 morts par jour au travail dans le seul secteur privé, 16 % de plus entre 2006 et 2008. On dénombre 720 150 accidents du travail avec arrêt par an, 46 436 accidents avec incapacité permanente, 37 millions de journées d’indemnisation AT. Les rapports officiels reconnaissent, d’autre part, que le chiffre de 43 832 maladies professionnelles, avec 8, 7 millions de journées d’IT, est largement sous-déclaré.
Ce sont des chiffres ? Non, ce sont des vies. Des dizaines de milliers de vie que l’organisation du travail brise. Nous appelons à la mobilisation pour réagir, alerter, rassembler tous celles et ceux qui sont scandalisé-e-s, de façon à faire reculer, catégoriquement, cette mesure inique, intolérable, inhumaine.
lundi 2 novembre 2009
Chômage : la hausse continue
Altrnatives Economiques - Sandra Moatti - 30 octobre 2009
Le gouvernement affirme que la montée du chômage ralentit. Malheureusement, les chiffres ne confirment pas son optimisme.

Le nombre de demandeurs d'emploi atteint 2 574 900 en septembre, soit 21 600 de plus qu'au mois d'août, affirme le gouvernement. Il ne s'agit cependant que des demandeurs d'emploi de catégorie A, c'est-à-dire ceux qui sont non seulement en recherche active, mais qui n'ont pas du tout travaillé durant le dernier mois. Il suffit en effet d'une heure de travail dans le mois pour passer en catégorie B et de 78H mensuel pour être en catégorie C. Or, à elles deux, ces deux dernières catégories - celles de demandeurs d'emploi ayant exercé une activité réduite - représentent 1,17 millions de personnes. Ce qui porte à 3 745 200 personnes le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A, B et C (ce sur quoi le gouvernement devrait communiquer s'il suivait les recommandations du CNIS, le Conseil national d'Information statistique). Soit 45 000 de plus qu'un mois auparavant.
Si on y ajoute les demandeurs d'emploi inscrits à pôle emploi mais dispensés de recherche active - parce qu'ils sont en stage, en formation, ou en maladie, on atteint 4 millions. Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les salariés au chômage partiel ou technique. Le nombre de ces derniers a été multiplié par 10 en un an et atteignait (selon les derniers chiffres disponibles de juin 2009) 320 000 personnes.
Mais si la dégradation de l'emploi continue, elle ralentit, assure le gouvernement. Entre novembre 2008 et avril 2009, les rangs des demandeurs d'emploi augmentaient chaque mois de plus de 50 000, jusqu'au record de 100 000 demandeurs de plus en janvier. On serait donc en phase de décrue... En réalité ce n'est pas le cas : depuis le mois de juin dernier, on assiste mois après mois au contraire à une nouvelle augmentation des flux d'entrée au chômage, que l'on prenne les catégories A, ou A, B et C.
Dans ses dernières projections, l'OFCE prévoit une hausse du chômage de 800 000 personnes sur les deux années 2009-2010. Après une augmentation de près de 400 000 sur les deux premiers trimestres 2009, il faudrait donc s'attendre à une hausse équivalente sur les 18 mois suivants, soit 22 000 chômeurs supplémentaires par mois. On serait donc désormais en quelque sorte sur un rythme de croisière pour l'année qui vient.
L'examen des motifs de sortie des listes de Pôle Emploi n'incite d'ailleurs pas à l'optimisme. Pourquoi les demandeurs d'emploi sortent-ils des listes ? Un sur cinq seulement parce qu'il retrouve un emploi. Dans près de la moitié des cas, il s'agit d'une « cessation d'inscription par défaut d'actualisation ». Cette catégorie contient certes des chômeurs qui ont retrouvé un emploi sans avoir pris la peine de le signaler à Pôle emploi, mais elle marque aussi la montée du découragement parmi les chômeurs du fait de l'absence de perspectives sur le marché du travail ou... de la désorganisation de Pôle emploi.
En outre, les premiers entrés sont rarement les premiers sortis. Le rythme de croissance des demandeurs d'emploi de longue durée (plus d'un an) accélère : ils étaient 1 274 500 en septembre (catégories A, B et C) pour la France entière. De quoi redouter une explosion de la pauvreté quand ces chômeurs arriveront en fin de droit...
mardi 27 octobre 2009
Ils viennent d'être diplômés : 29 % seulement ont un « vrai boulot »
Ouest-France - mardi 27 octobre

Jeunes diplômés. Ils sont diplômés d'un BTS, d'une licence pro, d'un master, d'une école de commerce ou d'ingénieurs depuis juin, septembre ou octobre. Où en sont ces jeunes qui viennent de tourner définitivement la page des études ? À la demande du Haut-commissariat à la jeunesse, l'institut de sondages TNS-Sofrès s'est penché sur leur insertion. Elle en a interrogé 1 006, du 5 au 12 octobre.
Sept sur dix n'ont pas de « vrai emploi ». Début octobre, seulement 29 % de ces jeunes diplômés ont trouvé un emploi (pas forcément en CDI) et n'en cherchent plus. A contrario, ils sont 43 % à chercher, sans autre activité. 11 % continuent de chercher tout en ayant un petit boulot en lien avec l'emploi qu'ils recherchent, 8 % cherchent tout en occupant un petit boulot qui n'a rien à voir avec leurs recherches. Et 9 % sont en stage.
Plutôt un statut de cadre. Ceux qui sont en stage ou occupent déjà un poste ont des statuts de cadres ou de professions libérales, dans 45 % des cas. 37 % exercent des professions intermédiaires, 13 % des postes d'employés, 3 % des postes d'ouvriers.
Plutôt contents. Une très large majorité (plus de 67 %) de ceux qui ont un emploi sont satisfaits de leur poste. Car il correspond à leur qualification, au statut espéré, à leur spécialisation et à la rémunération espérée. Mais, de ce point de vue, petite déception : 18 % ne sont pas du tout ou pas vraiment contents de leurs salaires.
Rémunération moyenne : 1 625 €. Les inégalités sexuelles persistent : les femmes touchent en moyenne 1 550 €, les hommes 1 700 €. Aux deux extrêmes, 28 % de ceux qui sont en stage ou qui travaillent touchent moins de 1 249 €, et 19 % touchent plus de 2 250 €.
Des perspectives. Deux tiers de ceux qui sont en stage ou en CDD ont une perspective d'embauche en CDI dans leur entreprise. C'est même le cas pour 88 % des diplômés de BTS.
Petits boulots. Le petit boulot que certains exercent en continuant à chercher un emploi correspond, dans 57 % des cas, à leur formation et le type d'emploi qu'ils recherchent. Dans 42 %, ça n'a rien à voir.
Des CV par dizaines, peu d'entretiens. En moyenne, ceux qui ont été recrutés ont envoyé vingt-deux CV, ceux qui cherchent encore en sont à trente-quatre. Mais, parmi ces derniers, 24 % en ont envoyé plus de cinquante et un ! Au bout de ces démarches, ils décrochent peu d'entretiens : trois en moyenne.
Pour chercher, Internet toute ! Moyen le plus efficace pour trouver un job : les sites d'offres d'emploi, à 40 %. Et Pôle emploi ? Parmi ceux qui ne s'y sont pas inscrits, 30 % ne le jugent pas utile ; 23 % n'ont pas eu le temps ; 14 % ne connaissent pas Pôle emploi ; 11 % n'y ont pas pensé ; 4 % sont inscrits à l'Apec, agence pour l'emploi des cadres. Mais, parmi ceux qui sont inscrits à l'Apec, 88 % n'ont jamais passé un entretien avec un conseiller.
S'insérer ? Dur ! Finalement, 88 % des jeunes diplômés trouvent difficile de trouver un emploi.
mardi 20 octobre 2009
Geneston 44 - Entreprise confection - À Racineux, des salariés résignés et abattus
Ouest-France samedi 17 octobre 2009

Racineux Production et sa branche commerciale, la Sadev, ont été rachetées en 1997 par un pôle d'actionnaires, la holding Retz Participations. L'entreprise de confection fermera le 23 octobre.
L'entreprise de confection Racineux Production, spécialisée dans les vêtements masculins haut de gamme, fermera le 23 octobre. Les derniers jours sont pesants à Geneston.
Reportage
Elle vient de couper le moteur de sa voiture. Badge à la main, Réjane, 50 ans, s'apprête à aller travailler. Pointer à 8 h. Dans une semaine, ce sera fini.
Fini l'aventure Racineux Production, à Geneston. L'entreprise de confection, spécialisée dans le prêt-à-porter masculin haut de gamme, va disparaître. Le tribunal de commerce de Nantes a prononcé sa liquidation judiciaire mercredi. Le bout de la procédure de redressement judiciaire, entamée le 27 mai.
« Ça faisait presque trente-quatre ans. Comment dire, c'est peut-être l'instinct. Mais je m'attendais à ce que ce soit la fin », se désole Réjane, sur le parking. Sous les regards solidaires de ses collègues. Elles ne sont plus que 75. Une vingtaine, affectées à la coupe, ont reçu leur lettre de licenciement jeudi.
Quarante-huit autres sont parties en juin. « Y a plus rien, plus d'ambiance, plus de motivation », enchaîne une employée. La peine se lit sur son visage fatigué. On devine des nuits d'angoisse. Réjane, elle, est « sereine. Je vais essayer de me recycler dans la sellerie ».
ll y a encore un an, 176 salariés travaillaient à Racineux Production. L'état d'esprit des filles ? « On vit un drame. » Correction : « On subit. On n'a pas le choix. »
Alain Racineux, le gérant, sort de son bureau. L'échange est sec. « Porter ce nom aujourd'hui dans un petit bled, c'est pas facile ! », confie le directeur. Le poids de l'histoire familiale sur ses épaules. « Mon père, René, était artisan tailleur. Il a fondé l'entreprise en 1946. Quand j'ai commencé en 1979, il y avait 220 salariés », raconte-t-il, une cigarette entre les doigts. « Je refume. Le stress. » Sur son bureau, une plaquette d'antidépresseurs. Lui aussi vit « un traumatisme ».
Comment une société à l'image de marque prestigieuse et collaborant avec des grandes griffes, comme « Pierre Cardin, Azzaro, Paco Rabanne, Christian Lacroix, Agnès B... », a pu en arriver là ? « La crise est dans le textile depuis 1981. De grands groupes industriels ont délocalisé dans les pays de l'Est. On sentait le danger venir. On a suivi. Si on n'avait pas délocalisé en Roumanie, il y a vingt ans qu'on n'existerait plus. » 30 % fabriqués en France, 70 % à l'étranger, l'équilibre pour résister.
« Un gâchis humain et industriel »
Entre 1992 et 1997, le chiffre d'affaires est multiplié par deux. Mais en 1999, « la pression des prix et un coup dur » font tout basculer. Instauration des 35 heures, réduction des effectifs. Puis, fin 2008, la chute. Brutale. « Notre chiffre d'affaires a été divisé par trois. » Moins 75 % de commandes de la part d'Agnès B. « Ça m'a en partie tué. »
Chômage partiel dès janvier. Dépôt de bilan fin mai. La spirale infernale s'achèvera vendredi 23 octobre. « Même aux enchères, le matériel n'intéresse plus personne. C'est un gâchis humain et industriel. »
La porte s'entrouve. Les salariés investissent le bureau. « Vous n'avez aucune considération pour nous. On n'en peut plus ! », lance une ouvrière. La majorité a la quarantaine ou dépasse la cinquantaine. « Je comprends leur colère. Mais elles ont été exemplaires. » Les larmes lui montent aux yeux. Les filles sont parties juste avant.
Soizic QUERO.Ouest-France
samedi 26 septembre 2009
PONTONX - L'inquiétude monte chez les ex-Sony
SUD-OUEST Landes 25 Septembre 2009
PONTONX. Les licenciés de Sony seront ce matin devant la préfecture à Mont-de-Marsan. Si la reprise de l'usine par Solarezo est en cours, leur horizon reste plus flou que jamais
Ce matin, les ex-salariés de Sony seront une nouvelle fois devant les grilles de la préfecture à Mont-de-Marsan où se tiendra une réunion du comité de pilotage chargé de superviser le reprise du site de Pontonx par Solarezo. Toutefois, si ce transfert est toujours sur les rails, les ex-Sony pointent aujourd'hui une série d'inquiétudes quant à leur éventuelle réintégration dans cette usine où il ne sera plus question de cassettes vidéos mais de photovoltaïsme.
Explication et réponse point par point de Laurent Giraud, le PDG de Solarezo.
1 Des salariés portés « disparus »
Les ex-Sony sont-ils toujours prioritaires pour les futurs emplois que compte créer Solarezo à Pontonx ? Si la question a toujours été plus ou moins latente ces dernières semaines, les quelque 300 salariés licenciés en avril dernier se la posent aujourd'hui ouvertement.
Pour la simple et bonne raison qu'ils ont « disparu » de la convention de revitalisation signée entre l'État et Sony
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« Ce texte, qui prévoit des indemnités pour toutes nouvelles embauches sur le site, ne mentionne pas les salariés de Sony, regrette Guy Delmas, membre du comité de soutien. Il a été décidé dans ce texte de favoriser la collectivité et non pas les ex-salariés de Sony. Concrètement, ceux qui créeront des emplois toucheront les aides qu'ils embauchent des ex-Sony ou non. C'est grave, car les salariés de Sony se sont battus pour sauver leurs emplois et aujourd'hui ils ont le sentiment que les nouveaux emplois qui seront créés ici risquent de leur échapper. »
L'avis de Laurent Giraud : « Nous ne sommes pas signataires de cette convention de revitalisation.
Mais nous avons toujours dit qu'à profil égal, les ex-Sony seraient prioritaires ».
2 Les futurs emplois toujours inconnus
Autre inquiétude pour les ex-Sony : s'ils connaissent le discours de Laurent Giraud qui veut débuter l'activité photovoltaïque le plus tôt possible, en l'occurrence en décembre si tout va bien, ils se demandent comment ils pourront être, eux,... opérationnels.
Et pour cause, comme l'explique Guy Delmas : « À ce jour, Solarezo n'a pas communiqué à la cellule de reclassement tous les profils d'emplois que cette entreprise souhaite mettre en place. » Résultat, la perspective d'intégrer Solarezo étant la priorité d'une grande majorité des ex-Sony, pratiquement aucun d'entre eux n'a encore entamé un cycle de formation afin de favoriser leur reconversion. « Comme nous ne connaissons pas les futurs métiers qui seront créés par Solarezo, on ne va pas se lancer dans une formation qui ne servirait à rien », témoigne un salarié
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Sauf que cette attente est préjudiciable pour tout le monde. En effet, comment l'entreprise peut-elle espérer démarrer rapidement sans des employés un minimum formés au photovolaïsme ? Sachant qu'en attendant, les salariés voient leur congé de reclassement fondre de semaine en semaine. « Ils ont perdu cinq mois, résume Guy Delmas, alors que la cellule de reclassement est là pour douze à dix-huit mois. »
L'avis de Laurent Giraud : « Chacun sait que le transfert n'est toujours pas signé.
Il y a des procédures en cours. Nous faisons tout notre possible pour accélérer les choses. Mais dès que le transfert sera signé, nous communiquerons sur les postes ouverts »
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3 Une aide financière pas si incitative ?
Enfin, sur le plan des aides financières accordées au futur repreneur, là aussi se dessinent quelques nuages. « Sony s'est engagé à verser 6 millions d'euros de subventions, ce qui est un bon point, souligne Guy Delmas. Mais cette subvention n'est valable que s'il y a 310 emplois créés sur le site en trois ans. Or, le projet Solarezo repose sur 200 emplois. Donc, ce ne sera pas 6 millions d'euros, mais plutôt 4. »
En outre, le comité de soutien s'interroge sur le caractère réellement incitatif de l'aide. « Pour chaque création d'emplois, Solarezo touchera 20 000 euros d'aide et 6 000 euros de plus si cela concerne un ex-Sony, détaille Guy Delmas. Donc, ce n'est pas dit que ces 6 000 euros soient réellement incitatifs. Il aurait peut être été préférable que cette part là, réservée aux ex-Sony, soit plus élevée. »
L'avis de Laurent Giraud : « Les aides sont un plus. Mais elles ont une vocation temporaire. Notre objectif est de créer une entreprise qui aura des résultats positifs sur la durée ».
Auteur : jefferson desport j.desport@sudouest.com
samedi 12 septembre 2009
France Télécom - Nouvelle tentative de suicide d'une salariée
LEMONDE. avec AFP | 11.09.09
Une salariée de France Télécom se trouve entre la vie et la mort après s'être jetée vendredi du 4e étage d'un immeuble du groupe dans le 17e arrondissement à Paris. "Grièvement blessée", elle a été conduite à l'hôpital Beaujon, a précisé la source policière.
Elle n'est pas morte, mais dans un état très grave, entre la vie et la mort", a déclaré Pierre Morville, délégué syndical central CFE-CGC. La jeune femme, âgée de 32 ans, était chargée de clientèle au service de recouvrement Orange. Contactée par l'AFP, la direction n'a pas pu confirmer l'information.
Selon M. Morville, le drame s'est déroulé vers 16 h 30, "à l'issue d'une discussion sur les réorganisations de services". Ce nouvel acte désespéré vient s'ajouter à une série de suicides au sein de France Télécom, où depuis février 2008 les syndicats ont dénombré 22 suicides de salariés, pour environ 100 000 salariés en France.
LES SYNDICATS DEMANDENT À L'ETAT DE S'IMPLIQUER
Mercredi, un technicien de Troyes s'est planté un couteau dans l'abdomen lors d'une réunion après avoir appris la suppression de son poste, ravivant le malaise des salariés. Ceux-ci ont protesté jeudi 10 septembre contre leurs conditions de travail et les méthodes de management, responsables, selon eux, de cette série noire.
La direction du groupe avait proposé de suspendre provisoirement les mobilités au sein du groupe. Elle a aussi annoncé l'ouverture de négociations sur le stress à partir du 18 septembre, et le recrutement de 100 "DRH de proximité" et de médecins du travail supplémentaires.
Après ce nouveau geste désespéré, deux syndicats de l'entreprise ont réclamé vendredi un "geste fort" à l'Etat pour aider le groupe en pleine mutation. "Nous n'interpellons plus la direction de France Télécom, mais nous interpellons le gouvernement français, dans la mesure où c'est le principal actionnaire et le principal employeur du groupe, il faut qu'il intervienne", a déclaré Pierre Morville. "Quelles que soient les qualités des réponses émises jeudi par l'entreprise, il est évident que ce n'est pas suffisant, il n'y a pas eu d'effet d'annonce suffisamment fort", a-t-il estimé.
Selon son entourage, Xavier Darcos, ministre du travail, devrait rencontrer le PDG de France Télécom, Didier Lombard, "dans les plus brefs délais pour travailler ensemble aux solutions appropriées".
jeudi 10 septembre 2009
France Télécom : tentative de suicide - syndicats et direction n'arrivent pas à enrayer le malaise social
Le Monde du jour - Hier d'un employé à Reims. 22 personnes se sont suicidées au sein du groupe depuis février 2008, selon la CFDT, qui met en cause ses méthodes de gestion. Un comité sur les conditions de travail de France Télécom est prévu ce jeudi à Paris
Enquête
France Télécom : syndicats et direction n'arrivent pas à enrayer le malaise social
LE MONDE | 08.09.09
Depuis mi-Juillet, six salariés se sont suicidés. Le groupe ouvre des négociations sur les risques psychosociaux
Quelque chose ne tourne pas rond chez France Télécom. Pour la sixième fois depuis la mi-juillet, selon l'Observatoire du stress créé par la CFE-CGC et Sud-PTT, un salarié du groupe s'est suicidé, dans la nuit du 29 au 30 août.
Michel, 52 ans, était technicien dans le centre de recherche de Lannion (Côtes-d'Armor). Marié, père de trois enfants, ce militant de la CFDT n'a laissé aucun message expliquant les raisons de son geste. Mais d'après plusieurs responsables syndicaux, sa mort est liée à une organisation du travail qui engendre de la souffrance au sein de l'opérateur de télécommunications.
"Il était isolé dans son environnement professionnel depuis plusieurs mois, rapporte la CFDT. La seule action de sa ligne hiérarchique a été de lui fixer un "objectif d'amélioration de son comportement".
Voilà maintenant plusieurs années que les suicides de salariés chez France Télécom défraient la chronique. Les syndicats reprochent à la direction d'avoir sous-estimé l'importance de ces drames révélateurs - selon eux - d'un profond malaise. A la fin août, le groupe a accepté d'ouvrir des négociations sur la "prévention des risques psychosociaux". Une réunion avec les représentants du personnel est prévue, jeudi 10 septembre à Paris.
Pour la direction, il est un peu hâtif d'expliquer cette série de disparitions brutales par la situation dans l'entreprise. "Je peux tout à fait comprendre qu'il puisse y avoir un lien entre le travail et ces gestes, mais affirmer le lien de cause à effet est trop simpliste, affirme Olivier Barberot, directeur des ressources humaines (DRH). Tous les experts nous disent que l'on a plusieurs vies et que les causes des suicides ne sont pas uniques." S'agissant du nombre de salariés de France Télécom qui se sont donné la mort, "on n'observe pas de rupture", ajoute M. Barberot : "Il y en avait eu 29 pour la seule année 2002, 22 en 2003, 12 en 2008."
Toutefois, la direction reconnaît que l'organisation du groupe a été chamboulée par les bouleversements technologiques dans les télécommunications. L'explosion du téléphone mobile, l'engouement pour les offres d'accès à Internet haut débit et la convergence avec l'univers des médias ont conduit de nombreux salariés à changer de métier.
Entre 2006 et 2008, il y a eu 14 000 "mobilités internes" vers des secteurs prioritaires (technologie ADSL, mobile, fonctions commerciales). Le DRH admet aussi que la privatisation du groupe, amorcée en 1997, a brouillé les repères des salariés qui ont le statut de fonctionnaires : âgés en moyenne de plus de 46 ans, héritiers d'une culture de service public, ils sont soumis à des logiques de rentabilité ayant peu à voir avec la période où ils sont entrés dans l'entreprise.
Enfin, la direction n'a jamais fait mystère de sa volonté de réduire les effectifs. Annoncé en 2005 par Didier Lombard, PDG du groupe, le plan Next prévoyait 22 000 départs en France. Mission accomplie, sachant que dans le même temps, un peu plus de 5 000 personnes ont aussi été embauchées (soit, au final, 16 800 postes en moins dans l'Hexagone).
Pour les syndicats, un autre facteur doit être mis en avant et dénoncé : le "management par la peur", selon la formule de Gérard Berthomier, délégué syndical CFDT. "On a le sentiment qu'"ils" veulent pousser les gens vers la sortie en les faisant craquer", insiste-t-il. Tous les moyens sont bons, aux dires de plusieurs syndicalistes : remontrances quand les résultats de ventes ne sont pas conformes à des objectifs par ailleurs inaccessibles, changement de missions à intervalles très réguliers...
A Marseille, le cadre qui s'est suicidé à la mi-juillet a laissé une lettre où il écrit que le travail est "la seule cause" de son geste. Il avait été transféré vers de nouvelles activités sans recevoir une formation suffisante, raconte Denis Capdevielle, de la CGT. En outre, à la faveur d'une énième réorganisation, "il s'était retrouvé en concurrence directe avec des personnes qui faisaient le même travail que lui", poursuit-il.
Désireux de "rationaliser" sa présence régionale, le groupe a fermé une quarantaine de sites en province entre 2006 et 2008, ce qui inflige une forte pression aux personnels concernés.
Basés jusqu'à présent à Cahors (Lot), une cinquantaine de salariés se voient aujourd'hui proposer d'aller travailler à Montauban (Tarn-et-Garonne), à une heure de voiture au minimum : "Les trois quarts de l'équipe sont fonctionnaires, ont plus de 50 ans, des enfants au collège ou au lycée qui ont grandi ici, souligne Sébastien Pons, de la CGT. Pourquoi imposer une chose pareille alors que l'entreprise est en bonne santé financière ? Pourquoi ne pas instaurer du télétravail ? Ce que nous faisons à Cahors - des tâches administratives de back office -, nous pourrions le faire n'importe où puisque nous ne sommes pas en contact avec la clientèle."
L'ambiance est devenue si lourde par endroits que certains médecins du travail ont donné leur démission, estimant qu'ils ne pouvaient plus travailler dans de bonnes conditions. Neuf praticiens ont ainsi quitté le groupe au cours des deux dernières années, d'après Pierre Morville, délégué syndical central CFE-CGC-UNSA.
A Paris, un médecin du travail de France Télécom est tombée en dépression, "car elle ne pouvait pas exercer sa profession en toute indépendance", raconte son avocate, Me Rachel Saada. "Elle était constamment interpellée par un chef d'unité qui lui demandait de justifier les avis qu'elle rendait à propos de l'aptitude des salariés à occuper tel ou tel poste", relate-t-elle. Finalement, elle est partie.
"Il faut remettre de l'humanité dans les rapports sociaux en rétablissant des managers et des responsables ressources humaines de proximité", martèle Patrice Diochet, de la CFTC. Cette idée-là a d'ailleurs été évoquée, le 26 août, par la direction lors d'une rencontre avec les syndicats. Preuve que le groupe a décidé de prendre le problème à bras-le-corps ?
Bertrand Bissuel et Cécile Ducourtieux
Un salarié de France Télécom tente de se poignarder en pleine réunion
LEMONDE. avec AFP | 09.09.09 | 16h54
Un technicien de France Télécom du centre d'intervention de Troyes, à qui sa direction venait de confirmer que son poste était supprimé, a tenté de se suicider, mercredi 9 septembre, lors d'une réunion d'équipe.
"Ses jours ne semblent pas en danger, il est hospitalisé et conscient", a indiqué la direction de France Télécom, confirmant une information de RTL. Selon la radio, l'homme, âgé d'une cinquantaine d'années, avait appris récemment sa mutation d'office. Le salarié, fonctionnaire, "venait d'apprendre que son poste était supprimé et que les postes disponibles étaient à une centaine de kilomètres", a de son côté expliqué un syndicaliste de SUD-PTT.
"AUCUN REFUS DE MOBILITÉ"
Le manager avait organisé une réunion de service mercredi matin, et c'est lors de cette réunion, devant une quinzaine de personnes, que le drame s'est produit, a précisé ce syndicaliste. Selon un porte-parole du groupe, l'homme "n'a à aucun moment manifesté un refus de mobilité". Ce salarié "travaillait dans une structure d'intervention auprès des entreprises, dont le volume d'activité a diminué, et dont il fallait transférer des salariés vers une structure d'intervention chez les particuliers", a justifié ce même porte-parole.
Fin août, un autre salarié de France Télécom avait mis fin à ses jours à Lannion (Côtes-d'Armor), une mort que la CFDT avait mis en "lien direct" avec les méthodes de gestion de la direction. Selon le syndicat, 22 personnes se sont suicidées au sein du groupe depuis février 2008. Un Comité national santé, hygiène, sécurité et conditions de travail au sein de France Télécom est prévu jeudi.
mardi 1 septembre 2009
Seniors en entreprise - Serge, cadre de 62 ans : " En fin de carrière, être traité ainsi, c'est honteux "
LE MONDE | édition du 29.08.09 | 17h30
Le 1er janvier 2010, les salariés pourront rester en activité jusqu'à 70 ans.
En attendant, leurs départs s'accélèrent.
LE 31 décembre, à 62 ans, Serge prendra sa retraite. Une retraite bien méritée mais pas désirée. Cadre supérieur chez XL Insurance (société d'assurance auprès de grandes entreprises, filiale du groupe bermudien XL Capital), il voulait travailler jusqu'à 65 ans. Ayant été victime de graves problèmes de santé, sa fille poursuit ses études à Montréal (Canada) et "ça coûte cher", déplore-t-il.
Mais son employeur en a décidé autrement. D'abord, celui-ci emploie la manière douce. En février 2008, alors que Serge vient d'avoir 60 ans, le directeur des ressources humaines (DRH) lui demande s'il veut poursuivre son activité. Oui, jusqu'à 65 ans, lui répond Serge. "Mon DRH m'a donné son accord par courriel", affirme-t-il.
Un an plus tard, nouvelle tentative du DRH, même réponse.
Alors le DRH change de méthode. Pour lui, il y a urgence à clore ce dossier car, au 1er janvier 2010, l'accord de branche des sociétés d'assurance permettant la mise à la retraite d'office (MRO) d'un salarié ayant suffisamment cotisé (160 trimestres validés) pour bénéficier d'une retraite à taux plein ne sera plus applicable.
A plusieurs reprises, le relevé de carrière est demandé - un document que seul le salarié peut obtenir auprès de la Caisse nationale d'assurance- vieillesse (CNAV).
Puis, dans un courriel, il est exigé sous quinze jours. Mais Serge part en vacances.
A son retour, le 12 juin, deux lettres l'attendent : une convocation pour le 17 juin à un entretien préalable à sa MRO ; une assignation de son employeur, pour le 10 juillet, devant les prud'hommes de Paris, afin d'obtenir la communication du relevé. Sous le choc, Serge est mis deux semaines en arrêt maladie. Mais sa société n'en a pas fini avec lui.
"ON NE VEUT PLUS DE TOI"
"Un jour, deux policiers débarquent dans mon jardin. "La grille n'est pas fermée, la porte de la maison est ouverte, le chien jappe, il y a tous les signes de la présence d'un mort...", m'ont-ils dit, en m'expliquant que mon employeur, inquiet pour ma santé, leur avait demandé de se rendre chez moi. Mais c'était pour me pousser à bout."
Les prud'hommes, auquel Serge a indiqué qu'il pensait avoir cotisé 160 trimestres, lui ont ordonné de fournir son relevé à son employeur. Le dossier est clos. "Le DRH m'avait prévenu que s'il n'obtenait pas gain de cause, il me licencierait. "On ne veut plus de toi", m'avait-il dit. Quelle violence !, lance Serge. En fin de carrière, être traité ainsi, c'est honteux." XL Insurance n'a pas souhaité faire de commentaires.
Francine Aizicovici
Les entreprises rechignent à garder leurs seniors
LE MONDE | 28.08.09 |
