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vendredi 15 février 2008

Peut-on prendre une tragédie par la main ?

Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne 14/02/08

Prendre un enfant de la Shoah par la main… L'initiative de Nicolas Sarkozy annoncée hier devant le conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) provoque un malaise. Un profond malaise même. On ne saurait douter des bonnes intentions du Président, mais l'enfer en est pavé.

L'intention peut paraître louable : on a tant insisté sur le devoir de mémoire, sur la nécessité pour les générations à venir de ne plus être coupées du passé, qu'on pourrait se réjouir de cette volonté affirmée pour chacun de renouer avec son histoire, avec toute son histoire, y compris ses moments les plus tragiques. C'était le sens aussi de la lecture de lettre de Guy Môquet.

Mais si cette lecture lacrymale avait provoqué débat, ce nouvel appel à la mémorisation enfantine devrait soulever encore plus de polémiques. Le Président qui a pris en personne la parole devant le CRIF, ce que n'avait fait aucun chef d'Etat avant lui à l'exception de François Mitterrand, en 1991. Chirac s'était gardé de s'y rendre ensuite et s'était fait représenter par son chef de gouvernement. Or, cette fois, sans qu'il y ait de célébration exceptionnelle, non seulement le Président a fait le déplacement mais il était escorté de François Fillon et de pas moins d'une vingtaine de ministres; Ajoutons que Nicolas Sarkozy en a profité pour annoncer qu'il se rendrait en Israël au mois de mai et qu'il prononcerait, je cite, « un grand discours devant la Knesset ». Comme s'il n'en avait jamais prononcé de petit ! Mais ce type d'annonce ne devrait-il pas être réservé à d'autres enceintes : le CRIF n'est pas l'ambassade d'Israël.

Il y a là une confusion. Mais comme il y en a une autre et plus grave encore dans cette charge d'âme infligé aux enfants de nos jours. Peut-on prendre une tragédie par la main et, plus encore, la Shoah, si exceptionnelle, si insupportable ? Et tout cela en jouant du ressort émotif, si pernicieux.

« Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ». Voilà l'argument massue de Sarkozy. L'émotion, l'émotion comme moteur de la prise de conscience du passé. Est-ce qu'on fait de la bonne histoire avec de l'émotion à la louche, pour ne pas dire, à la bassine ? Certes non. L''émotion à grosses doses tue la réflexion. L'émotion appelle l'émotion et submerge la raison. Elle pousse à la passion dévastatrice. Jusqu'au rejet meurtrier.

A force de vouloir imposer les morts aux vivants, on va susciter une répulsion, une bataille de morts, certains refuseront les enfants juifs qu'on aura voulu leur imposer par l'émotion. Ils y opposeront les enfants de leur famille, de leurs cousins de leur patrie d'origine. La spécificité même de la Shoah risque d'être balayée par ce recours systématique à l'émotionnel. La vie n'est pas un feuilleton hollywoodien où il faut faire pleurer pour convaincre ou instruire. Le devoir de mémoire n'est pas le sentimentalisme et il ne se confond pas avec l'Histoire. Que les programmes scolaires soient renforcés, très bien. Qu'ils traitent mieux de la Shoah, de son mécanisme, de sa logique tragique, parfait. Mais inutile de coller un fantôme comme un boulet derrière chacun.

Prendre un enfant juif martyr par la main ? Et pourquoi pas aussi un enfant malheureux du Darfour ou de Palestine ? Et pourquoi pas un enfant triste et exclu de banlieue ? Et pourquoi pas aussi un enfant battu du palier d'à côté ? On se perd à vouloir entrer dans la ronde infernale du malheur.

sarkoy_shoah

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Enseignement de la Shoah : le projet de Sarkozy inquiète les syndicats

NOUVELOBS.| 14.02.2008 | 16:26

"Confier la mémoire" d'un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2 pourrait avoir "un effet contraire à l'objectif recherché", estiment les enseignants du primaire, qui craignent des risques de "troubles psychologiques". Ils condamnent en outre une "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique".

Gilles Moindrot, le secrétaire général du Snuipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire, a estimé jeudi 14 février que "confier la mémoire" d'un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2 comportait des risques de "troubles psychologiques", tandis que le SE-Unsa s'est dit "particulièrement choqué" par l'initiative de Nicolas Sarkozy.


L'initiative du président Nicolas Sarkozy, qui a annoncé qu'il voulait que chaque élève de la classe primaire de CM2 se voie "confier la mémoire" d'un enfant français victime de la Shoah à partir de la rentrée scolaire 2008, pourrait avoir selon Gilles Moindrot "un effet contraire à l'objectif recherché".

Sentiment de culpabilité ou de responsabilité - "L'annonce du président de la République nous met mal à l'aise parce que faire que chaque élève de CM2 porte la mémoire d'un enfant de la Shoah peut entraîner des troubles psychologiques chez lui", a déclaré Gilles Moindrot à l'AFP. "Il y a le risque que cet enfant ou bien s'identifie, ou bien qu'il rejette cette identification, ou encore qu'il ait un sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d'un élève duquel il n'est aucunement responsable".
Estimant qu'on "n'a pas à faire peser sur un élève de 11 ans la responsabilité de ce qui s'est passé à cette époque là", le secrétaire général du Snuipp-FSU a ajouté que "la charge émotionnelle peut avoir des conséquences négatives, surtout pour un élève en plein développement".

Annonce faite sans consultation - Il a regretté une "annonce faite sans aucune consultation des enseignants psychologues et les pédopsychiatres, alors que c'est un sujet sensible", précisant que "cela peut avoir un effet contraire à l'objectif recherché: un élève peut par exemple ne prendre en considération que le côté macabre. Le président de la République ne fait pas preuve de grande prudence vis-à-vis de la psychologie des élèves de 10-11 ans".

"Nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique" - De son côté, le syndicat SE-Unsa déclare dans un communiqué qu'il "est particulièrement choqué de cette initiative du président de la République, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit. Faut-il que chaque enfant de 10 ans se voie désormais personnellement chargé d'un lourd parrainage posthume ?".
Enseigner l'histoire de la Shoah est "une affaire de professionnels" pour le syndicat, qui rappelle qu'"éduquer ne saurait être qu'affaire d'émotion".
Le syndicat déplore enfin que le président "vienne se situer à nouveau sur ce terrain, après l'épisode de la lettre de Guy Môquet" et condamne "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique". (avec AFP)

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lundi 11 février 2008

Quand un rectorat propose aux enseignants à la retraite de faire du rab sous forme de vacations sous-payées.

Libéblog - dimanche 10 février 2008

Place aux vieux : Dans la rubrique «On vit une époque formidable, tout devient possible ensemble», voici un petit bijou : une lettre envoyée par le rectorat de Créteil aux profs récemment partis en retraite.

«Madame, Monsieur,
Vous avez été admis à faire valoir vos droits à la retraite après avoir exercé des fonctions de professeur dans l’Académie de Créteil.
Je vous informe que vous avez la possibilité, si vous le souhaitez, de reprendre une activité enseignante au sein des collèges et des lycées de l’Académie. Cette activité, qui peut être exercée pour quelques heures hebdomadaires sur des suppléances de courte ou de moyenne durée, est rémunérée sous formes de vacations. Elle est désormais compatible avec la condition de retraité de la fonction publique (…). »

Signalons qu’une heure de vacation est payée au plus bas tarif des heures d’enseignement : 28 euros. Moins, donc, qu’une heure supplémentaire d’un prof titulaire en activité. Et je ne vous parle même pas du niveau des «heures sup défiscalisées».

Des esprits chagrins et pour tout dire syndicalistes vont sans doute voir dans cette lettre la confirmation de leur analyse passéiste sur la nécessité de recruter pour faire face aux besoins dans l’Education nationale.
D’autres, tout aussi chagrins et syndiqués, en profiteraient pour pleurer sur le montant des pensions.
D’aucuns, pessimistes et crypto-trosko, dénonceraient la déréglementation, les attaques contre les statuts, le recours à la précarité…

Laissons passer le cortège des râleurs de la France d’Avant. La Rupture est en marche! Le recteur, lui, est à la mode.
Son offre aux retraités n’a qu’un but : le bonheur de ces pauvres enseignants «senior» qu’un système de retraite réactionnaire et rigide, hérité d’un honteux passé socialo-communiste, prive injustement de la compagnie de leurs élèves.
Le recteur termine son offre par un très gentleman «Je vous prie d’agréer l’expression de ma parfaite considération».
On n’ose pas imaginer la situation en cas de considération moins parfaite…

Guillaume

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jeudi 7 février 2008

Discriminations : Pour les collégiens des cités, trouver un stage est une galère

Vincent Mongaillard et Claudine Proust mercredi 06 février 2008 | Le Parisien

En 3 e , le stage d'observation en entreprise est obligatoire. Mais pour les collégiens des cités sensibles, qui essuient leurs premiers refus, c'est l'occasion d'une première désillusion. Fadela Amara veut s'attaquer au problème.

ILS N'ONT pas le moindre piston, vivent dans un quartier sensible et sont souvent issus de l'immigration. Pour les collégiens en classe de troisième qui résident à la Cité des 4 000 à La Courneuve, au Val-Fourré ou aux Minguettes, trouver une entreprise qui accepte de les accueillir lors de leur stage d'observation d'une semaine relève du véritable parcours du combattant. « La discrimination existe, c'est évident », affirme le sociologue Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations.

Pour que ces « indésirables » puissent s'immerger ailleurs que chez le petit épicier du coin et découvrir les coulisses d'une société du CAC 40, Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, a proposé au président de la République d'intégrer dans le plan Banlieues (qu'il présentera vendredi matin à l'Elysée), la création d'une « banque de stages ». Un dispositif qui pourrait être expérimenté dès la rentrée prochaine dans une trentaine de collèges très difficiles. Les rectorats, en partenariat avec les chambres de commerce et d'industrie, mettraient à disposition des élèves des offres de stage et un carnet de bonnes adresses.

« C'est comme ça que se développe une parano »
« Aujourd'hui, ils n'ont pas le choix, ils restent dans leur environnement quotidien. Ils se sont rendu compte, après avoir essuyé des échecs en centre-ville, que ça ne servait à rien de démarcher », constate un jeune patron installé à la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes. « Les gamins pensent que personne ne veut d'eux, c'est comme ça que se développe une parano. Et on ne peut quand même pas les envoyer faire des stages chez les dealers ! », ironise Pierre Cardo, maire UMP de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Le gouvernement n'est pas seul à vouloir changer la donne.

« Au kebab du coin »
L'Afev, une association d'étudiants bénévoles qui se retroussent les manches dans les quartiers défavorisés, vient de lancer l'opération Collégien aujourd'hui-étudiant demain. Elle invite des salariés-tuteurs à rencontrer les ados des cités pour leur expliquer les codes de l'entreprise et les épauler dans leur quête de stage en faisant jouer leur réseau. Pour Eunice Mangano, qui pilote le projet, il y a urgence : « Ces jeunes ont parfois des parents qui eux-mêmes ne bossent pas. Le monde du travail leur est totalement étranger. Difficile dès lors de dénicher un stage ailleurs qu'au kebab du coin dont il va décrocher au bout de deux jours. Cela devient totalement contre-productif, tellement que certains principaux de collège ont laissé tomber... »

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mercredi 6 février 2008

Les parents et la délinquance des mineurs, par Anne Chemin

LE MONDE | 05.02.08 analyse

En quelques années, la "responsabilisation des parents" est devenue l'une des idées en vogue du débat sur la délinquance des mineurs. Le mot a rythmé les controverses autour de la loi sur la prévention de la délinquance de 2007 et il a hanté les propos de la campagne présidentielle : face à la croissance des incivilités, la responsabilisation des parents constituerait une réponse pragmatique et efficace.

"L'objectif de ces politiques est d'appuyer mais aussi de contrôler les familles à risques, ont résumé Marine Boisson et Laetitia Delannoy, chargées de mission au Centre d'analyse stratégique (CAS), lors d'un colloque organisé le 21 janvier à Paris. Avec ces programmes, l'Etat cherche à faire des familles des coproducteurs de la sécurité."

Née dans les années 1980, cette idée a rapidement fait le tour du monde. Aujourd'hui, elle inspire à la fois la loi galloise sur les "parenting orders", qui, sous peine d'amende, obligent les parents à suivre un stage parental, et les "family group conferences" néo-zélandaises, qui instaurent des rencontres entre la victime, le délinquant et leurs parents avant le prononcé de la sanction. Ces politiques s'appuient sur une conviction : la famille étant le premier lieu de sociabilisation des enfants, les défaillances parentales doivent être corrigées, au besoin sous contrainte, afin de mettre la société à l'abri du désordre.

La "responsabilisation" a ses mots-clés : démission parentale, rationnalisation de la dépense publique, coproduction de la sécurité, gestion des familles à risques. Elle a aussi une histoire : son acte de naissance symbolique est une loi californienne de 1988 qui crée, pour les parents, un "devoir d'exercer raisonnablement la prise en charge, la supervision, la protection et le contrôle" de leurs enfants. Depuis, cette idée a essaimé dans le monde anglo-saxon, l'Europe et les organisations internationales. En 2003, le Conseil de l'Europe a ainsi estimé qu'il "conviendrait d'encourager les parents à prendre conscience de leurs responsabilités envers le comportement délictueux des jeunes enfants et à les assumer".

Le mot recouvre en réalité des pratiques très différentes. Le soutien à la parentalité en constitue la version la plus souple : en France, les Réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement des parents, créés en 1999, tentent, sur la base du volontariat, de favoriser le dialogue au sein des familles en difficulté. Groupes de parole, journées de rencontres, médiation, ateliers thérapeutiques : le but n'est pas de renforcer les "compétences" parentales ou de faire respecter sous contrainte une liste d'obligations, mais de sortir les familles en difficulté de l'isolement et de restaurer avec le temps le dialogue entre les générations.

En Grande-Bretagne, la responsabilisation renvoie en revanche à un système où la famille est placée en situation d'accusée : depuis 1998, les "parenting orders" obligent les parents d'enfants délinquants à participer pendant trois mois à des séances visant à développer leurs "parental skills" (compétences parentales). Ils doivent également, sous peine d'amende, faire respecter à leurs enfants des obligations comme l'assiduité scolaire ou l'interdiction de sortir le soir. Dans les faits, ces politiques visent pour l'essentiel des mères isolées en situation de précarité.

Aux Etats-Unis, la responsabilisation des parents a pris le visage plus répressif de la pénalisation. Dans certains Etats, le non-respect de l'obligation scolaire peut ainsi valoir des poursuites judiciaires aux parents. Quant à la pratique du couvre-feu, qui était en vogue à la fin du XIXe siècle, elle a retrouvé une nouvelle jeunesse : dans les années 1990, des centaines de villes ont imposé aux adolescents des interdictions de sortie à certaines heures. Lorsqu'ils ne les respectent pas, leurs parents, qui encourent jusqu'à 1 000 dollars d'amende, peuvent être poursuivis.

Au colloque du CAS, la plupart des spécialistes ont souligné que ces politiques n'avaient sans doute qu'une très faible incidence sur la prévention de la délinquance. "Les "parental orders", qui ont concerné 1 200 parents, en Angleterre, depuis 2003, n'auront probablement pas d'impact sur le comportement des enfants à long terme, reconnaissait Tony Munton, le directeur du département de la justice criminelle du ministère de la justice britannique. Les parents que l'on a obligés à entrer dans ce système le vivent comme une punition. Or c'est plutôt d'aide qu'ils ont besoin.""La responsabilisation est une fausse bonne idée" , concluait le sénateur (PS) de Loire-Atlantique, Charles Gautier.

Convertie tardivement aux mérites de cette idée, la France s'est, elle aussi, engagée dans des politiques de responsabilisation sous contrainte. Depuis 2006, le contrat de responsabilité parentale permet ainsi au président du conseil général d'imposer aux parents "défaillants" une liste d'obligations sous peine de suspension des allocations familiales. Quant à la loi de 2007 sur la prévention de la délinquance, elle crée des conseils des droits et des devoirs des familles dans les mairies et inscrit dans les textes les "stages de responsabilité parentale" mis en place par certains procureurs.

Ces nouveaux outils ont donné lieu à des débats politiques enflammés... mais ils sont restés lettre morte. "Les contrats se comptent à peine sur les doigts des deux mains et on ne recense aucune suspension d'allocations depuis 2004, constatait lors du colloque Aymeric de Chalup, le responsable des prestations familiales de la Caisse nationale des allocations familiales. La contrainte ne nous paraît pas une solution très efficace : nous préférons les dispositifs qui s'appuient sur le volontariat." Les stages de responsabilité parentale n'ont pas remporté plus de succès. "A ma connaissance, ils n'ont quasiment jamais été mis en place par les parquets", soulignait François Sottet, le chef du parquet des mineurs de Paris.

En réalité, les politiques de responsabilisation souffrent souvent d'une conception un peu mécaniste de la parentalité, comme s'il suffisait de remplir une liste d'obligations pour devenir un "bon parent". "Elles sont à la fois infantilisantes et stigmatisantes pour les parents", résumait le magistrat François Sottet. Leur succès est lié au fait qu'elles remplissent une fonction plus politique que pratique : durcir le discours sur les devoirs des parents. "Ces programmes sont essentiellement symboliques, concluait Elizabeth Burney, chercheuse senior associée de l'Institut de criminologie de Cambridge. Ils servent plus à afficher des valeurs qu'à prévenir réellement la délinquance."

Courriel : achemin@lemonde.fr.

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lundi 4 février 2008

Le rapport de la commission pochard rendu à Xavier Darcos

Le Journal du Dimanche 03/02/08 - Alexandre DUYCK

La commission sur le métier d'enseignant fait polémique. Son président, Marcel Pochard livre au JDD quelques pistes sur lesquelles les experts ont travaillé: Tout y passe dans ce rapport rendu lundi à Xavier Darcos. Première cible de la commission Pochard: la gestion par l'Education nationale de ses ressources humaines.

Quatre mois de travaux et, au final, un Livre vert de 300 pages qui sera remis demain à Xavier Darcos. Extraits…


A quoi pourrait ressembler le prof de demain? Recruté à l'issue d'un master (bac + 5) et muté dans l'académie où il passerait son concours ; capable parfois d'enseigner deux disciplines ; contraint de travailler plus en équipe ; rémunéré davantage à condition de travailler plus (dans le secondaire) ; promu autant (plus?) au mérite qu'à l'ancienneté... Sans l'écrire noir sur blanc, la commission a jugé la gestion des ressources humaines au sein de l'Education nationale "désolante et presque inexistante".

Dans le même temps, elle pointe du doigt mutations et avancements, remettant en cause ce que certains membres appellent en privé "le rouleau compresseur du barème". Elle suggère aussi d'accroître le pouvoir des chefs d'établissement (en matière de recrutement des profs, d'organisation des emplois du temps, de déroulé des enseignements). Des membres de la commission, persuadés qu'il faut agir vite, ne cachent pas leur "peur réelle" de voir le gouvernement, qui rendra ses propres conclusions fin mai, faire preuve d'une trop grande prudence. Comme tant d'autres avant lui.

Vous proposez de revoir le mode de recrutement des enseignants...
Il ne s'agit pas de propositions mais de pistes. Il y a deux façons de devenir enseignant: par des recrutements en début ou en cours de carrière. Même s'ils sont marginaux, je tiens à ces derniers... Il faut absolument développer cette façon d'intégrer l'Education nationale. Côté début de carrière, le constat est que les jeunes ne sont pas suffisamment formés à la responsabilité d'une classe à la sortie d'un IUFM.
C'est l'un des thèmes dont nous avons le plus discuté. Des concours nationaux repensés, avec une affectation académique - je suis affecté dans un collège ou un lycée de l'académie où j'ai été formé - me semblent constituer une piste très intéressante.

Vous parlez aussi d'aider financièrement certains futurs profs...
Il est souhaitable que les enseignants reflètent davantage la diversité de la population, comme dans le passé. Une des pistes est donc non pas de réserver des places aux concours à certains étudiants, mais de les aider à préparer le concours en leur donnant les opportunités financières nécessaires sous la forme d'une allocation, par exemple.

Comment éviter que les débutants se retrouvent dans les zones les plus difficiles?
J'ai toujours trouvé cela inacceptable. Deux hypothèses sont avancées: être plus regardant sur les demandes de mutation, l'autre idée est de renforcer l'attractivité de ces postes, mais pas par la seule incitation financière, qui n'est pas forcément un gage de motivation à l'égard des élèves. Nous préconisons la création, dans les académies, de petites équipes très réactives, spécialement chargées de cette mission, a elles de repérer les enseignants motivés.

D'une manière générale, vous déplorez la gestion des ressources humaines dans l'Education nationale.
Elle n'est pas à la hauteur des enjeux d'aujourd'hui. La formation continue est déficiente, alors que les besoins sont gigantesques. Il faut anticiper les perspectives d'une carrière. Pourquoi ne pas prévoir des "rendez-vous de carrière" pour faire le point, envisager des réorientations?

Nicolas Sarkozy avait promis d'augmenter les salaires des profs. Promesse tenue?
Il y a un vrai problème de rémunération en début de carrière. Surtout pour les professeurs des écoles. Dans le secondaire, il existe la possibilité de faire des heures supplémentaires, plus une indemnité de suivi et d'orientation. Le primaire est plus verrouillé. Il faut absolument trouver une solution.


Vous remettez enfin en cause le système de notation des enseignants...
Tout le monde en dit du mal mais personne ne propose d'en changer! Si l'on se résigne à ces systèmes obsolètes de notation, de formation continue, d'affectation, rien de bon n'en sortira ni pour les enseignants ni pour les élèves. Nous pensons donc que la meilleure formule consisterait à associer inspecteurs et chefs d'établissement. Mais je ne sais pas s'il sera aisé d'y parvenir. Dès qu'on parle de donner plus d'autorité ou d'autonomie aux équipes sur le terrain, et avec elles à des chefs d'établissement, certains syndicats d'enseignants se raidissent. Comme quand on parle de dispenser les programmes nationaux à des rythmes différents, avec des méthodes différentes selon les élèves, selon leur rapidité d'assimilation...

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samedi 2 février 2008

L’avenir en jeu : Contestation par le pouvoir et les entreprises de l’enseignement des SCIENCES économiques et sociales

Libération du 02/02/08

On sent venir une opposition à l'enseignement des Sciences Economiques et Sociales, comme si on nous demandait de justifier notre utilité. Nicolas Sarkozy l'a dit un jour " faire des études de sciences humaines, c'est très bien, mais comme cela ne sert à rien, ce sera aux individus de les financer". Il y a donc désormais toute une culture à laquelle on risque de demander de justifier son existence.

Une Interview de Jean-Paul Fitoussi , Professeur des universités, président du Conseil scientifique de l'Institut d'études politiques de Paris, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques, membre du Conseil d'analyse économique auprès du premier ministre et Sylvain David Professeur agrégé de sciences économiques, président de l'association des professeurs de SES. Extraits ...

L'intelligence du monde est une valeur en soi !

L'enseignement des Sciences Economiques et Sociales (SES) n'a pas bonne presse en ce moment, accusé notamment de présenter une vision négative de l'entreprise. Le ministre Xavier Darcos ademandé un audit sur le contenu des manuels d'enseignement des sciences économiques et sociales. Qu'en pensez-vous ?

La pseudo-étude de Positive Entreprise, qui a lancé la polémique, ne fournit ni donnée chiffrée ni source ! Elle ne s'appuie sur aucun fait avéré. En fait, ce qui pose problème, c’est que certains lobbies ne souhaitent pas qu'on aborde ces questions sous un angle critique. Ils confondent regard critique et dénigrement. Selon eux, en montrant que les relations de travail peuvent être conflictuelles, on dénigre l'entreprise. De plus, les manuels ne sont qu'un support parmi d'autres. Penser qu'à travers eux, on peut résumer la pratique de l'enseignant, c'est soit de la méconnaissance, soit un procès d'intention - ce que je crois. Je préfère travailler sur des données de l'Insee plutôt que de m'appuyer sur des manuels scolaires vite périmés.

On propose que les représentants du monde de l'entreprise participent à l'élaboration des livres SES...

Toute la question est de savoir qui va définir ce que l'on doit enseigner. D'une certaine manière, il y a ici aussi un problème de laïcité. Le contenu des enseignements va-t-il être soumis à des groupes de pression qui vont frapper à la porte et dire : " Vous travaillez sur la famille, on pense que vous ne devez pas parler d'avortement !" Si l'on fait cela, c'est intenable. C'est aux universitaires de nous dire quels sont les savoirs suffisament consensuels et utiles, et comment les enseigner.

Cela n'empêche pas de dialoguer pour mettre en place des stages et des visites d'entreprises, mais dans un autre lieu. Nos détracteurs nous reprochent de consacrer trop de temps à la précarité, au chômage, etc. Quand nous le faisons, ce n'est pas pour stigmatiser les licenciements, mais pour analyser les évolutions, les catégories touchées, les politiques menées. Mais je me demande si ce qui les gêne, ce n'est pas le fait même d'en parler, s'ils ne voudraient pas cacher toute une partie de la réalité économique et sociale.

Le risque est que les bases que l'on veut enseigner à nos enfants deviennent des objets de forum ou de débat politique déconnectées du réel, ce qui est tout à fat contre-productif en matère pédagogique. Il y a aussi l'idée que les populations ne comprennent pas l'économie. Une idée fausse. Il y a derrière cela un enjeu politique. Si on veut nier cela, autant se dispenser d'un enseignement de l'économie et et faire place à de la communication !

Est-ce que bien présenter l'entreprise implique en même temps de mal présenter le salarié ?

Il ne s'agit pas d'opposer l'un à l'autre car rien n'est possible sans l'entreprise et rien non plus sans le travail. Dès qu'on prend le problème par ce petit bout, on arrive à une impasse. D'abord, on veut considèrer que si les français se réconciliaient avec l'économie de marché, l'économie irait beaucoup mieux. C'est un raisonnement très léger. Peut être que les français ont déja très bien compris les dysfonctionnements de l'économie de marché. Ensuite, on présente l'enseignement et la recherche comme le moyen privilégié de d'augmenter le taux de croissance.

La croissance économique devient le but premier et l'éducation l'instrument de cette croissance. Or, dans l'histoire, c'est l'éducation qui a toujours été le but prioritaire de l'enseignement. L'amélioration de notre savoir, de notre compréhension est un objectif hautement valable, indépendamment de ses conséquences ou non sur la croissance. L'aspiration à devenir plus intelligent face à notre environnement, il faut la satisfaire coûte que coûte !  Mais cela ne justifie pas l'enseignement. L'enseignement se légitime de lui-même. l'intelligence du monde est une valeur en soi. Malheureusement, cela se perd. Nous sommes en train de basculer dans une phase "utilitariste" de l'enseignement qui peut être très dangereuse.

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Encore des vaches maigres pour les étudiants stagiaires

VÉRONIQUE SOULÉ - Libération samedi 2 février 2008

«Il n’y a aucune avancée. Avec quelque 380 euros par mois, un stagiaire n’a pas de quoi payer un loyer», regrette Julien, du collectif Génération précaire.

«Le gouvernement fait l’aumône aux étudiants, c’est du réchauffé et le montant de la rémunération prévue est un affront pour les stagiaires», dénonce l’Unef, première organisation étudiante. On note bien quelques «avancées», concède la Fage (Fédération des associations générales étudiantes), plus modérée, «mais il y a un risque considérable de nivellement par le bas».

Le décret publié, vendredi, au Journal officiel, sur la gratification des stagiaires étudiants en entreprise a été mal reçu. Le gouvernement avait suscité des espoirs en créant, en septembre, un comité regroupant des organisations étudiantes qu’il entendait consulter pour mettre fin aux nombreux abus - multiplication des stages non payés dans une entreprise pour éviter d’embaucher, emplois sans rapport avec sa formation, sous-qualifications, etc. En octobre, il avait présenté une première version du décret, très critiquée. Il l’avait retirée et on avait cru déceler la volonté des ministres - du Travail, Xavier Bertrand, et de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, - de prendre en compte les attentes.

Selon le texte final, les stages devront être payés à partir de trois mois consécutifs, sur une base minimale équivalant à 31,1% du Smic brut, soit 398,13 euros par mois. Il s’agit du montant de la franchise de cotisations sociales instaurée en 2006 pour les entreprises employant des stagiaires. Comme les organisations l’avaient demandé, le paiement sera mensuel et commencera le premier jour du quatrième mois - en cas de rupture de la convention, le stagiaire sera ainsi payé au prorata de son temps de présence.

Mais les organisations réclamaient au moins 50 % du Smic. Elles voulaient aussi l’assurance d’un encadrement pédagogique - de nombreux stagiaires sont laissés à leur sort et n’apprennent pas grand-chose. Elles demandaient enfin un contrôle renforcé sur les entreprises qui souvent emploient un stagiaire en lieu et place d’un salarié, ce qui est interdit par la loi. Le décret ne leur impose aucune contrainte, hormis celle de tenir à jour la liste des conventions de stage.

On estime à environ 800 000, soit près d’un étudiant sur deux, le nombre de stagiaires. Selon l’Unef, la grande majorité ne bénéficiera pas du décret, leur stage étant trop court. Valérie Pécresse a ainsi rendu obligatoire un stage en entreprise en troisième année de licence, de trois mois maximum.

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Paris-IX-Dauphine veut faire payer plus ses étudiants

L'annonce d'une hausse substantielle des frais d'inscription à l'université de Dauphine a provoqué un tollé dans le monde étudiant.

Selon le projet de de la direction diffusé sur le site de l'université, chaque étudiant devra débourser en moyenne 800 euros de plus pour l'année. Une réforme "choquante et injuste" a dénoncé le Président de l'Unef, Jean-Baptiste Prévost, car Dauphine "qui a un statut de grand établissement" et peut, à ce titre, sélectionner ses 8 500 étudiants - "est financée à 85% par l'argent public". Le président de Dauphine, Laurent Batsch, a démenti augmenter les "droits d'inscription", parlant d'une "contribution complémentaire" afin de financer le travail en petits groupes  et les 500 heures de cours annuelles (contre 350 habituellement).

un conseil d'administration devra se prononcer le 25 février. En attendant, la ministre de l'Enseignement supérieur, qui a promis une stabilité des droits d'inscription, a rappelé que Dauphine pouvait augmenter ses frais pour les diplômes maison mais non pour les diplômes nationaux (licence, master, etc.). Tout abus sera puni a-t-elle averti

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Education Écoles : sur le qui-vive en zone de montagne

Sud-Ouest Béarn 01/02/08

Mobilisation après l'annonce, par l'académie, de la suppression possible de trois classes dans la vallée

Le respect des statistiques et quotas (élève par enseignant) sera la raison déterminante du maintien ou non des classes à la rentrée prochaine : trois postes pourraient être concernés en Aspe.


L'inspecteur d'académie est venu donner l'information à Bedous, en octobre 2007. Depuis, parents et élus se mobilisent. Chaque réunion de Conseil municipal devra donner lieu à une délibération sur une motion déjà approuvée à l'unanimité (25 conseillers), lors du dernier conseil de Communauté de communes de janvier.
S'appuyant sur des textes de loi (Loi n° 85-30 du 9 janvier 1985, modifiée le 23 février 2005 ; développement et protection de la montagne), ainsi que sur le texte du Sénat (« Journal officiel » du 23 octobre 2007), insistant sur la place prépondérante de l'école de la République dans le développement du territoire et l'accueil des familles sur les zones de montagne menacées de désertification, les élus en appellent « à l'inspecteur d'académie pour tenir compte des textes législatifs cités et renoncer catégoriquement à la suppression des postes au regard de la spécificité du territoire ».

Ils en appellent également au préfet des Pyrénées-Atlantiques « pour veiller à l'application des textes législatifs ayant trait à l'organisation de l'enseignement en zone de montagne ».

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La région Charente fait bloc ! extraits

Sud-Ouest 01/02/08

LYCÉE JEAN-MONNET. -- Élus, profs et parents d'élèves refusent unanimement la suppression d'un BTS et de la filière secrétariat. Une délégation ira au rectorat

Tous d'accord. Hier, plus d'une centaine d'enseignants, d'élèves, de parents et d'élus ont montré leur volonté de préserver au lycée Jean-Monnet un BTS et une filière professionnelle en secrétariat que le rectorat veut rayer de la carte (notre édition d'hier). En jeu, une centaine de places pour les élèves, une dizaine de postes d'enseignants, sans compter les répercussions sur le personnel administratif ou l'internat, vidé d'une moitié de ses résidents.


Jacques Aufray, qui quittera son poste de proviseur dans un an, se bat en coulisses. Il a démissionné d'une responsabilité nationale dans le sport scolaire et annulé le suivi de formations. Mais hier, devoir de réserve oblige, il s'est éclipsé. Après l'exposition de la situation par les enseignants, les élus se passent la parole. « J'ai eu le secrétaire général du recteur. J'ai senti un flottement, tout n'est pas arrêté », lance le conseiller régional Michel Gourinchas, non sans charger la politique gouvernementale et ses 10 000 suppressions de poste dans l'Éducation nationale. « Je vais essayer de ne pas faire de politique », embraye Jérôme Mouhot. Le maire de Cognac se dit « optimiste » suite à un courrier du recteur, Frédéric Tadet.

« Noyau dur ». José Dupuis, secrétaire départemental du Snes, est plus inquiet. « C'est le fruit de ce qui est fait au niveau national depuis 2003. 22 000 fonctionnaires en France, 10 000 dans l'Éducation nationale, 160 postes dans l'Académie. Quand on voit les chiffres à la télé, on n'a pas l'impression que cela va nous arriver. Mais on a tellement retiré de postes depuis 2003 qu'on ne peut plus rien enlever sans toucher au noyau dur, la formation », analyse-t-il.

L'affaire du privé. Secrétaire départemental du Sneta, Romuald Carry voit dans ces choix un soutien implicite au privé. « Regardez à Cognac, vous avez une offre privée qui se développe dans le commerce et le secrétariat (NDLR, à l'ICF). La réponse, elle est là ! »
D'autres craignent que la réforme réduisant le bac pro à trois ans ne soit préjudiciable aux plus faibles. Qui vont gonfler des effectifs déjà saturés en seconde générale, s'y perdre tout en compliquant la vie des autres élèves?

« Quand le niveau des résultats baisse, on nous juge. A terme, c'est la désorganisation du service public », tranche une enseignante. Françoise Mandeau, du comité de défense des services publics, y retrouve le schéma de l'hôpital : on fragilise, on prouve que ça coûte trop, et on ferme. Au final, le lycée et la région dans son ensemble perdent en attractivité. Cette issue, tous la refusent, et ils iront le dire en délégation au recteur, à l'invitation de celui-ci, dans les quinze jours qui viennent.

Posté par Kozett à 00:03 - Education - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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