samedi 14 novembre 2009
Enfants turbulents : « Rien n'est joué à 3 ou 6 ans »
OUEST-France le 12 Novembre 2009
La France est-elle en train d'importer les méthodes américaines de dépistage précoce des troubles chez les petits ? La psychanalyste Sylviane Giampino dénonce cette dérive.
Quelles sont ces méthodes de dépistage ? Où les utilise-t-on en France ?
Sous couvert de prévention, il s'agit de repérer des troubles du comportement chez le jeune enfant à l'aide de tests, de questionnaires et de techniques de dépistages. Cela se pratique beaucoup aux États-Unis et au Canada où l'on classe des pathologies : « Hyperactivité et déficit d'attention », « Opposition avec provocation », « Trouble des conduites ». On étudie les aptitudes à la « socialité ». Cette classification est très discutée et très discutable. En France, ces méthodes sont loin d'être généralisées, mais elles se mettent en place, à titre expérimental, alors même qu'aux États-Unis, on doute de leur efficacité.
Détecter tôt un problème, c'est plutôt une bonne chose, non ?
Bien entendu, mais certains pensent que ces problèmes relèvent de la pathologie. Qu'il y a, derrière, des dysfonctionnements biologiques, génétiques, que l'on peut éventuellement corriger avec un calmant ou des techniques de contrôle de soi. Ces dysfonctionnements fabriqueraient des adultes antisociaux, des délinquants, des violents. Toute notre politique de prévention et de protection de la petite enfance va à l'encontre de cette pensée déterministe qui était celle du XIXe siècle.
Ces troubles peuvent être passagers, sans lendemain ?
Je récuse le terme de « troubles ». Je préfère parler d'enfants qui ont des « difficultés ». Derrière un mal-être, il faut comprendre ce que l'enfant cherche à faire entendre : un problème familial, un problème de crèche, un conflit psychologique...
L'enfance, c'est l'âge des transformations. Il est absolument faux de dire que tout est joué avant 3 ou 6 ans. Un enfant n'est pas un adulte miniature. Le cerveau évolue tout au long de la vie. Et pourquoi voulez-vous que, chez 12 % des petits Américains, soit posé le diagnostic de l'hyperactivité avec trouble de l'attention, quand il l'est très peu en Europe et en France ? Leur cerveau serait différent de celui des petits Français ?
Vous appartenez au collectif « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans ». Il s'est opposé, en 2005, au dépistage systématique et précoce des enfants perturbateurs. Le débat n'est donc pas clos ?
Nous avons des services de protection maternelle et infantile, des lieux d'accueil parents-enfants, des « maisons vertes », des secteurs de pédo-psychiatrie infantile, des Rased... Ces outils, que de nombreux pays nous envient, sont attaqués.
Se développe tout un discours d'invalidation de cette politique née avec les ordonnances de 1945 de protection de la jeunesse. Les services sociaux, la protection judiciaire de la jeunesse : tous sont critiqués. Je ne dis pas qu'ils ne doivent pas évoluer, ils sont parfois trop cloisonnés. Mais on veut nous faire croire qu'il suffit de cibler, le plus tôt possible, certaines pathologies, certaines populations, certains quartiers, et l'on éradiquera ainsi la violence, la délinquance. C'est absurde.
mercredi 11 novembre 2009
L’UMP soigne l’enseignement supérieur catholique
Bakchich 10 Novembre 2009
Fac off / lundi 9 novembre par Eddy Khaldi, Muriel Fitoussi
Valérie Pécresse fait discrètement avancer la contractualisation pour les "grandes écoles" privées fédérées par l’Union des établissements d’enseignement supérieur catholique et l’Union des grandes écoles indépendantes.

Muriel Fitoussi et Eddy Khaldi sont auteurs de "Main basse sur l’école publique".
lundi 9 novembre 2009
Carte scolaire : la Cour des comptes signale un renforcement de la ghettoïsation des établissements difficiles
LE MONDE | 05.11.09
la Cour des comptes pointe un risque de ghettoïsation
L'assouplissement de la carte scolaire, instauré à la rentrée 2007, renforce la ghettoïsation des collèges "ambition réussite", ces établissements scolaires dont les élèves cumulent les difficultés sociales et scolaires. C'est ce que souligne un rapport de la Cour des comptes présenté mardi 3novembre devant la commission des finances du Sénat.
C'est au détour d'une enquête sur les dispositifs éducatifs dans les quartiers sensibles que les rapporteurs de la Cour ont découvert un phénomène de renforcement de la ghettoïsation des établissements difficiles, conséquence de l'assouplissement de la carte scolaire.
Nombre d'observateurs s'en doutaient, mais personne ne pouvait en apporter la preuve, le ministère de l'éducation nationale refusant de communiquer sur le sujet. Désormais, une première indication chiffrée existe.
Dans son rapport, la Cour des comptes estime que, sur un total de 254collèges "ambition réussite", 186 ont perdu "jusqu'à 10%" de leurs élèves du fait de la réforme de la carte scolaire voulue par Xavier Darcos.
Alors ministre de l'éducation, il avait jugé que la carte scolaire, qui affecte un élève dans un collège ou un lycée en fonction de son lieu de résidence, "n'assure plus l'égalité des chances et ne répond plus aux attentes des familles", car elle est "régulièrement contournée".
Même s'il chiffre à 7 %, et non pas 10 %, la perte d'élèves par certains collèges difficiles, l'actuel ministre de l'éducation, Luc Chatel, n'a pas contesté ces résultats. M.Chatel dit attendre, "d'ici à la fin de l'année, une étude plus détaillée" par ses services, le rapport rendu public par Jean Picq, président de la troisième chambre de la Cour des comptes, ne reposant que sur six collèges "ambition réussite" de trois académies: Aix-Marseille, Lille et Versailles.
Plutôt que sur la fuite des collèges difficiles par leurs élèves, le ministre préfère mettre l'accent sur "50 établissements “ambition réussite” qui sont devenus plus attractifs et ont gagné des élèves", et sur les familles qui "sont satisfaites de l'assouplissement de la carte scolaire". "D'ailleurs, le gouvernement entend poursuivre jusqu'à sa disparition", note-t-il.
De son côté, M.Picq admet que "six collèges difficiles, ce n'est pas très représentatif." "Mais personne n'a remis en cause nos conclusions, remarque-t-il. Nous avons vraiment rencontré tout le monde: principaux, équipes pédagogiques, recteurs, inspecteurs d'académie, élus, associations… Tous ont relevé un aspect positif: des élèves boursiers ont pu aller étudier dans de meilleurs établissements. Et un aspect négatif: la perte d'élèves." La Cour prône de ce fait l'accentuation de la lutte "contre la constitution de “ghettos scolaires”".
Le libre choix des familles mis en avant par MM. Darcos et Chatel n'en est pas un aux yeux de la sociologue Agnès van Zanten, pour qui "le choix de l'établissement n'a de sens que s'il y a une vraie offre. Or les familles doivent se déterminer entre un bon et un mauvais établissement, ce qui n'est pas un choix. Et comme elles choisissent toutes les mêmes établissements, cela crée de l'insatisfaction".
Pour l'auteure de Choisir son école (éditions PUF), le rapport de la Cour des comptes n'est pas une surprise: "L'idée était de récompenser les bons élèves des classes populaires. Les enseignants eux-mêmes les invitent à quitter les mauvais établissements, ce qui conduit à la fuite des “têtes de classe” et à la ghettoïsation."
Même dépit du côté du SNES, principal syndicat du secondaire: "Le message d'origine qui était celui de la méritocratie scolaire, devient “quittez votre quartier”. Au bout de deux ans, on a des collèges qui ont perdu jusqu'à 40% de leurs effectifs", déplore Daniel Robin, co-secrétaire général.
Comment corriger ces effets pervers? Le SNES réclame plus de moyens. M.Chatel propose, entre autres, d'ajouter aux critères permettant l'accès à un meilleur établissement (boursiers, handicapés), le fait d'être élève d'un collège "ambition réussite".
Ce changement pourrait cependant augmenter la ghettoïsation desdits collèges. MmevanZanten imagine, elle, d'"instaurer des quotas par catégories d'élèves (bons, moyens, mauvais) dans les établissements, comme l'Angleterre qui prend des mesures contre le libre choix".
La Cour des comptes estime, quant à elle, que la lutte contre l'échec scolaire fondée sur l'aide individualisée, ne peut plus reposer sur le volontariat des enseignants et des élèves. "Il faut intégrer cette aide dans les obligations de service, mais ça risque d'être la révolution", prévient M.Picq.
Marc Dupuis
vendredi 6 novembre 2009
Aurel - La simplification du langage pour l'intégration

mardi 27 octobre 2009
La crise mondiale de l'éducation
Slate.fr - mardi 27 octobre
La crise de l'éducation dont on parle si peu ces derniers temps est aussi grave que la crise financière qui nous obnubile.

Enfant faisant ses devoirs dans les ruines après le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan.
Avril 09/Reuters
Ces temps-ci, on sent bien qu'on ne parle que d'argent: dans le monde entier, les faillites, les sauvetages financiers et la crise économique monopolisent les conversations. Et s'il est raisonnable qu'il en soit ainsi, il est également sain de changer de sujet de temps à autre. Parlons, par exemple, de cette autre crise aux multiples conséquences qui touche le monde entier: celle de l'éducation.
Dans presque tous les pays, les gens estiment que leur système éducatif est inacceptablement défaillant. Et les statistiques le confirment.
Aux Etats-Unis, par exemple, entre 1980 et 2005, la dépense publique par élève de l'enseignement primaire et secondaire a augmenté de 73 %. Et le nombre d'enseignants a également connu une hausse considérable, ce qui fait que le nombre d'élèves par enseignant a baissé de façon radicale.
On a expérimenté diverses mesures pour améliorer l'enseignement. Aucune n'a fonctionné. Ces vingt-cinq dernières années, les résultats des élèves ne se sont pas améliorés. En 2005, les capacités de lecture des élèves de 9, 13 et 17 ans étaient les mêmes qu'en 1980. En mathématiques, ils ont fait un peu mieux, mais rien qui mérite qu'on s'extasie. Dans une conférence en présence des gouverneurs des Etats-Unis, Bill Gates leur a confié qu'il était «atterré» et qu'il avait «honte» de l'éducation secondaire de son pays. «Nos écoles sont en faillite, elles sont défaillantes et obsolètes (...), a-t-il dénoncé. Et d'ajouter: «Seul un tiers de ceux qui obtiennent un diplôme sont préparés pour jouer leur rôle de citoyen, de salarié ou d'universitaire».
Les autres pays sont dans la même situation. Sur la même période, tous les pays riches ont aussi fortement augmenté leurs dépenses en matière d'éducation. Mais non seulement ils n'ont pas réussi à faire progresser le système, dans certains cas, celui-ci a même reculé. Entre 2000 et 2006, la performance des élèves de secondaire en termes de lecture a baissé de manière significative en Espagne, au Japon, en Norvège, en Italie, en France et en Russie— entre autres. Elle a aussi baissé en maths en France, au Japon, en Belgique et dans d'autres pays développés. Ceux qui ont le mieux réussi à ces épreuves sont les élèves finlandais et sud-coréens.
L'enseignement supérieur va aussi mal
En outre, contrairement aux Etats-Unis, où l'enseignement supérieur d'excellence demeure un point fort, en Europe, seules quelques rares universités font partie des meilleures du monde. Cette année, sur la liste des 100 meilleures universités du monde élaborée par l'Université de Shanghai, on ne compte que trois universités françaises. Pas une université espagnole ou italienne n'y figure.
Alors que l'éducation est en crise dans les pays riches, celle des pays les moins développés est un désastre. Là-bas aussi les budgets nationaux consacrés à l'éducation sont conséquents, sans amélioration qualitative visible. Même les pays qui ont connu de véritables succès dans d'autres domaines ont échoué sur le dossier de l'éducation. Le Chili, l'un des pays en développement qui s'en sort le mieux, a beaucoup investi dans l'éducation sans parvenir à des améliorations significatives au niveau des résultats de ses élèves.
Le grand paradoxe là-dedans, c'est qu'on présente toujours l'«éducation» comme la panacée face à tous les maux qui accablent le monde. De la pauvreté à la violence urbaine, en passant par les guerres et la corruption, on préconise systématiquement l'éducation, encore l'éducation, toujours l'éducation. Dans le monde entier, les candidats à des fonctions politiques, quelles qu'elles soient, promettent de se faire le président (ou le gouverneur ou le maire) «de l'éducation». Cependant, en dépit du consensus sur ce problème, de la priorité et des ressources qu'on lui accorde, la crise de l'éducation dans le monde demeure entière.
L'argent n'est pas la solution
On ne sait pas très bien ce qu'il faut faire. Equiper les salles de classe de plus d'ordinateurs? Augmenter les salaires des enseignants? Diminuer le nombre d'élèves par classe? Décentraliser ou au contraire centraliser l'éducation? Prendre davantage de mesures incitatives pour renforcer la concurrence entre les écoles et les professeurs? Donner plus de moyens au système?
On a tout essayé. Il n'y a guère de résultats concluants. Les élèves singapouriens figurent parmi les meilleurs élèves au monde. Singapour est pourtant l'un des pays dont le budget alloué à l'éducation primaire est le plus faible.
Quelle conclusion peut-on en tirer? Eh bien, la crise de l'éducation dont on parle si peu ces derniers temps est aussi grave que la crise financière sur laquelle on ne tarit pas. Il est aussi important de remédier à la crise de l'éducation que de sortir de la crise financière. Mais en attendant de trouver des solutions, il ne nous reste qu'à espérer que les solutions qu'on appliquera à la crise financière seront plus efficaces que celles expérimentées dans un certain nombre de pays au niveau de l'éducation.
Moises Naïm - Traduit par Micha Cziffra
mercredi 21 octobre 2009
La lettre de Guy Môquet version Luc Chatel
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La lettre de Guy Môquet sera lue vendredi dans tous les lycées de France et servira de base à un débat sur la question de la résistance, a assuré lundi le ministre de l'Education Luc Chatel, qui a "rectifié le tir" sur RTL après une "formulation ambiguë" des consignes données aux établissements. "Le texte qui a été publié à la fin du mois de septembre" pouvait donner lieu à "certaines ambiguïtés", a reconnu le ministre de l'éducation qui a dit avoir demandé au directeur de l'enseignement scolaire de préciser dans la journée "un certain nombre de choses et notamment que la lettre de Guy Môquet sera bien la base du travail qui sera mené ce jour-là". "Elle sera lue, elle servira de base à la discussion", a-t-il expliqué, assurant que la démarche pour ce 22 octobre était la même que l'année dernière. Voulue par Nicolas Sarkozy, la lecture dans les lycées du jeune résistant communiste fusillé le 22 octobre 1941, avait suscité une vive polémique en 2007, lors de la première commémoration. Le SNES, principal syndicat des enseignants de second degré, avait notamment appelé à ne pas lire cette lettre pour refuser "l'instrumentalisation du devoir de mémoire". |
lundi 5 octobre 2009
Faillite éthique - Prime à l'école: quand on ne peut plus rien, on corrompt
Philippe Bilger avocat général à Paris - Blogueur associé | Lundi 05 Octobre 2009
Des lycées ont décidé de rémunérer leurs élèves pour leur présence en classe. Un choix pragmatique, diront certains. Philippe Bilger, avocat général à Paris, dénonce la vision à court terme et la faillite éthique que représente une telle décision.
On croit que ce n’est rien. Seulement risible. La manifestation nouvelle d’une société qui grimace parce qu’elle ne sait plus comment concilier les valeurs auxquelles elle continue de tenir avec le fil implacable du temps. La nécessaire discipline de l’école avec le délitement incoercible de l’institution scolaire.
Au vrai, on aurait été excusable de traiter la nouvelle avec dérision. Comme une sorte de « poisson d’avril » avant l’heure.
Parce que tout de même l’information est tellement révélatrice d’une absurdité consubstantielle à la modernité que le premier mouvement est presque de reconnaissance devant une confirmation aussi tristement éclatante de nos pires pressentiments sur notre destin collectif.
Pour lutter contre l’absentéisme scolaire, trois lycées professionnels de l’académie de Créteil vont tenter une expérience qui consistera à rétribuer l’assiduité au point que la « cagnotte » de fin d’année pourra s’élever à 10 000 euros.
Pour résumer, on va payer pour obtenir ce qu’on n’est plus capable d’imposer.
On va tarifer notre impuissance et, dans le rapport de force qui oppose la règle à sa transgression quotidienne, on ose une démarche qui permettra à cette dernière de se parer de l’aura de la dissidence et du sceau officiel d’une victoire profitable sur l’institution. Au fond, on s’imagine qu’on pourra faire de la plaie le remède.
La motivation scolaire à coups d'Euros
Le comble est qu’aujourd’hui, n’importe quelle élucubration même dévastatrice n’est plus de nature à bouleverser les responsables de l’enseignement parce qu’ils maîtrisent la communication et devinent que « plus c’est gros plus ça passe »
Le recteur de l’académie de Créteil, pour ce qui n’est que du plomb qu’il souhaite nous voir prendre pour de l’or, emploie le mot magique : « Responsabiliser les élèves ». Tout serait dit parce que ceux-ci seraient capables de devenir présents contre de l’argent.
Leur aptitude à la responsabilité serait d’arbitrer entre une absence choquante et renouvelée qui ne leur bénéficie pas et une assiduité contrainte et stipendiée. Comme il est probable qu’ils s’orienteront vers le lucre, peut-on vraiment soutenir qu’il y a là une nouveauté qui va honorer l’institution scolaire ?
Philippe Meirieu, dont je ne suis pas un inconditionnel, souligne à juste titre « la pente dangereuse » sur laquelle cette expérience va conduire l’enseignement en dénonçant « l’éducation bancaire » . Jean-Paul Brighelli, courageux pourfendeur des aberrations scolaires, est révolté et s’indigne (Le Monde, Le Parisien). François Bayrou n’est pas en reste (Le Journal du Dimanche).
La démission finale
Les partisans et les adversaires de cette innovation ne se situent pas sur le même registre. Les premiers ont depuis longtemps fait leur deuil de l’autorité des maîtres, du respect d’un certain nombre de principes et de la considération à offrir aux jeunes personnalités en formation, en les estimant capables du meilleur grâce à des méthodes de compréhension, de fermeté et de dignité.
Les seconds continuent contre vents et marées à refuser que l’argent puisse être un stimulant honorable pour susciter le désir d’apprendre, la conscience de la règle et la préoccupation de l’avenir. Je me range de leur côté et m’étonne de cette désinvolture qui, pour expérimenter et pallier de graves insuffisances qui tiennent à la fois au milieu familial et à la hiérarchie scolaire, s’engage sur un chemin qui n’est pas une solution mais une capitulation.
Mettre ainsi de l’argent au cœur de l’activité scolaire, c’est non seulement céder à la face sombre et matérialiste de notre société mais, plus encore, c’est naturellement dégrader, détruire la relation gratuite, désintéressée, curieuse et familière qui doit exister entre celui qui vient pour apprendre et les matières à connaître, les professeurs à écouter. Elle n’a pas honte de décevoir. De s’engloutir dans le cours banal des démissions ordinaires. De proche en proche, les forces structurantes de la société s’affaiblissent et participent d’un mouvement qui n’est plus que de complaisance à l’égard d’une évolution prétendue inéluctable. Les institutions ne se battent même plus pour ne pas mourir. Au contraire, elles y mettent du leur avec une sorte d’allégresse suicidaire.
Imaginons que l’absentéisme se réduise grâce à cette méthode de société décadente. Quand on ne peut plus rien, on corrompt. Je suis persuadé que même avec un tel succès, les conséquences seraient ravageuses pour l’esprit de l’enseignement et la chose intellectuelle en elle-même.
Il y a quelque chose de scandaleux dans cette dérive. L’institution dont, plus que toute autre, on devrait attendre un enracinement têtu et convaincu dans la belle réalité de l’école semble succomber. Elle ne veut plus représenter un barrage contre le vulgaire du siècle et ses appétits.
Mais les absents doivent continuer à avoir tort. Pas d’argent contre l’école.
vendredi 2 octobre 2009
Nicolas Sarkozy et l'école,
Check-list - La Toile de l'éducation Le Monde du 1er Octobre 2009
L'école vue par Nicolas Sarkozy hérisse toujours autant le poil des blogueurs.
Après son discours sur la jeunesse, mardi 29 septembre, les commentaires vont bon train. Le blog "Education & Politique" critique la vision présidentielle de la pédagogie : "Il a déclaré que cela avait été une 'grosse erreur de vouloir avoir mis l'élève à la place du maître'. Une fois de plus, on a droit au mieux à une caricature des plus grossières, au pire à une méconnaissance totale du sujet, au 'plus pire' (comme dirait mon fils) à une malhonnêteté intellectuelle. Je vous laisse faire votre choix."
Sur le sujet des "décrocheurs scolaires", dont le président veut faire une "priorité absolue", rappelle le blog Educ de La Provence, le blog de Philippe Watrelot ironise : "Nicolas Sarkozy semble découvrir cette réalité aujourd'hui et même 'inventer' le concept alors que les travaux sur cette question datent de plusieurs années et que des structures innovantes travaillent sur cette question. Il ne faudrait pas que la parole présidentielle conduise à oublier leurs apports et leur travail de longue haleine au profit d'opérations spectaculaires et souvent peu efficaces."
mercredi 30 septembre 2009
Bachelier ou remboursé : Le baccalauréat à 3 000 euros, par Sandrine Blanchard
LE MONDE | 24.09.09
Rêvons un peu. Imaginons une campagne publicitaire du Pôle emploi promettant "embauché ou remboursé". Et puis une autre, initiée par les responsables politiques, jurant aux citoyens d'être "heureux ou remboursés". En ces temps de mise au placard du PIB et de promesse de mesurer le bien-être, cela aurait belle allure.
Revenons à la réalité. Acadomia, l'une des entreprises leaders dans le soutien scolaire, lance, à grand renfort de publicité, sa nouvelle opération intitulée "bachelier ou remboursé". Soit, pour les parents, 245 euros à payer chaque mois pendant un an et, pour leurs enfants élèves en terminale, 60 heures de cours particuliers dans une ou deux matières de leur choix, des évaluations et des stages intensifs pendant les "petites vacances".
Nous sommes bel et bien dans un monde où tout s'achète et tout se vend, Acadomia ne l'a pas oublié. Pour être remboursé (hors déductions d'impôts) en cas d'échec, il faudra que l'élève ait fait preuve d'assiduité et qu'il ait respecté le programme fixé.
Syndicats d'enseignants et ministre crient au scandale. "Je suis choqué qu'on puisse marchandiser le bac", s'insurge Luc Chatel. Franchement, ils auraient pu être plus audacieux chez Acadomia et promettre "une mention au bac ou remboursé". Car, avec 86 % de réussite à la session du baccalauréat 2009, ils ne prennent pas trop de risques. Peu de chèques seront renvoyés à la fin de l'année scolaire et l'organisme pourra, dès l'été prochain, communiquer sur "ses" résultats à l'examen.
En cette période de hausse du chômage, l'entreprise de soutien scolaire ne fait que surfer sur l'inquiétude des parents. Reste que débourser 3 000 euros sur une année n'est pas à la portée de toutes les bourses. Le patron d'Acadomia rétorque que sa proposition n'est "qu'un miroir de ce qui ne va pas".
Et explique sans ambages pourquoi il a décidé de "modifier son approche : l'éducation nationale est en train de glisser vers l'offre de services, avec ses stages de soutien et de remise à niveau hors du temps scolaire. Elle se place en concurrente du soutien privé. Du coup, on va se positionner sur l'efficacité, sur le résultat... ce que l'école ne promet pas".
A cette différence près que l'aide développée par l'école publique est gratuite et réservée aux élèves qui en ont le plus besoin. Et puis il y a ce que ne dit pas Acadomia : leurs "enseignants" sont très souvent des étudiants en cours de formation et la première question posée aux parents qui se renseignent est : "Votre enfant a-t-il déjà redoublé ?"
En attendant, les lycéens "acadomiciens" ont une lourde responsabilité et de longues journées en perspective. Pour la qualité de vie, on verra plus tard. "Vu le prix que cela nous coûte, tu as intérêt à décrocher ton bac." Et les jeunes de répondre : "Mais si je le rate, cela vous coûtera moins cher. Avec le chèque de remboursement, on pourra partir en vacances !"
Courriel : blanchard@lemonde.fr.
lundi 21 septembre 2009
Enseignant - Licencié pour avoir giflé l'élève qui l'insultait, l'enseignant obtient une réintégration aux prud'hommes
LE MONDE | 12.09.09
Le CFA avait licencié le professeur alors que la famille de l'
Vingt-cinq années d'une vie d'enseignant et puis cette seconde de dérapage. José Machado n'en finit pas de revoir la taloche qui a envoyé dinguer un élève de 15 ans, le 22 octobre 2008, à 15 heures, dans un couloir du Centre de formation d'apprentis (CFA), à Auxerre (Yonne).
Le moment d'égarement lui a valu un licenciement pour faute grave de la part de son employeur, un établissement de droit privé. Dans une décision rendue ce jeudi 10 septembre, le tribunal des prud'hommes vient d'estimer la sanction injustifiée, exigeant la réintégration de l'employé et le versement de 20 000 euros au titre du préjudice moral.
Le professeur de sport, âgé de 49 ans, ancien délégué CGT du CFA, se dit soulagé. "Je regrette profondément mon geste", assure-t-il. D'autant que l'adolescent, apprenti couvreur, n'était pas un caïd ou un trublion d'atelier, juste un bêta qui voulait faire rire les copains. A haute voix, il a insulté l'enseignant. Une insolence de plus. "C'était devenu monnaie courante. Quelques jours avant, un élève m'avait lancé : "Va te faire enc... !" Alors le trop-plein a débordé. L'accumulation du stress, des incivilités subies m'a fait exploser."
A partir de là, les versions, du formateur, de la direction, de la famille du jeune, divergent. Sur la violence du coup d'abord : gifle ou coup de poing ? L'hôpital d'Auxerre notera "une tuméfaction" autour d'un oeil, infligée avec la paume. Sur l'idée de la plainte, ensuite, déposée par la famille : "La direction nous a influencés, assure la mère. Elle nous a dressés contre M. Machado, nous l'a présenté comme un récidiviste qui ne voulait même pas nous rencontrer. Elle nous a même accompagnés jusqu'à la police."
A quoi Alain Tomczak, 46 ans, directeur du CFA répond : "Je n'ai jamais incité la mère à porter plainte."
Ce soir-là, José Machado sous-estime encore les conséquences de son geste. "Je ne pensais pas qu'une gifle à un élève qui m'avait manqué de respect pouvait conduire à tout ça." Cet éducateur de football part donc en fin de journée entraîner son équipe de jeunes, ne répond pas aux messages pressants d'Alain Tomczak, avec qui il entretient des relations difficiles, et découvre plus tard le dépôt de plainte et la procédure disciplinaire.
Soutien de Guy Roux
Dans les jours suivants, il rencontre les parents chez eux. "Il s'est excusé, explique la mère. Je me suis aperçu que ce n'était pas du tout ce qu'on m'en avait dit, qu'on voulait nous utiliser pour régler des comptes." La famille retire sa plainte et envoie un courrier pour défendre le professeur. "Est-ce parce que nous avons intercédé ? Trois jours après, mon fils était sanctionné d'un avertissement pour insulte à professeur." Les rapports s'aigrissent très vite entre la famille et la direction.
A la rentrée, l'adolescent a d'ailleurs changé de centre d'apprentissage.
L'affaire Machado est bien vite classée sans suite par le procureur. Mais, le 20 novembre 2008, l'employé reçoit sa lettre de licenciement. "Ma vie s'effondrait, explique cet émigré portugais, arrivé à Auxerre à 9 ans sans parler un mot de français. Je n'ai jamais eu un blâme ou un avertissement.
Et là, on signait ma mort sociale, pour une gifle." L'affaire faire grand bruit dans la petite ville et divise. José Machado reçoit même le soutien de Guy Roux, le célèbre entraîneur. La grève des collègues n'y fait rien, non plus. La direction reste inflexible, évoque un autre principe. "Quelle est la valeur d'une société où la violence est utilisée comme outil pédagogique ?, explique Alain Tomczak. Nous avons pesé la gravité de l'acte, au regard de l'insulte proférée, et l'avons jugée inadmissible. Le coup aurait pu avoir des conséquences dramatiques."
Le directeur évoque un autre argument. "Imaginez que nous ne prenions pas de sanction adéquate, que demain, il recommence, que diraient les parents ? Qui serait jugé responsable de l'avoir laissé agir une nouvelle fois ? " Disproportion d'une claque par rapport à une insulte ou disproportion d'un licenciement par rapport à une gifle ?
Le tribunal des prud'hommes a tranché en première instance. Le CFA doit réunir un conseil d'administration pour décider s'il fait appel de la réintégration.
Benoît Hopquin

