jeudi 17 avril 2008
Les tartuffes de la faim
Edito du Monde | 16.04.08
Les émeutes de la faim ayant fait irruption dans les journaux télévisés, l'heure est à la mobilisation. De Paris à Washington, chacun y va de son idée pour venir en aide aux populations des pays pauvres incapables de faire face à l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base, notamment le riz. On ne peut que saluer cet élan de générosité. Ne pas réagir serait criminel et donnerait de l'Occident une image bien peu reluisante.
Ce n'est pas la seule raison. La concurrence des biocarburants en est une autre, essentielle. Or les Etats-Unis, si généreux avec le Programme alimentaire mondial, ont confirmé leur volonté de doubler les surfaces déjà très importantes qu'ils consacrent aux biocarburants. Face à l'automobiliste américain, le paysan haïtien ne fait pas le poids. Même chose pour l'Europe. Non seulement elle veut développer les biocarburants, mais, dans les négociations internationales, elle maintient une politique protectionniste qui déstabilise depuis longtemps les agricultures du tiers-monde et freine la réduction de la pauvreté
.
Quant à la responsabilité de la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, elle est également considérable. Pendant des décennies, ces institutions ont expliqué aux pays émergents que l'agriculture avait son avenir derrière elle. Les pays émergents ont ainsi favorisé les cultures d'exportation, destinées à leur rapporter des devises ; ils récoltent aujourd'hui les fruits amers de cette politique.
Ainsi le Sénégal exporte des produits alimentaires - que l'Europe taxe quand il a l'audace de vouloir les transformer sur place -, mais doit importer environ 80 % du riz qu'il consomme. Or, non seulement le riz devient rare, mais les spéculateurs en font parfois grimper les prix de 30 % en une journée.
La générosité soudaine de l'Occident ne saurait faire oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans la crise majeure qui menace aujourd'hui.
Pourtant, comment ne pas se sentir mal à l'aise face à ces élans du coeur ? Car les plus généreux aujourd'hui sont peut-être les plus responsables de ce dérèglement planétaire. Les nouvelles habitudes alimentaires des pays émergents, largement importées des pays développés, expliquent en grande partie l'explosion de la demande, et donc les tensions sur les prix.
mardi 15 avril 2008
JO de Pékin : les athlètes français privés de badge
NOUVELOBS | 15.04.2008 | 12:21
Le président du CNOSF, Henri Sérandour, interdit aux athlètes le port du badge "Pour un monde meilleur"; au nom du respect de la charte olympique. Bernard Laporte juge cette décision "regrettable".
Les athlètes français ne seront pas autorisés à porter le badge "Pour un monde meilleur" destiné à montrer leur attachement aux droits de l'Homme lors des JO de Pékin (8-24 août), a annoncé lundi 14 avril, le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Henri Sérandour.
"On ne peut pas mettre un badge pour la cause d'untel, un badge pour une autre cause", a déclaré le président du CNOSF, invité sur L'Equipe TV. (> Voir la vidéo)
"On va respecter la charte qui est : aucune manifestation tangible de quoi que ce soit pendant les manifestations sportives et pendant le défilé des cérémonies d'ouverture et de clôture", a-t-il ajouté.
Peine de mort : au moins 1.252 personnes exécutées en 2007, la Chine est en tête
Aujourd’hui la Chine - 15/4/2008
Au moins 1.252 personnes ont été exécutées dans le monde en 2007, la Chine arrivant en tête avec au moins 470 personnes exécutées dans l'année, selon un rapport de l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty. Un chiffre minimum...
"Au cours de 2007, au moins 1.252 personnes ont été exécutées dans 24 pays. Au moins 3.347 personnes ont été condamnées à mort dans 51 pays. Ces chiffres ne sont que des minima; les chiffres réels sont certainement supérieurs", a indiqué l'organisation dans un communiqué.
Entre 18.311 et 27.562 personnes dans le monde attendraient leur exécution, a-t-elle indiqué.
En 2006, au moins 1.591 personnes avaient été exécutées dans 25 pays. De plus, au moins 3.861 avaient été condamnées à mort dans 55 pays.
Mais selon Amnesty, la véritable étendue de l'utilisation de la peine capitale dans le monde reste inconnue car dans de nombreux pays, les exécutions se font sous le sceau du secret.
"L'utilisation secrète de la peine capitale doit cesser: le voile du secret entourant la peine de mort doit être levé", a plaidé Amnesty, dont le siège est à Londres. "De nombreux gouvernements affirment que les exécutions se déroulent avec le soutien du public. Les gens ont par conséquent le droit de savoir ce qui est fait en leur nom", a ajouté l'organisation.
A l'instar des années précédentes, la grande majorité des exécutions répertoriées a été le fait d'une poignée de pays: 88% d'entre elles ont été mises en oeuvre dans cinq pays (Chine, Iran, Arabie saoudite, Pakistan et Etats-Unis).
En 2006, 91% des exécutions avaient été perpétrées dans six pays (Chine, Iran, Pakistan, Irak, Soudan, Etats-Unis).
Soulignant la baisse de 10% affichée par les autorités chinoises, Amnesty a néanmoins souligné que la Chine a été "le plus gros utilisateur de la peine de mort" en 2007 avec au moins 470 exécutions. "Mais ce chiffre s'appuie sur des informations publiques et n'est qu'un absolu minimum", a poursuivi l'organisation.
Sur ces 470 exécutions, environ 68 auraient été réalisées pour sanctionner des crimes non-violents (évasion fiscale, réseau de prostitution, contrebande).
Dans son communiqué, Amnesty cite des estimations de l'organisation américaine Fondation Dui Hua évoquant 6.000 exécutions en 2007. Ces données auraient été recueillies auprès de responsables locaux chinois.
"Alors que Pékin se prépare à accueillir les jeux Olympiques, nous mettons au défi le gouvernement chinois afin qu'il mette un terme à l'utilisation de la peine de mort et qu'il fournisse une information détaillée au sujet de l'utilisation de la peine capitale", a réclamé Amnesty.
En 2007, au moins 317 personnes ont été exécutées en Iran, au moins 143 en Arabie saoudite, au moins 135 au Pakistan et 42 aux Etats-Unis, a précisé l'organisation, se disant "inquiète" que des exécutions aient eu lieu en Mongolie et en Malaisie.
Le dalaï-lama prêt à démissionner si la violence échappe à tout contrôle
LEMONDE avec AFP et AP | 14.04.08
Le dalaï-lama, qui poursuit sa visite aux Etats-Unis, s'est dit préoccupé, dimanche 13 avril, de la possible arrivée de renforts de troupes chinoises au Tibet et d'une répression accrue si la situation actuelle se poursuit dans la région.''Le monde entier sait que le dalaï-lama ne cherche pas l'indépendance, ni la séparation'', a déclaré le Prix Nobel de la paix 1989 aux journalistes. ''Nous sommes en lutte contre quelques uns des dirigeants de la République populaire de Chine, et non contre le peuple chinois'', a ajouté le chef tibétain dans un communiqué publié après la conférence de presse.
Il a une nouvelle fois menacé de quitter ses fonctions si les violences au Tibet échappaient à tout contrôle, tout en démentant vouloir la séparation de la région himalayenne d'avec la Chine."Si la violence échappe à tout contrôle, alors je n'aurai pas d'autre choix que de démissionner", a-t-il dit, avant de répéter : "Si la majorité des gens s'engage dans la violence, je démissionne."
Le dalaï-lama, âgé de 72 ans, qui vit en exil à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, a demandé une enquête internationale indépendante sur les manifestations et la répression des autorités chinoises. Il a aussi répété son soutien pour les Jeux olympiques et pour le droit des manifestants à "exprimer leur sentiment profond"."Chacun sait que je soutiens les Jeux olympiques", a-t-il dit, se refusant à dire si les dirigeants internationaux devaient ou non assister à la cérémonie d'ouverture.
Le président chinois Hu Jintao s'est exprimé samedi pour la première fois sur la crise, affirmant que le problème du Tibet ne relevait pas du champ des droits de l'homme mais de la souveraineté nationale.
"Si le dalaï-lama souhaite vraiment un accord, il doit le montrer par ses actions. S'il abandonne ses activités séparatistes, ses complots incitant à la violence, ses projets de sabotage des Jeux olympiques de Pékin, nous sommes prêts à tout moment à poursuivre le contact et le dialogue", a déclaré le dirigeant, cité par la télévision centrale et l'agence officielle Chine nouvelle.
"JE SOUTIENS LES JEUX OLYMPIQUES" -dimanche 13 avril 2008
Tibet: le moine bouddhiste Matthieu Ricard reçu par Nicolas Sarkozy
INFO-CHINE le 12/4/2008 à 23h20 par AFP
Matthieu Ricard, précisant qu'il n'était pas "mandaté par qui que ce soit" et entendait apporter un témoignage "impartial et sincère", a affirmé que la crise tibétaine avait fait 192 morts et conduit à 2.300 arrestations.
"Le président est très concerné par le fait qu'un dialogue doive s'ouvrir pour que cette question du Tibet soit résolue de façon satisfaisante", a déclaré Matthieu Ricard à l'issue de l'entretien.
Interrogée, l'Elysée a confirmé la tenue de la rencontre, sans donner de précisions.
"Différentes options ont été envisagées et je ne pense pas que ce soit à moi d'en révéler le contenu", a ajouté le moine, interprète français du dalaï lama, qui vit dans un monastère au Népal.
Il a toutefois évoqué l'idée avancée par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner que le dalaï lama, qui vit en exil dans le nord de l'Inde, soit reçu par l'ensemble des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.
Le président Nicolas Sarkozy a lié mardi sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, en août, à un dialogue entre Pékin et le dalaï lama. La France assurera la présidence de l'Union européenne au moment des Jeux.
"J'ai l'espoir que quelque chose peut bouger pour la première fois depuis bien longtemps", a ajouté le moine bouddhiste, fils du philosophe et écrivain français Jean-François Revel et auteur de best-sellers traduits dans le monde entier.
Matthieu Ricard a indiqué avoir "mis l'accent sur la crédibilité des informations qui sont venues de la part de Tibétains".
"Il y a bien 192 morts qui ont été identifiés par nous. On pense qu'il y a 2.300 arrestations de personnes dont on n'a aucune idée de là où elles sont maintenant", a-t-il déclaré.
Matthieu Ricard a qualifié de "langue de bois habituelle" les propos tenus samedi par le président chinois Hu Jintao, qui a affirmé que les "obstacles pour des discussions" étaient du côté du dalaï lama.
"Le dalaï lama ne demande qu'une chose, c'est de rencontrer le président Hu Jintao, le Premier ministre, pour discuter sans pré-conditions", a-t-il dit.
La Chine accuse le dalaï lama d'avoir fomenté les manifestations qui ont débuté le 10 mars dans la capitale tibétaine, Lhassa, avant de dégénérer le 14 mars en émeutes et de s'étendre aux provinces chinoises voisines où vivent des communautés tibétaines.
Les dirigeants tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait plus de 150 morts, non seulement au Tibet mais dans les régions avoisinantes, tandis que la Chine accuse des "émeutiers" tibétains d'avoir tué 18 civils et deux policiers.
Emeutes de la faim : un défi inédit pour l'ONU
LE MONDE | 12.04.08 | 14h00 • NEW YORK (Nations unies) CORRESPONDANT
Confrontée à la flambée mondiale du coût de la nourriture, l'ONU se prépare au pire. "Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face", prévient une note interne de l'ONU dont Le Monde a obtenu une copie. Elle recommande la mise sur pied de "plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines", jusque-là peu touchées par la malnutrition.
D'après ce document de travail, la hausse des prix, qui pourrait se révéler non pas passagère mais "structurelle", risque de plonger dans l'"insécurité alimentaire" des millions de personnes. Et la communauté humanitaire manquera de moyens et d'expertise pour leur porter secours
Selon le "mémo" de neuf pages produit par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l'ONU devra répondre aux besoins de "nouveaux groupes de population" à un moment où il y aura "moins de nourriture à distribuer". Pour cause d'augmentation des prix des aliments et de l'énergie, les agences humanitaires reçoivent moins de dons en nature et doivent dépenser plus pour acheter de la nourriture et la distribuer.
Parmi les défis qui attendent l'ONU et qui ne doivent pas être sous-estimés, figure aussi le durcissement de crises locales causé par des "émeutes de la faim", comme celles qui ont secoué l'Egypte, la Mauritanie, le Mexique, le Maroc, la Bolivie, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie...
Ces troubles pourraient imposer "des interventions humanitaires hautement délicates" notamment en termes "de ciblage et de distribution", dans des périodes d'agitation et d'instabilité.
La réflexion onusienne s'appuie notamment sur des données du Fonds international de développement agricole (FIDA), une agence de l'ONU selon laquelle, pour chaque augmentation de 1 % du prix des denrées de base, 16 millions de personnes supplémentaires sont plongées dans l'insécurité alimentaire. Cela "signifie que 1,2 milliard d'êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d'ici à 2025 ; 600 millions de plus que précédemment anticipé", prévient le document. Parmi les pays en première ligne : l'Erythrée, la Sierra Leone, Madagascar, Haïti, la Géorgie, le Burundi ou le Zimbabwe.
Selon cette analyse, bien que la flambée des prix alimentaires soit en partie due à des facteurs temporaires, la concomitance de "prix records de la nourriture" et de "productions agricoles record" est "une indication forte" que les prix resteront durablement élevés. D'autant plus que les facteurs de long terme, tels que l'augmentation de la population mondiale, la richesse croissante de pays tels que l'Inde, la Chine ou le Brésil (où l'on consomme plus de viande, et donc de grains pour le bétail), ainsi que la pénurie des ressources naturelles suggèrent "la possibilité d'un changement structurel, plutôt que simplement cyclique".
Bien que les groupes les plus vulnérables se trouvent traditionnellement dans des zones rurales, la nouvelle crise risque, selon l'OCHA, "d'avoir un impact important sur les pauvres en milieu urbain".
Le phénomène a commencé au Pakistan, où plus d'un tiers des 56 millions de citadins sont considérés comme vivant dans une situation "d'insécurité alimentaire". Selon la note, le défi, pour les organisations d'aide alimentaire, sera de s'adapter à "la nature mouvante des mécanismes de débrouille en milieu urbain", alors qu'elles n'ont qu'une "expérience limitée" dans cet environnement.
Pour faire face, l'ONU devra aussi, selon l'étude de l'OCHA, envisager "des interventions alternatives", telles que la distribution d'argent liquide, de bons alimentaires, ou la mise en place de "filets de secours sociaux".
Le déblocage de fonds d'urgence pour l'achat de bétail, de semences ou d'outils agricoles pourrait aussi se révéler indispensable. Mais les Nations unies disposent d'une expertise toute relative dans ces domaines, ce qui est, selon la note, une "source de vulnérabilité majeure".
Jusqu'à présent, les modèles d'analyse de l'ONU se sont rarement appliqués à "des situations où il y a de la nourriture, mais où les gens n'ont pas de quoi se la payer", relève le document. Le bureau de la coordination de l'aide humanitaire envisage donc d'encourager l'étude des effets du fonctionnement des marchés mondiaux sur la malnutrition.
L'ONU pourrait par ailleurs aider les gouvernements touchés à trouver "les bonnes réponses". Cela pourrait passer par l'adoption d'une posture claire sur la question de la reconversion de terres agricoles pour produire des biocarburants. Cette tendance nouvelle a été qualifiée de "crime contre l'humanité", en octobre 2007, par Jean Ziegler, alors rapporteur des Nations unies sur le droit à l'alimentation, mais ni l'ONU ni ses agences humanitaires ou environnementales n'ont adopté de position définitive sur la question.
Nourrir l'humanité ... par François Régis Hutin
Edito OUEST-FRANCE samedi 12 avril 2008 Éditorial
Vivre ensemble en bonne entente. Voilà ce que nous souhaitons tous pour notre société et qu'elle soit en harmonie avec les autres sociétés dans le monde. Mais vivre ensemble, c'est d'abord vivre. Or, ce que nous redoutions depuis toujours et dont l'humanité a tant souffert est de retour : la pénurie alimentaire. Nous l'avons écartée de nos riches contrées, du moins le pensions-nous. Mais, aujourd'hui, c'est la sécurité alimentaire mondiale qui est menacée. Les pays du Sud sont déjà frappés durement. Nous subirons, sans aucun doute, ici même, les conséquences que cette pénurie entraîne, à commencer par le renchérissement des denrées.
Aujourd'hui, les réserves mondiales, nécessaires à l'alimentation, sont en baisse. Le nombre d'hommes ne cesse, lui, de croître. Il est plus que temps de se concerter à tous les niveaux dans le monde, si l'on veut réellement réussir à Nourrir l'humanité (1).
La sonnette d'alarme a été actionnée depuis longtemps par des hommes compétents et clairvoyants : des Lebret, des Dumont, des Pisani et beaucoup d'autres. Mais les progrès techniques des dernières décennies laissaient croire au plus grand nombre que le problème était désormais résolu ou le serait aisément. On voit que ce n'est pas le cas.
Le XXIe siècle peut être celui de tous les drames, car manger va coûter de plus en plus cher. Il nous faut donc revoir nos politiques et nos méthodes en ce domaine crucial si nous ne voulons pas que le monde s'enfonce dans des révoltes et des guerres dramatiques. Déjà, des émeutes de la faim éclatent en plusieurs pays pauvres et l'on n'a encore rien vu, disent certains observateurs. Le problème de l'eau reste largement posé. Le manque d'eau se fait sentir dans de nombreux pays. Les nappes phréatiques sont en voie d'être épuisées.
Mais les aides publiques en direction des pays les plus nécessiteux ont diminué. La Commission européenne, par la voix du commissaire Louis Michel, tente de réveiller les États. Il faut que tous les gouvernants fassent des promesses du millénaire leur priorité, à savoir, entre autres, réduire la pauvreté de moitié, d'ici à 2015. Hélas, la pauvreté, depuis cet engagement, s'est encore accrue et les défis se sont aggravés.
Il n'est que temps
« La vie du monde dépend des champs, prés, forêts et mers de la planète, qu'une gestion exclusivement marchande des problèmes conduirait au pire désordre... Produire plus et mieux avec trois fois moins : moins de terres, moins d'eau, moins de biodiversité ; intégrer de nombreuses contraintes : plus de chaleur, donc plus d'épidémies. Telles sont les données auxquelles il nous faut faire face. Mais les armes traditionnelles de l'agriculture ne suffiront pas. Il faudra que le développement accéléré de la biologie ouvre le siècle du vivant » (1).
La question, maintenant, est de savoir, comme le rappelle la préface d'Edgard Pisani, dans le livre de Bruno Parmentier « qui nourrira qui au XXIe siècle ». Il importe, en effet, que chaque pays, chaque continent fasse tout pour parvenir à se nourrir lui-même. Pour cela, il faudra augmenter les rendements de 40 %. Actuellement, on produit moins que l'on ne consomme. Et Edgard Pisani conclut : « Je reste inquiet parce que, jusqu'ici, rien ne m'a démontré que le monde pourra nourrir neuf milliards d'habitants. »
Conclusion désespérée ? Certainement pas. Mais conclusion qui appelle à l'action immédiate les agriculteurs, les chercheurs, les politiques, les organisations non gouvernementales et toutes les bonnes volontés. « C'est ici que l'Europe doit jouer son rôle pleinement avec une politique agricole, alimentaire et territoriale renouvelée qui permettra de produire plus et mieux », a déclaré Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, lors des premières rencontres organisées, hier, à Rennes, par la Maison de l'Europe : « L'avenir de l'agriculture : nourrir les hommes dans le respect des territoires ». Le ministre a conclu : « Nous avons besoin d'une gouvernance mondiale en matière agricole où l'Europe a un rôle majeur à jouer. »
Il n'est que temps.
1) Nourrir l'humanité, de Bruno Parmentier, éditions La Découverte.
vendredi 11 avril 2008
La Chine cherche à tout prix à redorer son image... par la publicité
La Chine cherche à tout prix à redorer son image... par la publicité
jeudi 10 avril 2008 par Redaction Tibet Info (JMB) ©
A quatre mois des Jeux olympiques, la Chine doit s’engager dans
une course de fond pour améliorer son image après les protestations
internationales contre la répression au Tibet et son bilan en matière de Droits
de l’Homme, estiment des experts aux Etats-Unis.
L’image de Pékin a été
sévèrement écornée par des protestations très médiatisées à son encontre, en
particulier à Londres, Paris et San Francisco, perturbant le relais de la flamme
olympique.
Des ambassades et consulats chinois ont aussi été endommagés,
devenant une autre cible pour les manifestants pro-Tibet et d’autres
organisations. Toutes ces organisations misent sur les Jeux pour mettre en
lumière le bilan de Pékin en matière de Droits de l’Homme et son soutien
controversé à des pays comme le Soudan et la Birmanie.
Pour contrer cette
très mauvaise publicité avant les Jeux, qui devaient être l’occasion pour Pékin
de briller sur la scène internationale, les autorités
chinoises ont décidé de faire appel à une agence étrangère de relations
publiques.
Plusieurs agences britanniques et américaines ont été
approchées dans la perspective d’un contrat portant notamment sur une stratégie
de relations publiques avant les Jeux, des exercices de media training et des
études de marché portant sur la perception de la Chine à l’étranger, selon le
Financial Times.
Le rôle de l’agence qui sera choisie sera plus important
que celui joué actuellement par la société américaine Hill and Knowlton aux
termes de son contrat avec le Comité d’organisation de Pékin, selon le
quotidien.
Mais, avertissent des experts en communication, il s’agit
quasiment d’une mission impossible pour les agences de relations publiques,
surtout qu’il reste peu de temps pour agir et que le client risque de se montrer
rétif devant les remèdes proposés.
Par ailleurs, "c’est un
défi pour une agence de relations publiques : veut-elle d’un client qui a la
réputation de ce pays en matière de violations des Droits de l’Homme ? Est-ce
que cela nuira à la réputation de l’agence ?", s’interroge Gemma Puglisi,
experte en communication de crise à l’American University.
Pour cette
spécialiste, "le problème, et le défi, c’est que ce genre de pays
doit comprendre que s’il fait appel à quelqu’un, il va falloir l’écouter".
Mais, selon elle, les dirigeants chinois sont "très
intelligents" et "savent ce qui est en jeu" avec les JO,
en particulier une énorme publicité.
"Dans
l’esprit des idéaux olympiques, nous sommes prêts à aider la Chine, et ce
gratuitement", proposait le 9 avril le New York Times dans un éditorial.
"Voilà ce que vous faites : mettez fin aux arrestations de
dissidents. Arrêtez de répandre des mensonges sur le Dalaï Lama et commencez à
discuter avec lui en vue d’une plus grande liberté religieuse et culturelle pour
le Tibet. Arrêtez de permettre au Soudan de commettre un génocide au
Darfour".
"En d’autres termes, commencez à vous conformer
à votre promesse au Comité international olympique de respecter les Droits de
l’Homme, ce qui, à propos, inclut la liberté d’expression et de
rassemblement".
Pékin a qualifié le Dalaï Lama de "loup
portant l’habit de moine", et nié vigoureusement toute répression religieuse
ou culturelle au Tibet.
L’initiative consistant à faire appel aux services
d’une agence de relations publiques montre que les Chinois "se
rendent compte que les enjeux sont élevés et qu’ils sont dans une situation
critique", estime Gemma Puglisi. "C’est un défi, mais je crois
que tout est possible".
Source : AFP 10 avril 2008
"La position du gouvernement sur les JO révèle une absence totale de courage"
Nouvel Observateur – 10/08/04 - Interview de Marielle de Sarnez par Anne-Sophie Hojlo
Le fiasco de l'étape parisienne de la flamme, lundi, signe-t-il une première victoire des militants des droits de l'homme ?
- Oui, cela signe une victoire de ceux qui veulent manifester leur solidarité au Tibet et dire à la Chine combien nous sommes attentifs à la question des droits de l'homme.
Je suis allée manifester hier. Et le dispositif policier en place me laisse une impression étrange. Plus de 3.000 policiers, cela provoque forcément des tensions. Pourtant, les manifestants étaient dans leur droit le plus élémentaire. Le droit de manifester pacifiquement est la première des libertés dans un pays démocratique. C'est un drôle de pays que cette France que nous avons vue hier. Certes, ces manifestations ne sont pas agréables pour les organisateurs.
Mais je ne relâcherai pas la vigilance, en tant qu'élue de Paris, députée européenne et citoyenne. Je continuerai à suivre de près cette question des droits de l'homme en Chine.
Le gouvernement semble quelque peu hésitant vis-à-vis de la Chine. Quelle devrait être, selon vous, son attitude ?
- La stratégie du gouvernement, silencieux et cafouillant, est clairement une mauvaise stratégie. La position du gouvernement révèle une absence totale de courage.
Le gouvernement français a été parmi les derniers à évoquer le problème des droits de l'homme à propos des JO, et n'a aujourd'hui aucune position claire. Bernard Kouchner et Rama Yade sont complètement empêtrés dans cette affaire. Il s'agit d'une faute politique assez lourde.

Pour les dirigeants chinois, on ne peut plus pragmatiques, les droits de l'homme sont une question complètement secondaire. La France est dans son rôle en protestant, tout comme l'UE, si elle avait porté une parole unique.
Angela Merkel n'a jamais mâché ses mots quand elle s'adressait à la Chine, elle a reçu le Dalaï-lama, et pourtant l'Allemagne vend plus aux Chinois que la France. On ne plaît pas nécessairement aux Chinois en voulant ne pas leur déplaire. Le courage est une vertu qui est respectée par les autres.
C'est quand même abominable que l'on ait à rappeler que c'est bien la voie à suivre pour la France. Mais, manifestement, elle n'en prend pas le chemin.
Quel serait l'impact selon vous de l'arrêt du parcours de la flamme autour du monde, envisagé par le CIO ? Ne signifie-t-il pas aussi l'arrêt des manifestations qui l'accompagnent ?
- Je pense que le CIO devrait assumer. Le choix de la Chine a été fait en connaissance de cause, pour des raisons économiques plutôt que pour la défense des droits de l'homme. Qu'ils assument ! Il serait préférable que la flamme continue à circuler dans le monde, pour que les gens puissent continuer à manifestes pacifiquement. Si elle fait effectivement les 60.000 km prévus, alors les citoyens du monde se lèveront de partout pour protester et porter ces valeurs des droits de l'homme.
REPRESSION AU TIBET : La Chine refuse la visite au Tibet d'une représentante des Nations unies
Après les violences de la mi-mars à Lhassa, Louise Arbour, le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, avait demandé à pouvoir se rendre sur place. Impossible à l'heure actuelle, rétorque Pékin.
REPRESSION AU TIBET - La Chine refuse la visite au Tibet d'une représentante des Nations unies
NOUVELOBS. | 10.04.2008 | 15:17
Après les violences de la mi-mars à Lhassa, le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, avait demandé à pouvoir se rendre sur place. Impossible à l'heure actuelle, rétorque Pékin.
La Chine a rejeté une demande de Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, de se rendre au Tibet, a-t-on appris jeudi 10 avril de source onusienne.
Après les violences de la mi-mars à Lhassa, Louise Arbour a demandé le 27 mars à pouvoir se rendre sur place, a rapporté son porte-parole, Rupert Colville. Les autorités chinoises lui ont fait savoir qu'une telle visite n'était pas possible à l'heure actuelle, a-t-il déclaré à l'AFP.
Louise Arbour avait exhorté le 14 mars les autorités chinoises "à permettre aux manifestants d'exercer leur droit à l'expression et leur droit de réunion" au Tibet. (avec AFP)

