vendredi 7 mars 2008
Grand Corps Malade : « Le slam, c'est du lien social »
Propos recueillis par Emmanuel Marolle - jeudi 06 mars 2008 | Le Parisien
Le jeune poète de Saint-Denis sortira le 31 mars son deuxième album, « Enfant de la ville », deux ans après le triomphe du premier. En avant-première, il se confie sur des sujets qui lui tiennent à coeur : la vie en banlieue, l'éducation, le handicap...
Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, sortira le 31 mars « Enfant de la ville », deuxième enregistrement très attendu. Il y a deux ans, le slameur de 30 ans triomphait avec « Midi 20 ».
Un disque qui a touché près de 500 000 acheteurs et fait découvrir au grand public le slam, cette prise de parole a cappella en plein développement.
Avez-vous compris le succès de votre premier album ?
Grand Corps Malade. Oui, je crois. Je raconte des histoires qui touchent les gens. On m'a souvent dit : « Ce texte-là a été fait pour moi », ou « J'aurais pu l'écrire », « Cela me donne envie d'écrire, je me sens capable de le faire. » Tant mieux, c'est ce que j'ai toujours défendu.
Dans « J'écris à l'oral », vous parlez même d'« humains à égalité » dans les soirées slam...
Oui, le slam, c'est du lien social. Un rappeur va écouter un sexagénaire, un gamin de 10 ans va être attentif face à une mamie de 85 ans, un professeur devant un chômeur. On est tous dans un café, a cappella, dans la même nudité, sans musique, sans décor.
Certains de vos textes sont désormais étudiés en classe...
Oui, et inscrits au bac français. Je suis super fier de cela. Cela entre dans une démarche de modernisation de la poésie. Les gamins étudient un mec qu'ils peuvent voir à la télé, c'est tout de suite plus concret pour eux. Je regrette que, plus jeune, aucun prof ne m'ait demandé d'écrire un poème, un petit quatrain tout simple. Ça peut être ludique. Partout où je joue, je suis contacté pour intervenir dans un collège, un lycée, une association, une prison.
Avez-vous été sollicité pour les municipales à Saint-Denis, votre ville ?
Oui, et dans d'autres villes de banlieue. On m'a demandé de soutenir un candidat, voire d'être présent sur une liste. Mais ce n'est pas mon boulot. Je pourrais éventuellement apporter mon soutien à la liste sortante divers gauche à Saint-Denis, qui fait du bon boulot. Mais ce n'est pas mon truc. A la base, je n'ai pas eu envie d'écrire pour cela.
« La priorité pour moi, c'est l'éducation »
Attendez-vous quelque chose du plan Banlieues de Fadela Amara ?
Oui, même si le terme m'effraie un peu car je défends l'idée que la banlieue n'est pas un monde à part. La priorité pour moi, c'est l'éducation, la disparité qui existe entre les établissements scolaires de banlieue et d'ailleurs. Tout se joue très tôt, dès le primaire, pour éviter que les gamins soient à la dérive en 6e. Il ne faut pas hésiter à faire des classes de quinze élèves, arrêter de mettre des profs inexpérimentés en banlieue sous prétexte que personne ne veut y aller.
Votre succès est-il important aussi pour la reconnaissance du handicap (il a été victime d'un grave accident en 1997) ?
Sincèrement, je pense que oui. Il existe peu de personnes qui soient handicapées et très médiatisées. J'ai eu tellement de témoignages de gens qui m'ont dit que cela leur redonnait une dignité, que derrière leurs difficultés, il y a une envie de vivre... Certains viennent même aux concerts ou aux soirées slam. Le mois dernier, une douzaine de personnes d'un centre spécialisé étaient au café culturel de Saint-Denis. Certains avaient écrit des textes et les ont lus. D'autres handicapés plus lourds avaient préparé quelque chose façon « le Scaphandre et le Papillon », simplement en clignant une paupière, et c'est un accompagnateur qui l'a lu.
Qu'est-ce qui a changé dans votre vie aujourd'hui ?
J'ai gagné beaucoup d'argent, mais j'habite toujours à Saint-Denis, je fais toujours des ateliers slam le mercredi dans une maison de retraite. Je fréquente les mêmes restos et je vais fumer la chicha, boire un thé à la menthe le soir. Et j'ai toujours ma Clio, non pas pour avoir l'image du mec cool mais parce que, dans Paris, c'est plus pratique qu'un 4 x 4 !
jeudi 6 mars 2008
Ne soyez pas poètes, lisez de la poésie !
LE MONDE DES LIVRES | 28.02.08
Une manifestation internationale, du 3 au 16 Mars
C'est le signe d'une opération qui s'inscrit de plus en plus dans la durée : depuis 2007, le Printemps des poètes dure quinze jours - cette année du 3 au 16 mars - contre une semaine auparavant.
Durant cette période, plus de 12 000 initiatives mettront la poésie à l'honneur. Difficile d'en faire un recensement exhaustif : cela va des 3 millions de cartes postales-poèmes distribuées par les postiers aux actions menées dans les hôpitaux, écoles, entreprises, gares, jusqu'aux soirées de lecture organisées chez des particuliers.
"Eloge de l'autre" est le thème de cette 10e édition. En exergue, une citation d'Andrée Chedid : "Toi, qui que tu sois, je te suis bien plus proche qu'étranger." Plusieurs temps forts rythmeront la manifestation. D'abord son inauguration, le 3 mars au Théâtre Mogador, à Paris, où des comédiens et musiciens (Bernard-Pierre Donnadieu, Dominique Pinon, Odja Llorca, etc.) liront des textes d'Aimé Césaire, Henri Michaux, Tony Harrison..., mais aussi le 7 mars, décrété "Grand jour du poème à l'autre".
L'accent est aussi mis sur une oeuvre et un auteur. Cette année, il s'agit d'Eugène Guillevic (1907-1997) "poète breton d'expression française", qui sera plus particulièrement à l'honneur à La Rochelle, Montpellier, Tours, Foix et Avignon.
Pour faire vivre et prolonger ce festival tout au long de l'année, une équipe permanente de six personnes, dotée d'un budget de 400 000 euros, s'est constituée autour de Jean-Pierre Siméon. Poète, dramaturge, enseignant, coresponsable de la collection "Grands Fonds" aux éditions Cheyne, il est venu au Printemps des poètes en avril 2001, alors que l'opération n'avait que deux ans d'existence.
A l'origine de cette initiative, on retrouve, comme pour la Fête de la musique, Jack Lang qui a lancé le projet avec l'aide d'Emmanuel Hoog, actuel président de l'INA. Jean-Pierre Siméon, qui lui a succédé à la direction artistique, insiste sur les points communs entre les deux manifestations qui "se veulent larges et populaires" mais aussi sur leurs différences. "Mon ambition est de rendre accessible la poésie au plus grand nombre : je veux en même temps éviter tout amalgame ou démagogie et je récuse l'expression "tous poètes"", précise-t-il.
"MEETING POÉTIQUE" - L'objectif est de faire découvrir et lire de la poésie contemporaine à un large public. Une anthologie, A poèmes ouverts, qui reprend des textes de cinquante poètes français d'aujourd'hui, est publiée en Points, au prix de 5 euros. Jean-Pierre Siméon entend se situer dans le sillage des mouvements d'éducation populaire et cite l'homme de théâtre, Antoine Vitez : "Etre élitaire pour tous".
Plusieurs étapes ont permis au Printemps des poètes de trouver sa place. En 2002, un "meeting poétique" avait ainsi réuni à la Mutualité plus de 2 000 personnes. Autre point fort : les Brigades d'intervention poétique. Sous cette appellation, se rassemblent des comédiens professionnels qui, lorsque les chefs d'établissement l'autorisent, pénètrent dans des classes de collège ou de lycée pour réciter de brefs poèmes à heure fixe, plusieurs jours de suite, créant une réaction de surprise chez les élèves, puis une accoutumance, voire une attente.
Deux autres tendances marquent le succès de l'entreprise. La première repose sur la participation active des poètes contemporains. Si aujourd'hui Aimé Césaire ou Yves Bonnefoy, en raison de leur âge, ne peuvent pas prendre part aux festivités, Michel Deguy fera par exemple une lecture au café L'Entrepôt à Paris. Jacques Roubaud, Jean-Pierre Verheggen, Jean-Claude Pirotte, Christian Prigent, André Velter, Charles Juliet, jouent aussi le jeu.
Depuis quatre ou cinq ans, on assiste aussi à une forte internationalisation de la manifestation, autre signe de sa réussite. Le Printemps des poètes s'est exporté dans une soixantaine de pays, parfois avec le soutien du réseau des alliances françaises ou des centres culturels, en Italie, en Roumanie, en République tchèque, en Ecosse, mais aussi au Cameroun, au Maroc, en Indonésie, au Brésil... Ainsi, plus de 1 500 personnes se sont réunies en 2007, à Quito, capitale de l'Equateur, pour lire de la poésie.
mercredi 5 mars 2008
"Ne considérons pas la culture à l'aune du remplissage des salles"
MOBILISATION DU MONDE DE LA CULTURE :
Nouvel Observateur le vendredi 29 février 2008
Interview de Georges-François Hirsch président de la Fédération des employeurs su spectacle vivant public et privé - par Sibylle Laurent
Le Feps et d'autres syndicats du monde du spectacle ont signé une adresse au Président de la République "pour une relance de la politique artistique et culturelle de la France". Qu'attendez-vous concrètement du gouvernement ?
En novembre, avec l'ensemble des syndicats de la culture, nous avions adressé une lettre ouverte au président de la République Nicolas Sarkozy pour lui demander de réviser le projet de budget pour la culture pour l'année 2008, que nous jugions catastrophique. Nous lui demandions également la tenue d'un Grenelle de la culture, afin de réfléchir aux grands enjeux de la politique culturelle en France.
Cela a eu deux effets. Tout d'abord le Grenelle s'est transformé en "Entretiens de Valois", une réflexion sur les enjeux de la culture. Ces entretiens ont commencé en février, et se déroulent jusqu'à fin mai. Nous souhaitons que début juin, nous arrivions à des accords avec les ministères concernés sur un certain nombre de points qui nous tiennent à cœur.
Sur le budget, la ministre de la Culture Christine Albanel avait obtenu une rallonge budgétaire de 34,8 millions d'euros pour le spectacle vivant. Des assurances certaines sur le plan financier ont ainsi été données, mais uniquement à ce que la ministre appelle "le cœur du réseau", c'est-à-dire les structures institutionnelles. Les structures culturelles plus légères n'ont rien eu.
Deux problèmes se sont donc croisés. Avant de même de commencer à redéfinir la politique de la culture, le budget accordé a été coupé à la serpe de manière complètement arbitraire. C'est la raison pour laquelle nous avons publié cette lettre ouverte en novembre, que nous avons demandé le Grenelle, que mercredi au théâtre de l'Odéon les metteurs en scène du théâtre public se sont mobilisés et que nous manifestons aujourd'hui. Cette mobilisation est en effet très importante et quelque part peut être considérée comme historique.
La culture est-elle victime de la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy ? Il avait pourtant présenté ses volontés de démocratiser la culture et d'augmenter ce budget…
Il faut surtout que nous puissions redéfinir avec le gouvernement et tous les acteurs concernés un certain nombre d'objectifs. Nous sommes dans une fin de cycle en matière de politique culturelle. Nous avons des choses à réinventer pour l'avenir. Repenser la place de la création et de l'emploi artistique, repenser la place de la culture dans la société actuelle, repenser l'articulation entre la place de l'Etat et celles des collectivités territoriales, qui participent à l'heure actuelle à hauteur de 80 % dans le spectacle.
Les "Entretiens de Valois" réunissent justement le ministère de la culture et les autres ministères concernés, les collectivités territoriales et les acteurs de la culture et du spectacle. Cette formation peut être intéressante, il faut bien sûr qu'elle aboutisse à des résultats concrets. Même si les choses sont difficiles, nous verrons bien où cela nous mènera. Cela vaut en tout cas le coup d'essayer.
Quel est l'état de la culture en France ? Se réduit-elle vraiment à Eurodisney, Mireille Matthieu et Christian Clavier ?
C'est un peu réducteur. Le problème est qu'il y a depuis une dizaine d'années une série de structures de financement qui se sont empilées couche après couche, qui bloquent tout. Il faut tout remettre à plat et redéfinir ce que doivent être les objectifs d'une bonne politique culturelle. Forcément, nous ne partageons pas tous les objectifs du gouvernement ou nous ne les présentons pas de la même manière. Il faudrait surtout que la place de l'artiste devienne une portion congrue et ne soit pas considérée à l'aune du remplissage des salles.
On nous présente comme des artistes illuminés qui n'ont aucune conscience de la réalité, qui aiment jouer devant des salles vides. C'est faux bien sûr. Les entreprises culturelles qui ont bien "managé" ont évidemment l'envie d'attirer un public nombreux. En cela, c'est une erreur de favoriser financièrement les structures institutionnelles au détriment des autres. Ces mondes sont en fait interdépendants : le théâtre privé travaille souvent avec le théâtre public, les structures institutionnelles avec des structures plus locales. Elles doivent donc toutes partir sur les mêmes bases, à commencer celle du budget.
mardi 4 mars 2008
En Corée du Nord Musique pour la Paix - Un frisson philharmonique à Pyongyang
LE MONDE | 27.02.08 | PYONGYANG ENVOYÉ SPÉCIAL Extraits
La musique ne transformera pas la face du monde, mais, peut-être, pourra-t-elle y contribuer. Tandis que, sur fond de différend nucléaire, les tensions diplomatiques continuent d'empoisonner les espoirs de détente entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le chef d'orchestre américain Lorin Maazel, à la tête du Philharmonique de New York, en a fait la démonstration, le 26 février, dans le Grand Théâtre de Pyongyang.

Chose impensable jusqu'il y a peu, pour la première fois un ensemble américain faisait sonner ses timbres au coeur même de l'un des pays les plus fermés de la planète. Un régime appartenant, qui plus est, à l'"axe du mal", le groupe des pays honnis par le président américain George Bush.
D'un côté de la scène, le drapeau américain, de l'autre, celui de la Corée du Nord : ainsi en avait finalement décidé le protocole, les autorités de Pyongyang ayant tout d'abord exigé la présence seule de leur bannière. Une simple phrase du maestro américain a suffi pour déclencher le souffle d'émotion, mâtinée de fierté, qui s'est propagé dans l'imposant aréopage de dignitaires aussi raides dans leurs costumes austères que peu enclins au ravissement. Avant d'interpréter Un Américain à Paris, de George Gershwin, le chef a formulé de sa voix posée ces quelques mots : "Un jour, peut-être, un compositeur écrira à son tour "Des Américains à Pyongyang"."
Un soupir inattendu mêlé d'éclats de voix s'est alors répandu parmi les 1 500 spectateurs, hommes en gris et rares femmes en longues robes traditionnelles. Visiblement ému, un jeune cadre du tout-puissant Parti du travail de Corée qui, depuis 1948, fait régner un ordre implacable dans le pays, serrait ses poings tant qu'il pouvait afin que la douleur lui fasse oublier l'envie de pleurer.
Lorin Maazel avait visé juste. L'intensité des applaudissements qui suivirent ses propos, puis l'exécution, brillante, de l'oeuvre du compositeur de Brooklyn en témoignaient. Quelque chose était en train de se passer dans le cadre marmoréen de l'imposant théâtre à l'architecture stalinienne.
Emportés par leur enthousiasme, la plupart des dignitaires du régime, que la symbolique universelle de la Symphonie du Nouveau Monde d'Antonin Dvorak avait laissés impassibles, n'ont plus ménagé leurs bravos : pour le deuxième mouvement de L'Arlésienne, de Georges Bizet, d'abord, et surtout pour Arirang qui clôturait la soirée. Ce thème traditionnel, très populaire dans toute la péninsule coréenne, a provoqué un trouble manifeste. Pas seulement dans la salle.
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"Si les représentants d'une autre culture avec laquelle nous vivons actuellement des tensions ont un désir de faire connaissance, tant mieux. Ça vaut la peine de l'accepter. C'est un vrai défi, confiait peu avant le concert Lorin Maazel. Dans l'arène de la culture - je suis musicien et non pas politicien -, je suis très conscient de l'importance des rapports entre les peuples."
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Ainsi que le rapporte le New York Times dans son édition du 10 décembre, l'acceptation du Philharmonic à jouer en Corée du Nord était aussi assujettie à plusieurs conditions : la présence de journalistes étrangers, une diffusion télévisée et radiophonique nationale afin de ne pas limiter l'événement à une seule minorité de privilégiés, des aménagements acoustiques, si nécessaires, dans la salle du théâtre de Pyongyang, et la garantie que les huit membres de l'orchestre d'origine coréenne ne rencontreront aucune difficulté sur place. Ultime condition : que l'orchestre puisse jouer The Star-Spangled Banner, l'hymne américain.
Mais il a fallu d'abord convaincre les membres de l'orchestre. Certains s'interrogeaient sur l'opportunité d'un déplacement dans un des régimes les plus répressifs dont les fondements idéologiques soumettent le peuple à une misère endémique telle qu'elle aurait provoqué la mort de plus de deux millions de personnes sur les 25 millions d'habitants que compte le pays.
Christopher Hill, le principal diplomate américain chargé des négociations avec la Corée du Nord, avait ainsi posé les termes, se souvient Rebecca Young (deuxième alto). "On nous a dit : vous pouvez refuser. Sachez qu'en acceptant, vous pouvez peut-être changer quelque chose." Robert Botti (hautbois) n'a eu aucune hésitation : "C'est un moment que la musique peut transcender. La musique peut réussir là où la diplomatie a échoué. C'est un vrai échange. C'est mon espoir, notre espoir. C'est pour la plupart d'entre nous un vrai privilège."
Tous les musiciens ont finalement accepté de consacrer à l'événement les jours de repos prévus à l'issue d'une tournée qu'ils venaient d'effectuer dans la région. Pour Adam Aron, qui appartient au groupe des 25 "patrons" du New York philharmonic, "c'est un voyage pour la paix. C'est la première fois qu'un tel nombre de personnalités américaines se rend en Corée. On se souvient de la "ping-pong diplomacy". C'est la même chose avec les violons."
Mme Ceschina, une mécène japonaise à l'origine de l'événement
LE MONDE | 27.02.08 | TOKYO CORRESPONDANT Extraits
Si le New York Philharmonic s'est produit, le soir du 26 février, au Grand Théâtre de Pyongyang, c'est en partie grâce à une mécène japonaise vivant à Venise : Yoko Nagae Ceschina. Agée de 75 ans, veuve d'un richissime homme d'affaires italien, elle sera présente au concert.
Jeune diplômée de l'Université nationale des beaux-arts de Tokyo, elle rencontra son mari, Renzo, alors qu'elle apprenait à jouer de la harpe au conservatoire de Venise. Héritière d'une confortable fortune, elle apporte désormais son aide à des musiciens, quelle que soit leur nationalité. "Encourager la musique est ma dernière mission sur cette terre", confiait-elle récemment au quotidien japonais Mainichi. "Je ne connais pas grand-chose à la politique, mais je pense qu'elle peut apporter la paix", poursuivait-elle. Et avec la compagnie aérienne sud-coréenne Asiana et la chaîne de télévision MBC - également sud-coréenne -, elle a accepté de financer la tournée de l'orchestre new-yorkais en République populaire démocratique de Corée (RPDC).
UNE ÉLITE CULTIVÉE - Mme Ceschina avoue qu'elle n'était pas très au fait des problèmes diplomatiques entre la RPDC et le Japon (en particulier de la question des Japonais enlevés par les agents nord-coréens dans les années 1970-1980) lorsqu'elle fut contactée par le Philharmonique. "En participant à cet événement, je veux juste donner une bonne image de mon pays", a-t-elle déclaré, en précisant que, si elle est présentée au dirigeant Kim Jong-il, c'est ce qu'elle lui dira.
Celui-ci serait un grand mélomane. C'est lui qui, en août 2007, a invité le New York Philharmonic à se produire à Pyongyang. Pour le régime, c'est une opération de relations publiques d'ampleur planétaire : il n'y a jamais eu autant d'Américains ensemble à Pyongyang (plus de 300) depuis que ceux-ci occupèrent brièvement la ville en 1950, au début de la guerre de Corée ; et le concert a été retransmis dans le monde. C'est aussi pour Kim Jong-il un moyen de donner à penser à sa population qu'il a amené "l'impérialiste américain" à de meilleurs sentiments.
Les organes de presse officiels ont annoncé le concert, et la télévision d'Etat l'a retransmis en direct. Les Coréens du Nord ont donc un autre écho de l'Amérique que celui des bottes. Selon Kim Chul-woong, un pianiste nord-coréen qui a fait défection au Sud, écouter la musique étrangère produite après 1900 est interdit aux citoyens ordinaires. L'élite compte en revanche de fins connaisseurs des grandes oeuvres occidentales.
lundi 3 mars 2008
Cali ne cale pas ! Le chanteur motivé ne déroge pas à ses engagements avec un nouvel album aiguisé et volontaire.
GILLES RENAULT - Libération - lundi 3 mars 2008
Cali, l’Espoir (Virgin). Tournée française à partir du 11 mars (Zénith de Paris les 14, 15 et 16 mars).
«Il pouvait maintenant à sa guise égorger la liberté/La mainmise sur tout, le grand marionnettiste/Des journaux des télés… Résistance résistance résistance… Tu peux pleurer mon fils, oui mais pleurer pleurer de fierté/Nous allons revenir bien plus forts/Bien plus forts que jamais.»
Cali a écrit la chanson Résistance le soir même du second tour de l’élection présidentielle, «devant TF1 qui diffusait ces images du Fouquet’s si insultantes pour ceux qui n’ont rien dans leur assiette».
Dix mois plus tard, sa pugnacité demeure intacte : «Je suis comme tout le monde, je dis que j’en ai marre. Sauf que j’ai la possibilité de le faire avec un micro. Mais du coup, je veux que chaque chanson soit le fruit d’une vraie réflexion. La notion d’engagement demeure pour moi essentielle, même si mon fil conducteur reste l’amour.»
Prosélyte. Jusqu’en août 2003, il n’était encore que Bruno Caliciuri, auteur-compositeur-interprète catalan, passé par la scène pop locale et les groupes de bal, admirateur des Waterboys et U2, comme de Ferré et Miossec. Un garçon du terroir, qui n’aura effectivement besoin que de deux disques, consolidés par des tournées incandescentes, pour devenir une notabilité du circuit tricolore. C’est quand le bonheur ou Elle m’a dit, hymnes à l’amour vache, tournent partout en bouclent ; les filles apprécient, les garçons qui les accompagnent aussi. La machine est lancée. Au seuil élancé de la quarantaine, Cali plaît.
Sorti le 4 février, l’Espoir, son troisième CD, garde la ligne. Huit photos illustrent la livraison. Toutes le montrent le visage fermé, bien que la chanson titre démarre ainsi : «L’espoir est dans la rue/La victoire au bout de la fleur.» Comme un Chant du partisan, qui donnerait le la. Encarté PS à la veille du dernier scrutin présidentiel, Cali y a cru, perpétuant le militantisme atavique de son père disparu quand il n’avait que 22 ans, et de ses grands-pères, l’un ancien résistant et membre des Brigades internationales, l’autre lui racontant«comment, un jour, il avait mis la main sur la gueule à un type dans un meeting du Parti communiste».
Le prosélyte a vibré au fameux meeting de Ségolène Royal à Charléty ; parrainé une opération pour inciter les jeunes à aller voter , «adoré discuter avec Marie-George Buffet», pointé les limites de la politique d’ouverture («s’asseoir à côté de Brice Hortefeux, c’est pas possible»), vilipendé le traitement réservé aux sans-papiers. Et, donc, repris sa plume, aiguisée.
Aujourd’hui, Cali tient à circonscrire la dimension politique de l’Espoir - «trois chansons sur quatorze». N’empêche, du Droit des pères à Pas la guerre ou Je ne te reconnais plus, le ton n’est pas hilare. Réalisé avec Mathias Malzieu (Dionysos) et Scott Colburn (producteur d’Arcade Fire), le disque propose «rock» en mot-clé, dans une acception «spontanée et instinctive» du terme.
«Allez, feu». Sur scène, on devine la tournure que devraient prendre les événements. Depuis la mi-février, Cali astique studieusement à Paris son attirail, en prévision d’une campagne qui débutera le 11 mars et durera (dans un premier temps) jusqu’aux festivals d’été. Perdus au milieu des entrepôts de banlieue dans un studio de Pantin, ils se retrouvent à sept, chaque jour, de 15 heures à minuit. Jouant en cercle, ils échangent les points de vue, tant techniques que sensitifs.
Au milieu des branchements et des zakouskis posés sur une table, on cherche «des placements», «des couleurs». Un gros son, parfois «héroïque»,émerge déjà par endroits. Souvent, pour démarrer, Cali dit : «Allez, feu», machinalement. «Ma famille est loin, avait-il précisé, à l’heure du déjeuner. J’adore la scène, mais encore faut-il que j’aie une bonne raison de quitter la maison. Or là, tout en sachant que ça ne changera pas la face du monde, j’ai le sentiment de prendre un risque énorme, qui me procure un mélange de doute et d’excitation.»

dimanche 2 mars 2008
Ecrivain (e) paysans : Une plume au pays du canard
Sud-Ouest Gers 28/02/08
Claudine Mothe-Gauteron, de Sarragachies, est présente jusqu'à dimanche, au Salon de l'Agriculture Porte de Versailles, sur le stand des écrivains-paysans
Dans l'agriculture, Claudine Mothe-Gauteron a surtout retenu le mot « culture ». Cette habitante de Sarragachies est présente cette semaine au 45e Salon de l'agriculture, à Paris. L'événement est un rendez-vous incontournable pour le Gers, département le plus agricole de France (plus de 20 % de la population active).
Claudine Mothe-Gauteron n'est pas au Parc des expositions pour vendre du foie gras. Ni pour soumettre des volailles au concours général. Encore moins pour faire découvrir le floc et l'armagnac aux visiteurs parisiens. Rien de tout cela : la retraitée est montée à la capitale pour présenter ses livres.
Claudine Mothe-Gauteron fait partie de la très respectable Association des écrivains et artistes paysans, présente au Salon de l'agriculture depuis 1972. « C'est une structure qui a été fondée par Jean Robinet, aujourd'hui âgé de 94 ans, et le Gersois Jean-Louis Quereillahc », ancien maire de Plaisance, explique la retraitée.
Sauvegarder le patrimoine et la mémoire. - Là où d'autres stands présentent les innovations qui feront le futur de l'agriculture, Claudine Mothe-Gauteron et ses condisciples s'emploient à sauvegarder le patrimoine et la mémoire de ceux qui ont vécu dans les campagnes au cours des générations passées.
Elle n'a commencé à publier qu'à l'âge de 59 ans, en 2001. Mais depuis, sa plume s'est révélée particulièrement féconde, livrant quatre romans : « La Noce d'Albertine », « Le Boisseau », « Bal rétro » et « La Monnaie du diable » (Cheminements éditions).
« J'écoute, je recycle, je pompe. Et je n'utilise mon imagination que pour lier entre elles des histoires authentiques »
Être écrivain-paysan ne signifie pas juste produire des écrits à la campagne plutôt que sur une terrasse de Saint-Germain-des-Prés. Les sujets traités par la Gersoise s'enracinent tous profondément dans le terroir gascon. « J'ai emprunté aux histoires de mes amies. Ce qu'il me faut, ce sont des anecdotes fortes », explique l'artiste, qui veille à n'utiliser que des histoires authentiques.
« J'écoute, je recycle, je pompe. Et je n'utilise mon imagination que pour lier entre elles des histoires parfaitement authentiques », poursuit-elle. Si elle n'a commencé à publier que sur le tard, celle-ci a toujours été attirée par les arts et lettres. « J'ai toujours écrit et peint. »
Cet amour pour les activités « non productives » n'est pas allé sans poser de problèmes dans le milieu agricole.
Fille de paysan impossible. - « J'étais une fille de paysan impossible. À la vigne, je tombais dans les pommes », sourit-elle aujourd'hui. Le père de Claudine travaillait dans une exploitation fruitière du Lot-et-Garonne. « Je l'entends encore me dire : " Qu'est-ce que tu as besoin d'une machine à écrire ? " Et ma grand-mère qui lui glissait en patois : " Qu'est ce que tu vas faire de cette enfant ? ". »
« Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'humanité de ces histoires vraies »
Finalement, Claudine épousera un Gersois, qui exploite des céréales et de la vigne du côté de Saint-Mont. - Mais jamais elle ne reniera son goût des mots. « J'ai toujours été une conteuse. Quand j'étais petite, les autres gamins s'asseyaient en cercle autour de moi, et je racontais. »
Ces histoires, elle les récolte patiemment, méticuleusement. Ce sont ses vendanges à elles. « J'ai décidé d'écrire ces histoires, car je trouvais dommage qu'elles s'oublient. » Pour bien faire, Claudine reste toujours aux aguets. Et capte des moments qui échappent aux autres. Voici un exemple. « Je me souviens de l'enterrement d'un oncle. Il était très fier d'être grand et fort. Les fossoyeurs chuchotaient entre eux : ''le trou est trop petit''. ''Mais c'est qu'il est lourd, ce con''. Je l'ai entendu rire dans sa tombe. C'était la dernière blague qu'il faisait. Cette histoire-là, je suis la seule à l'avoir entendue. Cela n'arrivent qu'à ceux qui ramassent des histoires. »
Voilà le genre de pépites que Claudine collectionne, puis trousse dans ses livres, qui connaissent un certain succès, notamment auprès du public féminin. « Un roman comme ''Bal rétro'', qui se passe dans le Gers, raconte une histoire très intime d'une femme de la campagne. » N'allez pas dire à Claudine Mothe-Gauteron qu'elle fait du « Bridget Jones » à la sauce gersoise. « Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'humanité de ces histoires vraies. »

La culture dans la rue
Edito du Monde | 01.03.08
Le 27 février, les gens de théâtre se sont réunis à l'Odéon, à Paris, et le lendemain se sont joints aux manifestants de la grande famille culturelle, massés devant le Palais-Royal, à deux pas de la rue de Valois, siège du ministère de la culture. Ils sont descendus dans la rue pour dénoncer une baisse globale de leur budget : 6 % de gel de crédits pour certaines compagnies, 4 % pour d'autres. Leurs budgets sont effectivement en baisse. Et la ministre de la culture, Christine Albanel, en dépit des quelques rattrapages obtenus à l'arraché, ne paraît pas la mieux placée pour défendre son pré carré : ses dossiers semblent lui échapper.
Faut-il que rien ne bouge dans le monde feutré de la culture ? Certainement pas. Et d'abord parce qu'il souffre d'un mal endémique : celui de ne pas savoir faire coïncider ses efforts d'investissement - toujours plus nombreux - avec les moyens de leur fonctionnement - trop souvent négligés. Cette fracture croissante contribue à diminuer automatiquement la part des subventions attribuées à chacun. A moins d'augmenter de façon notable le budget général de la Rue de Valois, ce qui n'est pas à l'ordre du jour, ou de remettre à plat le système d'attribution des subventions. Mais il faut là une vraie détermination et des idées claires pour l'entreprendre. Elles sont absentes aujourd'hui.
Pourtant, il serait absurde d'assimiler le domaine culturel mis en place à l'époque des ministères Malraux et Lang à quelques privilégiés, porteurs d'un discours élitiste et n'intéressant que les nantis du savoir. En deux générations, ce domaine s'est à la fois élargi et diversifié. Même s'il reste encore et toujours des améliorations à apporter, l'accès au théâtre, à la danse, à toutes les musiques et aux arts plastiques s'est ouvert à une population qui en était privée. Qui aurait imaginé dans les années 1980 implanter un musée à Vitry-sur-Seine ou à Lens ?
La culture est devenue un pan non négligeable de l'économie. Elle contribue à revivifier les villes et les régions, qui en ont souvent fait un argument électoral. C'est aussi, potentiellement, un puissant moteur social dans les banlieues. Il n'est aujourd'hui relayé par personne. Les messages envoyés par Nicolas Sarkozy et son entourage vont exactement dans le sens contraire. Plus qu'une revendication corporatiste, les récentes manifestations reflètent une inquiétude réelle et un profond malaise, qu'il serait imprudent de négliger.
Aux yeux de certains, la manifestation peut avoir des relents corporatistes. Mais son point de départ est ailleurs. Le "désengagement de l'Etat" en matière culturelle n'est pas qu'un slogan. Pour la première fois sous la Ve République, un président entend bousculer ce secteur, multipliant les instructions pour le "banaliser".vendredi 29 février 2008
Mensonge avoué ce jour après les doutes en Belgique sur la véracité du récit " Survivre avec les loups "
LE MONDE | 27.02.08 | 17h42 • Bruxelles Correspondant
Doutes en Belgique sur la véracité du récit de "Survivre avec les loups"
Misha Defonseca était une petite fille juive de 8 ans cachée dans une famille catholique de Bruxelles après l'arrestation de son père et de sa mère par l'occupant nazi. En 1941, malheureuse, elle décida de tenter de rejoindre ses parents déportés et entreprit un périple qui devait la mener jusqu'en Ukraine, via l'Allemagne et la Pologne - elle séjourna notamment dans le ghetto de Varsovie. Munie seulement d'une boussole, la petite fille allait survivre grâce à la protection de loups rencontrés dans les forêts allemandes. Au passage, elle avait tué un soldat allemand qui tentait d'abuser d'elle.
En salles en France depuis le 16 janvier, le film, bien que salué pour ses qualités visuelles, est au coeur d'une vive polémique en Belgique, où il est sorti il y a quelques jours. Des historiens juifs, des spécialistes des loups et des journalistes remettent en cause l'histoire de Misha Defonseca. Arguments à l'appui, ils affirment que son récit est inventé de toutes pièces. L'auteure se dit "blessée" et maintient que Survivre avec les loups est bel et bien le récit terrible de sa vie de petite fille.
Misha Defonseca ne serait, en réalité, pas juive et n'avait pas 8 ans en 1941. Au moment des faits qu'elle évoque, elle n'aurait pas été en Pologne, mais dans une école de Schaerbeek, à Bruxelles. Elle y était semble-t-il inscrite sous le nom de Monique Dewael, née en 1937.
MANQUE DE CRÉDIBILITÉ - Des spécialistes juifs évoquent les impossibilités chronologiques, les invraisemblances, voire la supercherie du récit. Les spécialistes du monde animal soulignent le manque de crédibilité du livre. Plus généralement, on s'interroge à Bruxelles sur les ressorts d'un possible mensonge et sur ses conséquences, d'autant que le film visait d'abord à parler de la Shoah aux plus jeunes.
Il sortira prochainement en Allemagne et pourrait, selon certains, donner du grain à moudre aux négationnistes, d'autant qu'il présente une image très négative des Allemands dans leur ensemble.
Interrogée par la presse belge, Véra Belmont dit croire encore en la vérité de Misha Defonseca, même si elle a, dès le début, soupçonné certaines exagérations et demandé certains éclaircissements à des déportés juifs. Elle veut souligner, en tout cas, que les faits commis à l'époque ont dépassé l'imagination et affirme qu'elle aurait réalisé ce film même si son scénario avait été inventé.
Misha Defonseca a, elle, demandé aux historiens "qui savent si bien tout" de lui dire dès lors ce qu'étaient devenus ses parents. Un journaliste du quotidien Le Soir lui a répondu samedi 23 février. Son père et sa mère, des résistants, ont été déportés à Sonnenburg, à la frontière germano-polonaise. Son père a été tué en 1944, sa mère en 1945. La jeune Monique fut confiée aux soins de son oncle, qui réclama pour elle une pension d'orpheline. Elle n'aura connu les loups que plus tard, lorsqu'elle décida d'en élever aux Etats-Unis.
Lundi 25 février, l'auteure de Survivre avec les loups a simplement répliqué qu'elle s'adjoignait désormais les services d'un ténor du barreau de Bruxelles.
Publié d'abord aux Etats-Unis par Misha Defonseca, qui réside aujourd'hui près de Boston, le livre Survivre avec les loups a paru en français chez Robert Laffont, en 1997. Devenu un best-seller traduit en plusieurs langues, il a intéressé les studios Disney avant d'être porté à l'écran par la cinéaste française Véra Belmont. Celle-ci s'est dite d'autant plus sensible à cette histoire que sa jeune soeur dut, elle aussi, être cachée durant la guerre.
Le Soir Bruxelles ce vendredi 29 Février 2008 07.00
Les aveux de Misha Defonseca
Toute une histoireMisha Defonseca, l'auteure de Survivre avec les loups, a avoué au Soir que son ouvrage n'était qu'une œuvre de fiction.
Misha Defonseca, l'auteure contestée du livre « Survivre avec les loups », admet, dans une communication au « Soir » que l'histoire de son épopée à travers les forêts d'Europe qu'elle aurait parcourues en 1941 avec une meute de loups n'est qu'une œuvre de fiction, pas un récit autobiographique comme elle le prétendait depuis dix ans.
« Je me suis raconté une vie, une autre vie. Je demande pardon », déclare-t-elle au « Soir », mettant ainsi fin à une vive polémique.
Dans la journée de jeudi, « Le Soir » avait présenté à Mme Defonseca des preuves irréfutables, rassemblant notamment la biographie de résistant de son père et le témoignage confondant d'une de ses cousines retrouvées à Bruxelles. C'est à la lecture des informations que s'apprêtait à publier « Le Soir » que Mme Defonseca a admis ce qu'elle réfutait depuis tant d'années. Jeudi matin encore, lesoir.be publiait les affirmations de Misha Defonseca, s'affirmant juive et proclamant la réalité de son histoire.
Le livre « autobiographique » de Misha Defonseca a été adapté dans un film eponyme réalisé par Vera Belmont. Plus de 6 millions de spectateurs l'ont déjà vu. Il devrait être présenté la semaine prochaine en Allemagne.
jeudi 28 février 2008
Politique Culturelle : Grogne des metteurs en scène à l'Odéon
NOUVELOBS.COM | 27.02.2008
La grogne du spectacle vivant contre le gouvernement est montée d'un cran mercredi 27 février, au Théâtre de l'Odéon, où plus de 80 metteurs en scène du théâtre public ont dénoncé conjointement, "un désengagement de l'Etat" et des baisses de subventions qui "menacent gravement la création".
Imaginée comme "un symbole d'unité", cette conférence de presse, a rassemblé un nombre exceptionnellement élevé de metteurs en scène du théâtre public (compagnies indépendantes et directeurs d'institutions), toutes générations confondues.
"Un sidérant déficit de politique culturelle"
Etaient présent Olivier Py (directeur de l'Odéon), Patrice Chéreau, Ariane Mnouchkine, Didier Bezace, Alfredo Arias, Stéphane Braunschweig, Jérôme Deschamps, Alain Françon, Muriel Mayette (Comédie-Française), Stanislas Nordey, Valère Novarina, Claude Régy ou encore Jean-Michel Ribes.
"Je n'ai pas souvenir d'une telle réunion collégiale", a souligné Olivier Py, qui a pointé du doigt "un incroyable, un sidérant déficit de politique culturelle" de la part de l'Etat.
"L'économie du spectacle vivant est asphyxiée. L'idée même de service public de la culture est gravement mise à mal", a ajouté Arnaud Meunier (Compagnie de la Mauvaise Graine), qui a dénoncé une "politique malthusienne fondée sur l'ère du soupçon et du mauvais procès".
Il a fustigé une "triple pression": "l'érosion mécanique des budgets, la future convention collective dont la négociation va s'achever et l'aberration de la réforme" du régime des intermittents du spectacle.
Depuis quelques mois, l'inquiétude fait rage dans le secteur du spectacle vivant. Echaudés par la lettre de mission envoyée par l'Elysée et Matignon à la ministre de la Culture Christine Albanel, les professionnels ont ensuite protesté contre le montant du budget 2008 du ministère (640 M euros pour la création).
"On respire un air malsain"
Face à ce mécontentement, Christine Albanel a annoncé en décembre un "desserrement budgétaire" de 34,8 M euros au titre de la création, puis lancé le 11 février les Entretiens de Valois, sorte de mini-Grenelle du spectacle vivant.
"Il était prévu au budget un gel de 6% sur l'ensemble du spectacle vivant en 2008. Après des protestations vigoureuses du métier, le ministère des Finances a débloqué 34 millions d'euros (...). Or, une partie a été affectée à d'autres choses", ne démorde pas le metteur en scène Jean-Pierre Vincent (compagnie Studio libre).
Didier Bezace (CDN d'Aubervilliers") a quant à lui estimé que "depuis un certain temps, on respire un air malsain".
"Tout ce qui bouge et qui pense est actuellement gênant", a-t-il ajouté. "En France, les gens vont mal, bouffent mal, sont mal logés, et en plus on voudrait les priver de ce que nous faisons: raconter des histoires".
"Pas un gouvernement normal !"
Dans une intervention remarquée, Ariane Mnouchkine a enjoint le monde du théâtre à mettre fin aux "discours corporatistes" sous peine "d'aggraver le divorce avec une partie de la population" et d'être considéré comme "une nomenclature de privilégiés".
"Qu'est-ce qu'on fait? En quoi participons-nous à la solidarité nationale et pas qu'à celle des gens de culture?", s'est-elle interrogée.
"C'est très grave, Nicolas Sarkozy au pouvoir, un président qui veut aller au-delà de l'avis du Conseil constitutionnel", a-t-elle lancé. "On s'exprime ici comme si on avait un gouvernement normal. Or, on n'a pas un gouvernement normal !"
Christine Albanel devait s'exprimer à 16h30 au ministère de la Culture pour répondre à la conférence de presse de l'Odéon.
vendredi 22 février 2008
Modes de vie : les Français se cultivent de plus en plus
Alternatives Economiques - n°266 - Février 2008 - Louis Maurin
La fréquentation des lieux culturels est en hausse, mais les pratiques restent différenciées.
Les pratiques culturelles progressent, selon l'édition 2007 des "Chiffres clés" du ministère de la Culture Ce document statistique annuel est le plus complet sur les équipements, les pratiques et l'économie de la culture. La culture correspond ici à la fréquentation des équipements culturels (musées, expos, théâtres, cinémas, bibliothèques, etc.), à la lecture et à l'écoute de la musique notamment. Elle n'inclut ni la télévision - principal loisir des Français et de loin -, ni les pratiques sportives, ni les pratiques artistiques amateurs.
Le nombre d'entrées dans les musées nationaux est passé de 12,7 à 18,4 millions de 1995 à 2005. Au cours de la même période, le nombre d'entrées payantes aux théâtres privés de Paris a augmenté de 2,4 à 2,9 millions et le nombre de représentations de 11 800 à 15 600. Le nombre d'entrées dans les salles de cinéma s'est accru de 130 à 174 millions, le nombre de livres produits (on ne dispose pas de la quantité achetée) de 386 à 514 millions.
Cette tendance à la croissance est dans l'ordre des choses: le niveau de vie et de diplôme de la population s'élève et le temps de travail diminue (sur longue période). Ces facteurs contribuent de façon structurelle à la démocratisation des pratiques culturelles. Le temps passé devant la télévision, les jeux vidéo et Internet notamment ne semblent pas un obstacle aux pratiques culturelles.
Chiffres clés édition 2007
Edition en ligne, version intégrale - pdf
Mini chiffres clés est la version abrégée deCHIFFRES CLÉS
Mini Chiffres Clés édition 2007 (format pdf)

