samedi 6 décembre 2008
L’ogre
Contre l’actuelle démolition d’une société née du besoin de fraternité, c’est au citoyen d’agir. Au citoyen d’éradiquer ce qui a proliféré à son insu et qui n’est ni l’argent, ni le pouvoir, ni même la crainte que ce dernier inspire, mais tout cela en même temps, avec un seul visage. Ne tentez pas de nommer ce fléau, vous perdriez votre temps. Le monstre est en nous, en nos mémoires à tous. Nos mères nous l’ont montré pour nous faire peur et nous en détourner quand nous étions petits, nos pères l’ont même singé pour faire semblant de nous manger : c’est en effet celui qui dévore nos bambins et fillettes, c’est l’ogre.
L’ogre révélé hier par les contes de Perrault et de Grimm, l’ogre dissimulé aujourd’hui sous les couleurs de l’obéissance et du respect que chacun doit au chef, au supérieur, au possédant, au notable, mais en même temps agitant sous le nez de notre candeur la carotte d’un avenir idyllique. « Travaillez plus », susurre son actuel avatar en faisant mine de croire à ses propres discours, et vous serez récompensés… Et le clone de l’avatar d’œuvrer dans le même sens que l’avatar, le serviteur du clone de conforter ce dernier dans son incompétence, enfin le serviteur du serviteur (nous atteignons ici le niveau le plus bas de la fonction policière et musclée) de montrer les dents et de sortir ses chiens. En effet, gardien d’une pyramide qui s’écroulerait sans lui, il croit dur comme fer aux mensonges de sa hiérarchie, sait pour l’avoir appris de la bouche de son adjudant que le peuple est dangereux, que tout rassemblement doit être surveillé, toute manifestation réprimée sans pitié. Et cela, bien sûr, pour le bonheur et la sécurité de sa famille et de ses proches, éventuellement de ses voisins de palier.
Or, il me semble aujourd’hui, et je ne suis pas le seul à penser de la sorte, que la plaisanterie n’a que trop duré. L’ogre capitaliste qui échappe à toute autre loi que celle de la jungle, et le cyclope financier qui n’obéit à nulle autre logique que celle de la tonte des moutons que nous sommes à ses yeux, sont d’autre part, comme tous les êtres mentalement déficients, dotés d’un appétit féroce qui leur squatte le cerveau et grandit à mesure qu’ils dévorent.
Finance et capitalisme, nés l’un l’autre à la faveur du pillage éhonté du monde, et dont les affrontements guerriers auxquels ils nous convient dès que la machine s’enraye sont de plus en plus insensés et de plus en plus sanglants, sont les ennemis de l’Homme. Et à peu près les seuls, donc les pires. Nous devons les détruire avant qu’ils ne s’avisent de nous éradiquer.
Et l’affaire est urgente : dans la perspective de l’arrivée de robots qui n’iront pas aux syndicats, ils n‘auront plus besoin de personne pour se remplir la panse, plus besoin en tout cas de leurs anciens esclaves.
dimanche 30 novembre 2008
Des lendemains qui ronronnent
Pour devenir un citoyen responsable, capable de juger si telle loi est censée, si telle autre est un leurre destiné à plumer le pigeon, il faudrait s’inspirer du chat, de sa capacité à prévoir.
Que perçoit-il, de la branche d’où il domine sa rue, son jardin et son monde ? D’abord la pollution, sur laquelle se greffent la pluie, le froid et la fureur des vents ; ensuite la surpopulation… — non pas de la gent féline mais de ceux qu’il prenait, lui, Félix, pour des dieux tout-puissants : les êtres humains. Ces derniers en effet, afin que les jeunes prennent en charge les vieux jours des aînés, n’ont cessé de croître et de multiplier.
En revanche, concernant les miasmes générés par leurs activités ainsi que les déchets qu’ils abandonnent ça et là, aucun problème : messieurs Sarkozy et Borloo viennent paraît-il de mettre en place un grenelle qui va régler le problème. D’ailleurs, sans la crise financière, déjà sensible aux pôles, ses effets bénéfiques occuperaient aujourd’hui la une des quotidiens.
Pour la population féline, se dit alors Félix après un long bâillement, la moindre augmentation du nombre des humains se traduisant par un effondrement automatique du nombre d’animaux et de plantes, c’est un peu inquiétant. Les humains en effet, faut voir leur coup de fourchette.
Dans ces conditions, nos pourvoyeurs en Ronron sont-ils appelés à nous laisser tomber, nous autres mignons minets ? Que non ! La masse humaine dispose en effet de plusieurs moyens de lutte contre son grossissement : le zyklon et le sarin, d’abord, n’attendant dans les gazomètres que l’ordre de sévir. Ensuite les microbes et l’atome, lequel réduira tout en cendres, y compris les oiseaux… Demeurons cependant sereins : le chat est immortel.
L’humanité aussi. Et si l’on est en droit de considérer les hommes comme des clowns, force nous est de constater qu’il y a malgré tout du génie dans le cigare de certains. Voyons donc la situation du point de vue de l’un d’eux.
D’une part ils sont en surnombre, d’autre part s’est formé en leur sein, entre nantis et démunis (les uns réclamant le partage de la richesse des autres et les autres l’inverse) un fossé que pourra seule combler l’éradication systématique des uns par les autres, ou le contraire, c’est selon.
— Les maigres en leur multitude vont-ils éliminer les gros ? demande alors Minette, la fiancée de Félix.
— Peu probable, lui répond le drôle : manque d’imagination de leur part. Et puis, affamés qu’ils sont, ils ont déjà commencé à se bouffer entre eux.
— Dans ce cas, les gros sont-ils en mesure…
— Eh oui, ma douce, les gros peuvent tout. D’autant qu’ils sont parvenus, au moyen de leurs machines, de leurs écrans et de leurs programmes, à ne plus dépendre des maigres qui jusqu’alors ont travaillé pour eux.
— Dans ce cas, mon chéri, de tous ces contestataires, de tous ces insatisfaits, râleurs et intellos que Big Brother s’apprête à recenser, tu crois qu’ils vont…
— Ils vont s’en occuper, rassure-toi, ma poulette. Qui plus est en beauté !
