mercredi 23 avril 2008
Hilary Clinton affirme que les USA pourraient "réduire à néant" l'Iran
REUTERS : mardi 22 avril 2008 - David Morgan, version française Gregory Schwartz
WASHINGTON (Reuters) - Hillary Clinton a averti Téhéran que, si elle était élue présidente en novembre et que les dirigeants iraniens lançaient une attaque nucléaire sur Israël, les Etats-Unis pourraient "totalement les réduire à néant".
La candidate à l'investiture démocrate en vue de la présidentielle a déclaré vouloir que les Iraniens sachent ce qu'elle était prête à entreprendre dans le but de dissuader d'une attaque nucléaire sur Israël.
"Je veux que les Iraniens sachent que si je suis présidente, nous attaquerons l'Iran", a déclaré Clinton sur la chaîne ABC.
"S'ils tentent stupidement, lors de ces dix prochaines années, de lancer une attaque contre Israël, nous serons en mesure de les réduire à néant (obliterate)", a-t-elle assuré.
"C'est terrible de dire cela, mais ces gens qui dirigent l'Iran doivent le comprendre, car cela les dissuadera peut-être d'entreprendre quelque chose d'irréfléchi, de stupide et de tragique", a poursuivi l'ancienne première dame.
Lors d'un débat une semaine auparavant, elle avait tenu des propos moins virulents, promettant des "représailles massives" contre l'Iran en cas d'attaque contre Israël.
"ATTITUDES BELLICISTES"
Le sénateur de l'Illinois Barack Obama, opposé mardi à Clinton lors des primaires démocrates de Pennsylvanie, a jugé ces propos belliqueux.
"Ces dernières années, nous avons souvent assisté à l'emploi d'expressions comme 'réduire à néant'", a-t-il souligné dans une autre interview diffusée elle aussi sur ABC. "En fait, cela ne donne pas de bons résultats. Je ne m'intéresse donc pas aux attitudes bellicistes".
Obama s'est borné à dire qu'il réagirait le cas échéant "fermement et promptement" à une attaque iranienne contre Israël ou tout autre allié des Etats-Unis.
Téhéran, que Washington et plusieurs autres capitales occidentales accusent de développer des armes atomiques, a mis en garde à de nombreuses reprises contre les conséquences dévastatrices de toute attaque israélienne ou américaine de ses installations nucléaires.
L'Iran assure que son programme nucléaire ne répond qu'à des ambitions civiles de production d'électricité.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait affirmé en 2005 que l'Etat d'Israël devait être "rayé de la carte". La semaine dernière, un haut responsable militaire iranien n'a pas hésité à affirmer que Téhéran "éliminerait" Israël en cas d'attaque de l'Etat juif.
Vouloir récupérer des voix de cette façon, c’est pathétique….
mercredi 16 avril 2008
Le meilleur rôle de Sarkozy : Ponant le barbare
Mardi 15 Avril 2008 - Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
Après ce spectacle, vous n'allez pas dire encore qu'il ne fait pas Président, Nicolas Sarkozy, parfait dans son rôle de chef de l'Etat, chef des Armées ! Ah ! Comme il était beau, comme il sentait bon le sable chaud et l'autorité retrouvée notre super Sarko, dans son activité préférée de libérateur d'otages.
Activité qu'il avait découverte et aimée depuis la prise d'otages par « Human Bomb » à la maternelle de Neuilly où il a, dit-il, appris ce que pouvaient être la douleur du courage et le bonheur de prendre un enfant par la main et de l'offrir à ses parents sur le chemin. On se sent enfin utile, puissant, surpuissant, héroïque. C'est autre chose qu'avec l'économie, le social, la politique où, là, « ça couac » et « ça couic», ça dysfonctionne, ça déprime. Les ex-otages du Ponant, il les a ramenés avec les dents de l'armée et à l'heure. Exceptionnellement, rien n'a raté. Du travail de « pro », parfaitement médiatisé.
Les otages libérés sont arrivés à l'heure pour le 20h, lundi à Orly. Il y avait tout ce qu'il faut, de l'émotion, des larmes, des sourires, des rires, des enfants petits et grands, et des papas et des mamans qui se prenaient dans les bras en s'étouffant de joie. Pas une fausse note, je vous dis. Il faut préciser qu'on n'avait invité ni Yama Rade ni Nathalie Kosciusko-Morizet, ni Martin Hirsch, mais le si discret ministre de la Défense, le furtif Hervé Morin qui a appris les techniques du camouflage militaire et sait se confondre avec les forces spéciales qui étaient là, en tenue léopard mais dissimulées juste comme il faut pour qu'on sente leur présence rassurante mais qu'on ne les voit pas trop. Chacun était à sa « juste » place dans ce scénario hollywoodien.
Le happy end fut envoyé comme une mécanique de précision, et l'envoyé spécial de TF1, sur fond d'Airbus floqué tricolore, pouvait souligner « la solennité de cet instant » où l'on célébrait une opération militaire « menée de main de maître ». « Vive l'armée, vive la France », entendait-on en écho ému du côté des otages libérés. Nicolas Sarkozy se faisait presque discret ! Il se contentait de quelques mots de félicitations. Les images parlaient pour lui…
On était touchés, on aurait cru du cinéma aux armées. Un feuilleton parfaitement mis en scène, et réglé à la militaire évolué, reformaté par Hollywood et les feuilletons américains. Il est vrai que l'armée n'a rien lâché, et surtout pas la caméra. Elle a feuilletonné l'affaire en faisant monter l'audience. Depuis que le voilier de super-luxe a été arraisonné par les pirates, ce furent ces forces supérieures qui ont eu la maîtrise des images et de la « com' ». Ils nous ont découpé l'ensemble en scénaristes de talent, avec du suspense, de l'action, des larmes. Le Ponant I, le Ponant II, le Ponant III, le Ponant IV, le Ponant V… Seules les interviews des parents d'otages étaient libres, et pour cause : elles relançaient l'intérêt. Les photos et les films de l'action de libération fonctionnaient à merveille. Pas un ratage, pas un grain de sable ni de maïs transgénique. Les mêmes mots revenaient toujours sur les radios et télés : « Une libération épique ».
Un film à la gloire de nos forces et de nos couleurs
L'armée écrivait les textes et fournissait les détails aux journalistes, comme celui du Figaro qui nous livrait un récit tout empanaché de cette opération militaire « menée de main de maître », encore ! Une opération chirurgicale parfaite. Une riposte proportionnée, réfléchie. Avec son commandant, son héros, le Président, qui a répété aux familles comme aux militaires : « Laissez-moi faire, j'ai l'habitude ». Rompez… On ne peut qu'admirer le travail. Même les seconds rôles ont été calibrés : le capitaine du Ponant en Capitaine Courage, la belle otage blonde, dont l'armée distribue la photo réalisée par le talentueux sergent Sébastien Dupont.
Alors on ne peut que féliciter les artistes de la cellule de com' du ministère de la Défense qui ont su éviter toutes les questions gênantes (où sont passés les autres pirates ? Et le reste de la rançon ? Etc.). On peut souligner aussi que ce film à la gloire de nos forces et de nos couleurs tombe en pleine discussion budgétaire qui promet d'être âpre puisque La Tribune révèle aujourd'hui que 42.000 suppressions de postes sont envisagées. On ne va quand même pas rogner les ailes d'un coq qui chante si bien et si fort !
Il faut attendre aussi, pour très bientôt, la version ciné de ce feuilleton-télé qu'on appellerait « Ponant, le Barbare » ou « Ponant le Destructeur ». Avec, comme acteur principal, le Président Sarkozy lui-même. Même s'il en fait trop, le rôle est pour lui ! Et cette superproduction sort juste au moment où on envoie nos troupes faire les pousse-cailloux en Afghanistan…
lundi 14 avril 2008
Otan: l'armée française deviendra-t-elle américaine?
Marianne 14/04/08
Par Jean-Louis Denier, journaliste. La présence française en Afghanistan au sein des forces de l'Otan préfigure ce que tout le monde craint : être embringué dans nombre de guerres non choisies, sur décision américaine.
Il ne faut pas lâcher l'Afghanistan, et pour cause ! Parce que derrière cette contrée - et l'argument maintes fois rabâché de la défense de sa liberté, de la démocratie, du droit des femmes, etc. - nombre d'analystes songent, et très fortement, au Pakistan voisin. La fameuse théorie des dominos fort en vogue lors de la guerre froide est donc ressortie du placard pour l'occasion. Si l'Otan échoue en Afghanistan, le Pakistan chutera. Et avec lui, de 30 à 50 têtes nucléaires pourraient tomber en de mauvaises mains.
Mais ce que les analystes ne disent pas, c'est que la guerre islamique a déjà commencé au Pakistan. D'abord parce que cet Etat lui-même a inventé et fabriqué les Talibans, groupe mis au service de ses ambitions et vues sur l'Afghanistan, Hinterland naturel dans la rivalité qui l'oppose à L'inde. Ensuite parce que cet Etat est miné par l'islamisme radical, les officiers supérieurs de l'armée pakistanaise (notamment ceux qui manient la force de dissuasion pakistanaise) étant susceptibles de livrer - notamment pour assoir un coup d'état - secrets et matériels aux partisans du Jihad. Dans cette dernière hypothèse, l'Otan ne manquerait certainement pas d'intervenir si la prise du pouvoir était offerte, même indirectement, à des islamistes radicaux. Et la France en serait...
Epouser une alliance, c'est épouser ses querelles
Il ne faut pas se leurrer. En cas d'intervention au Pakistan, la France participerait à une mission de rétablissement de la «souveraineté pakistanaise». Car, quand bien même les décisions de l'Otan se prennent à l'unanimité – ce qui permet aussi de dire non – la logique sarkozienne est celle de l'alignement sur Washington, et ce, particulièrement dans la logique américaine de la «global war against terror».
Or, le fait d'appartenir à une alliance politico-militaire induit des conséquences plus large. On l'a vu avec les attentats qui ont frappé Madrid et Londres, suite à la participation de l'Espagne et du Royaume-Uni à l'opération Iraqi Freedom. On pourrait le voir, demain avec la Turquie (membre de l'Otan et future membre de l'Union Européenne malgré promesse d'opposition à son entrée faite par un certain... Nicolas Sarkozy), en Irak et ainsi de suite.
A cet égard, la lecture d'une carte représentant le positionnement géographique des membres actuels de l'Otan est éloquente : frontière avec la Russie, frontière avec l'Irak, frontière avec la Syrie, frontière avec l'Iran.
Que dire demain si, dans l'hypothèse de l'accueil de nouveaux membres (Inde ou Japon), la géographie atlantiste se déplaçait jusqu'à la Chine ? Ce, d'autant plus que chacune de ces frontières est problématique car riche de potentielles rivalités politiques, instabilités diverses et autres conflits ouverts ou larvés.
Adopter aujourd'hui les grandes vues stratégiques et «otaniques» de Washington, c'est, tôt ou tard, ajouter au grave problème de l'islamisme radical, celui de l'affrontement USA/Chine avec la Russie opportuniste en embuscade, chacune d'elles étant, on le rappelle, une grosse puissance atomique considérant le nombre de leurs têtes nucléaires.
La dissuasion française en question
Malgré un récent discours très flou sur les conditions et motifs d'emploi de la dissuasion française, on ne fera pas croire que le retour au commandement intégré de l'Otan n'impactera pas les choix – directs et indirects - en ce domaine comme dans d'autres : par exemple, fabriquer un second porte-avions, mi-français mi-Otan.
Mais le problème de l'appartenance à une alliance, c'est qu'il induit une subordination de fait au plus fort de ses membres. Par le passé, les Etats-Unis n'ont jamais été enthousiasmés à l'idée d'une dissuasion français indépendante. Avant l'entrée en possession de l'arme atomique par notre pays, ils nous avaient imposé l'humiliant retrait à Suez en 1956 au moment du coup de force de Nasser sur le canal. Quelles couleuvres risquons-nous d'avaler dans l'avenir ? Celui d'une autorisation américaine de se servir de notre dissuasion ? Celui d'une sous-traitance atomique : une bombe française ciblant un objectif politiquement sélectionné par Washington ?
jeudi 10 avril 2008
Les renforts cachés de Sarko l’Afghan
Le Canard Enchaîné du mercredi 9 avril – Claude Angeli
Pas question d’avouer que, au total, 3 500 français son envoyés dans ce « bourbier »
Les chiffres les plus variés, voire d’une remarquable fantaisie – 1 100 soldats parfois…-, circulent sur la participation tricolore à la guerre en Afghanistan, avant même l’envoi des renforts annoncés. Rien d’étonnant à cela. Devant le peu d’enthousiasme que montre l’opinion sue ce conflit, Sarkozy et l’état-major ont estimé nécessaire de minimiser en permanence le nombre de français engagés dans ce « bourbier ».
Au 25 janvier 2008, selon une évaluation établie « en interne » à l’état-major des armées, le contingent français (troupes de terre, aviation, forces spéciales et marine) comptait déjà 2 180 militaires. Puis 2 380, sept semaines plus tard, le 12 mars, après l’envoi de 200 hommes !
Aucun de ces chiffres n’a été rendu public et, le 2 avril, au sommet de l’OTAN à Bucarest, on a juste appris que le Président allait dépêcher dans l’est de l’Afghanistan un bataillon supplémentaire de 700 soldats et des blindés. Mais le petit foudre de guerre Sarkozy n’a pas encore fini de jouer au bon soldat de l’OTAN.
A partir du mois d’août, et pour un an, un général français prendra le commandement des troupes alliées dans la région de Kaboul. Et il est décidé que Paris enverra sur place – toujours « clandestinement » - 300 officiers et membres des forces spéciales. Plus une cinquième équipe de 80 instructeurs – la France en a déjà expédié quatre – insérés dans l’armée afghane et participant aux combats.
Etat provisoire de l’effectif français : les effectifs engagés vont s’élever, cet été, à près de 3 500 hommes. Naguère classée au septième rang des participants à la guerre (sur quarante), la France occupera désormais la quatrième place. Merci Sarko, mais ce n’est pas suffisant.
A Bucarest, selon des officiers français d’état-major, Robert Gates, le patron du Pentagone, a exigé de nouveaux efforts des Alliés. Pour répondre aux besoins exprimés par le grand chef de cette guerre, le général américain Dan McNeill, il manque encore 12 000 hommes face aux talibans.
Artistes en trafics
Autre revendication des généraux de l’OTAN : il faut, dès cette année, plusieurs dizaines d’hélicoptères de combat et de transport, car les routes sont peu sûres, et elles ont tendance à exploser quand passent camions et blindés.
L’Internationale anti-talibans est à l’œuvre. La Slovaquie et la République tchèque vont bientôt fournir des M17, des hélicos pas très modernes d’origine russe, dont les Islandais et les Luxembourgeois ont accepté de financer l’achat. Quand à l’Ukraine et à l’Arabie Saoudite, elles ont été invitées à livrer des avions légers de transport russes et américains. Mais l’art de la guerre inspire parfois de curieux artistes.
Une récente enquête du Pentagone, révélée par la presse US, a permis de découvrir que des armes inutilisables, d’une valeur de 300 millions de dollars, avaient été livrées à l’armée afghane. De vieux stocks récupérés dans l’ex-empire soviétique ou au Congo.
Organisateur de cette exportation, une société bidon immatriculée à Miami, en Floride, qui a aussi fourni à l’armée irakienne des fusils d’assaut « hors d’âge ». A la tête de cette entreprise, un jeune américain de 22 ans qui menait des opérations délictueuses avec des sociétés… proches du Pentagone.
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Une guerre sans fin
Ce coût, il est estimé à prés de 300 millions d'euros pour 2008 (pour un budget initial de 138 millions). Lequel s'ajoute aux autres opérations au Tchad, en Côte d'Ivoire... Ce, alors que la rigueur budgétaire s'annonce pour tous, armée y compris, cette dernière devant d'ailleurs subir une restructuration et un ralentissement du renouvellement de ses matériels, ce dont elle n'avait certainement pas besoin.
Mais le plus grave, c'est que ce coût n'est pas définitif. La dépense durera – et augmentera – aussi longtemps que des combats auront lieu en Afghanistan.
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Le patron des troupes US en Irak,le général David Petraeus va, cette semaine réclamer une annulation (provisoire ?) du retrait d’une partie des GI’s promis récemment par Bush.
Au sud de l’Irak à Bassorah, pendant des affrontements avec des milices chiites, un millier d’officiers, de soldats et de policiers irakiens ont refusé de combattre. Certains sont mêmes passés à l’ennemi avec armes et bagages et les désertions sont nombreuses dans d’autres régions du pays.
Jeudi 10 Avril 2008 - Jean-Louis Denier - lire dans Marianne : Afghanistan : un bourbier de luxe
lundi 7 avril 2008
Les talibans accusent Sarkozy d'avoir trahi sa parole.
Libération 07/04/08
Réagissant à l'annonce de l'envoi de renforts français, le Conseil du commandement des talibans a rappelé samedi : "Durant sa campagne électorale, il a promis de se concentrer sur le retrait des troupes d'Afghanistan. Maintenant, il semble avoir oublié sa promesse".
En effet, le mouvement fondamentaliste avait relâché deux humanitaires français, Céline Cordelier et Eric Damfreville après avoir entendu les déclarations de Sarkozy où il expliquait, le 26 avril 2007 que "la présence française ne lui semblait pas décisive".
Ecouter l'extrait : La position du candidat Sarkozy entre les deux tours des présidentielles sur les troupes francaises en Afghanistan.
Le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan suscite la défiance au sein de l'opinion publique
Ouest-France 07/04/08 - Philippe CHAPLEAU.
55 % des Français contre des renforts en Afghanistan
Le Président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi l'envoi de 700 soldats supplémentaires dans l'est de l'Afghanistan. Qu'en pensent les Français ? 55 % des personnes sondées par l'Ifop pour dimanche Ouest-France désapprouvent l'envoi de soldats supplémentaires, alors qu'en octobre 2001, lors des premières opérations alliées contre les talibans, 55 % se disaient favorables à un engagement français.
Ce revirement s'explique. D'une part, 84 % des sondés sont conscients de la gravité de la situation en Afghanistan où les troupes françaises ne mènent pas des missions d'interposition (comme c'est le cas au Liban, dans les Balkans ou en Côte d'Ivoire) mais évoluent dans un environnement éminemment hostile et doivent se préparer, une fois déployées dans l'Est du pays, à des affrontements meurtriers avec les talibans. D'autre part, les trois quarts des personnes sondées redoutent un maintien prolongé du contingent français dans un pays où la victoire militaire est plus qu'incertaine. En fait, cette crainte de l'enlisement semble traduire un sentiment qui n'est pas suscité par la seule Opex (opération extérieure) afghane. Nombreux sont les Français qui constatent que les déploiements militaires traînent en longueur. C'est le cas dans les Balkans, en Côte d'Ivoire et au Liban où rien n'indique une résolution de la crise et le retour des troupes. Ce pourrait aussi être le cas au Tchad.
Pas de débat
Le scepticisme des sondés s'exprime aussi dans les réponses aux deux premières questions. Certes, les Français qui ont répondu au sondage estiment majoritairement que l'intervention en Afghanistan est « nécessaire » pour contrer les terroristes (66 %) et pour contribuer à l'instauration de la démocratie (62 %) mais seulement une moitié d'entre eux (51 %) juge « légitime » la présence des forces internationales.
Pourquoi, aux yeux des Français, cette opération « nécessaire » ne serait-elle pas « légitime » ? Parce que rien n'a été fait pour la légitimer ! Comme il le fait depuis 1995 en matière de Défense, le pouvoir français a décidé sans lancer de véritable débat républicain.
Ce n'est donc pas l'intervention en Afghanistan que les Français jugent inacceptable mais bien le fameux « domaine réservé » que les présidents français se sont arrogé depuis cinquante ans.
samedi 5 avril 2008
COURROUX d'un Député - Il tacle Air Force One
Sud-Ouest 04/04/08
Le député socialiste Jean-Claude Viollet n'admet pas que le chef de l'État ponctionne dans le budget de la Défense pour renouveler sa flotte aérienne
Ainsi donc, le président Sarkozy voudrait renouveler sa flotte aérienne. En l'occurrence, l'Etec (Escadron de transport, d'entraînement et de calibration), ex-Glam, et l'escadron 3/60 Esterel ? Cette flotte comprend notamment des Falcon 900 et 50, des hélicoptères Super Puma mais aussi cinq Airbus, deux A 340 et trois A 310-300, utiles au président de la République pour ses déplacements internationaux.
« Ces escadrons remplissent d'autres missions que le transport des autorités gouvernementales, tempère le député socialiste charentais, spécialiste des questions de Défense, Jean-Claude Viollet. Ils peuvent participer à des évacuations sanitaires, à des transports de troupes, d'organes pour des greffes ou au rapatriement d'otages, comme dans le cas d'Ingrid Betancourt. »
Cela dit, Nicolas Sarkozy ne serait pas entièrement satisfait des prestations de son A 340. Le président lui préférerait les commodités d'un A 330. Un avion dont il aimerait faire son « Air Force One », à l'image du Boeing de l'exécutif américain. « Je veux bien croire que les Falcon sont vieillissants. Mais les A 310 n'ont été achetés qu'en 2002 et les deux A340 en 2006. »
Le pire, pour Jean-Claude Viollet, c'est qu'entre les reventes et acquisitions, l'opération coûterait la bagatelle de 450 millions d'euros. Une somme directement ponctionnée sur le budget de la Défense. « Rien n'a jamais été discuté. Pourtant, l'information circule sur cette somme préemptée à la demande du président de la République. »
Rigueur. Le député met en doute l'urgence d'une telle mesure dans un contexte de rigueur économique. « Il n'y a pas que moi qui trouve ça fort de café. Les militaires aussi. Cette décision intervient alors que le gouvernement s'apprête à demander des efforts budgétaires à nos armées, et que l'on s'apprête à supprimer 53 000 emplois dans le secteur de la Défense.
Nos armées sont en sous-capacité. On parle d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan quand, là-bas, nous manquons d'hélicoptères. »
Jean-Claude Viollet n'en démord pas : « J'ai l'impression que la rigueur ne s'applique pas à tout le monde. Ce renouvellement de flotte voulu unilatéralement par le président doit au minimum faire l'objet d'une réflexion générale. » Le courroux du député s'exprimera dans une prochaine question écrite au gouvernement.
la France de Sarkozy réintégrée dans l'OTAN de Bush
Placide - http://www.leplacide
lacide.com/
vendredi 4 avril 2008
Afghanistan - Un engrenage potentiellement dangereux
IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques )
Pascal BONIFACE par Rosa Moussaoui (L'Humanité, 2 avril 2008)
Le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, rappelle que Sarkozy plaidait en 2007 pour le retrait de la France.
Faut-il voir dans l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan, conformément à une promesse de Nicolas Sarkozy faite au président Bush, un nouveau signe de l’alignement atlantiste de la France ?
C’est un signe supplémentaire, en effet. Un signe d’autant plus remarquable que ce qui est fait aujourd’hui est l'exact inverse de ce qui a été dit pendant la campagne présidentielle. Rappelons que Nicolas Sarkozy avait plaidé, au printemps dernier, pour un retrait des troupes françaises d' Afghanistan. Là, plus question de retrait, ni même du maintien en l'état, de la présence française, mais bien d'une nette augmentation des forces déployées dans la zone. Il est certain qu'un retrait aurait conduit à une crise dans Ies relations franco-américaines, perspective que Nicolas Sarkozy a voulu éviter. Ce renforcement de Ia présence militaire française a donc autant à voir avec les relations franco-américaines qu'avec la situation stratégique sur place, en Afghanistan.
Dans le même mouvement, la perspective d'un retour de la France dans le commandement militaire intégré de I’OTAN correspond-il 'à un tournant stratégique ?
Nous sommes face à une succession de signes, qui vont tous dans le même sens. Reste à savoir combien de signes seront nécessaires pour que les virages pris en direction des États- Unis se muent en véritable rupture. Tout dépend des évolutions futures de l'OTAN. Va-t-on vers l'européanisation de l'OTAN ? Pour l’instant, on ne connaît pas précisément les conditions posées par la France pour décider de son retour dans l’OTAN. C'est cela qui suscite le doute. Si des garanties sont données sur le fait que l’OTAN devienne plus européenne, alors le jeu en vaut peut-être la chandelle. Mais si de de telles garanties ne se concrétisent pas, ce jeu pourrait devenir dangereux.
Le retour annoncé dans les organes militaires intégrés de l’OTAN est plus spectaculaire, mais serait moins lourd de conséquences, dans la perspective d'une véritable européanisation, que le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan. L'envoi de troupes supplémentaires, présenté comme la suite naturelle de décisions déjà prises, présente, en fait, le risque très concret de nous engager dans un engrenage dont on ne voit pas, aujourd'hui, toutes les conséquences.
Alors que le traité de Lisbonne place la défense européenne sous la supervision de l'OTAN, cette intégration plus poussée dans l'Alliance est-elle compatible avec l'émergence d'une défense autonome de l’UE?
Le débat ne se pose pas en termes de supervision. Il porte sur l’alternative suivante : soit le pilier de la défense européenne est parallèle à l’OTAN et peut-être autonome, soit il est imbriqué dans l’OTAN, donc dépendant d'elle. S'il s'agit simplement de faire en sorte que les pays européens augmentent leurs dépenses militaires pour être plus opérationnels au sein de l’OTAN, c'est effectivement une impasse. S'il s'agit de créer des possibilités de défense autonomes et parallèles à l’OTAN, cela peut être une piste intéressante. L'inconnue reste l’attitude, à l'avenir, des autres pays européens et surtout des Etats-Unis.
Les appels récurrents en faveur d'une rénovation de l'OTAN sont-ils le symptôme d'une crise de l'organisation ?
Ce débat sur la rénovation est presque aussi vieux que I'OTAN elle-même. Avec la chute de l'Union soviétique, la raison d'être de I'OTAN s'est effondrée. Depuis, la redéfinition de son rôle est en débat. D'où ces appels répétés à sa rénovation.
Vous mettiez en garde, il y a quelques mois, contre la tentation de faire del’OTAN une sorte de gendarme du monde, habilité à intervenir partout au gré des crises, Cette tentation reste-t-elle prégnante?
Cette tentation demeure bien vivante dans certains cercles. En témoigne le texte publié récemment par cinq anciens chefs d'état-major d'armées européennes demandant un alignement total sur les États- Unis. Ce texte prévoit la possibilité, pour l'OTAN, de déclencher des conflits de façon dite « préventive », c'est-à-dire de se livrer à des agressions. Il est envisagé aussi la possibilité de recourir à des frappes nucléaires préventives pour empêcher la prolifération. Ce document, non-officiel, est extrêmement inquiétant. Certains cénacles nourrissent l'idée de faire de I'OTAN le bras armé d'un monde occidental qui devrait se défendre contre des ennemis contestant sa suprématie. C'est une vision extrêmement dangereuse, ignorante des réalités internationales nouvelles. Dans un monde désormais multipolaire, une telle vision, loin d'assurer « la suprématie occidentale », pourrait au contraire accélérer le déclin contre lequel on prétend vouloir lutter.
Quelles peuvent être les conséquences d'un élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie ?
Lors de la réunification allemande, les pays occidentaux s’étaient engagés, verbalement, à ne pas élargir l'OTAN. Au gré des élargissements successifs de l'OTAN, des signaux de manquements à ces engagements pris à la sortie de la guerre froide ont été envoyés à la Russie, Cela a contribué à tendre les relations entre la Russie et le monde occidental et à développer un discours nationaliste toujours plus ferme en Russie.
Il y a une contradiction à se plaindre d'un raidissement de la Russie tout en conduisant une politique qui vient, au moins partiellement, le provoquer et nourrir un sentiment d'encerclement. Peut-être la Russie exagère-t-elle le danger. Mais il faut tenir compte de ses perceptions si l'on veut avancer de manière raisonnable.
jeudi 3 avril 2008
AFGHANISTAN • Nouvelle garde chez les talibans
Courrier International 02/04/08DE LASHKAR GAH (PROVINCE D'HELMAND)
Les opérations menées par les alliés ont décapité le mouvement de ses commandants expérimentés. Ils sont remplacés par de jeunes loups encore plus violents, dont les actions sont de plus en plus désorganisées.
Après une semaine passée dans la province d'Helmand [au sud-ouest], The Daily Telegraph a pu constater que les opérations menées par les forces spéciales alliées affaiblissent les chefs talibans et nuisent à leurs capacités de coordination. Mais on constate aussi des signes de radicalisation croissante du mouvement islamiste, les chefs expérimentés tués par les forces alliées ayant été remplacés par des combattants encore plus extrémistes, dont beaucoup sont des militants étrangers liés à Al-Qaida.
Des représentants militaires occidentaux confient en privé qu'environ 200 chefs talibans, de moyen ou de haut rang, ont été tués au cours de bombardements ciblés ou d'opérations exécutées par les forces spéciales américaines et britanniques en 2007, et une centaine d'autres ont été capturés.
Nous avons pu rencontrer à Lashkar Gah, capitale de la province d'Helmand, deux cadres intermédiaires talibans locaux qui nous ont affirmé qu'ils recrutaient de plus en plus de combattants en dehors de la région et que la hiérarchie était de plus en plus floue. "Il y a beaucoup de petits commandants maintenant", a expliqué l'un d'entre eux, âgé d'une vingtaine d'années et qui a déjà derrière lui plusieurs années de combat.
Ces changements ont commencé après la mort, en mai 2007, du mollah Mansour Dadullah, haut responsable taliban pour le sud de l'Afghanistan tué par les forces britanniques. "Depuis la mort de Dadullah, notre devise, c'est que chacun est devenu un Dadullah", a-t-il ajouté d'une voix calme, avec cette pointe d'accent arabe propre aux combattants formés dans les madrasas pakistanaises. Les talibans reconquerront l'Afghanistan, avant d'imposer la charia au Pakistan, prédit-il. "Il n'y aura pas de négociations avec l'Occident. Le djihad est mondial", a-t-il prévenu.
Selon des sources militaires occidentales, les attaques des talibans sont de moins en moins coordonnées depuis quelques mois. "Ils ont perdu de nombreux commandants", explique Hajji Mohammad Anwar, membre du Conseil de la province de Helmand. "N'importe quel type qui sort d'une madrasa peut devenir un commandant important." Seuls six des treize districts d'Helmand sont plus ou moins contrôlés par les forces britanniques et afghanes. Les habitants sont nombreux à croire que les régions aux mains des talibans sont plus sûres, car on y impose les sanctions strictes prévues par la charia, comme l'amputation de la main pour les voleurs. On constate toutefois aussi que la vision extrémiste des combattants islamistes est source de tensions avec la population locale.
Le plus âgé des deux commandants avec qui nous avons parlé explique que certains chefs talibans plus pragmatiques militent en faveur de la création d'écoles et de travaux de reconstruction, mais que ces efforts sont contrariés par les combattants de plus en plus extrémistes qui s'installent dans la province.
Comme on l'a vu avec Al-Qaida en Irak, les groupes terroristes islamiques s'aliènent souvent le soutien des populations locales en se radicalisant. "Les nouveaux talibans sont vraiment des exaltés. Ils sont très impulsifs et sont devenus accros à la guerre", raconte ce même commandant.
Tom Coghlan
The Daily Telegraph
