lundi 7 avril 2008
Les talibans accusent Sarkozy d'avoir trahi sa parole.
Libération 07/04/08
Réagissant à l'annonce de l'envoi de renforts français, le Conseil du commandement des talibans a rappelé samedi : "Durant sa campagne électorale, il a promis de se concentrer sur le retrait des troupes d'Afghanistan. Maintenant, il semble avoir oublié sa promesse".
En effet, le mouvement fondamentaliste avait relâché deux humanitaires français, Céline Cordelier et Eric Damfreville après avoir entendu les déclarations de Sarkozy où il expliquait, le 26 avril 2007 que "la présence française ne lui semblait pas décisive".
Ecouter l'extrait : La position du candidat Sarkozy entre les deux tours des présidentielles sur les troupes francaises en Afghanistan.
Le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan suscite la défiance au sein de l'opinion publique
Ouest-France 07/04/08 - Philippe CHAPLEAU.
55 % des Français contre des renforts en Afghanistan
Le Président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi l'envoi de 700 soldats supplémentaires dans l'est de l'Afghanistan. Qu'en pensent les Français ? 55 % des personnes sondées par l'Ifop pour dimanche Ouest-France désapprouvent l'envoi de soldats supplémentaires, alors qu'en octobre 2001, lors des premières opérations alliées contre les talibans, 55 % se disaient favorables à un engagement français.
Ce revirement s'explique. D'une part, 84 % des sondés sont conscients de la gravité de la situation en Afghanistan où les troupes françaises ne mènent pas des missions d'interposition (comme c'est le cas au Liban, dans les Balkans ou en Côte d'Ivoire) mais évoluent dans un environnement éminemment hostile et doivent se préparer, une fois déployées dans l'Est du pays, à des affrontements meurtriers avec les talibans. D'autre part, les trois quarts des personnes sondées redoutent un maintien prolongé du contingent français dans un pays où la victoire militaire est plus qu'incertaine. En fait, cette crainte de l'enlisement semble traduire un sentiment qui n'est pas suscité par la seule Opex (opération extérieure) afghane. Nombreux sont les Français qui constatent que les déploiements militaires traînent en longueur. C'est le cas dans les Balkans, en Côte d'Ivoire et au Liban où rien n'indique une résolution de la crise et le retour des troupes. Ce pourrait aussi être le cas au Tchad.
Pas de débat
Le scepticisme des sondés s'exprime aussi dans les réponses aux deux premières questions. Certes, les Français qui ont répondu au sondage estiment majoritairement que l'intervention en Afghanistan est « nécessaire » pour contrer les terroristes (66 %) et pour contribuer à l'instauration de la démocratie (62 %) mais seulement une moitié d'entre eux (51 %) juge « légitime » la présence des forces internationales.
Pourquoi, aux yeux des Français, cette opération « nécessaire » ne serait-elle pas « légitime » ? Parce que rien n'a été fait pour la légitimer ! Comme il le fait depuis 1995 en matière de Défense, le pouvoir français a décidé sans lancer de véritable débat républicain.
Ce n'est donc pas l'intervention en Afghanistan que les Français jugent inacceptable mais bien le fameux « domaine réservé » que les présidents français se sont arrogé depuis cinquante ans.
samedi 5 avril 2008
COURROUX d'un Député - Il tacle Air Force One
Sud-Ouest 04/04/08
Le député socialiste Jean-Claude Viollet n'admet pas que le chef de l'État ponctionne dans le budget de la Défense pour renouveler sa flotte aérienne
Ainsi donc, le président Sarkozy voudrait renouveler sa flotte aérienne. En l'occurrence, l'Etec (Escadron de transport, d'entraînement et de calibration), ex-Glam, et l'escadron 3/60 Esterel ? Cette flotte comprend notamment des Falcon 900 et 50, des hélicoptères Super Puma mais aussi cinq Airbus, deux A 340 et trois A 310-300, utiles au président de la République pour ses déplacements internationaux.
« Ces escadrons remplissent d'autres missions que le transport des autorités gouvernementales, tempère le député socialiste charentais, spécialiste des questions de Défense, Jean-Claude Viollet. Ils peuvent participer à des évacuations sanitaires, à des transports de troupes, d'organes pour des greffes ou au rapatriement d'otages, comme dans le cas d'Ingrid Betancourt. »
Cela dit, Nicolas Sarkozy ne serait pas entièrement satisfait des prestations de son A 340. Le président lui préférerait les commodités d'un A 330. Un avion dont il aimerait faire son « Air Force One », à l'image du Boeing de l'exécutif américain. « Je veux bien croire que les Falcon sont vieillissants. Mais les A 310 n'ont été achetés qu'en 2002 et les deux A340 en 2006. »
Le pire, pour Jean-Claude Viollet, c'est qu'entre les reventes et acquisitions, l'opération coûterait la bagatelle de 450 millions d'euros. Une somme directement ponctionnée sur le budget de la Défense. « Rien n'a jamais été discuté. Pourtant, l'information circule sur cette somme préemptée à la demande du président de la République. »
Rigueur. Le député met en doute l'urgence d'une telle mesure dans un contexte de rigueur économique. « Il n'y a pas que moi qui trouve ça fort de café. Les militaires aussi. Cette décision intervient alors que le gouvernement s'apprête à demander des efforts budgétaires à nos armées, et que l'on s'apprête à supprimer 53 000 emplois dans le secteur de la Défense.
Nos armées sont en sous-capacité. On parle d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan quand, là-bas, nous manquons d'hélicoptères. »
Jean-Claude Viollet n'en démord pas : « J'ai l'impression que la rigueur ne s'applique pas à tout le monde. Ce renouvellement de flotte voulu unilatéralement par le président doit au minimum faire l'objet d'une réflexion générale. » Le courroux du député s'exprimera dans une prochaine question écrite au gouvernement.
la France de Sarkozy réintégrée dans l'OTAN de Bush
Placide - http://www.leplacide
lacide.com/
vendredi 4 avril 2008
Afghanistan - Un engrenage potentiellement dangereux
IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques )
Pascal BONIFACE par Rosa Moussaoui (L'Humanité, 2 avril 2008)
Le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, rappelle que Sarkozy plaidait en 2007 pour le retrait de la France.
Faut-il voir dans l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan, conformément à une promesse de Nicolas Sarkozy faite au président Bush, un nouveau signe de l’alignement atlantiste de la France ?
C’est un signe supplémentaire, en effet. Un signe d’autant plus remarquable que ce qui est fait aujourd’hui est l'exact inverse de ce qui a été dit pendant la campagne présidentielle. Rappelons que Nicolas Sarkozy avait plaidé, au printemps dernier, pour un retrait des troupes françaises d' Afghanistan. Là, plus question de retrait, ni même du maintien en l'état, de la présence française, mais bien d'une nette augmentation des forces déployées dans la zone. Il est certain qu'un retrait aurait conduit à une crise dans Ies relations franco-américaines, perspective que Nicolas Sarkozy a voulu éviter. Ce renforcement de Ia présence militaire française a donc autant à voir avec les relations franco-américaines qu'avec la situation stratégique sur place, en Afghanistan.
Dans le même mouvement, la perspective d'un retour de la France dans le commandement militaire intégré de I’OTAN correspond-il 'à un tournant stratégique ?
Nous sommes face à une succession de signes, qui vont tous dans le même sens. Reste à savoir combien de signes seront nécessaires pour que les virages pris en direction des États- Unis se muent en véritable rupture. Tout dépend des évolutions futures de l'OTAN. Va-t-on vers l'européanisation de l'OTAN ? Pour l’instant, on ne connaît pas précisément les conditions posées par la France pour décider de son retour dans l’OTAN. C'est cela qui suscite le doute. Si des garanties sont données sur le fait que l’OTAN devienne plus européenne, alors le jeu en vaut peut-être la chandelle. Mais si de de telles garanties ne se concrétisent pas, ce jeu pourrait devenir dangereux.
Le retour annoncé dans les organes militaires intégrés de l’OTAN est plus spectaculaire, mais serait moins lourd de conséquences, dans la perspective d'une véritable européanisation, que le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan. L'envoi de troupes supplémentaires, présenté comme la suite naturelle de décisions déjà prises, présente, en fait, le risque très concret de nous engager dans un engrenage dont on ne voit pas, aujourd'hui, toutes les conséquences.
Alors que le traité de Lisbonne place la défense européenne sous la supervision de l'OTAN, cette intégration plus poussée dans l'Alliance est-elle compatible avec l'émergence d'une défense autonome de l’UE?
Le débat ne se pose pas en termes de supervision. Il porte sur l’alternative suivante : soit le pilier de la défense européenne est parallèle à l’OTAN et peut-être autonome, soit il est imbriqué dans l’OTAN, donc dépendant d'elle. S'il s'agit simplement de faire en sorte que les pays européens augmentent leurs dépenses militaires pour être plus opérationnels au sein de l’OTAN, c'est effectivement une impasse. S'il s'agit de créer des possibilités de défense autonomes et parallèles à l’OTAN, cela peut être une piste intéressante. L'inconnue reste l’attitude, à l'avenir, des autres pays européens et surtout des Etats-Unis.
Les appels récurrents en faveur d'une rénovation de l'OTAN sont-ils le symptôme d'une crise de l'organisation ?
Ce débat sur la rénovation est presque aussi vieux que I'OTAN elle-même. Avec la chute de l'Union soviétique, la raison d'être de I'OTAN s'est effondrée. Depuis, la redéfinition de son rôle est en débat. D'où ces appels répétés à sa rénovation.
Vous mettiez en garde, il y a quelques mois, contre la tentation de faire del’OTAN une sorte de gendarme du monde, habilité à intervenir partout au gré des crises, Cette tentation reste-t-elle prégnante?
Cette tentation demeure bien vivante dans certains cercles. En témoigne le texte publié récemment par cinq anciens chefs d'état-major d'armées européennes demandant un alignement total sur les États- Unis. Ce texte prévoit la possibilité, pour l'OTAN, de déclencher des conflits de façon dite « préventive », c'est-à-dire de se livrer à des agressions. Il est envisagé aussi la possibilité de recourir à des frappes nucléaires préventives pour empêcher la prolifération. Ce document, non-officiel, est extrêmement inquiétant. Certains cénacles nourrissent l'idée de faire de I'OTAN le bras armé d'un monde occidental qui devrait se défendre contre des ennemis contestant sa suprématie. C'est une vision extrêmement dangereuse, ignorante des réalités internationales nouvelles. Dans un monde désormais multipolaire, une telle vision, loin d'assurer « la suprématie occidentale », pourrait au contraire accélérer le déclin contre lequel on prétend vouloir lutter.
Quelles peuvent être les conséquences d'un élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie ?
Lors de la réunification allemande, les pays occidentaux s’étaient engagés, verbalement, à ne pas élargir l'OTAN. Au gré des élargissements successifs de l'OTAN, des signaux de manquements à ces engagements pris à la sortie de la guerre froide ont été envoyés à la Russie, Cela a contribué à tendre les relations entre la Russie et le monde occidental et à développer un discours nationaliste toujours plus ferme en Russie.
Il y a une contradiction à se plaindre d'un raidissement de la Russie tout en conduisant une politique qui vient, au moins partiellement, le provoquer et nourrir un sentiment d'encerclement. Peut-être la Russie exagère-t-elle le danger. Mais il faut tenir compte de ses perceptions si l'on veut avancer de manière raisonnable.
jeudi 3 avril 2008
AFGHANISTAN • Nouvelle garde chez les talibans
Courrier International 02/04/08DE LASHKAR GAH (PROVINCE D'HELMAND)
Les opérations menées par les alliés ont décapité le mouvement de ses commandants expérimentés. Ils sont remplacés par de jeunes loups encore plus violents, dont les actions sont de plus en plus désorganisées.
Après une semaine passée dans la province d'Helmand [au sud-ouest], The Daily Telegraph a pu constater que les opérations menées par les forces spéciales alliées affaiblissent les chefs talibans et nuisent à leurs capacités de coordination. Mais on constate aussi des signes de radicalisation croissante du mouvement islamiste, les chefs expérimentés tués par les forces alliées ayant été remplacés par des combattants encore plus extrémistes, dont beaucoup sont des militants étrangers liés à Al-Qaida.
Des représentants militaires occidentaux confient en privé qu'environ 200 chefs talibans, de moyen ou de haut rang, ont été tués au cours de bombardements ciblés ou d'opérations exécutées par les forces spéciales américaines et britanniques en 2007, et une centaine d'autres ont été capturés.
Nous avons pu rencontrer à Lashkar Gah, capitale de la province d'Helmand, deux cadres intermédiaires talibans locaux qui nous ont affirmé qu'ils recrutaient de plus en plus de combattants en dehors de la région et que la hiérarchie était de plus en plus floue. "Il y a beaucoup de petits commandants maintenant", a expliqué l'un d'entre eux, âgé d'une vingtaine d'années et qui a déjà derrière lui plusieurs années de combat.
Ces changements ont commencé après la mort, en mai 2007, du mollah Mansour Dadullah, haut responsable taliban pour le sud de l'Afghanistan tué par les forces britanniques. "Depuis la mort de Dadullah, notre devise, c'est que chacun est devenu un Dadullah", a-t-il ajouté d'une voix calme, avec cette pointe d'accent arabe propre aux combattants formés dans les madrasas pakistanaises. Les talibans reconquerront l'Afghanistan, avant d'imposer la charia au Pakistan, prédit-il. "Il n'y aura pas de négociations avec l'Occident. Le djihad est mondial", a-t-il prévenu.
Selon des sources militaires occidentales, les attaques des talibans sont de moins en moins coordonnées depuis quelques mois. "Ils ont perdu de nombreux commandants", explique Hajji Mohammad Anwar, membre du Conseil de la province de Helmand. "N'importe quel type qui sort d'une madrasa peut devenir un commandant important." Seuls six des treize districts d'Helmand sont plus ou moins contrôlés par les forces britanniques et afghanes. Les habitants sont nombreux à croire que les régions aux mains des talibans sont plus sûres, car on y impose les sanctions strictes prévues par la charia, comme l'amputation de la main pour les voleurs. On constate toutefois aussi que la vision extrémiste des combattants islamistes est source de tensions avec la population locale.
Le plus âgé des deux commandants avec qui nous avons parlé explique que certains chefs talibans plus pragmatiques militent en faveur de la création d'écoles et de travaux de reconstruction, mais que ces efforts sont contrariés par les combattants de plus en plus extrémistes qui s'installent dans la province.
Comme on l'a vu avec Al-Qaida en Irak, les groupes terroristes islamiques s'aliènent souvent le soutien des populations locales en se radicalisant. "Les nouveaux talibans sont vraiment des exaltés. Ils sont très impulsifs et sont devenus accros à la guerre", raconte ce même commandant.
Tom Coghlan
The Daily Telegraph
mercredi 2 avril 2008
L'armée de terre se prépare à une cure d'austérité
PARIS (AFP) - 01/04/2008 - TV5 infos
L'armée de terre se prépare à une cure d'austérité avec la suppression d'une trentaine de garnisons et de plus d'une dizaine de régiments d'ici à 2012, selon un rapport interne publié mardi par Libération.
Interrogé par l'AFP, le ministre de la Défense Hervé Morin, s'est efforcé de temporiser. "Je ne confirme rien du tout, ce sont des documents de travail propres à l'armée de terre", a-t-il assuré. "Pour tout dire, je n'ai pas encore vu la moindre liste".
Aucune décision ne devrait selon lui être prise avant plusieurs semaines voire plusieurs mois, à l'issue des travaux de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et au vu du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, attendu désormais en mai.
Les décisions finales, du ressort du chef de l'Etat, chef constitutionnel des armées, devront tenir compte aussi d'une "réflexion interarmée", conjuguant celles des trois armes (terre, air et marine), a relevé le ministre de la Défense.
Pour autant, le document évoqué par Libération fournit une photographie "fiable" des réflexions de l'armée de terre à la date du 4 février 2008, "même s'il a évolué depuis", reconnaît le colonel Benoît Royal, chef du Service d'informations et de relations publiques de l'armée de terre (SIRPA-Terre).
Selon un proche du dossier, les suppressions de garnisons et de régiments envisagées se traduiraient par 12.000 à 13.000 suppressions de postes, dont 70% de militaires et 30% de civils, pour des effectifs actuels de 124.000 militaires et 24.000 civils.
Sous couvert de l'anonymat, un officier supérieur reconnaît qu'une "forte inquiétude" agite les rangs. "Depuis ce matin, il y a 120.000 militaires branchés sur internet", assure-t-il, soulignant que ces réorganisations auront "des conséquences très directes sur la carrière et la vie familiale de nombre d'entre eux".
Seraient supprimées les garnisons de Limoges, Lunéville, Versailles (partiellement), Noyon, Saarburg (Allemagne), Bourg-Saint-Maurice, Senlis, Bitche, Laon-Couvron, Commercy, Fontevraud (partiellement), Charleville-Mézières, Sourdun, Joigny, Chaumont, Dieuze, Rambouillet, Chateauroux, Arras, Givet, Briançon et Barcelonnette.
De plus petites implantations doivent également être dissoutes à Château-Chinon, Fourchambault, Guéret, Neuvy-Pailloux, Tulle, Langres, Saint-Florentin et Bruz.
La défense n'a pas "pour vocation première de faire de l'aménagement du territoire" a réaffirmé M. Morin mardi, même si les réorganisations devront "intégrer ces problématiques" et supposent "des politiques de développement" ainsi qu'une approche "interministérielle".
La liste des unités amenées à disparaître compterait les 8e, 12e et 402e régiments d'artillerie, les 1er, 2e et 5e régiments du génie, le 6e régiment de commandement et de soutien, le 517e régiment du train, le 601e régiment de circulation routière, le centre d'entraînement commando de Givet, le centre national d'aguerrissement à la montagne, le centre d'instruction et d'entraînement au combat en montagne et plusieurs unités du commissariat et du matériel.
Cette liste, analyse un officier, traduit "le retour d'expérience des opérations extérieures" menées par l'armée de terre, de l'Afrique centrale à l'Afghanistan, en passant par le Kosovo ou la Bosnie.
"On renforce l'infanterie et le renseignement au détriment de l'artillerie sol-air qui passe à l'armée de l'air et d'autres unités d'appui", explique-t-il.
mardi 1 avril 2008
Sondage EXCLUSIF « BVA-SUD OUEST ». 68% des Français sont contre l'envoi de renforts en Afghanistan
SUD-OUEST 01/04/08
Plus de deux Français sur trois désapprouvent un renforcement des troupes françaises en Afghanistan. Le Parlement en débat cet après-midi
Alors que l'Assemblée nationale (à 15 heures) puis le Sénat (à 17 h 30) s'apprêtent à débattre cet après-midi sur le projet de muscler la présence militaire française en Afghanistan, un sondage BVA-« Sud Ouest » révèle qu'une grosse majorité des Français sont opposés à l'envoi de renforts.
Mais Sarkozy a t-il utilisé les bons arguments pour convaincre l'opinion ? En expliquant, de façon très « bushiste », qu'il ne fallait pas « perdre la guerre contre le terrorisme », le président a peut-être négligé de dire ce que les militaires et les politiques français savent pertinemment : la guerre d'Afghanistan ne se gagnera militairement que si les buts politiques sont atteints en parallèle.

Ces chiffres sont de nature à conforter l'opposition de gauche, qui a bataillé pour obtenir que le Parlement débatte d'un sujet appartenant au « domaine réservé » du président, et qui voudrait aussi que les parlementaires puissent voter.
On sait que le gouvernement a rejeté cette option, en notant qu'il ne s'agissait pas d'une entrée en guerre de la France - en cas, la Constitution impose le feu vert du Parlement -, mais d'une simple participation à une force de « stabilisation ». Ce à quoi la gauche peut répliquer qu'une association plus étroite des députés et sénateurs aux choix diplomatico-militaires fait partie des réformes envisagées pour adapter les institutions. C'est pourquoi ce débat à l'Assemblée sur l'Afghanistan est de première importance.
Et la lecture attentive de notre sondage montre que la gauche est suivie par son électorat dans son opposition à un engagement accru au pays des talibans : 82,4 % des sondés se réclamant d'elle le contestent. Et 77,6 % s'opposent au principe même de la guerre afghane, même s'il y a des nuances : ainsi, les électeurs du PC ne sont que 66 % - contre 21 % - à penser ainsi.
Moins méfiante, la droite ne soutient pourtant pas Nicolas Sarkozy. Un quart seulement de ses électeurs sont pour l'envoi de troupes (25,5 % et 28,5 % pour les sympathisants de l'UMP) tandis que 59,6 % s'y opposent. Et les chiffres sont à peine plus élevés (26,7 % pour, 57,5 % contre) quand il s'agit de se prononcer sur l'intérêt des Alliés à poursuivre l'effort militaire contre les talibans. Même les électeurs du Front national, qui sont 43 % à l'approuver, sont plus nombreux (47 %) à le désapprouver.
Cependant, plus on s'élève dans l'échelle des revenus, du statut social et des diplômes, plus la perception de l'enjeu afghan augmente : 26,8 % des hauts revenus sont pour l'envoi de soldats français supplémentaires, et 27,3 % des cadres supérieurs estiment qu'il est de l'intérêt du pays et de ses alliés de ne pas abandonner la partie en Afghanistan.
Quant aux électeurs de Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007, ils sont plus nombreux que la moyenne de la droite à répondre favorablement aux deux questions. Il n'en reste pas moins que le président va avoir fort à faire pour convaincre ses partisans - et a fortiori ses contradicteurs - d'un engagement accru.
Ils sont 68 % à s'opposer au projet que Nicolas Sarkozy a lancé la semaine dernière à Londres, et doit rendre officiel mercredi à Bucarest à l'occasion du sommet de l'Otan. Il consiste à augmenter d'environ 1 000 hommes le contingent actuel de 1 500 soldats engagés sous la bannière de l'Isaf, la force de stabilisation mise en place en 2003 par les alliés du traité de l'Atlantique-Nord pour sécuriser Kaboul et les provinces afghanes.
Seuls 15 % des Français disent approuver de tels renforts, tandis qu'une part importante des sondés - 7 % - refuse de se prononcer. La proportion d'indécis est la même (18 %) pour la seconde question, qui porte sur le point de savoir si les États-Unis et leurs alliés - 39 pays en tout - ont tort ou raison de guerroyer en Afghanistan.
« Domaine réservé ». Là encore, les Français sont très majoritaires - 65 % - à donner tort aux Alliés, seuls 17 % des sondés approuvant l'opération qui, rappelons-le, comprend deux volets : l'une purement américaine (« Enduring freedom »), destinée à débusquer les islamistes armés se réclamant d'al-Qaida ; l'autre (l'Isaf) destinée à pacifier l'Afghanistan et à aider le gouvernement d'Hamid Karzaï à établir sa souveraineté sur le pays.Budget de la Défense : en 2008, les opérations militaires coûteront 400 millions d'euros de plus que prévu
[ 31/03/08 ] Les Echos - ALAIN RUELLO
Liban, Tchad, Afghanistan... les surcoûts des opérations extérieures devraient représenter environ 850 millions d'euros cette année. Le budget 2008 n'en a provisionné que 460. Une grande partie de cette somme sera affectée au Tchad. Quant à l'Afghanistan, tout dépendra de l'arbitrage de l'Elysée.
Liban, Côte d'Ivoire, Tchad, et renforcement de la présence en Afghanistan que Nicolas Sarkozy doit annoncer cette semaine lors du sommet de l'Otan de Bucarest : alors que le gouvernement fait face à une aggravation des déficits publics, les surcoûts liés aux opérations extérieures (Opex) des armées vont atteindre un niveau record cette année. « On va crever le plafond. A ce stade, les estimations atteignent 850 millions d'euros environ », affirme-t-on au sein du ministère de la Défense. Soit plus que les 640 millions dépensés l'année dernière. Et surtout, beaucoup plus que les 460 millions inscrits au budget 2008 !
Le problème du sous financement des opérations extérieures est récurrent, même si, ces dernières années, sous l'impulsion de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, un effort de transparence a été entrepris. Quand le budget 2005 prévoyait une provision de 100 millions d'euros, les Opex en ont englouti 532 cette année-là. L'écart s'est atténué depuis (voir graphique) mais on est encore loin du compte. Fin 2007, il a encore fallu combler un trou de 273 millions. Et contrairement à ce qu'Hervé Morin, le ministre de la Défense, a affirmé devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, aucune rallonge n'est intervenue, Bercy ayant finalement mis son veto. Les 273 millions manquants ont donc été ponctionnés sur les crédits d'équipements. En toute discrétion...
Pour 2008, ce sont près de 400 millions (850 moins 460) qu'il va falloir trouver quelque part. Une grande partie de cette somme sera affectée au Tchad. Quant à l'Afghanistan, tout dépendra des arbitrages de l'Elysée : nombre d'hommes, date de départ, localisation, équipements... Les surcoûts d'une Opex sont en effet de trois origines : les majorations de soldes (qui représentent en moyenne les deux tiers de la facture), les frais de fonctionnement (carburant, nourriture, munitions, réparations...), et les investissements (quand il faut construire une piste par exemple).
1.000 hommes supplémentaires
Interrogé sur France Inter vendredi matin, Hervé Morin a chiffré entre 150 et 200 millions en année pleine les surcoûts liés aux 2.200 soldats déjà présents en Afghanistan, majoritairement dans les environs de Kaboul. Combien pour les 1.000 hommes supplémentaires qui se préparent à les rejoindre ? L'état-major a fait ses calculs, mais ne souhaite pas s'exprimer. « Tous les théâtres d'intervention n'ont pas le même prix. Le problème de l'Afghanistan, c'est que le ravitaillement se fait par avion. La logistique pour les pièces de rechange est complexe », explique un officier général. Le pays n'étant pas réputé pour la qualité de ses nationales, il est probable que les VAB, AMX 10RC et autres blindés que l'armée de terre va déployer vont s'user d'autant plus rapidement qu'ils ont un âge certain. Le poste entretien devrait être conséquent...
Libéblog 01/04/08 - Jean-Dominique Merchet
Libéblog 01/04/08 - Jean-Dominique Merchet
La liste des "abandons de garnison" et des régiments dissous
Sur la base d'un document de l'état-major de l'armée de terre (EMAT) daté 4 février dernier, dont nous avons eu connaissance, nous publions la liste des villes de garnison touchées par les réformes à venir, ainsi que celle des unités qui seront dissoutes. A lire dans Libération de mardi matin.
"Il s'agit d'un document de travail et certains arbitrages sont toujours en cours" explique-t-on dans l'armée de terre. Vérifications faites dans la mesure du possible, la liste des villes et des unités que nous publions correspond aux derniers arbitrages - sauf points de détails.
D'ici à la parution de l'article demain matin, voici quelques infos complémentaires.
En 2010, l'armée de terre va créer une Brigade d'assaut par air (BAA), dont l'état-major sera à Toulouse. Elle regroupera les actuelles 11ème brigade parachutiste et 4ème brigade aéromobile, sur le modèle de la 16 th Air Assault Brigade britannique.
Les deux brigades d'artillerie et du génie seront supprimées et transformées en Centres de mises en oeuvre (CMO), basés respectivement à Draguignan et Angers.
Le 13 ème Régiment de dragons parachutistes quittera Dieuze pour le camp de Souge (Gironde) en 2011.
P.S. Ce n'est pas un poisson d'avril.

