vendredi 1 août 2008
Irak-Afghanistan
Pour le deuxième mois consécutif, le nombre de militaires occidentaux tués a été plus grand en Afghanistan qu’en Irak.
Ce n’est pas une preuve que les Américains sont en train de gagner la guerre en Irak, mais une confirmation que celle d’Afghanistan est déjà perdue. Et c’est le moment que choisit M. Sarkozy pour envoyer des troupes supplémentaires et voler au secours de la défaite...
jeudi 31 juillet 2008
Des copains de régiment
Brigitte Rossigneux - Le Canard Enchaîné du mercredi 30 juillet
Ce n’est pas parce qu’on « n’aménage » pas le territoire qu’il ne faut pas « ménager » les copains !
Illustration avec la nouvelle carte militaire : malgré les protestations vertueuses de Fillon sur les « raisons opérationnelles » qui ont présidé au douloureux accouchement de l’armée de demain, Sarko a, autant que possible, épargné ses troupes.
Exemple : chouchou du Président qui en a fait un porte-parole, Luc Chatel, ancien député et maire de Chaumont a conservé son 61ème régiment d’artilleurs. Demande expresse de Sarko à Morin. Idem à Lunéville, dont le maire UMP, Jacques Lamblin sauve son régiment de transmissions, alors qu’il était sur la liste initiale des unités dissoutes. Explication : avant les municipales, Lunéville était à gauche. Depuis, la ville est tombée aux mains de ce sarkozyste idolâtre, membre de la commission de la Défense.
Petits arrangements entre amis
Caen et Laval, eux, ont eu la mauvaise idée de passer à gauche ? Bien fait pour eux, ils seront punis. Leurs régiments de transmission qui devaient être épargnés, seront finalement déplacés vers le 6ème RCS de Douai, dont le maire et conseiller régional, Jacques Vernier est un UMP grand teint.
Plus grossier encore, le cas de Thierville-sur-Meuse, une petite municipalité socialiste près de Verdun qui abrite des escadrons de Chars Leclerc. Le 5 mai, Morin avait assuré à son maire, Yannick Doladille, qu’il n’avait aucun souci à se faire. C’était parait-il, aussi le choix de l’état-major. Seulement, à quelques encablures de là, se trouve le « 501/503 » de Mourmelon équipé de Leclerc. Le maire Ump de la ville, Fabrice Loncol, a harcelé le ministère et obtenu, la veille de l’annonce officielle des restructurations, le maintien de son régiment. C’est la caserne de Thierville qui verra fondre ses effectifs.
Quand aux annonces tonitruantes d’aides en tout genre, et de stupéfiantes nouvelles – du genre Dior s’installe en Moselle à la place des guerriers…, les maires attendent de voir. Entre 40 et 50 entreprise auraient, selon Morin « contacté le ministère et envisagent de s’installer sur les sites militaires libérés ». Mais personne ne parvient à obtenir le nom de ces intrépides investisseurs.
Les copains qui n’ont pas pu sauver leurs casernes (il y en a de nombreux, notamment dans l’Est) sont l’objet de touchantes sollicitudes. Lundi 28, Laurent Pellegrin, délégué à la revitalisation des zones sinistrées, était au chevet de Bitche en Moselle, où le maire UMP Gérard Hubert sanglote de voir partir ses artilleurs. Accueillis sous les huées, les envoyés du Président ont passé un sale quart d’heure, protégés par la gendarmerie.
A Dieuze, bientôt privé de ses commandos Paras, Fernand Lormant, qui menaçait de démissionner avec 128 conseil municipaux du secteur, s’est entendu dire qu’il hériterait d’une école de formation de l’Armée de Terre. « Pour l’instant, je n’ai rien vu d’écrit. Au mieux, je sauverai les meubles. Et la crèche toute neuve inaugurée en avril pour les enfants des militaires, qui nos a coûté 1 million d’euros, ce n‘est pas avec ça que je vais la remplir ! » A Commercy, le maire socialiste, Bernard Muller n’a arraché aucune compensation au départ du 8ème RA. Ni emplois publics, ni infrastructures, ni implantations d’industries. « On n’est pas sur les listes. Si ça, c’est pas politique… » lâche l’élu PS.
On a quand même le droit de choisir ses amis !
samedi 26 juillet 2008
Pour les élus de Lorraine, la nouvelle carte militaire est un "drame"
LE MONDE | 25.07.08 | 14h51
Amputée de près 8 500 emplois militaires et civils de la défense, la Lorraine est la région la plus durement frappée par la réorganisation. Un "drame" qui pour Jean-Marc Todeschini, sénateur (PS) de Moselle, réactive les souvenirs de la fin de la sidérurgie. "A cette différence près que pour la sidérurgie, les préretraites ont permis de maintenir les gens sur place, de faire fonctionner l'économie. Là, ce sont des pertes sèches", dit l'élu en colère. La nomination prochaine d'un grand préfet chargé de mettre en oeuvre des investissements structurants ne calme pas les inquiétudes.
C'est le département de la Moselle qui paye le plus lourd tribut. Metz est surprise par la fermeture de la base aérienne de Frescaty, 2 500 personnes. "On ne s'y attendait pas, c'est énorme, confie Richard Lioger (PS), premier adjoint au maire. Je suis atterré. mais il est vrai que nos collègues de la majorité ne nous ont pas aidés..."
Pour certains, c'est une catastrophe. "Je suis écoeuré. Le procédé est lamentable. 2 500 personnes qui s'en vont de Bitche, c'est la moitié de la population qui part. Comment se relever..."
Quelques heures après l'annonce de la dissolution du 57e régiment d'artillerie, Gérard Humbert, maire de Bitche, 5 700 habitants, est accablé. "On espérait un sursis jusqu'en 2011-2012, le temps de se retourner. On espérait un régiment allemand en remplacement. Et voilà qu'on nous dit que ça ferme en 2009 !"
Difficile de gommer des siècles de présence militaire sur ce bout de Lorraine malmenée par l'histoire. La ville qui résista vaillamment pendant 300 jours au siège des troupes allemandes pendant la guerre de 1870 a reçu pour sa bravoure la Légion d'honneur.
UNION SACRÉE
Les 1 257 militaires du 57e RA de Bitche partis, il restera des bâtiments vides et des friches. Le camp militaire couvre 3 600 hectares. Les promesses de compensation, Gérard Humbert n'y croit guère. "Quand le 4e Cuir est parti il y a dix ans, on nous a fait des promesses. Il y a eu des réunions, des commissions, et pour finir le site a été dépollué et la ville l'a racheté pour 500 000 euros." Il parle d'une "vaste fumisterie".
A Dieuze, le maire Fernand Lormant perd le 13e régiment de dragons parachutistes, mais préserve - presque - l'équilibre, numérique. La ville devrait accueillir une école militaire forte de 1 000 à 1 200 élèves et 400 enseignants et leurs familles.
Sans doute, la menace de démission de 71 maires et élus du Saulnois a-t-elle pesé. Le 7 mai, avec 145 élus, M. Lormant avait monté une "opération commando". "C'est pas trop mal, mais ça ne vaut pas le 13", soupire-t-il aujourd'hui. Le maire a le coeur gros de voir partir "le plus beau, le plus prestigieux régiment français. Je ne sais pas si dans le Sud-Ouest où il va, ils ont conscience d'accueillir l'élite du renseignement".
A Commercy c'est toutes tendances confondues que les élus ont bataillé derrière le maire socialiste pour sauver le 8e régiment d'artillerie. Ca n'a pas suffi. Le régiment qui a permis la victoire de Napoléon à Austerlitz disparaîtra en 2011. Bernard Muller, le maire, s'y attendait. "On le savait puisque c'est un régiment d'artillerie."
Officiellement, il n'a aucune information sur une compensation au départ de 900 emplois. "Il y a bien des rumeurs qui parlent d'une unité allemande, Gérard Longuet s'est beaucoup avancé là-dessus. Mais moi je n'ai pas d'information."
Le 24 juillet, Jean-Pierre Masseret, le président de la région, a appelé à l'union sacrée pour discuter des compensations avec l'Etat et son représentant. M. Masseret veut voir avancer certains grands dossiers, pour en finir avec les mauvais coups qui frappent la Lorraine.
vendredi 25 juillet 2008
Il fallait le faire", a déclaré le chef de l'Etat, en déplacement en Loire-Atlantique.

lundi 21 juillet 2008
Afghanistan: "une impasse militaire totale et durable"
Libédéfense - Jean-Dominique Merchet 21/07/08
La situation en Afghanistan est une "impasse militaire totale et durable".
Telle est l'analyse que l'on fait désormais dans les milieux français de renseignement. Une évaluation, partagée par l'ensemble des grands services occidentaux, bien loin de l'optimisme officiel, alors que le ministre de la Défense rentre cette nuit d'une visite de deux jours auprès des troupes françaises en Afghanistan. "Il va falloir trouver d'autres portes de sorties" estime-t-on de même source, en particulier envisager de négocier avec une partie de la coalition qui combat les forces occidentales et le régime du président Karzaï.
Cette analyse française est corroborée par celle d'un officier britannique qui vient de démissionner de l'Army. S'exprimant dans le Sunday Times, le lieutenant-colonel Stuart Tootal, ancien commandant du 3ème Batallion du Parachute Regiment, qualifie de "whisful thinking" l'attitude des chefs militaires et des responsables politiques de son pays concernant l'Afghanistan. Il compare le "niveau d'opposition" rencontré par ses hommes dans la province du Helmand à celui auxquels ont été confrontés les Russes il y a vingt ans.
Quant à ceux qui parient sur le développement du pays qui apporterait la stabilité, ils doivent lire l'excellent article de Serge Michailof, ancien directeur des opérations de l'Agence française de développement et de la Banque mondiale, dans le dernier numéro de la revue Commentaire. Son titre résume son propos : "L'échec de l'aide internationale en Afghnanistan".
En visite dans le pays, le candidat démocrate Barack Obama a confirmé son intention d'y renforcer la présence militaire américaine. Le même jour, neuf policiers afghans ont été tués par une frappe aérienne, dans ce qui s'apparente à une nouvelle bavure. Un soldat de l'Otan a également été tué, ce qui porte à 137 le nombre de morts depuis le début de l'année. Enfin, on est toujours sans nouvelle des deux humanitaires français enlevés vendredi.
mercredi 16 juillet 2008
Le président Russe menace l'Europe en réponse à l'implantation en République Tchèque d'un "bouclier anti-missiles" américain
Forum Orange - le 15/07/2008
Le président russe Dmitri Medvedev a mis en garde l'Europe et les Etats-Unis mardi concernant le bouclier antimissile et le Kosovo, accusant au passage les occidentaux de "paternalisme" dans les affaires internationales.
Bouclier américain
Le bouclier américain, dont des éléments doivent être déployés en Europe centrale, "ne fera qu'aggraver la situation" sur le Vieux Continent, a déclaré M. Medvedev dans un grand discours de politique étrangère devant quelque 150 ambassadeurs russes réunis à Moscou.
"Nous serons obligés d'y répondre de façon adéquate (...) L'Union européenne et les Etats-Unis ont été avertis", a-t-il réaffirmé, poursuivant sur la ligne de fermeté imprimée par son prédécesseur Vladimir Poutine.
Les tirs d'essai de missiles iraniens ont montré la portée limitée de l'arsenal de Téhéran et prouvent que le déploiement d'éléments du bouclier antimissile américain en Europe n'est pas nécessaire, a jugé vendredi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.
Ces essais "confirment que l'Iran a des missiles d'une portée allant jusqu'à 2.000 kilomètres et (...) qu'un bouclier antimissile, avec ces paramètres, n'est pas nécessaire pour surveiller ou réagir à de telles menaces", a déclaré devant la presse le chef de la diplomatie russe.
Réponses militaires
La Russie estime que ce bouclier remettrait en cause sa dissuasion nucléaire et a promis d'y répondre militairement, en pointant par exemple des missiles sur l'Europe.
La signature le 8 juillet d'un accord entre Washington et Prague prévoyant l'implantation d'éléments du bouclier sur le territoire tchèque a exacerbé les tensions.
Selon certains analystes, le veto russe vendredi au Conseil de sécurité à des sanctions contre le Zimbabwe est la réponse directe à cette signature ainsi qu'à la récente visite de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, en Géorgie, ex-république soviétique désireuse de rejoindre l'OTAN.
M. Medvedev, qui a pris ses fonctions le 7 mai, a aussi déploré la "mentalité de blocs" et la tendance de certains pays à "décider pour d'autres", dans une apparente allusion aux Etats-Unis. "Avec la fin de la Guerre froide, on n'a pas de raisons d'avoir une mentalité de blocs. On n'a pas besoin de paternalisme, que certains décident tout pour d'autres", a-t-il dit. "Nous devons défendre nos intérêts nationaux correctement et sans confrontation", a insisté le président.
Dans une allusion similaire aux Etats-Unis, M. Medvedev avait déjà dénoncé en mai "les ambitions irresponsables (qui) prennent le dessus sur les intérêts de pays et de continents entiers" et les "intentions de s'ingérer dans les affaires d'autres Etats".
Pacte de sécurité
M. Medvedev a aussi réitéré sa proposition d'un nouveau pacte de sécurité en Europe, formulée en juin dans son premier grand discours de politique étrangère, à Berlin, et qui vise à remplacer la toute-puissance de l'Otan par un système collectif élargi à Moscou.
Les Etats-Unis nous offrent le « parapluie » de l’OTAN contre un statut d’otage… pas très confortable !
lundi 14 juillet 2008
Chef désarmé
Édito Libération : lundi 14 juillet 2008 Laurent Joffrin
Nicolas Sarkozy sait sans doute parler aux femmes. Il sait à coup sûr parler aux flics. Mais il ne sait pas, manifestement, parler aux militaires.
On ne défile pas le 14 Juillet avec des pancartes mais avec des fusils et des treillis. Pourtant, c’est une sorte de manif sans slogans que le Président va observer ce matin de la tribune officielle : rarement sous la Ve République, depuis l’affaire d’Algérie en tout cas, les rapports entre l’armée et son chef ont été aussi mauvais.
On dira que les états d’âme des militaires n’ont guère d’importance, que les grandes douleurs sont encore plus muettes sous l’uniforme, que la réduction des effectifs est inévitable en temps de paix européenne et de domination américaine, que les crédits seront mieux employés ailleurs, et que les militaires, d’ailleurs, n’ont guère motif de pavoiser après la sanglante bavure de Carcassonne.
Tout cela n’est pas faux, encore qu’on puisse le discuter. Mais on envoie régulièrement ces soldats au bout du monde, avec des discours solennels où il est question de démocratie et de droits de l’homme, officiellement pour défendre les valeurs célébrées le 14 Juillet. Ils devront cette fois, pour cause de realpolitik méditerranéenne, défiler devant une brochette de dictateurs patentés.
Ils devront surtout saluer Bachar al-Assad, chef de ce régime syrien dont on est certain qu’il a fait sauter naguère tout un immeuble de Beyrouth en tuant une soixantaine d’entre eux. On comprendra que ces militaires trouvent l’ordre du jour un peu saumâtre, serait-il celui de la fête nationale…
14 Juillet, un défilé de mécontents
Entre les militaires et Nicolas Sarkozy, le malaise est là, palpable. Comme dans un couple en désamour, tout devient prétexte à criailleries et à suspicions. Du jamais vu sous la Ve République, si l’on excepte la période de la guerre d’Algérie. Sauf coup de théâtre, le défilé du 14 Juillet ne devrait pourtant pas être l’occasion pour l’armée de manifester sa grogne. Ce n’est pas le genre de la maison, mais cette année, le cœur n’y est pas.
14 Juillet : grogne dans les rangs, par Laurent Zecchini
LE MONDE | 12.07.08 | 13h20
Parce que le président de la République et l'armée française forment une entité constitutionnelle indissociable, il faut relativiser la crise de confiance que traverse ce couple façonné par l'histoire. Elle ne devrait pas être durable, mais elle laissera des traces. Car elle est nourrie d'états d'âme, d'une grogne sourde, voire d'un "malaise" aigu dans l'armée de terre, qui tiennent en partie au style du chef de l'Etat. Depuis quelques jours, une réflexion désabusée fait florès entre officiers et sous-officiers de l'infanterie : "De toute façon, on est des amateurs !"
La remarque fait référence à celle, vindicative, de Nicolas Sarkozy au général Bruno Cuche, ex-chef d'état-major de l'armée de terre, au lendemain de la fusillade de Carcassonne. Stricto sensu, les 4 100 soldats qui défileront sur les Champs-Elysées le 14 Juillet marcheront au pas. Dans les esprits, c'est autre chose.
Au moment de saluer la tribune présidentielle, nombre d'officiers auront en tête des pensées rien moins qu'aimables pour un chef des armées avec qui le courant passe difficilement.
Ce sera un étrange 14 Juillet. Festif et original, avec des avions Mig, des casques bleus, des parachutistes qui sauteront sur la place de la Concorde, une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, et Ingrid Betancourt en vedette sud-américaine... Un défilé polémique aussi, avec la présence annoncée du président syrien Bachar Al-Assad, et celle de la promotion "Lieutenant Antoine de La Bâtie" de l'Ecole militaire inter-armes de Coëtquidan, baptisée du nom de l'un des 58 soldats français tués dans l'attentat contre le Drakkar, commis à Beyrouth le 23 octobre 1983, en toute "connaissance" des services syriens.
Mais ce sera surtout un défilé au goût amer pour des milliers de soldats, dont certains rendront les honneurs en sachant qu'ils risquent d'être sacrifiés par les restructurations de la carte militaire, autrement dit les fermetures de plusieurs dizaines de bases et de régiments.
Maintes fois reportée, la nouvelle carte militaire devrait être annoncée le 24 juillet, date opportune, au milieu de l'été, quelques jours après le vote du Congrès à Versailles sur la réforme constitutionnelle. Avant, c'eût été prendre le risque de perdre les voix de quelques parlementaires de la majorité concernés par la révolte qui gronde dans les localités menacées de la perte de leur régiment.
Avec la carte militaire, la création des "bases de défense", le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, la prochaine loi de programmation militaire, enfin le retour quasi annoncé de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN, les armées vont être chamboulées durablement.
La question de l'OTAN devra être négociée avec doigté. La décision du chef de l'Etat est prise, mais elle devra tenir compte de la situation politique du moment : François Fillon ne cache pas qu'il ne concédera pas un aggiornamento atlantiste sans contreparties réelles pour l'Europe de la défense.
Exacerbée au sein de l'armée de terre, l'inquiétude des militaires n'épargne pas les marins et les aviateurs, les premiers pour le nombre de leurs bateaux, les seconds pour le sort de leurs bases aériennes. Dans l'ensemble, c'est cependant en spectateurs que marins et aviateurs assistent au mouvement brownien qui agite ce que, à l'Elysée, on aimerait réduire à un microcosme de généraux parisiens en tenue kaki.
Or tout porte à croire que Carcassonne et la démission souhaitée du général Cuche n'ont été que l'apothéose malheureuse d'un phénomène plus profond, nourri des rancoeurs suscitées par le Livre blanc, et des méthodes sans nuance du pouvoir politique.
Le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, ainsi que le ministre de la défense, Hervé Morin, ont pris leurs distances avec l'enquête, demandée par l'Elysée, à la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), pour retrouver les auteurs de "Surcouf", ce pseudonyme collectif utilisé par un groupe d'officiers généraux et supérieurs qui ont critiqué vertement l'exercice du Livre blanc.
"ANTIMILITARISME DE DROITE"
Une "chasse aux sorcières" ? Le vilain mot ! De simple "mesures conservatoires"... qui se sont multipliées ces derniers jours : tel général vous entraîne hors de son bureau pour parler, parce qu'il pense être sur écoute, tel autre se voit convoqué au plus haut niveau et prié de tuer dans l'oeuf un projet de parution d'article dans un journal, et les ordinateurs portables des officiers du Centre des hautes études militaires (CHEM) sont "visités" par la DPSD. Le ministère de la défense, impavide, assure que le droit d'expression existe dans les armées...
Les conseillers présidentiels soulignent que Nicolas Sarkozy a pris, avec le Livre blanc, "des décisions forcément désagréables que personne n'avait eu le courage de prendre depuis vingt ans, parce qu'il a le sens des responsabilités".
Les militaires, ajoute-t-on de même source, "fonctionnent à l'affectif, ils ont besoin qu'on les aime. Ils sont déconcertés par la distance que le président adopte avec eux, et ils croient à tort qu'il s'agit d'une forme de mépris".
Les militaires ont, vis-à-vis de celui qui commande le feu nucléaire et peut décider de les envoyer dans des opérations extérieures où ils risquent leur vie, une allégeance naturelle. Ils ont été habitués à des présidents de la Ve République qui, bien que souvent béotiens de la chose militaire à leur entrée à l'Elysée, ont vite endossé les habits de "chef des armées".
Avec Nicolas Sarkozy, l'osmose tarde à se produire. "Nous sommes un corps discipliné, qui obéit sans rechigner, résument plusieurs officiers supérieurs, mais en échange, nous demandons un peu de respect, la confiance et aussi la protection du pouvoir politique. Au lieu de cela, aujourd'hui, nous n'avons que désinvolture."
Certains officiers vont plus loin, parlent de l'émergence d'un "antimilitarisme de droite" dans les cercles du pouvoir. "La majorité, expliquent-ils, a toujours considéré que les militaires étaient une clientèle électorale captive. Du coup, le chef de l'Etat ne prend même pas la peine de dissimuler le peu d'estime dans lequel il nous tient."
Propos outranciers, peu représentatifs de la grande majorité des officiers et sous-officiers d'une Grande Muette qui ne craint plus de se faire entendre ? Une chose est sûre : au moment où des inquiétudes peuvent naître sur la solidité du lien armée-nation, le pouvoir politique et les armées n'ont rien à gagner à la persistance d'un climat de suspicion mutuelle, et tout à des mesures d'apaisement.
Courriel : lzecchini@lemonde.fr
mercredi 9 juillet 2008
SURCOUF - Sarkozy lance la DST aux trousses des militaires
NOUVELOBS. | 08.07.2008 | 16:26
Nicolas Sarkozy, qui n'a pas confiance en l'enquête ordonnée à la sécurité militaire sur les officiers auteurs d'une tribune contestataire dans Le Figaro, a demandé aux services de police une enquête parallèle et non-officielle.
Le Président Nicolas Sarkozy a demandé, en sous-main, à la Direction de la sûreté du territoire, la DST - désormais intégrée au sein de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) - de rechercher les officiers "rebelles" du groupe Surcouf, selon de bonnes sources.
Dans une tribune anonyme au Figaro, "Surcouf" avait critiqué en juin le nouveau Livre blanc de la Défense.
Les policiers de la DCRI (RG et DST), qui, fait sans précédent, travaillent sur cette affaire de façon non-officielle, auraient identifiés les coupables. Nicolas Sarkozy n’avait pas du tout apprécié les critiques des officiers Surcouf. Il avait fait ordonner à la Direction de la Protection et de la sécurité (DPSD, ex-Sécurité militaire) de trouver les coupables.
Mais à la DPSD, où l’on partage généralement les opinions de Surcouf, on mettait peu d’empressement à conclure retrouver les rebelles, pourtant connus par bien des militaires…
Mais les RG disposent d’hommes détachés au sein de la DPSD. S’il brise la carrière des officiers de Surcouf, Nicolas Sarkozy risque, à la veille du défilé militaire du 14 juillet, d’aggraver la crise ouverte avec une armée qui avait voté en masse pour lui.
jeudi 3 juillet 2008
Trois jours après Carcassonne: nouvel avis de tempête sur la Défense
TV5 PARIS (AFP) - 02/07/2008
La Défense traversait mercredi, après le drame de Carcassonne et la démission du patron de l'armée de terre, une zone de très fortes turbulences avec, dernier épisode en date, le report de l'annonce de restructurations, tant redoutées des militaires et des élus locaux.
Ces dizaines de fermetures de bases ou de suppressions de régiments devaient être rendues publiques "début juillet".
Le président Nicolas Sarkozy en avait pris lui-même l'engagement dans un courrier personnellement adressé à chacun des 320.000 militaires français et le ministre de la Défense les avait promises "entre le 3 et le 8 juillet".
L'annonce n'interviendra finalement "qu'après le 20 juillet", au coeur de l'été, des vacances scolaires et des "perm'" des militaires, une décision prise mercredi matin lors d'une nouvelle réunion interministérielle à l'Elysée.
"La copie du ministère de la Défense sur les restructurations est prête, mais il faut encore approfondir les mesures d'accompagnement économiques et portant sur l'aménagement du territoire", a-t-on justifié de source proche du dossier.
"Après cinq ou six reports, celui-ci est extrêmement mal vécu: il y a la lettre du président et ce sera interprété comme un manque supplémentaire de considération et un manquement à la parole donnée", assène à l'AFP un officier interrogé sous couvert d'anonymat.
"Les gens sont assommés, tous les agendas chamboulés et, d'ailleurs plus personne ne croit aujourd'hui que les annonces interviendront encore en juillet", ajoute cet officier.
Depuis la mi-juin et l'annonce de la suppression de 54.000 postes dans la défense, le moral des troupes est en berne, une situation encore aggravée par l'affaire de Carcassonne.
Dans l'opposition, le PS a réclamé la tête du ministre, pour sa gestion de ce drame. "Je demande la démission d'Hervé Morin et un exercice responsable des fonctions politiques", a lancé le député européen (PS) Vincent Peillon, proche de Ségolène Royal. Le PCF a dénoncé, lui, "la légèreté du ministre de la Défense".
Quant au général Bruno Cuche, qui a démissionné mardi de ses fonctions de chef d'état-major de l'armée de terre, il a de nouveau assuré que sa décision n'était liée qu'à la bavure de Carcassonne, où un sergent à ouvert le feu à balles réelles sur le public lors d'une démonstration.
"J'ai présenté ma démission au ministre (...) parce que -et uniquement parce que- j'estimais qu'en tant que chef militaire je portais la responsabilité de ces graves dysfonctionnements", a écrit le général Cuche dans une lettre au chef du cabinet militaire du ministre.
Selon des sources militaires, le président Sarkozy qui s'était rendu lundi au chevet des victimes du drame de Carcassonne, avait reproché en substance au général Cuche "l'amateurisme" des forces armées.
Plusieurs médias ont rappelé aussi le courrier du général Cuche qui mettait en garde en janvier contre une "paupérisation" de l'armée de terre.
Entre-temps, les critiques se sont accumulées autour du Livre blanc sur la défense, culminant avec une tribune publiée le 19 juin dans Le Figaro par "Surcouf", un groupe d'officiers généraux et supérieurs.
Sur une pleine page et sous couvert d'anonymat, ils dénonçaient un "déclassement militaire" de la France ravalée selon eux "dans la division de l'Italie".
En attendant, l'armée de terre a un nouveau chef d'état-major: le général Elrick Irastorza, 57 ans, nommé dès mercredi en Conseil des ministres.
