lundi 12 mai 2008
Au mot - «Ça a été ?»
Libération : samedi 10 mai 2008 par Didier Péron
Il ne semble plus possible de se nourrir désormais dans un restaurant moyen sans que le personnel (serveur, serveuse) s’enquiert avec une plus ou moins grande désinvolture de votre sentiment après la dégustation du/des plat(s) d’un retentissant « Ça a été ? »
Comme nombre de formules formelles, le code social implicite indique que la question n’appelle pas de réponse. Le passé composé introduit illico à l’oreille un léger déphasage temporel, qui téléporte le repas sitôt consommé dans une espèce d’arrière-monde déjà inaccessible : car ce qui a été ne sera plus.
C’est sans doute que manger est tout à la fois une action positive qui permet de reconstituer des forces physiologiques et un processus de destruction qui dévore (néantise, dirait Sartre, qui adorait les haricots verts) des éléments existants, les fait disparaître. Par métonymie, il est possible d’assimiler le mangeur aux instruments de table, comme lorsque que l’on dit qu’un tel, en léger surpoids, est une sacrée fourchette.
Généralement, les convives, polis ou fatalistes, expriment un satisfecit de façade («- Ça aaah étééééééh ??? - Oui, oui, très bien, merci. Vous avez de la Boldoflorine ?») quand il faudrait en réalité dire que non, pas du tout, que le gigot était mort depuis trop longtemps sur son lit de carottes mauves et que la nage de fruits frais semblait surtout un raccourci efficace en direction de l’hépatite A.
Parmi les variantes de «sahahété», il faut citer le non moins menaçant «Tout s’est bien passé ?» qui assimile peu ou prou le repas à une opération chirurgicale. Si l’on veut bien accepter que le client occupe alors la place du praticien, ayant avec sa bouche, arraché de l’assiette une horrible tumeur à base de boudin-purée, et le serveur celle d’un proche tenaillé par l’angoisse essayant de se rassurer sur l’ampleur des dégâts après ablation.
Souvent, aussi, en cours de repas, on entend à la volée : «bonne continuation !» Les plus paranos, qui hésitent toujours entre l’appétit et l’écœurement, iront jusqu’à imaginer le rire collectif en cuisine d’une équipe d’empoisonneurs professionnels. Le festin en cours est probablement le dernier et au prochain menu, on mangera les pissenlits par la racine. Avec «ça a été ?» le mangeur est tout bonnement prié de la fermer. On ne lui demande pas son avis, qui n’intéresse personne, et la maison pose elle-même le couvercle sur l’orifice dûment rempli.
Tout irait donc pour le mieux dans le bon sens du tube digestif s’il ne fallait encore payer l’addition. Elle est souvent (et de plus en plus) «salée», doux euphémisme pour signifier l’amertume du gourmet qui, non content d’avoir mal mangé et de n’avoir pu se plaindre, doit maintenant avaler une ultime couleuvre : l’évidente disproportion entre la qualité des denrées servies et le prix exigé à la sortie que rien ne saurait justifier, et surtout pas le salaire de l’esclave pakistanais sans papiers qui fait la plonge au sous-sol.
Il faut dire qu’ici, l’on se goberge, mais les récentes émeutes de la faim (en Afrique, en Indonésie, à Haïti) ont montré qu’au terme d’une dispersion aberrante des fruits d’une agriculture libéralisée, ça n’allait déjà pas fort, mais là, ça ne va plus du tout.
vendredi 9 mai 2008
ÉCOLES OCCUPÉES - Les parents tiennent bon
SUD-OUEST 08/05/08
Une trentaine d'établissements (sur 567) en Béarn et au Pays Basque ont été investis par les parents, hier, pour protester contre les fermetures de classes annoncées en septembre
«Nous ne sommes pas des sardines » restera le slogan 2007-2008 de la mobilisation dans les écoles des Pyrénées-Atlantiques. Il était repris en choeur, hier, par les élèves de la grande section maternelle de Montardon. Les mamans et les papas étaient aussi dans l'école pour protester contre la fermeture d'une classe.
« 85 enfants sont inscrits pour la rentrée de septembre. L'Inspection académique nous supprime une classe. Si l'effectif ne grossit pas, ils seront plus de 28 par classe. Sans compter ceux qui vont arriver : nous avons beaucoup de familles de militaires. 150 mutations sont prévues d'ici l'été au 5e RHC et à l'Etap », explique Nuala Draescher, secrétaire de l'Association des parents d'élèves, mère d'un enfant de l'école et conseillère municipale à Montardon. Même chose à Monein, où les parents refusent la suppression d'un demi-poste en élémentaire et un poste en maternelle. Une maman semble résumer la situation : « À quoi bon faire croire que quinze jours miraculeux de rattrapage balaieront d'un coup de baguette magique les lacunes de toute une année scolaire, que le manque de temps et de moyens n'a pu résorber véritablement ».
À Lasseube, les parents d'élèves, en très grand nombre, étaient au rendez-vous à l'école des Baïses. Les griefs invoqués : la suppression d'un demi-poste, l'augmentation des effectifs en classe, les nouveaux programmes, des heures en moins par semaine, et ces stages de rattrapage durant les vacances.
Écoles mortes à Mourenx. Mourenx obtient la palme de la mobilisation, avec les cinq écoles occupées (Jules-Ferry, Victor-Hugo, Kergomard, Charles-de-Bordeu et Charles-Moureu, à Mourenx-bourg) hier, de 9 heures à 10 heures, par les parents, enseignants et élus, sur le thème : « Rendez-nous notre maître ZEP ». Le maître ZEP, Guy Atahaquet, était à plein-temps, mais va partir à la retraite à la fin de l'année scolaire. Son rôle est d'offrir un soutien scolaire aux élèves en difficultés (lecture, mathématiques) et de faire des animations avec des petits groupes. Son temps complet, qu'il partage entre deux écoles primaires et trois maternelles, sera remplacé par un demi-poste, uniquement attribué à l'école du bourg.
Selon la présidente de la FCPE de Mourenx, Corinne Carriat, « le coordinateur de la ZEP a conclu que 70 heures sont nécessaires et seules 48 vont être allouées ».
À l'école Charles-Moureu (au bourg), la colère gronde aussi : « On est content que le poste soit pour notre école. Nous avons peur qu'à terme, la ZEP disparaisse », confie une enseignante. « Depuis quelques années, nous avons fait un énorme travail auprès des gens du voyage, et aujourd'hui, les parents voient l'intérêt d'inscrire leurs enfants dès la petite section. C'est un énorme progrès, mais le soutien de ces enfants et d'autres (50 % de l'effectif) est indispensable ».
Au total dans le département, une trentaine d'écoles se sont mobilisées avec, en plus de celles suscitées, Artiguelouve, Saint-Faust, Arthez-de-Béarn, Ger, Ciboure, Hendaye, Bayonne.
Cette journée de mobilisation avait été décidée le 14 avril dernier à l'occasion du comité départemental de l'Éducation nationale. Entre-temps, de nombreuses réunions publiques ont été organisées.
Elles continueront le 13 mai à Oloron, Tardets, Mauléon, Assat; le 19 mai à Serres-Castet. La journée test sera bien celle du 15 mai, où un appel à la grève des enseignants a été lancé par les syndicats enseignants et de la fonction publique.

dimanche 4 mai 2008
J. O. Lilian Thuram : il faut "profiter de la tribune olympique"
NOUVELOBS | 04.05.2008 | 12:54
Pour le capitaine de l'équipe de France, les sportifs gardent le droit de manifester leur opposition au régime de Pékin, "jusque sur le podium" des JO. Il faut "profiter de la tribune olympique pour essayer de venir à l'aide d'un peuple opprimé", estime-t-il.
Dénoncer le comportement de la Chine au Tibet me semble normal", déclare le footballeur Lilian Thuram dans une interview au Journal du Dimanche parue le 4 mai.
Selon le capitaine de l'équipe de France de football, proche des sportifs militants en faveur des droits de l'homme en Chine, il faut "profiter de la tribune olympique pour essayer de venir à l'aide d'un peuple opprimé".
"Partisan de la non-violence" - Le défenseur aux 138 sélections condamne toutefois les incidents qui ont émaillé le passage de la flamme olympique à Paris : "la violence te fait passer du côté de celui qui a tort", a mis en garde celui qui s'érige en "partisan de la non-violence".
Mais le sportif, l'idée d'un boycott a été rapidement évacuée. "On peut dénoncer les choses, sans pour autant renoncer à son rêve, celui de disputer les jeux olympiques. Participer ne veut pas dire qu'on cautionne le régime chinois."
"Jusque sur le podium" - Lilian Thuram reconnait par ailleurs que les sportifs gardent le droit de manifester leur opposition au régime de Pékin, "jusque sur le podium". "Toutes les initiatives sont bonnes", comme celle de porter un badge consensuel en faveur des droits de l'homme.
"La voix des sportifs est intéressante dans la mesure où les Etats, les gouvernements, peuvent difficilement agir eux-mêmes" a ajouté le défenseur du FC Barcelone. Avant d'inviter les Français à balayer devant leur porte, dans un pays où "on fait la chasse aux sans-papiers, avec un tableau accroché dans les préfectures
Pour des exclusions à vie - Lilian Thuram revient également sur les cas de racismes dans les stades de football en France avec notamment l'affaire de la banderole ou l'affaire Kébé. Pour lui, "sanctionner sportivement est toujours délicat". Il préconise un plus grand nombre de stadiers à l'intérieur des enceintes sportives et se montre favorable à des exclusions à vie pour les auteurs d'actes racistes.
Enfin, le champion antillais s'est exprimé sur la candidature de Barack Obama qui "ferait vraiment avancer les choses", même s'il doute que l'Amérique soit "prête pour un président noir".
Le pouvoir d'achat, c'est aussi le pouvoir de ne pas acheter !
Marianne 1er Mai 2008
Par Alain Monnier, écrivain, qui préconise, face à l'invasion commerciale dans nos vies sans besoins, de faire la grève des achats superflus. Oublier, ne serait-ce qu'une journée, écrans plats, portables 3G plus plus, voitures décapotables, ce serait déjà changer le monde.
Quelle merveilleuse aubaine ! Figurez-vous que hier matin, en passant devant chez SFR, on m'a offert quatre mois gratuits sur le nouveau mobile Nokia 2345 RPG et l'abonnement VIP+ ! Je n'ai pas hésité.
Qu'est-ce que cinq ans d'engagement de nos jours ? A peine sorti, c'est Toyota qui me propose son tout nouveau modèle décapotable, c'est bien pour l'été, sans aucun apport financier, tout en leasing, et avec un premier paiement après les vacances ! Il n'y a pas à dire ces japonais sont malins.
Et tenez-vous bien, avec les points bonus du Nokia 2345 RPG, j'ai réussi à m'équiper d'un écran plat de 120 pouces, je dis bien 120 pouces, chez Darty avec comme cadeau de bienvenue, un paiement différé de trois mois.
Moi je ne demandais rien à personne, mais dans notre monde concurrentiel, il faut savoir saisir la chance qui passe et comme dit la publicité de la SG, ne pas être timoré !
Donc l'après-midi, ça a été le PC 8 Go de Dell à la Fnac aux mêmes conditions, il pouvait pas faire moins que Darty, le canapé d'angle en cuir et la plaque vitrocéramique aux conditions « nouveau client » de Conforama - ah les braves gens ! je ne vous en dis pas davantage -, puis le bouquet CanalSat, six mois en cadeau et six ans sur le dos, et pour finir un petit crédit gratuit de mon banquier pour les petits trucs courants ! La vie de nabab !
Résister aux satrapes du marketing - Il ne me reste plus qu'à trouver le billet aller simple pour les Bahamas, payable au retour… sur dix ans ! Avant le quinze août ! C'est indispensable car vous n'imaginez pas le nombre d'années de remboursement que j'ai devant moi.
Deux vies entières n'y suffiraient pas. Un cauchemar ! D'ailleurs le matin, je me réveille de plus en plus souvent en sueur. Fiévreux et apeuré, cerné de fausses promotions, d'avantages payés au centuple, de cadeaux ruineux… Mes crises d'angoisse sont terribles, car je me rends enfin compte que tout est fait pour essorer le client roi. Pour escroquer les plus faibles, les plus démunis, ceux qui sont les moins armés pour résister aux sirènes, et tout cela dans la plus stricte légalité. Des armées d'avocats étudient les formules, ils sont irréprochables !
C'est pénible à dire, mais pour défendre le pouvoir d'achat, il faut aussi défendre le pouvoir de ne pas acheter ! Notamment tout ce qui ne nous sert à rien. Il faut rendre hors la loi, les publicités fallacieuses, les mois gratuits, les avantages clients, toutes les escroqueries légales !
Il faut résister aux satrapes du marketing ! Décidons de ne plus rien acheter durant un mois hormis la nourriture, l'essence pour les déplacements indispensables, les médicaments… Plus un seul vêtement, plus un seul bien manufacturé ! On verra l'effet, on verra qui tient le pouvoir… évidemment c'est autrement plus difficile que d'aller à une manifestation de solidarité. C'est dommage, parce que si nous achetions juste le nécessaire, le solide et le réparable… alors nous changerions vraiment notre monde !
Retrouvez les romans et l'actualité d'Alain Monnier sur son site.
samedi 3 mai 2008
Des ONG contre une centrale bulgare, par Anne Michel
LE MONDE | 29.04.08
Depuis deux ans, Les Amis de la Terre, l'une des principales fédérations mondiales de protection de l'environnement, milite en faveur d'une plus grande responsabilité des banques en matière de financement de projets d'infrastructures.La branche française de cette organisation non gouvernementale (ONG) relance aujourd'hui la polémique, en dénonçant la décision de BNP Paribas d'"organiser le financement du projet nucléaire obsolète de Belene, en Bulgarie". Les banques sont-elles irresponsables, comme l'affirme l'ONG, indifférentes aux grands enjeux de société et gouvernées par le seul principe de réalité économique ?
Cible des défenseurs de l'environnement, qui dénoncent un projet situé "en pleine zone sismique" et faisant appel à "la technologie russe (qui) n'aurait pas été utilisée en France car elle est dangereuse", la banque française avait souhaité leur donner des gages. Mais la presse bulgare a annoncé, dans la semaine du 21 avril, que BNP Paribas venait d'être choisie par l'Etat pour le conseiller dans son financement. "Rien qu'en termes de pure gestion des risques, ce projet est dangereux, comme l'a dit l'ex-directeur de l'autorité de sûreté nucléaire bulgare. Si l'on ajoute la crise financière des subprimes, je ne comprends pas pourquoi la BNP y participe !", déclare M. Louvel.
Le coût du projet de Belene aurait explosé, passant de 4 à 7 milliards d'euros en un an, et une douzaine de grandes banques (JP Morgan Chase, Merrill Lynch, Citigroup, Lehman Brothers, etc.) s'en seraient retirées. "Les banques sont coresponsables des projets qu'elles financent. Elle ont des choix stratégiques à faire, par exemple en décidant ou non de financer les énergies fossiles", dit M. Louvel.
Tout en confirmant sa sélection comme banquier conseil de l'Etat bulgare, dans le cadre d'un appel d'offres auquel avait aussi participé la Société générale, BNP Paribas balaie la critique.
La banque, qui avait "subordonné sa contribution au projet bulgare à l'avis de l'Union européenne", précise un porte-parole, explique qu'elle s'est conformée au feu vert de Bruxelles.
Le 7 décembre 2007, la Commission européenne a jugé "tous les aspects de l'investissement en question conformes aux objectifs du traité Euratom", qui régit les nouveaux investissements nucléaires en Europe. C'est la garantie la plus sérieuse de la conformité de ce projet aux normes de sécurité en usage, explique-t-on chez BNP Paribas. La plupart des grands groupes industriels et énergétiques européens (RWE, Siemens, Areva et Electrabel) ont annoncé qu'ils en seraient partie prenante.
La banque française affirme qu'elle assume sa responsabilité sociale, s'imposant, pour ses investissements, "des règles souvent plus dures que les strictes obligations juridiques", par exemple en matière de fret pétrolier.
Pour Yann Louvel, chargé de campagne aux Amis de la Terre, BNP Paribas aurait trahi l'engagement pris en juin 2007 auprès de plusieurs ONG (Les Amis de la Terre, Greenpeace, Urgewald, No Belene) de ne pas financer la centrale nucléaire bulgare de la Natsionalna Elektricheska Kompania (NEK).vendredi 2 mai 2008
Témoignages : « Le monde ne peut pas vivre sans solidarité »
Le CourrierCH Mercredi 30 Avril 2008 PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL SCHWERI
DISCUSSION OUVRIÈRE - A l'occasion du 1er mai, trois travailleurs de CFF Cargo, de la Boillat et de la construction échangent leurs expériences de lutte, leurs visions de l'économie, de la société et des syndicats.
Désormais, la vie d'Ivan Cozzaglio, de José Sebastiao et de Nicolas Wuillemin ne sera plus tout à fait la même. Tous trois militants en entreprises, ils se sont activement portés à la tête d'importantes luttes ouvrières, respectivement un mois de grève à CFF Cargo à Bellinzone, sept mois de manifestations et de débrayages dans la construction et deux mémorables arrêts de travail de plusieurs semaines à La Boillat à Reconvilier.
Pour partager les expériences de ces mobilisations hors du commun et en tirer quelques leçons à l'occasion du 1ermai 2008, Le Courrier les a réunis le temps d'une conférence téléphonique. Echanges entre trois ouvriers qui ne se connaissaient pas, mais qui parlaient le même langage.
Le Courrier: Il y a 40 ans, Mai 68 a vu une convergence des mouvements ouvriers, intellectuels, étudiants, féministes dans une contestation sociale d'ensemble. Vos combats ont également suscité une vaste solidarité populaire. Pourquoi et comment cela s'est-il passé?
–Ivan Cozzaglio (IC): Les travailleurs des Ateliers de CFF Cargo sont bien intégrés au Tessin, beaucoup y sont nés et les étrangers sont des voisins italiens. De plus, tous les Tessinois ont un membre de la famille ou des amis qui travaillent ou travaillaient là. Cela favorise la sympathie active des gens, des intellectuels, des étudiants et des autres travailleurs. Notre lutte est celle des Ateliers, mais aussi de tous les Tessinois. Car partout, les gens vivent très mal l'arrogance des dirigeants, l'impossibilité de s'exprimer sur notre travail ou sur notre avenir car les ordres viennent de Berne ou de Zurich. Alors, quand une «petite révolution» s'est produite aux Ateliers, les gens ont dit: «C'est la mienne».
–Nicolas Wuillemin (NW): Tout à fait d'accord avec l'analyse d'Ivan. Expliquer ce soutien populaire est à la fois très simple et terriblement compliqué. A la Boillat, notre combat n'a pas été préparé par un parti ou un syndicat sur des revendications traditionnelles. Instantanée, notre lutte était plus profonde, basée sur l'humanisme, pour la dignité, pour le droit au travail qui reste fondamental. La sécurité de l'emploi, c'est terminé. Les gens vivent cette insécurité et se sont spontanément identifiés à notre lutte, car c'était aussi leurs préoccupations. Les patrons n'ont plus de respect pour les ouvriers, tant dans le Jura qu'au Tessin, dans les usines que sur les chantiers. Dans ces conditions, notre combat était déterminé. Il est parti des tripes, car les gens n'avaient plus rien à perdre.
–José Sebastiao (JS): En 1968, les mouvements se sont réunis car il y avait un ras-le-bol général. Aujourd'hui à nouveau, les gens se regroupent pour la même raison. Dans la construction, nous nous battions pour protéger nos droits existants, pas pour en obtenir de nouveaux. La population a compris ce combat car beaucoup de gens subissent la même chose. Si nous avons réussi dans le bâtiment, c'est grâce aux grèves sur les chantiers pour 50%, mais aussi à 50% grâce à l'appui de la population, dans les rues.
–Pensez-vous donc qu'une lutte défensive est mieux perçue qu'une revendication offensive?
NW: On s'est défendu, mais notre lutte était offensive. Des bruits nous parvenaient sur ce qui se tramait à la direction de Swissmetal. Nous ne nous sommes pas battus contre une décision déjà prise, mais avant. Nous avons pris l'initiative. Si l'on veut gagner, il faut oser dire «non», il faut balancer ses craintes par la fenêtre. IC: A CFF Cargo, nous avons aussi anticipé, comme le dit Nicolas. On sentait que les risques sur les Ateliers grandissaient, nous savions qu'une task force de l'entreprise réfléchissait à notre avenir. A l'origine, la direction des CFF voulait venir au Tessin fin mars-début avril pour expliquer sa restructuration. Une indiscrétion nous l'a confirmé, aussi nous avons réagi très vite. Par chance, nous étions prêts à entrer en grève tout de suite pour garder l'avantage. JS: De notre côté, nous avons été surpris. Le partenariat fonctionnait bien, des patrons soutenaient l'utilité de la convention collective. Sa résiliation par l'association patronale s'est faite sans avertissement. NW: Oui, José, mais nous subissons une grave crise qui va au-delà de l'existence ou non d'une convention collective. Le travail est déshumanisé. Les travailleurs ne comptent plus pour les patrons. En 1968, c'était l'âge d'or, on pouvait faire des heures supplémentaires majorées à 25% pour arrondir les fins de mois. Les conditions de travail étaient meilleures qu'aujourd'hui. IC: C'est vrai, José, à CFF Cargo, tout était très bien. Nous avons un patron public, des syndicats, un contrat collectif, un plan social de deux ans déjà prévu dans la convention. De plus, les Ateliers sont bénéficiaires et la productivité augmente encore. Dans ces conditions, pourquoi privatiser et délocaliser ? Mais il y a une question de principe: des patrons privés ont vu qu'ils pouvaient y gagner beaucoup d'argent, alors que les conditions de travail vont empirer. Nous ne pouvons accepter ce système, nous n'avons rien à perdre à résister. JS: Je le sais bien que ça ne tient plus. Maintenant, il faudrait payer pour faire le 1ermai dans la rue à Genève alors que c'est nous qui avons construit les routes ! Nous sommes au début de la contestation sociale. La lutte syndicale dépend désormais de l'environnement mondial: les céréales et l'eau servent à faire de l'argent pour les riches, ça ne va pas. On est au carrefour de quelque chose, les gens commencent à en avoir vraiment marre, ils se rendent de plus en plus compte que ça ne peut plus continuer. NW: Effectivement, il y a nécessité de résister contre ce manque de respect. La Poste fait 900 millions de francs de bénéfices, mais n'est pas fichue d'en redistribuer une petite partie pour le bien-être de son personnel. Les grandes entreprises horlogères sont riches à milliards, mais elles accordent seulement 0,5% d'augmentation de salaire. Cette logique financière ne peut pas marcher longtemps. Les gens le comprennent de mieux en mieux et bougeront de plus en plus s'ils sont poussés dans leurs limites.
IC: Tout. C'est inexplicable, ma force en moi m'a changé. En un mois de grève, j'ai vécu plus d'expériences marquantes qu'en dix ans auparavant. Ma plus grande émotion, c'est d'avoir retrouvé la force de la dignité. Je suis au même niveau que les directeurs et je peux les regarder dans les yeux car je représente 400 copains de travail. C'est encore plus beau puisque nous avons gagné le premier match. Et même si nous perdons finalement la bataille, nos expériences continueront d'exister.
NW: On se comprend Ivan, on a vécu les mêmes choses. Moi aussi, je retire une grande fierté d'avoir osé nous battre. L'épisode le plus fort a eu lieu entre nos deux grèves à Reconvilier. La direction avait convoqué tout le personnel pour discuter des problèmes. La direction était assise sur le podium, sur la défensive. La commission du personnel occupait les premiers bancs et les salariés étaient derrière.
C'était très violent. Des ouvriers s'avançaient devant le podium pour prendre directement à partie les directeurs et les traiter en face de menteurs. Dans n'importe quelle entreprise, cela aurait débouché sur un congé immédiat, mais les ouvriers se sentaient l'égal de la direction.
Et puis, on a fait connaissance. Avec 350 ouvriers à la Boillat, on ne se connaissait pas tous. On a créé des solidarités. Quand on se croise, on fait partie de la même famille. C'est difficile à expliquer, on a expérimenté la vie collective.
IC: Je me reconnais tout à fait. On a éprouvé la force de la solidarité dans une société individualisée.
mercredi 30 avril 2008
SANS-PAPIERS - L'action en silence
SUD-OUEST 29 avril 2008
Sur le modèle des cercles de silence initiés par les Franciscains à Toulouse, des Bayonnais se réuniront chaque 1er vendredi du mois à Bayonne pour manifester leur désapprobation
«on a déjà beaucoup parlé, beaucoup expliqué jusqu'ici notre opposition à la politique d'enfermement en centre de rétention. Désormais, nous allons utiliser le silence pour protester » disait hier Michèle Lequien, vice-présidente de la Ligue des Droits de l'Homme en invitant les citoyens à se joindre au premier « cercle de silence » qui sera organisé vendredi 2 mai à Bayonne. Le rendez-vous est fixé à 18 heures place de la Liberté, devant l'hôtel de ville. Il sera mensuel, répété chaque premier vendredi du mois.
L'initiative émane d'un collectif d'associations (1) et s'inspire des réunions silencieuses autour des frères franciscains qui ont lieu mensuellement à Toulouse, place du Capitole où des moines franciscains prient en silence, une heure durant, pour dénoncer l'enfermement des sans-papiers dans des centres de rétention. Spontanément, le cercle s'est agrandi : associations ou citoyens sont venus joindre leur silence à celui des religieux.
Cette forme d'action non-violente a fait tache d'huile : à Lille, Nimes ou Strasbourg sont nés des cercles de silence.
Directive européenne. Les associations, partis et syndicats qui ont décidé de s'impliquer dans le cercle de silence bayonnais invoquent aussi la future directive européenne visant à uniformiser les politiques de rétention des états membres.
Laurence Hardouin, de la Cimade, note « dans certains pays, le délai est de deux ans, dans d'autre, c'est illimité, chez nous, on est passé de 5 jours à 7 puis à 12 puis à 32.
Nous craignons de voir ce délai passer à deux ou trois mois ». La directive pourrait aussi s'accompagner, pour les personnes reconduites aux frontières, d'une interdiction d'entrée en Europe durant 5 ans. « Nous ne tolérons pas qu'un individu soit enfermé uniquement parce qu'il n'a pas de papiers » insiste la présidente.
(1) Ligue des droits de l'homme, Cimade, ASPAL, ATTAC, LAB, PCF, Fraternité de Foucault, Prisac'adour, Gens du voyage, CCFD, Abertazaleen Batasuna, Parti Socialiste, FSU 64, les Verts, Batasuna, LCR, FCPE, CDAFAL, CDDJPB, Eusko Alkartasuna, Union Syndicale Solidaire.
Birmanie /MYANMAR • La colère gronde encore dans les rues
Courrier International 29/04/08
Depuis peu, on assiste à une reprise des manifestations contre la junte. A quelques jours d'un référendum crucial pour les militaires, ces derniers manifestent une grande nervosité face aux aspirations démocratiques des Birmans.
Les 26 et 27 avril, des manifestations ont éclaté sporadiquement dans plusieurs villes birmanes, alors que des élections sont prévues en mai au sujet d'une nouvelle Constitution. Plus de 50 manifestants, menés par une vingtaine de moines en robe safran, ont tenté de se rendre à la célèbre pagode Shwegadon [le plus haut lieu spirituel du pays], à Rangoon.
La police a procédé rapidement à des interpellations. Les autorités interdisent aux bonzes d'entrer dans la pagode depuis les grandes manifestations de septembre 2007. Nombre de religieux ayant prévu de se joindre à la marche ont été arrêtés dans les autocars qui les amenaient des banlieues et des villes voisines.
Plus de 100 personnes sont également descendues dans la rue à Sittwe, la capitale de la province à majorité musulmane de l'Arakan, dans l'ouest du pays. De petites manifestations se seraient également déroulées dans d'autres localités. Les forces de sécurité ont bouclé la plupart des monastères de Rangoon, empêchant toute entrée ou sortie des moines.
Ce sont là les premiers signes d'agitation depuis la brutale répression de la "révolution safran" de septembre 2007. "D'autres manifestations sont également attendues dans les prochains jours, la colère ne cessant de monter à l'encontre du régime", assure Khin Ohnmar, un militant vivant à Chiang Miai, en Thaïlande, qui entretient des liens étroits avec les meneurs.
Les troubles ont été déclenchés après la décision du gouvernement d'organiser un référendum le 10 mai. Ils devraient s'amplifier dans les jours précédant le scrutin. La nervosité gagne visiblement la junte militaire à l'approche de cette date, et le résultat ne fait guère de doute. Le régime annoncera certainement qu'une majorité écrasante des électeurs a approuvé le texte, qui dans la pratique permettra à l'armée de conserver le pouvoir politique des dizaines d'années encore.
Mais les signes de rejet de la Constitution par une grande partie de l'électorat se multiplient. La rancœur et la colère enflent de jour en jour. La haine envers les généraux ne s'apaise pas non plus chez l'homme de la rue, durement touché par une inflation galopante. "Le pays est un volcan social prêt à entrer en éruption", prévient un homme d'affaires birman.
"Il suffit d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres." Les prix flambent, et près de 90 % des ménages dépensent plus de 80 % de leurs revenus rien que pour se nourrir. Malnutrition et pauvreté prennent des proportions alarmantes, pendant que la junte consacre d'énormes sommes à l'achat d'armements et de matériel militaire.
La dégradation dans la vie quotidienne n‘empêche pas le général Than Shwe, un homme qui cultive le secret et vit reclus, d'aller de l'avant avec son projet d'institutionnaliser le régime militaire. Il a fallu à l'armée plus de quatorze ans pour rédiger la nouvelle Constitution.
Les modalités du référendum ne sont pour la plupart pas encore connues, et le projet constitutionnel lui-même n'a été rendu public qu'il y a deux semaines.
Les médias locaux ont reçu l'ordre de n'évoquer en aucun cas la campagne pour le "non". Pour autant, certains Birmans n'hésitent pas à exprimer leur hostilité, avec comme résultat inévitable de se retrouver derrière les barreaux.
Le principal parti d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, a ainsi fait savoir qu'il s'opposait à la nouvelle Loi fondamentale, en partie parce qu'il avait été exclu du processus d'élaboration, mais surtout parce que le texte est antidémocratique. Le président doit être un militaire, un quart des sièges au Parlement sera attribué sur décision du chef des armées. Enfin, l'armée se réserve le droit de renvoyer tout gouvernement civil qui, à ses yeux, mettrait en péril la sécurité nationale.
Mais, si les chances de l'opposition prodémocrate paraissent bien minces, tout espoir n'est pas perdu. A 74 ans, Than Shwe est gravement malade et son emprise sur l'armée n'est plus ce qu'elle était. Ses jours sont manifestement comptés. Il est atteint d'insuffisance rénale et doit subir une dialyse quotidienne. "Il est pratiquement mort", affirme un diplomate asiatique proche du vieux général.
Pour couronner le tout, de profonds clivages sont apparus dans les hautes sphères mêmes de la hiérarchie militaire. Si aucun signe concret ne laisse présager une "révolution de palais", une nouvelle vague de manifestations déferle déjà dans les rues et risque de s'amplifier dans les prochains jours, avant le scrutin.
La plupart des Birmans y voient la première occasion - depuis les élections de 1990, remportées haut la main par la Ligue nationale pour la démocratie [résultat jamais reconnu par la junte, qui a emprisonné de nombreux membre du parti vainqueur] - de dire à quel point ils exècrent ce régime militaire. En cette période incertaine pour l'armée, les choses peuvent changer, et ce rapidement. A tout le moins, les Birmans continueront à descendre dans la rue en mai pochain.

Les moines appellent la junte militaire au pacifisme AFP
TURQUIE • Des femmes roulent pour la paix
Courrier International 29/04/08
Affectées par le meurtre de l'artiste italienne Giuseppina Pasqualino, connue sous le surnom de Pippa Bacca, 21 femmes turques âgées de 20 à 52 ans participeront à une tournée à bicyclette dédiée à la paix et qui doit se dérouler du 1er au 15 mai entre Beyrouth et la Palestine", rapporte le Turkish Daily News.
Pippa Bacca, 33 ans, voyageait à travers la Turquie en auto-stop en robe de mariée. Son objectif était de se rendre au Moyen-Orient pour y diffuser un message de paix. Elle a été violée et assassinée, et son corps a été découvert le 21 avril près d'Istanbul.
Le journal précise que le voyage à bicyclette est organisé par Follow the Women, une organisation non gouvernementale rassemblant quelque 300 femmes de 30 pays différents qui souhaitent promouvoir la paix au Moyen-Orient.
Des tournées similaires ont déjà eu lieu dans la région en 2004, 2005 et 2007. "Les femmes turques souhaitent participer cette année à la quatrième tournée de Follow the Women pour rendre hommage à Pippa Bacca et accomplir symboliquement la mission qu'elle s'était fixée."
mardi 29 avril 2008
Amnesty International - La flamme des Libertés
Check-list du Monde lundi 27 avril 2008
La flamme des libertés
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