jeudi 27 novembre 2008
L'Etat bricole et maquille l'aide aux pays pauvres
Jean-François Julliard - Le Canard Enchaîné du 26/11/08
La prochaine conférence de Doha (29 novembre) sur le « financement du développement », sera l’occasion pour la France de claironner : la France est l’un des pays les plus généreux à l’égard des affamés du tiers-monde et des victimes du sous-développement .
La preuve - c’est inscrit au budget -, le montant de nos contributions devrait, en 2009, passer de 0,37% à 0,47% du revenu national brut (ex-PIB). Un bonus de 2 milliards d’euros !
Mais, Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la coopération et chargé du dossier, a vendu la mèche, le 6 novembre à l‘Assemblée au cours d’un échange bizarrement passé inaperçu. Le socialiste Henri Emmanuelli, auteur d’un rapport saignant sur la coopération, établi à partir du projet de budget 2009, assure que le gouvernement ne tiendra pas ses promesses. En réponse, le sous-ministre passe aux aveux : « Le taux de 0,47% ne sera pas atteint. Il sera plutôt de 0,40%, 0,41, ou 0,42. J’essaie de parler vrai. »
Dettes fourrées
Evaluée à 7,2 milliards d’euros en 2008, notre Aide Publique au Développement (APD) est le résultat d’une addition absolument prohibée par l’arithmétique. On y mélange les carottes et les navets, c'est-à-dire les subventions (dons), les prêts et même els annulations de dettes contractées par les pays pauvres.
Certaines aides grossissent artificiellement le chiffre, comme les dépenses en faveur d’étudiants du tiers-monde qui resteront en France après leurs études, et donc n’apporteront rien à leur pays d’origine, ou encore divers investissements dans les territoires d’outre-mer.
Mais pour approcher l’objectif onusien de 0,7% de la richesse nationale consacré à l’APD, d’autres astuces sont encore plus « payantes ». Ainsi, Bercy a annoncé le doublement des prêts consentis à des pays…solvables. Une charité largement récupérable, donc. Et surtout, le gouvernement met en avant le triplement des annulations de dettes au profit des Etats en difficulté, passant de 729 à 2442 millions. Impressionnant !
Là encore, il y a un truc. C‘est l’annulation des dettes de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo (1,5 milliard au total) qui devrait fournir le gros de cet « effort ». Devrait… car ces dettes ont déjà « servi » deux fois pour annoncer des hausses de l’Aide Publique au Développement. En 2007 puis en 2008… avant qu’il ne soit constaté que ces deux Etats ne remplissaient pas – au regard des critères internationaux – les conditions nécessaires à leur désendettement !
Les experts budgétaires prédisent déjà que le scénario gagnant sera reconduit cette année.
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