samedi 22 novembre 2008
ARRAS – Fermeture de la bijouterie Sénéca : La fin... ou presque de la saga des horlogers Sénéca
Actualités MAVILLE 21/11/2008 par NICOLAS ANDRÉ nandre@lavoixdunord.fr PHOTO SAMI BELLOUMI

La boutique fermera, en décembre, ses portes sur une belle histoire familiale. : La Voix du Nord
Évoquer la fermeture de la bijouterie horlogerie de Bernard et Martine Sénéca, c'est aussi tourner une page de l'histoire d'Arras, évoquer une « dynastie » d'artisans qui aura marqué le monde du commerce et du patrimoine depuis de XVIIIe siècle ! Rien que ça !
De grandes affiches blanches sur lesquelles il est écrit en rouge : « Liquidation avant fermeture » ont remplacé les montres et colliers, bagues de fiançailles et bijoux fantaisies dans les vitrines du n°50 de la rue Delansorne. Bernard et Martine Sénéca ferment boutique donc, après Philippe qui aura placé sa bijouterie de la rue Saint-Aubert en location-gérance, à son beau-fils, Mathieu Debuire, un des anciens ouvriers horlogers de maître Bernard. « Ce n'est plus une lignée directe mais c'est tout de même un peu de Sénéca qui demeure », reconnaît Bernard.
Établi depuis quarante ans, rue Delansorne, Bernard Sénéca est en effet le dernier horloger d'une famille dont la saga avait débuté en 1720, à Abbeville. Les Sénéca étaient alors corroyeurs et livraient moulins et matériel à polir pour les orfèvres. Un des fils de cette première génération se tourna tout naturellement vers ce métier. Un autre devint marchand mercier. Il faisait les grandes foires pour livrer les châteaux en fournitures diverses, dont des horloges et cartels. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe que la famille se tourna définitivement vers l'horlogerie. Au début du XIXe, Arras devenant un chef lieu et Doullens perdant de son aura économique, la famille s'installe à Arras.
Vers 1836, on ne comptait pas moins de sept horlogeries Sénéca sur le pavé arrageois, certains travaillaient en chambre (dans leur atelier, à domicile). « Dire qu'ils s'entendaient tous et ne se faisaient pas concurrence serait faux ! », souligne Bernard. Il y eut une horlogerie Sénéca sur la petite place (vers 1850), une autre rue Saint-Aubert, une autre rue Delansorne, au n°10 puis au 33, dans cette rue appelée encore rue Saint-Géry.
Un membre de la famille de la branche Sénéca-Baëlen s'entendait si bien avec la famille qu'il légua ses biens (immeubles, horloges, cartels, montres anciennes, tableaux) à la ville et au musée d'Arras. Il jouit encore d'une sépulture très voyante au cimetière. La guerre aura raison de ce patrimoine ou presque. Il en reste quelques pièces, épargnées par les bombardements, au musée des Beaux-Arts.
Un autre membre illustre, prénommé Myrtille, fut juge à Arras avant d'être élu au premier conseil général du Pas-de-Calais et de devenir adjoint du ministre de la Justice, sous le Second Empire.
En 1918, on trouve la trace d'un arrière grand-père, à Boulogne-sur-Mer. Raoul, le grand-père, Jean, le père, formé à Anet (prestigieuse école près de Dreux) et son épouse Marie-Thérèse, allaient ensuite passer le flambeau à Bernard et Philippe. •
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