mardi 11 novembre 2008
Sentier de guerre pour le Mercantour
Libé-Marseille – 11/11/08 – de MICHEL HENRY envoyé spécial dans les Alpes-Maritimes
Le projet des "Balcons du Mercantour" crée la polémique. Des opposants à cet itinéraire touristique voulu par Christian Estrosi dans le Parc National lancent un contre-projet.
Après le projet controversé, le contre-projet. A rebours des « Balcons du Mercantour », l’itinéraire touristique en plein Parc National débuté cet été par Christian Estrosi, les opposants peaufinent ces jours-ci une alternative. La « Grande Traversée du Mercantour » doit démontrer « qu’il est possible d’ouvrir ces territoires naturels exceptionnels sans attenter à leur intégrité », écrivent ses créateurs, révoltés par le lancement à la hussarde des Balcons (1).
Avec le creusement rapide au brise-roche et à l’explosif, et sans prévenir, d’un sentier en site vierge près du Parc, l’ambitieux projet à vingt millions d’euros du député-maire UMP de Nice a d’entrée créé la polémique.
La justice niçoise a été saisie, en octobre, de PV d’agents du Parc et de l’ONF, qui établissent des destructions d’espèces protégées lors de ces travaux réalisés à coup de mini-pelleteuse hélitreuillée.
Laissé dans l’ignorance, le conseil scientifique du Parc National s’est étonné « de la rapidité avec laquelle des travaux ont été entrepris, (…) sans consultation » ni études d’impact.
Pour les opposants, Christian Estrosi a voulu « passer en force » en créant un sentier sur 8 km.
« Peut-être pensait-il qu’il n’aurait pas ces 8 km en passant par les contraintes administratives, donc il les a fait », suppute le conseiller général écolo grassois Jean-Raymond Vinciguerra.
Pour Me Christian Boitel, président des Amis du Mercantour, « on retombe dans les manies niçoises : on fait et après on voit. Cette façon de faire à l’emporte-pièce, sans réflexion, traduit une grande méconnaissance de la montagne. »
Comme l’itinéraire, qui s’étale sur 140 km, prévoit la construction de nouveaux refuges entre 2 000 et 2 700 m d’altitude, un des membres du conseil scientifique redoute « des investissements très lourds, alors que ces sites ont besoin de quelque chose de subtil ».
Le conseil réclame que « le projet touristique soit précisé : quelle clientèle ? Quel flux de visiteurs escompté ? Quelles modalités d’exploitation ? Quelles retombées économiques locales ? »
Tout cela fait défaut. Et surtout, peut-on aménager un Parc National pour y attirer le grand public ? A priori non.
Au départ, c’est pourtant l’objectif des Balcons, présenté par Jean-Pierre Pernaut sur TF1 le 2 septembre : « Dans quelques années, tout le monde pourra faire de la randonnée de haute altitude dans le Mercantour. » Puis, sur France 3, Christian Estrosi explique, le 31 août : « Ça rendra la montagne accessible à toutes les générations […]. Ce sera un formidable produit d’appel.»
Ce marketing a fait bondir les puristes, comme la construction de « refuges quatre étoiles », terme depuis banni.
Eric Teisseire, architecte et alpiniste, conteste « cette idée de faire venir M. Tout le monde à la montagne. Elle est perverse si on prend comme support un Parc National, qui devient otage d’un gros programme touristique, contraire à l’idée de départ des Parcs ».
Le porte-parole du collectif « Vigilance Mercantour » dénonce « un esprit commercial qui n’a rien à voir avec une éthique de la montagne ».
Face au projet, le monde des randonneurs est divisé. Certains acteurs le soutiennent, mais plusieurs associations se sont élevées contre un projet flou, « jamais vraiment décrit ».
Deux manifs ont eu lieu, un collectif s’est créé (2). L’affaire écornant l’image écolo qu’il tente de se créer, Christian Estrosi a lancé une concertation, à laquelle certaines associations refusent de participer, réclamant le retrait du projet. Une réunion doit se tenir vendredi au Conseil général des Alpes-Maritimes qu’il préside.
Pris entre deux feux, le nouveau directeur du Parc, Alain Brandeis prévient : « Il faut renouer le dialogue, pour faire en sorte que les fondamentaux du Parc soient respectés. » Le Parc n’est « ni un partisan du projet ni un opposant », explique-t-il. Précisant : « Mon prédécesseur a demandé un projet détaillé. Il ne l’a jamais reçu. »
Pour lui, « une première tranche de travaux sans concertation préalable et sans études constitue une manière un peu ennuyeuse de démarrer ». Il faut aussi « éviter de construire des refuges en altitude ».
Sous le feu des critiques, Christian Estrosi rectifie sa posture initiale : « Ce sentier s’adressera à des grands montagnards, pas à des promeneurs du dimanche, nous assure le président du Conseil général. Cela n’attirera pas plus de quelques dizaines de personnes par jour. »
Mais dans ce cas, pourquoi investir 20 millions d’euros ? Mystère. « Il y a beaucoup de contradictions, tout n’est pas mis sur la table », s’inquiète un opposant. Certains redoutent une future exploitation touristique de type « montagne 4 étoiles », avec refuges tout confort !
Mais Christian Estrosi assure : « Aucune étape du projet ne sera validée sans l’aval du comité scientifique du Parc. Il n’est pas question de réaliser un projet qui puisse altérer la biodiversité. Le projet n’est pas finalisé, il n’y a pas un premier dépôt de permis de construire du moindre refuge. »
L’hiver arrivant, les travaux sont arrêtés. « On a six mois. Eux pour boucler le projet, nous pour l’attaquer », résume un opposant.
(1) Le contre-projet sera bientôt accessible sur http://www.vigilance-mercantour.fr
Pour le projet officiel : http://www.balconsdumercantour.fr/
(2) Avec notamment Mountain Wilderness et le CEEP (Conservatoire des Espaces Naturels de Provence). Voir http://www.vallouimages.com
La Chine coupe court au dialogue avec le Dalaï-lama
Libération – 11/11/08 – Pascale Nivelle
Retour à la case départ. Le dernier round des entretiens entre Pékin et les émissaires du Dalaï-lama, entamés en avril sous la pression internationale, s’est achevé comme il avait commencé, par un dialogue de sourds, les récentes discussions ont échoué, a affirmé Pékin hier.
« L’unification de la patrie, son intégrité territoriale et la dignité nationale sont les principaux intérêts du peuple chinois », a déclaré Zhu Xeiqun, un haut responsable du parti communiste chinois. La Chine ne fera « jamais de concessions » sur le statut du Tibet. « La porte pour l’indépendance du Tibet, sa semi-indépendance ou son indépendance secrète n’a jamais été ouverte et ne sera jamais ouverte ! », précise un communiqué de l’agence officielle Chine nouvelle.
Sabotage. Pékin, qui qualifie les deniers entretiens de « francs et sincères », reproche au gouvernement tibétain en exil de ne pas avoir tenu ses promesses concernant les Jeux Olympiques : « Ils n’ont cessé de boycotter et de détruire les Jeux Olympiques, affirme Zhu Xeiqun. Ils ont intensifié leurs actions de sabotage et continué d’attaquer le gouvernement central. » Il n’est pas prévu d’autres entretiens. Les émissaires du Dalaï-lama, quant à eux, réservent leurs déclarations pour les réunions prévues mi-novembre, à Dharamsala en Inde, entre Tibétains en exil, où devrait être évoqué l’avenir du mouvement, notamment avec la frange la plus radicale du Congrès de la jeunesse tibétaine.
Le Dalaï-lama avait déjà officialisé il y a quelques jours l’échec de sa politique de « la voie moyenne » pour une plus grande autonomie du Tibet, sans se prononcer sur l’avenir. Certains lui prêtent l’intention de se retirer du gouvernement en exil à Dharamsala.
Boycott. L’annonce de la reprise des entretiens, interrompus de puis 2007, quelques semaines après les violentes émeutes du Tibet, avait, à l’époque, soulagé plus d’un diplomate et plus d’un chef d’Etat occidental. Nicolas Sarkozy avait même fait de l’ouverture de ce dialogue la condition à sa présence à la cérémonie d’ouverture des JO. Cette menace de boycott avait suscité la fureur de Pékin.
Donnant-donnant. Le président français avait chaleureusement salué l’ouverture du dialogue, y voyant une confirmation de sa diplomatie de « donnant-donnant ». Peu après, il avait confirmé sa venue à Pékin, le 8 août. Par la suite, l’Elysée n’a fait aucun commentaire sur ces négociations, pourtant appelées des « vœux » du Président.
Moins de Commémorations - Dessin de Pessin
Le Monde du jour

Surveillance - Le ministère de l'Éducation surveille le Net
OUEST-FRANCE mardi 11 novembre 2008 François CHRÉTIEN.
Il a lancé un appel d'offres pour épier l'opinion et repérer les « risques de contagion » sur les sites, blogs et forums. Coût: 220 000 €.
L'appel d'offres a été publié au Journal officiel, le 4 novembre. Il comporte deux lots: n°1, «Veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'Éducation nationale, 100 000 € H.T. »; n°2, veille pour l'Enseignement supérieur, 120 000 € H.T.
La société qui emportera le marché devra surveiller, durant l'année 2009, toutes les publications, mais plus particulièrement les sites Internet, les blogs, les forums.
Selon le cahier des charges, il s'agit notamment de « repérer les lanceurs d'alerte », de « décrypter les sources de débat et leurs modes de propagation » ou « d'anticiper les risques de contagion et de crises ».
Il y a du boulot, tant le monde enseignant est réactif sur la Toile ! La preuve, le présent appel d'offres fait déjà le tour des blogs, suscitant moqueries ou indignations.
Les blogueurs les plus virulents ¯ très nombreux en cette période de suppressions de postes ¯ seront-ils « fichés »? « Hors de question, répond un porte-parole de la rue de Grenelle. Aucun nom ne remonte, évidemment. Il s'agit juste de connaître les grandes lignes de l'opinion... »
Le ministère précise que cette veille existe depuis 2006. Pour 2008, c'est la société de stratégie d'opinion « I et E » qui détient le marché.
Elle travaille aussi pour les ministères de la Justice, de la Santé ou de l'Intérieur.
Autre question: en période de vaches maigres, il n'y a personne au ministère pour veiller (gratuitement) sur le Net? «C'est compliqué. Les prestataires privés ont des systèmes informatiques prévus pour ça. »
Le ministère de l'Éducation surveille le Net
Ouest-France – 11/11/08 - François CHRÉTIEN
Il a lancé un appel d'offres pour épier l'opinion et repérer les « risques de contagion » sur les sites, blogs et forums. Coût: 220 000 €.
L'appel d'offres a été publié au Journal officiel, le 4 novembre. Il comporte deux lots: n°1, «Veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'Éducation nationale, 100 000 € H.T. »; n°2, veille pour l'Enseignement supérieur, 120 000 € H.T.
La société qui emportera le marché devra surveiller, durant l'année 2009, toutes les publications, mais plus particulièrement les sites Internet, les blogs, les forums. Selon le cahier des charges, il s'agit notamment de « repérer les lanceurs d'alerte », de « décrypter les sources de débat et leurs modes de propagation » ou « d'anticiper les risques de contagion et de crises ».
Il y a du boulot, tant le monde enseignant est réactif sur la Toile! La preuve, le présent appel d'offres fait déjà le tour des blogs, suscitant moqueries ou indignations. Les blogueurs les plus virulents ¯ très nombreux en cette période de suppressions de postes seront-ils « fichés » ? « Hors de question, répond un porte-parole de la rue de Grenelle. Aucun nom ne remonte, évidemment. Il s'agit juste de connaître les grandes lignes de l'opinion... »
Le ministère précise que cette veille existe depuis 2006. Pour 2008, c'est la société de stratégie d'opinion « I et E » qui détient le marché. Elle travaille aussi pour les ministères de la Justice, de la Santé ou de l'Intérieur. Autre question: en période de vaches maigres, il n'y a personne au ministère pour veiller (gratuitement) sur le Net? «C'est compliqué. Les prestataires privés ont des systèmes informatiques prévus pour ça. »
La famille d'Edvide s'agrandit d'une petite soeur
SMS frauduleux: le 33700 a enregistré 10.000 signalements en 3 semaines
PARIS (AFP) - 10/11/2008
Le numéro d'alerte contre les SMS indésirables, le 33700, a déjà reçu plus de 10.000 signalements, près de trois semaines après sa mise en place par le secrétaire d'Etat à la Consommation Luc Chatel et la Fédération française des télécoms (FFT), a affirmé lundi cette dernière.
"La plateforme ne sera opérationnelle qu'à partir du 15 novembre mais plus de 10.000 SMS ont déjà été envoyés pour signaler des messages frauduleux", a déclaré un porte-parole de la Fédération, confirmant une information du Figaro.
Mis en place depuis le 21 octobre, ce dispositif permet de signaler par l'envoi d'un SMS au 33700, les SMS frauduleux.
La plateforme de signalement prévient ensuite les opérateurs qui prendront des sanctions contre les expéditeurs de ces spams, allant jusqu'à la fermeture des numéros surtaxés.
"De plus en plus d'utilisateurs de mobiles reçoivent sur leur téléphone des SMS indésirables, les poussant à composer abusivement des numéros surtaxés sans aucun service en contrepartie", avait expliqué M. Chatel, lors du lancement de la plateforme le 21 octobre.
Les SMS non sollicités, bien qu'en plein essor, ne représentent toutefois qu'une part infime du nombre de messages envoyés en France: selon l'UFC-Que Choisir, ils se chiffreraient à des centaines de milliers sur plus de 20 milliards échangés par an.
Faibles coûts salariaux, productivité exceptionnelle… La Chine ? Non,... la France !
Marianne.fr –Mardi 04 Novembre 2008 –
Par Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national unifié des impôts (SNUI). Quand les autorités françaises font la promotion de l'hexagone à l'étranger, elles vantent à l'extérieur des mérites sociaux et économiques… qu'elles passent leur temps à nier à l'intérieur.
« Contrairement aux idées reçues, la France est relativement bien positionnée pour le coût du travail notamment par rapport à ses concurrents directs que sont l’Allemagne et le Royaume-Uni »
« Le coût global du travail dans l’industrie (secteur d’activité de référence pour les comparaisons internationales) en France est l’un des plus faibles des pays de l’Europe des 15. Il est quasiment équivalent au coût du travail aux Etats-Unis »
« La capitale française se classe ainsi au 2e rang mondial pour l’accueil des sièges sociaux d’entreprises, avec 27 entreprises du Fortune Global 500, devant New York, Londres et Pékin. »
« Les Français affichent en effet des performances exceptionnelles en termes de productivité, avec une performance supérieure de 20 % à la moyenne européenne. »
« Les Français ont une durée effective de travail par semaine supérieure à… celle des Etats-Unis, de l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande, la Belgique, les Pays-Bas, les pays scandinaves. La durée effective du travail hebdomadaire est de 38 heures en France, soit une heure de plus qu’en Grande-Bretagne et 2h30 de plus qu’en Allemagne, et un niveau supérieur à la moyenne des 27 pays membres de l’Union Européenne »
« Si les Français sont si productifs, c’est qu’ils sont très bien formés : 7% du PIB de la France est consacré à l’éducation et à la formation »
« Le nombre de jours de grève dans le secteur privé en France est inférieur à celui des Etats-Unis, de l’Italie ou de l’Espagne »
Il est courant d’entendre que la compétitivité de la France est plombée par le coût du travail, par le poids des « charges sociales » (ce qui fait doublon avec l’argument précédent, lesdites charges faisant partie intégrante du coût du travail) ou encore par un droit social trop contraignant. Les syndicalistes et économistes qui osent nuancer le propos et préciser que le coût du travail est moins élevé que chez nos principaux partenaires ou que la France est globalement attractive en raison des politiques publiques (infrastructures publiques de qualité, systèmes éducatif et de santé – encore- performants) passent pour de dangereux idéologues ou pour des illuminés déconnectés de toute réalité. Dans le contexte actuel, il est instructif de lire ce qui suit : trouvez qui a dit…
« Les coûts salariaux en France se trouvent dans la moyenne basse des pays européens »
Vincent Drezet - ©Mathieu Genon
Un discours qu'aurait pu tenir Bernard Thibault
Etonnant non ? Qui peut ainsi se livrer à de telles affirmations à mille lieues du discours dominant tenu en France ? Qui peut prétendre contredire à ce point les assertions du Medef ? Qui peut paraître aussi irréaliste, pardon, surréaliste, déconnecté à ce point des évidences et des réalités ? Car nous le savons bien, dans ce monde qui bouge, nous, en France, payons trop, sommes paresseux et toujours en grève… Alors qui ? Olivier Besancenot ? Marie-Georges Buffet ? François Hollande ? Bernard Thibault ? Jean-Claude Mailly ? L’Union syndicale Solidaires ? Le SNUI ? Pardon, mais vous n’y êtes pas… Ce qui est écrit ci-dessus est tout ce qu’il y a de plus officiel : ces extraits (fidèles à l’ensemble dont ils font partie) proviennent de l’Agence française des investissements internationaux. L’AFII, créée en mai 2001, est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle du ministère de l’Economie et des Finances et du ministère délégué à l’Aménagement du Territoire.
Dans la bouche des syndicalistes par exemple, ce type de propos passerait pour une provocation ou pire, pour une grave erreur d’analyse. Or, l’AFII n’invente rien, elle retranscrit une réalité par ailleurs parfaitement accessible pour peu que l’on prenne le temps de se pencher sur les statistiques publiques, ces mêmes données qui montrent, par exemple, qu’il n’existe empiriquement aucun lien entre le niveau de « prélèvements obligatoires » et le niveau de développement économique. Curieusement cependant, le discours tenu hors de nos frontières diffère radicalement des assertions officielles que l’on nous tient. On ne peut penser que les gouvernements des ces dernières années ou le Medef ignorent les données sur lesquelles s’appuie d’AFII… D’où un goût amer laissé par cet étrange décalage…
Le plan de sauvetage : l'ultime pillage de Bush
Par Naomi klein– Attac France – 29 octobre 2008
Dans les derniers jours avant l’élection, bien des républicains semblent avoir abandonné la lutte pour le pouvoir. Mais ne vous y trompez pas, cela ne veut pas dire qu’ils reculent sur tous les fronts.

Si vous voulez voir de l’authentique huile de coude républicaine, regardez donc l’énergie qu’ils consacrent à jeter par la fenêtre une part considérable des 700 milliards de dollars du plan de sauvetage. Lors d’une récente audition de la Commission sénatoriale sur le secteur bancaire, le sénateur républicain Bob Corker était attelé à cette tâche et a gardé à l’esprit une échéance claire : l’investiture du prochain président des États-Unis. « A quelle hauteur pensez vous que les fonds auront été dépensés d’ici le 20 janvier ? » a demandé Corker à Neel Kashkari, l’ancien banquier de 35 ans en charge du plan de sauvetage. Quand les colonisateurs européens ont réalisé qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de laisser le pouvoir aux habitants autochtones, ils s’efforçaient de vider la trésorerie locale de son or et de s’accaparer tout le cheptel de valeur. S’ils étaient vraiment vicieux, comme ce fut le cas des Portugais au Mozambique au milieu des années 70, ils coulaient du béton dans les puits d’ascenseurs.
Rien d’aussi barbare dans le cas du gang Bush. Plutôt qu’une franche et rudimentaire mise à sac, il privilégie les instruments bureaucratiques, tels que les « enchères d’actifs en détresse » et le « programme de rachat de titres ». Mais ne vous y trompez pas : le but est exactement le même que celui des Portugais défaits – un ultime et frénétique pillage de la richesse publique avant de rendre les clés du coffre.
Comment expliquer autrement les décisions pour le moins étranges qui ont gouverné l’allocation des fonds du plan de sauvetage ? Quand l’administration Bush a annoncé qu’elle allait injecter 250 milliards de dollars dans les banques américaines en échange de titres, on a parlé de « nationalisation partielle » – une mesure radicale nécessaire afin que les banques recommencent à accorder des prêts à l’ensemble des agents économiques. Le secrétaire du Trésor Henry Paulson avait vu la lumière, nous a-t-on dit, et suivait désormais la voie ouverte par le Premier ministre britannique Gordon Brown.
Il s’avère, en fait, qu’aucune nationalisation, partielle ou autre, n’a eu lieu. Les contribuables américains n’ont gagné aucun contrôle significatif sur les banques, ce qui explique pourquoi celles-ci sont libres de dépenser tout cet argent comme bon leur semble. Chez Morgan Stanley, il semble que ces gains inattendus vont servir à payer les primes de bonus. Citigroup a laissé entendre que les 25 milliards de dollars reçus allaient servir à racheter d’autres banques, alors que John Thain, l’administrateur général de Merrill Lynch, a déclaré à des analystes « qu’au moins jusqu’au prochain trimestre, ça ne va être qu’un coussin d’amortissement. »
Quel est donc le réel but de ce plan de sauvetage ? Ma crainte est que cette série de renflouements ne soit destinée qu’à transformer le Trésor américain en un guichet automatique illimité au profit des banques pour les années à venir. Souvenez-vous, le principal souci parmi les gros joueurs du marché, les banques en particulier, n’est pas le manque de crédit mais la chute du prix de leurs actions. Les investisseurs ont perdu confiance dans l’honnêteté des grands acteurs financiers, et ce à juste titre.
C’est là que l’intervention du Trésor s’avère particulièrement payante. En achetant des parts dans ces institutions financières, le Trésor signifie au marché que ces institutions financières sont un pari sûr.
Pourquoi sûr ? Non pas parce que leur niveau de risque a enfin été précisément évalué, non pas parce qu’elles ont renoncé au genre de produits financiers exotiques et au niveau d’endettement effarant qui ont mené a la crise, mais plutôt parce que le marché va désormais compter sur le gouvernement américain pour ne pas laisser ces compagnies faire faillite. Si elles se retrouvent à nouveau en difficulté, les investisseurs vont désormais supposer que l’État va une nouvelle fois trouver des fonds pour les renflouer, puisque les laisser sombrer lui ferait perdre les milliards d’investissements en titres consentis initialement. (Regardez par exemple le géant de l’assurance AIG, déjà revenu auprès des contribuables pour un deuxième renflouement et qui semble prêt à en demander un troisième).
L’enchaînement de l’intérêt public à celui des entreprises privées est le vrai but du plan de sauvetage : une garantie implicite du Département du Trésor. Une assurance comme celle-ci n’a pas de prix. Pour les banques le meilleur est que le gouvernement les paye en plus de donner sa garantie. Pour les contribuables en revanche, l’ensemble du plan est extrêmement risqué et pourrait bien coûter significativement plus que ne le suggère l’idée originale de Paulson d’acheter 700 milliards de dettes toxiques.
Pour renforcer encore la confiance du marché, le gouvernement fédéral a aussi annoncé publiquement des garanties illimitées pour nombre de dépôts bancaires. Et comme si cela ne suffisait pas, le Trésor a aussi encouragé les banques à fusionner frénétiquement les unes avec les autres, s’assurant que seules subsistent des institutions « trop grosses pour faire faillite », qui bénéficieront ainsi automatiquement d’un plan de sauvetage en cas de besoin. De trois façons différentes, le gouvernement dit franchement au marché que Washington ne va pas laisser les institutions financières du pays supporter seules les conséquences de leur propre comportement, aussi irresponsable qu’il ait pu être. Cela pourrait bien être l’invention la plus créative de Bush : le capitalisme sans risque.
Il est chaque jour de plus en plus évident que le plan a été vendu au public sous de faux prétextes. Il est clair qu’il ne visait pas à permettre aux activités de prêt de redécoller. Le plan visait à faire ce qu’il fait aujourd’hui : transformer l’État en une compagnie d’assurance géante pour Wall-Street – un filet de sécurité pour ceux qui en ont le moins besoin, subventionné par les gens qui auront le plus besoin de la protection de l’État pour traverser la tempête économique qui s’annonce.
Cette duplicité présente néanmoins une occasion politique. Quelque soit le vainqueur des élections le 4 novembre, il aura une immense autorité morale. Il devra s’en servir pour obtenir un gel de la dispersion des fonds de renflouement – non pas après la passation officielle du pouvoir (en janvier) mais tout de suite après l’élection. Tous les accords devraient être renégociés, cette fois en s’assurant que le public obtienne des garanties.
Il est risqué bien sûr d’interrompre le processus de sauvetage. Le marché ne va pas aimer ça. Rien ne serait plus risqué cependant que de laisser le gang de Bush donner un gros cadeau de départ au grand patronat – ce cadeau qui se répéterait à l’infini.
Le G20 face au Genre Humain. Leur sommet ne sera pas le nôtre !
article publié le 31/10/2008 - auteur-e(s) : Attac France
Nous appelons :
- les salariés qui ont perdu leur travail,
- ceux qui ont un travail mais qui savent que personne n’est à l’abri au milieu de la récession économique,
- les femmes qui paieront une fois de plus doublement le gaspillage de mâles puissants,
- les chômeurs qui verront leurs maigres droits encore réduits,
Nous appelons ceux qui ne seront pas dans les G des puissants à relever la tête.
Ensemble, nous sommes un G bien plus puissant : le GH ou Genre Humain.
Parce qu’on ne transforme pas des pyromanes en pompiers,
parce qu’ils n’ont pas été élus pour diriger l’humanité,
parce qu’ils ont depuis trente ans mis en place les politiques qui nous ont conduits à ce désastre,
parce qu’ils ne souhaitent que sauver le système et non le transformer, leur sommet ne sera pas le nôtre !
Pour exiger que les peuples soient écoutés face à la crise,
Tous dans la rue le 15 novembre !
Pour Paris, rendez-vous à 15h, place de la Bourse
Attac France, le 31 octobre 2008
Les organisations souhaitant signer l’appel ci-joint sont priées de nous en informer sur l’adresse [Email]
Mutations marchandisées
Du Syndicat National des enseignements du second degré
L’Hedo n°673 du 25 octobre 2008 – Edito de Claudie Martens, co-secrétaire générale

Après avoir supprimé des centaines de postes dans les services de gestion des personnels, le ministère de l’Éducation nationale envisage aujourd’hui de confier à un prestataire de services privé le soin de conseiller et d’informer les enseignants demandeurs de mutation par le biais de plateformes téléphoniques.
Alerté par le contenu d’un appel d’offre public, le SNES a interrogé le ministère qui confirmait l’information. Dans le cadre de la note de service mutations 2009, cette société privée serait aussi chargée d’informer les candidats à mutations de leur affectation telle que prévue dans le projet de l’administration, avant même la réunion des commissions paritaires où les élus du personnels interviennent pour faire corriger erreurs ou injustices.
Cela signifie aussi qu’une entreprise privée aurait accès à des informations relatives à la vie privée (situation de famille, situation de santé...) et administrative des enseignants. Cela risque aussi, d’empêcher toute amélioration en commission. Mais rien d’étonnant à cela quand on lit dans la même note les recommandations faites aux recteurs : « vous êtes invités à développer les postes spécifiques et en réserver l’accès aux seuls candidats qui auront reçu de votre part un avis favorable ». Les barèmes ne sont plus qu’indicatifs, la mobilité des personnels, l’équité, la transparence clairement en ligne de mire comme nous l’avait promis Nicolas Sarkozy il y a un an*. À nous de le faire mentir.
* « Il faut que l’on abandonne la composition strictement paritaire des instances de dialogue social. Que d’heures perdues à tant de formalisme !» N. Sarkozy 19/09/2007
