lundi 3 novembre 2008
Quelles alternatives humaines à la crise ?
Un Dossier du magazine Nouvelles Clés – Novembre 2008
Cette fois, nous y sommes. La crise est ouverte. Et même si c’est momentanément la monnaie et l’économie qui tiennent le devant de la scène, nous savons bien qu’il s’agit d’une crise totale. Économique, énergétique, alimentaire, écologique, sociale, politique, culturelle, éthique, spirituelle. Mais il est évident que la première clé d’une éventuelle porte de sortie vers autre chose passe par l’articulation de l’économie et de l’écologie. Il fut jadis de bon ton de se moquer des « physiocrates » qui expliquaient l’économie en utilisant des métaphores tirées de la nature. Aujourd’hui, ces métaphores nous sautent à la figure. Prenez la monnaie, que l’on compte tantôt en centimes (un prêt de la Grameen Bank, qui aide toute une famille bengali à commencer à entrevoir un avenir, peut s’élever à 10 euros) tantôt en milliers de milliard de dollars (quand il s’agit de renflouer les banques qui ont joué au casino). La métaphore physiocratique, ou écologique, comparerait ces liquidités à du sang. Aujourd’hui, l’économie mondialisée forme un seul gigantesque système, un seul gigantesque organisme humain. Pour vivre, un organisme humain a besoin de sang. De sang harmonieusement réparti dans tous les membres, tous les organes, toutes les cellules. Si tout votre sang se trouvait concentré dans une petite partie de votre corps, laissant les autres parties exsangues, vous tomberiez dans les pommes et seriez menacé de mort. C’est ce qui se passe actuellement. Quelque chose de colossal est menacé de mort. Cela peut être le signe d’une mutation que beaucoup attendent depuis longtemps. Cela sera certainement une période de troubles et de souffrances accrues. Nous aimerions surtout croire à la mutation et nier les souffrances. Notre dossier n’apporte modestement que quelques regards sur la question.
Sommaire des articles du dossier "Quelles alternatives humaines à la crise ?"
Les contraintes écologiques nous tombent dessus avec une violence inouïe
Entretien avec Jean-François Lemarchand
Fondateur et patron de la chaîne de magasins Nature et Découvertes, François Lemarchand et son épouse Françoise, ex-fondateurs de Pier Import, ont un formidable sens des affaires et ont réussi au-delà de toutes leurs espérances. Mais ce ne sont pas des capitalistes béats, (...)
Les 5 stades de l’action écologique des multinationales
Entretien avec Jean-François Rischard
Ex-vice-président de la Banque Mondiale jusqu’en 2005, devenu consultant en « économie de la connaissance » auprès d’un certain nombre de gouvernements. Son livre, 20 défis pour la planète (Acte Sud), traduit dans quinze langues, est l’un des (...)
2000-2050 : un scénario positif du futur
Par Mark Luyckx
Ce texte est le prologue de La Société de la connaissance, le nouveau livre de Mark Luyckx, l’un des meilleurs prospectivistes européens actuels. Vous pouvez acheter ce livre en ligne sur http://vision2020.canalblog.com/ Ce livre s’ouvre sur une (...)
Open Money : bientôt chacun créera sa propre monnaie
Entretien avec Jean-François Noubel
De la même façon que le micro-ordinateur a donné leur autonomie informatique à toutes les unités humaines (maisons, entreprises, écoles, institutions...) et que les technologies vertes promettent de leur donner une autonomie énergétique (solaire, éolien, géothermie, etc.), (...)
Yves Michel : un éditeur à la recherche d’alternatives économiques
Par Patrice van Eersel
Voilà une bonne quinzaine d’années qu’Yves Michel bataille sur le front des alternatives économiques et des solutions qui permettraient de dépasser le système actuel du marché de façon plus juste, plus solidaire et plus écologique. Cherchant inlassablement à (...)
«Un fonctionnaire, même mal noté, doit avoir un salaire suffisant»
Ouest-France – 03/11/08 – Marie Piquemal
Les agents de la fonction publique seront bientôt payés au mérite. Ce nouveau système inquiète les syndicats qui demandent des garanties.
Des fonctionnaires désormais payés au mérite. L’idée n’est pas nouvelle, mais le calendrier se précise. Un décret doit paraître dans les prochains jours, «début novembre» assure le ministère de la Fonction publique.
Seront concernés dans un premier temps les quelque 200.000 fonctionnaires d’Etat de «la filière administrative». Mais à terme, toute la fonction publique adoptera ce nouveau système de rémunération, appelé «prime de fonctions et de résultats» (PFR).
«Ce terme peut amener à une confusion. Ce n’est pas seulement une prime, car tout le système de rémunération des fonctionnaires est repensé» explique-t-on au cabinet d’Eric Woerth, le ministre du budget et de la Fonction publique. «Il y aura une partie de rémunération fixe, selon le grade et les responsabilités. Et une partie variable, en fonction de l’entretien annuel d’évaluation.»
«C’est la porte ouverte à l’arbitraire»
Pour les syndicats, cette prime de fonctions et de résultats - destinée à remplacer toutes les indemnités et autres bonifications existantes - est source d’inquiétudes. Favorable «à la prise en compte du mérite dans la rémunération du fonctionnaire», la CFTC-FAE craint en revanche la mise en place de cette réforme. «Le passage d’un système de notation à l’autre doit se faire de manière progressive et non du jour au lendemain comme l’envisage le gouvernement. Nous souhaitons aussi avoir des garanties d’équité: un fonctionnaire, même mal noté, doit avoir un salaire suffisant pour vivre !»
«Absurde, le fonctionnaire ne devra plus faire du travail intelligent mais du chiffre» s’indigne le syndicat Solidaires, dans un tract publié le 20 octobre dernier. «Faux, répond le ministère, on va évaluer la qualité (et non la quantité) du travail fourni! Avec des méthodes d’évaluation adaptées à chaque métier. Depuis plusieurs mois, on s’attache à former nos DRH (Directeurs de ressources humaines, NDLR) aux techniques d’évaluation.» Et d'ajouter, pour rassurer les inquiets: «D’ailleurs, on va y aller prudemment: chaque ministère prendra le temps nécessaire pour basculer d'un système de rémunération à l'autre.»
Thi-Trinh Lescure, déléguée adjointe du syndicat Solidaires, n’en démord pas: «une fois de plus, c’est la logique même du service public qui est attaquée: comment peut-on baser toute l’évaluation sur un seul entretien annuel avec la hiérarchie? C’est la porte ouverte à l’arbitraire», regrette-t-elle. «Comprenez bien, nous ne sommes pas contre un dépoussiérage du système de notation actuel, un coup de balai est nécessaire. Mais là, on passe d’un extrême à l’autre!»
L'Ecureuil veut fusionner avec les Banques populaires au printemps
Libération – 03/11/08 –
La fusion entre les groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire donnerait naissance à la deuxième banque française.
Les Caisses d'épargne souhaitent fusionner avec les Banques populaires au printemps prochain, affirme le directeur général des Caisses d'épargne, Alain Lemaire, dans un entretien au Figaro publié aujourd'hui.
«Nous nous inscrivons dans le rythme qui avait été décidé pour cette opération dont nous souhaitons qu'elle se réalise au printemps», déclare Alain Lemaire. «Mais nous ne laisserons pas non plus enfermer dans un calendrier qui ne nous permettrait pas de bâtir un projet solide pérenne», précise-t-il.
Alain Lemaire, président du directoire de la Caisse d'Epargne Provence-Alpes-Corse, avait été nommé directeur général en remplacement de Nicolas Mérindol après la perte de 600 millions d'euros essuyée par le groupe.
Interrogé sur le fait de savoir s'il faisait table rase de la stratégie menée par ses prédécesseurs, il répond: «Non, nous tournons la page, Bernard (Comolet, président du directoire) et moi partageons la même conviction d'un retour nécessaire aux fondamentaux et aux valeurs du groupe».
La fusion entre les groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire donnerait naissance à la deuxième banque française. La fusion des organes centraux des deux établissements nécessiterait que le Parlement révise la loi de juin 1999 qui a reconnu aux Caisses d'Epargne le statut de banques coopératives.
A propos des modalités de répartition des postes dirigeants de la nouvelle entité, Bernard Comolet affirme que «sur le choix des hommes, rien n'a été décidé».
Les banques renflouées sans contrepartie avec l’argent des contribuables vont pouvoir les remercier à coup de plans sociaux…
Péril dans les sciences économiques et sociales ?
Nonfiction - lundi 03 novembre 2008 – Patrick Cotelette
Malgré la crise et le besoin constant exprimé par une partie de la population de comprendre le monde économique et social, la réforme actuelle du lycée, dont la première proposition a été formulée le 21 octobre 2008 par Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale, envisage de reléguer les sciences économiques et sociales (SES) au rang d'option de bas étage. Les SES est ainsi la seule matière principale de 1ère et de Terminale qui ne se retrouve pas dans la maquette actuelle des enseignements généraux de Seconde.
La réforme consistera à semestrialiser les enseignements en permettant aux élèves de choisir dans l'année 4 modules optionnels parmi un ensemble de 20 modules. Au sein de ces 20 modules coexisteront la "littérature française", les mathématiques renforcées, la physique-chimie renforcée, les sciences de la vie et de la Terre renforcées, l'histoire-géographie renforcées, ainsi que tous les autres modules actuellement présents dans l'enseignement optionnel du lycée, dont les SES.
En raison de cette multiplicité de modules d'accompagnement, de nombreux professeurs de sciences économiques et sociales craignent une marginalisation croissante de leur enseignement. Cette inquiétude suit les attaques subies par la matière, accusée de partialité contre le monde de l'entreprise, attaques notamment menées par l'association Positive Entreprise, proche du MEDEF. Elle est renforcée par les autres propositions récentes de fusionner les SES avec l'enseignement de sciences et techniques de gestion (STG). Les propositions actuelles parmi les professeurs de SES sont au contraire de rendre obligatoire pendant au moins un semestre l'enseignement des sciences économiques et sociales. Tous les élèves pourraient ainsi découvrir une matière qui leur est inconnue au collège et qui peut leur servir dans la formation de leur esprit critique et de leur participation à la citoyenneté. L'APSES, Association des professeurs de sciences économiques et sociales, multiplie d'ailleurs les opérations dans ce sens. Le rapport de forces reste cependant à l'heure actuelle en défaveur des professeurs de SES, par manque de visibilité et de soutien dans la sphère publique.
* À lire également :
- une explication de l'esprit des sciences économiques et sociales et du caractère a-scientifique de l'économie "façon MEDEF" par un jeune professeur.
- Un résumé des attaques contre les sciences économiques et sociales.
- La première copie de Xavier Darcos sur la réforme du lycée.
- 22 questions sur la réforme, par Marjorie Galy, membre de l'APSES.
- "Soyez logique, Monsieur le ministre".
- Un commentaire de Gérald Grosse, membre de l'APSES, sur la réforme.
- Une pétition en ligne de l'APSES.
Retraite à 70 ans: le PS demande le retrait de l’amendement voté par les députés dans la nuit de vendredi à samedi
Source AFP – Libération.fr – 03/10/08
Les députés ont adopté une disposition permettant à tous les salariés de plus de 65 ans de poursuivre, s'ils le veulent, leur activité «dans la limite de 5 années». Le PCF, le PS, les Verts et la CGT dénoncent la mesure.

Les salariés, confrontés au risque de percevoir une faible retraite, pourront continuer à travailler jusqu'à 70 ans, si une mesure votée dans la nuit de vendredi à samedi par les députés, et critiquée par la CGT et l'opposition, est définitivement adoptée par le Parlement.
Les députés ont donc voté un amendement qui laisse "la possibilité aux salariés qui le souhaitent de prolonger leur activité au-delà de 65 ans sous réserve d’en avoir préalablement manifesté l’intention auprès de leur employeur et dans la limite de cinq années".
Avant qu'un salarié n'atteigne 65 ans, l’employeur l'interrogera sur son intention de partir volontairement à la retraite. En cas de réponse négative, ou si l'entreprise a omis de l'interroger, elle n'aura pas le droit de le mettre à la retraite d'office. La procédure se répétera "les quatre années suivantes", donc jusqu'à 70 ans.
"L'âge de la retraite est insidieusement repoussé à 70 ans"
Première réaction hier, celle de la député des Verts, Martine Billard: "L'âge de la retraite est insidieusement repoussé à 70 ans", s'est-elle indignée. Une réaction vite suivie par celle du PCF. Il accuse aussi le gouvernement de "repousser insidieusement l'âge de la retraite à 70 ans".
"Comme pour le travail du dimanche, le pseudo-volontariat est avancé pour justifier ce scandale. Comme si, les retraités qui vivent aujourd'hui si nombreux sous le seuil de pauvreté, et même ceux aux revenus si modestes, pouvaient avoir le choix", dénonce le PCF dans un communiqué. Il fustige notamment, dans le cas des personnels navigants, pour qui les députés ont voté un amendement permettant la prolongation jusqu’à 65 ans, sur la base du volontariat, de l’activité des pilotes, stewards et hôtesses de l’air, une "absence totale de prise en compte de la pénibilité des métiers".
Le Parti socialiste a lui demandé dimanche au gouvernement de "retirer" l'amendement, après avoir accusé la veille l’exécutif, par la voix de la députée Marisol Touraine, d'utiliser "tous les moyens pour ouvrir une brèche dans le système des départs à la retraite et amener les salariés à travailler le plus longtemps possible".
"Nous demandons au gouvernement de retirer, à l'occasion du vote solennel de mardi sur le PLFSS, l'amendement qui permet cette atteinte au droit à la retraite", insiste le porte-parole du PS, Julien Dray, dans un communiqué.
"Alors que Nicolas Sarkozy répète depuis quelques semaines qu'il entend remettre partout des règles pour refonder le capitalisme, la première de ces règles consiste à déréguler le droit du travail en repoussant l'âge obligatoire de la retraite - acquis social fondamental - à 65 ans pour les personnels navigants et à 70 ans pour les autres salariés", a-t-il estimé.
Cumul emploi-retraite
La CGT a elle estimé samedi que la mesure "suscite une légitime inquiétude" même s'il "ne modifie pas pour le moment les repères de 60 et 65 ans en matière de retraites auquel tient particulièrement la CGT", a déclaré Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral, en charge du dossier des retraites. "Il permet à des salariés de pouvoir poursuivre leur activité au delà des âges limites en vigueur sans voir leur contrat de travail unilatéralement rompu par leur employeur sous prétexte qu'ils ont atteint cet âge", a-t-il précisé.
Selon lui, "cette mesure traduit bien la réalité d'aujourd'hui : de moins en moins de salariés auront la totalité de leurs droits à 60 ans et une retraite suffisante à 65 ans. Ils devront donc chercher à poursuivre leur travail voire à cumuler emploi et retraite".
"Au lieu d'allonger indéfiniment la période d'activité, la solution pour la CGT est d'assurer aux salariés des carrières complètes, d'intégrer les périodes d'apprentissage, de recherche d'un premier emploi, d'études dans la période de cotisation exigée", a poursuivi le responsable syndical.
"Il faut par ailleurs reconnaître les métiers pénibles et astreignants et leur accorder une possibilité de départ anticipé", a-t-il conclu.
Les Echos 03/11/08
Xavier Bertrand a assuré ce matin, sur RTL, que les syndicats étaient au courant de ce projet du gouvernement "depuis le mois de mai dernier". "Au mois de mai dernier, dans mon bureau, j'ai reçu tous les partenaires sociaux pour parler retraites, en indiquant que nous allions supprimer les mises à la retraite d'office", a expliqué le ministre du Travail, pour qui il y a eu "très long dialogue social aussi sur cette question".
Le PS a demandé lundi le "retrait" de l'amendement, qu'il considère comme une "provocation compte tenu de la réalité sociale" et "une opération de diversion" pour "masquer l'échec de la politique" de la droite sur les retraite depuis six ans. Cet amendement "intervient sans la moindre concertation ni dialogue social avec les partenaires sociaux" et "sonne surtout comme une provocation compte tenu de la réalité sociale", affirme le Parti socialiste dans un communiqué.
Le PS a argumenté que "le taux d'activité des plus de 55 ans stagne à 38% soit l'un des chiffres les plus bas de l'Union européenne". "Comment dans ces conditions évoquer la possibilité de faire travailler des salariés de plus de 65 ans", a-t-il demandé, en soulignant également que "la proportion de salariés partant en retraite à taux plein s'affaiblit" et que "50% des retraités perçoivent une pension inférieure ou très inférieure au SMIC". Les négociations sur la pénibilité "n'ont pas abouti, faute de volonté politique", reproche encore le PS, et "l'écart d'espérance de vie selon les métiers exercés atteint près de 10 ans". "Cinq ans d activité professionnelle au-delà de 60 ans mettraient en péril le mouvement général de progrès de l'espérance de vie, observé depuis un quart de siècle, grâce en partie à la conquête de la retraite à 60 ans", selon lui.
« Les enseignants sont devenus des fusibles »
Ouest-France - 03/11/08 - Bernard LE SOLLEU
De la maternelle au lycée, les réformes se succèdent. Pourtant, la crise scolaire persiste. L'analyse de Dominique Ottavi, qui enseigne à l'université de Caen.
Pacte rompu. « Autrefois, il y avait une franche délégation d'autorité de la part des parents aux enseignants. Un consensus existait autour de l'idée exprimée par Danton : «Tout se rétrécit dans l'éducation domestique, tout s'agrandit dans l'éducation commune.» L'école promettait de ne pas reproduire le destin familial. Elle annonçait un avenir meilleur aux enfants. Ce pacte implicite est rompu. Les parents font énormément de reproches à l'école. Les enseignants accusent les parents d'avoir mal éduqué leurs enfants, d'être les responsables des incivilités, des tensions, de la violence. »
Déboussolés. « Les familles ont des demandes contradictoires. Les parents veulent une école performante, efficace socialement. Mais ils souhaitent en même temps qu'elle respecte l'enfant et son épanouissement. Les enseignants sont déboussolés : leur mission n'est plus très claire. »
À quoi bon ? « La connaissance, le savoir, la culture ne font plus rêver les jeunes. Le film Entre les murs nous fait très bien sentir cela. Les jeunes ne voient plus dans le savoir un moyen d'émancipation, de réalisation personnelle. La vocation de l'école n'a jamais été de former à des métiers. Elle a une visée humaniste. Cette idée-là aussi s'est perdue en cours de route. »
À part. « La vie quotidienne des enfants s'est appauvrie. Moins d'expériences sensorielles, de contact avec la nature, d'observation de la vie réelle des gens, en particulier sous l'aspect du travail. Beaucoup ignorent concrètement ce que font leurs parents. On sait pourtant que l'éducation s'opère, en réalité, ailleurs que dans l'école. L'alternative à ce monde artificiel est, malheureusement, souvent la rue. Les enfants y sont confinés entre jeunes, avec tous les risques que cela comporte : l'emprise de bandes, de chefs, de clans... »
Confusion. « La mode est au retour aux traditions, à l'autorité, mais sans réflexion sur les conditions indispensables pour que l'entreprise éducative réussisse. On confond l'autoritarisme ¯ exécrable ¯ et l'autorité, nécessaire pour que l'enseignement soit possible. L'institution scolaire a transformé ses enseignants en simples exécutants. On leur accorde la liberté pédagogique, certes, mais pour mieux les renvoyer à eux-mêmes, à leur solitude. Si cela se passe mal dans leurs cours, c'est qu'ils manquent de charisme, d'autorité ou de pédagogie. Ils sont devenus des fusibles. »
Dominique Ottavi. Enseigne les sciences de l'éducation à l'université de Caen. Avec Marie-Claude Blais et Marcel Gauchet, elle a coécrit Conditions de l'éducation (Stock, 265 pages, 19 €).
Le président démissionnaire de la Caisse d’Epargne ne perd pas tout
Source AFP – Libération.fr – 03/11/08
Alors qu’il avait annoncé sa démission après la perte par la banque de 751 millions d’euros, Charles Milhaud conserve la présidence du conseil de surveillance d'Océor, filiale de l'Ecureuil sur l'outre-mer et l'international.
Charles Milhaud, président démissionnaire du directoire de la Caisse d'Epargne, conserve à ce stade la présidence du conseil de surveillance d'Océor, filiale de l'Ecureuil sur l'outre-mer et l'international, a indiqué samedi une porte-parole d'Océor.
"M. Milhaud conserve à ce stade la présidence non exécutive du conseil de surveillance d'Océor, filiale de la Caisse d'Epargne qui porte les participations en banque commerciale sur l'outre-mer et le développement international", a dit une porte-parole d'Océor, suite à un article paru sur le site d'informations en ligne, Mediapart.
Océor possède une banque aux Antilles, à la Réunion, à Tahiti, en Nouvelle Calédonie et s'est développé à l'Ile Maurice, en Tunisie, au Maroc et au Luxembourg, a précisé cette porte-parole.
Charles Milhaud, président du directoire de la Caisse d'Epargne depuis 1999, avait annoncé sa démission le 19 octobre, à la suite de la perte de 751 millions d'euros subie par la banque à cause des risques inconsidérés pris par trois de ses traders en plein krach boursier.
A l’insu du plein gré de madame Lagarde ?
'' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud – Comme des bancs de poissons …
téléobs Octobre 2008
Il suffit d’un signal infime pour que l’opinion majoritaire change subitement de direction.
Des croyances tributaires de ses bourrasques imprévisibles qui naissent des modes ou des paniques collectives …
Ainsi, en quelques semaines, on aura vu le discours politico-médiatique dominant virer carrément de bord. Hier confits en dévotion à l’égard du marché, voilà les commentateurs qui brûlent ce qu’ils avaient adoré. On a la berlue. Chacun s’acharne à dire que, pour ce qui le concerne, il n’avait jamais adhéré au néolibéralisme financier. Tu parles ! Cela nous permet de vérifier à quel point la société ouverte contemporaine – médiatique et versatile – est régie par des effets bien particuliers.
Les premières caractéristiques de ces croyances sont faciles à identifier : la fluidité, la légèreté éphémère, une extraordinaire fugacité. L’univers de la communication fonctionne dans la ‘’ culture du flux ‘’, par opposition à la ‘’ culture du stock ‘’, qui est celle de l’école, du livre et de la tradition. Les croyances qui habitent nos sociétés sont devenues changeantes, insaisissables. Elles sont faites de sincérités successives, d’opinions effaçables, de points de vue approximatifs et révisables. C’est ce qui fait de cet empire virtuel un univers vibrionnant, pailleté, phosphorescent et pour ainsi dire radio actif. On peut parler d’’’ engouement ‘’ pour désigner cette croyance dégradée. La définition correspond assez bien à ces convictions à la fois sincères et sans cohérence ni durée, qui, additionnées, finissent par constituer la rumeur démocratique, impérieuse voire dogmatique mais dont la consistance est médiocre.
Ces engouements changeants allient donc la force d’expression et la fragilité des contenus, le parler gros et le penser petit. Ils sont bien plus proches, en cela, de la crédulité que de la conviction. Les croyances produites par la communication contemporaine sont par hypothèse provisoires. Ce sont des emportements de chaque jour, des subjectivités à court terme et de courte portée. L’opinion majoritaire – cette ‘’ rumeur ‘’ – évolue comme le font, en mer, ces bancs de poissons qu’un signal infime suffit à faire subitement changer de direction, d’un bloc.
Des croyances aussi évolutives demeurent pareillement tributaires de ces bourrasques imprévisibles qui naissent des modes, des mimétismes ou des paniques collectives, et traversent l’air du temps comme des ouragans. Bruno Latour utilise une métaphore puisée dans l’informatique pour décrire ce mélange d’informations véritables et de crédulités qui nourrit l’opinion majoritaire. Il parle de << communication double clic >>. La référence à l’informatique et au fonctionnement d’une souris d’ordinateur n’est pas innocente. L’image correspond tout à fait aux formes nouvelles de subjectivité qui prévalent dans notre vie quotidienne désormais informatisée.
Voilà que nos convictions se trouvent digitalisées. L’univers digital dans lequel nous sommes entrés depuis une trentaine d’années est celui des engouements successifs, et aussitôt satisfaits. Or cette impermanence de croire est nécessaire à la légèreté requise de l’individu consommateur dont le marché pourra d’autant mieux capter – et manipuler – les préférences qu’elles seront sans vraies attaches.
L’absolue variabilité de ses ‘’ engouements ‘’ correspond bien à la société consumériste contemporaine, sans remords, sans fidélité, ni responsabilité. Ajoutons que la boucle est bouclée puisque cette logique instable gouverne le fonds des marchés eux-mêmes. D’où les paniques financières qui en sont le sous-produit direct, logique et dévastateur.
Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières
Le président de tous les humains
Mathieu Lindon - Libération.fr – 03/11/08
On étudie toujours la cote de popularité des hommes politiques et jamais la nôtre. Or c’est de ce côté qu’il a l’air d’y avoir un problème. On a l’impression qu’on déçoit Nicolas Sarkozy, on n’est pas à sa hauteur. Il s’est donné tellement de mal pour entrer à l’Elysée qu’il en veut pour son argent. On dirait un sportif qui se sent l’étoffe d’un champion du monde et qui est forcé de jouer en troisième division. Président de l’Europe, ça lui va tout de suite mieux. L’Hexagone, c’est trop petit pour lui. En France, il est comme en exil. Il devrait être «El presidente máximo», le président universel, celui de tous les humains, et les Martiens n’auraient qu’à bien se tenir. Il ne faudrait pas, au 1er janvier prochain, la présidence européenne évaporée, qu’il nous fasse une petite dépression en considérant notre si beau et vieux pays comme un vulgaire rocher de Sainte-Hélène. D’autant que, pendant qu’il s’occupe des affaires du monde, il nous laisse un peu tranquilles. Ça nous fait des vacances.
A quoi pense désormais Nicolas Sarkozy en se rasant ? En attendant d’être maître du monde, à faire des procès. Il nous a d’abord expliqué que le président ne devait pas être au-dessus de tous les Français, mais pas non plus au-dessous. Mais il est bel et bien au-dessus de tout jugement, sinon de tout soupçon, tant qu’il est à l’Elysée ainsi qu’on a vu avec Jacques Chirac. Il enrage d’avoir perdu une guerre contre une poupée vaudoue à son effigie (il n’aime que les Barbie ?). Il poursuit en appel parce que les créateurs de ce muppet show en feraient une question d’argent. Mais les auteurs aussi gagnent de l’argent avec les livres. Et puis, dans la liberté d’expression, il y a la liberté du médium. Si les seuls endroits où le Président estime licite d’être critiqué sont TF1, Direct 8, le Journal du dimanche et le Figaro (c’est-à-dire chez Martin Bouygues, Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère et Serge Dassault), ça va être calme. Procès aussi (même si le Président n’en est pas l’instigateur officiel) pour un homme qui avait brandi une pancarte «Casse-toi pov’con» lors d’un déplacement de Nicolas Sarkozy. Le Parisien cite le procureur dans cette affaire : «Quand on insulte l’élu, on insulte le suffrage universel et donc le peuple.» Il se croit sous Staline, le procureur ? Qu’est-ce qu’il aurait fallu inventer de légal : «Hors de ma vue, sale patate» ? Nicolas Sarkozy devrait aussi faire un procès en diffamation aux Tchèques qui l’accusent de vouloir «siphonner» leur présidence européenne en 2009. Et encore un autre, si ça tourne mal au gouvernement et que la situation ne se redresse pas, à François Fillon pour abus de confiance.
Il n’y avait rien dans les caisses, il y a déniché trois cents milliards. Qu’est-ce qu’il va encore trouver pour nous épater ? L’opposition, pour lui, ce doit être les Français qui sont mauvais public. D’un autre côté, Nicolas Sarkozy reste assez sobre. Tout lui étant permis, il pourrait y aller de bon cœur : ne pas mettre sa ceinture en voiture, prendre le métro sans ticket, mettre ses pieds sur la table en conférence de presse, cracher à la gueule du gouvernement, faire un bras d’honneur aux Tchèques, piquer dans les grands magasins ou fumer des pétards à la tribune de l’ONU. Au contraire, il se tient. Son seul point faible semble être son dentiste, puisqu’il avait promis d’aller chercher la croissance avec les dents et qu’on constate le résultat. Maintenant, c’est avec les ongles qu’il va falloir gratter plus.
Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité: rassemblement au Trocadéro
TV5MONDE PARIS, 2 nov 2008 (AFP) - 02/11/2008 16h20

L'écrivain Noëlle Châtelet et la romancière Benoîte Groult (G) lors d'un rassemblement pour la journée mondiale pour la légalisation de l'euthanasie à Paris le 02 novembre 2008
Quelque 200 personnes, venues de France et de l'étranger, ont participé à un "rassemblement militant" pour le lancement de la première "Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité", dimanche sur le parvis du Trocadéro à Paris, a constaté un journaliste de l'AFP.
"Nous avons choisi cette date du 2 novembre parce que c'est le jour des morts et que la mort n'appartient à personne, et pas spécialement à l'Eglise", a lancé Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et conseiller régional d'Ile-de-France.
L'Alliance pour les droits de la vie (ADV) avait dénoncé jeudi comme une "profanation" la décision de l'ADMD d'organiser dimanche, jour des morts, cette journée pour la légalisation de l'euthanasie.
Ce rassemblement est venu conclure le 17e congrès mondial de la "Fédération mondiale des sociétés pour le droit de mourir" qui regroupe 44 associations de 24 pays et qui s'est tenu à Paris jeudi et vendredi.
Les manifestants qui demandent que leur soit accordée "leur ultime liberté", arboraient une écharpe bleue et blanche au logo de l'ADMD.
Parmi eux, le sénateur UMP Alain Fouché, ex-président du conseil général de la Vienne, a annoncé qu'il allait déposer devant le Sénat une proposition de loi sur l'aide à mourir. "L'opinon publique souhaite que les textes changent", a-t-il assuré. Plusieurs personnalités sont venues apporter leur soutien à la démarche des associations.
"Chacun a le droit de juger du moment où il ne se supporte plus sur la terre", a déclaré l'écrivain Benoîte Groult.
"Le moment de la mort est peut-être le moment de la vie le plus important car il sublime notre existence", a commenté Noëlle Châtelet, comédienne et écrivain, soeur de l'ancien premier ministre Lionel Jospin, et qui a raconté dans son livre "La Dernière Leçon" en 2004, l'apprentissage difficile de la mort auprès de sa mère.
Le dessinateur humaniste Piem a souligné pour sa part que "parler de la mort, c'est parler de la vie" et que "la douleur est inutile pour l'achèvement de la vie". La chanteuse Stone (Stone et Charden) a exprimé sa solidarité aux participants.
Quelque 34 manifestations - réunions publiques, distribution de tracts etc - devaient également se dérouler dimanche dans de nombreuses villes de province pour marquer cette journée mondiale selon l'ADMD qui revendique près de 46.000 membres.
