jeudi 25 septembre 2008
Dans l'open space, le jeune cadre stresse...
Ouest-France – 25/09/08 - Recueilli par Alain GUYOT
La vie au bureau. Surcharge de travail, autonomie réduite, fausse convivialité... Deux « consultants » décrivent leur milieu professionnel. Avec un humour grinçant. Thomas Zuber 34 ans, consultant en ressources humaines. Coauteur, avec Alexandre des Isnards, d'un livre qui décrit le ressenti de jeunes cadres.

Qu'est-ce que l'open space (« espace ouvert », en anglais) ? D'abord une façon d'aménager les bureaux, sans cloisons. Sur ces vastes plateaux, peuvent travailler cinquante ou cent personnes, parfois regroupées par boxes de quatre. Les gens n'ont plus de bureau attitré. L'open space est né dans les petites start-up, les boîtes de pub, les cabinets de conseils. Aujourd'hui, on les trouve dans toutes les entreprises, y compris les plus grandes : banques, téléphonie, etc.
En quoi cet aménagement de bureaux influe-t-il sur l'ambiance de travail ? L'open space, c'est le symbole d'un nouveau management. Tous les salariés sont rassemblés avec pour objectifs affichés de mieux faire circuler l'information, de faciliter le travail en équipe. La hiérarchie est censée être moins pesante, voire absente : le tutoiement est généralisé. L'ambiance est cool ; tout le monde est copain et avance dans la même direction.
Mais, pour les jeunes cadres qui témoignent dans votre livre, on est loin de cette vision idyllique... Souvent, dans l'open space, la règle c'est que tout le monde contrôle tout le monde. Par exemple, les gens se surveillent pour savoir qui quittera le boulot le premier. Avec le bruit, les allées et venues, les conversations qui se croisent, l'open space génère du stress. Derrière la convivialité apparente de l'open space et la dictature du cool se cache une violence dans les relations de travail et un grand isolement de chacun sur son projet.
À lire vos saynètes qui mettent en scène des histoires réelles, ce stress est omniprésent. Oui, on travaille de plus en plus dans l'urgence avec le fameux : « C'est pour quand ? » « C'était pour hier. » Manque de moyens pour accomplir une mission, planning impossible à tenir : la pression est érigée en mode de fonctionnement. Avec des responsables qui se défaussent au nom de « l'autonomie » des équipes. Mais, dans ce monde où il faut toujours être performant, personne ne se plaint, de peur de passer pour un tire-au-flanc ou un « syndicaliste ». Résultat : certains cadres intériorisent le stress qui peut se transformer en souffrance. Après les ongles rongés et le psoriasis, on passe aux antidépresseurs. Et, parfois, on craque. J'ai vu un de mes collègues, victime d'un malaise vagal, s'écrouler devant la machine à café, miné par un projet infaisable.
La pression est forte mais n'est-elle pas compensée par la paye ? Oui, un jeune cadre qui gagne bien sa vie est loin des soucis d'une caissière à temps partiel. Pour autant, le malaise existe bel et bien. D'ailleurs, de plus en plus, des dirigeants d'entreprise évoquent le « désintérêt » des jeunes cadres pour leur boulot. Ils n'hésitent plus à prendre leur RTT, à poser une journée « enfant malade ». Ou à « fuir » en démissionnant du jour au lendemain. Voire même à changer radicalement de vie.
Uniquement des réactions individuelles... Ils ne croient pas à l'action collective ? Non, c'est le règne du « chacun pour sa pomme ». De plus, quand des solidarités voient le jour, entre trois ou quatre collègues qui travaillent ensemble dans l'open space, comme par hasard, un « réaménagement de l'espace » les sépare. Tout est fait pour accentuer l'individualisation. Y compris offrir des récompenses individuelles après un week-end censé renforcer l'esprit d'équipe...
L'open space m'a tuer (la faute de conjugaison est un clin d'oeil à l'affaire Omar Raddad), Hachette Littérature, 216 pages, 16,50 €.
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