lundi 30 juin 2008
A la Une OF de Dimanche - Sondage : les Français peu confiants dans l'Europe
Ouest-France dimanche 29 juin 2008
Alors que notre pays prend mardi la présidence de l'Union, les Français doutent plus que d'autres des bienfaits de la construction européenne, selon un sondage BVA.
Pour un Français sur trois, l'Europe est une source de crainte. Parmi les Vingt-Sept, nous sommes l'un des peuples les plus inquiets. À en croire l'Eurobaromètre de printemps, même les Irlandais, un mois avant de dire « non » au traité de Lisbonne, étaient 65 % à avoir une image positive de l'Union. Nous ne sommes que 30 % à y puiser de l'espoir, soit moitié moins qu'il y a cinq ans (61 %). Le sentiment des Français à l'égard de la construction européenne s'est considérablement dégradé.
Au moment où notre pays prend la présidence de l'Europe, les résultats de notre sondage sont « politiquement dévastateurs », selon Jérôme de Sainte-Marie, consultant de BVA opinion.
Il semble que la perception des effets de la mondialisation sur la situation personnelle des personnes interrogées soit un critère fort de différenciation. Ainsi, 13 % seulement des ouvriers voient une chance dans la construction européenne, contre 49 % des cadres supérieurs.
« Image brouillée »
Très clairement, on attend de la présidence française qu'elle privilégie la protection, celle de l'environnement et celle des consommateurs (43 % pour les deux thèmes, 66 % à gauche). Le climat est aussi l'une des priorités fixées par Paris.
Mais les Français ne se soucient guère des autres, comme la politique agricole commune (3 %) ou l'Europe de la défense (2 %). L'Europe est plus considérée comme « un bouclier » que comme « une ambition », constate Jérôme de Sainte-Marie.
Il est donc logique que l'Union paraisse bien placée pour résoudre les problèmes liés à la hausse des prix alimentaires (63 %) et, dans une moindre mesure, de l'énergie (47 %). Mais peu pertinente pour trouver des solutions aux conflits du Proche-Orient ou à la crise entre la Chine et le Tibet.
Cela n'empêche pas les Français de considérer que la politique étrangère (53 %) devrait être plutôt de compétence européenne. Mais ils sont très attachés à ce que la santé, l'éducation, l'emploi, la fiscalité restent entre les mains du gouvernement français. Le thème de l'immigration oppose les ouvriers, partisans à 73 % d'une gestion nationale du problème, aux cadres qui, à 63 %, estiment préférable une gestion européenne.
La victoire du « non » en Irlande est perçue comme une nouvelle plus mauvaise pour la présidence française que pour l'Europe elle-même. Les sondés relativisent l'importance d'un processus institutionnel qu'ils comprennent mal. Voilà sans doute pourquoi quatre Français sur dix se disent prêts à abandonner le traité de Lisbonne, dont la moitié des sympathisants socialistes. Un petit 14 % souhaite que l'on fasse revoter les Irlandais.
De cette « image brouillée », révélatrice du « vent de pessimisme levé par le vote irlandais », Jérôme de Sainte-Marie tire la conclusion qu'un « discours redonnant un sens clair » à la construction européenne s'impose d'urgence « à l'orée de la présidence française ».
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