mercredi 28 mai 2008
Nicolas Sarkozy : « La vie est difficile »
Marianne 27 Mai 2008
Ce matin sur RTL, le président s'est adressé à la France qui roule en voiture et qui se lève tôt. Et de fait, pour trouver une interview présidentielle plus truffée de considérations de café du commerce que celle-ci, il faudra se lever tôt!
On était prévenus : avant son interview sur RTL, Nicolas Sarkozy s'était fendu d'une visite à Rungis et à ceux « qui se lèvent tôt ». Là-bas, il a fait son marché de lieux communs et autres considérations générales de président « proche du peuple ». Dès son arrivée sur les ondes, il enfonce donc le clou : il entend s'adresser à « la France qui travaille, se lève tôt, ne casse pas les abrisbus, ne manifeste pas et a les mêmes problèmes que les autres », à ces gens « qui vont au travail et sont dans leur voiture » - exit les Français syndiqués, les Français qui n'ont pas de voiture, les Français qui travaillent la nuit ! Et que lui dit-il à cette France qui a constitué le gros de son électorat ? « Vous savez je préfèrerais pas avoir toutes ces réformes à conduire, moi ça m'amuse pas ».
Premier constat présidentiel : « La vie est trop chère ». Sarkozy promet donc de faire de la France « le pays où la vie est moins chère », comme dit la pub d'Intermarché. Comment ? En donnant « aux fournisseurs et aux distributeurs » la « possibilité de négocier leurs tarifs ». Il faut également « plus de concurrence entre les grandes surfaces » (entre Carrefour et sa filiale low cost par exemple ?). Oublié, le petit commerce. Balayés, les petits producteurs. Le président sait qu'il parle aux Français qui vont faire leurs courses à Auchan ou Lidl.
Mais Sarkozy n'oublie pas non plus qu'il s'adresse ce matin à des Français qui roulent en voiture. D'où la tartine sur le pétrole. Et ce nouveau constat présidentiel : « Quand on fait on plein on est affolé par l'augmentation du prix ». « Et ça va pas s'arranger, prédit-il : la demande est de plus en plus forte et l'offre n'augmente pas ». Heureusement, notre président est un malin : « C'est pour ça que j'étais en Angola vendredi dernier ». C'est donc l'Angola, gros producteur d'or noir mais surtout pays le plus corrompu du monde, qui va nous sauver de la crise du pétrole ! Ben oui, Madame Michu, le chômage, c'est la faute… des chômeurs. Ainsi, dès lors qu'on décide de sanctionner les chômeurs qui refusent deux emplois de suite, le chômage ne peut que baisser ! Et puis, « Les gens n'ont pas à travailler pour payer les allocations de ceux qui ne veulent pas s'en sortir », explique le président, oubliant au passage que le chômage est une assurance et que ceux qui en bénéficient ont cotisé. Peu importe, pour la France qui se lève tôt, le chômeur est un glandeur et Nicolas Sarkozy n'entend pas la détromper. Super Sarko nous sauve de Parisot! En face, pas un seul de ses trois interviewers n'ose le relancer sur la réforme des retraites. Le sujet est clos. Sarkozy reste donc celui qui nous sauve des griffes de la présidente du Medef. « J'apprécie beaucoup la sagesse des Francais, je sais que la vie n'est pas facile », conclut-il. Bref, la grande nouvelle , c'est que Nicolas Sarkozy vient d'inventer le président de la République qui fonctionne à l'énergie renouvelable : du vent, du vent, du vent !
Le chômage, c'est la faute aux chômeurs
Après nous avoir asséné quelques considérations sur les lenteurs de la bureaucratie européenne - « Vous connaissez les processus européens… » - qui empêchent notre président de régler là tout de suite maintenant la crise pétrolière en suspendant la TVA sur l'essence, Sarkozy passe la surmultipliée en évoquant le chômage.
Sur les retraites, coup de maître. Sarkozy se pose en défenseur des travailleurs opprimés que Laurence Parisot voudrait faire bosser jusqu'à 63 ans et demi. « Je ne le ferai pas. Je n'en ai pas parlé pendant ma campagne et je n'ai donc pas de mandat pour faire cela », explique-t-il, inflexible.
« La vie est difficile », redira-t-il plus tard. On veut bien le croire. En revanche, la vie de président, ça a l'air plutôt cool. Surtout avec des interviewers comme Duhamel, Hondelatte et Aphatie, qui ont servi la soupe juste ce qu'il faut, et copieusement évité le sujet (un sujet difficile, comme la vie) de la crise de la majorité.
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