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samedi 24 mai 2008

Le pousse-au-crime de Laurence Parisot

Marianne - Vendredi 23 Mai 2008 - Hervé Nathan

Pourquoi la cheftaine du Medef croit-elle utile d'ajouter de l'huile sur le feu des retraites ?

C'était jeudi sur RTL, à l'émission d'actualité On refait le monde. Notre consoeur Ghislaine Ottenheimer se lamente: « Je ne comprend pas ce qui pousse Laurence Parisot à jeter de l'huile sur le feu ». L'huile en question, c'est la proposition de la présidente du Medef de repousser l'âge de départ à la retraite à 63,5 ans. Le feu, ce sont les manifestations des salariés (300.000 à 700.000 personnes), le jour même dans plus d'une centaine de villes de France, pour protester contre la décison du gouvernement de faire passer la durée de cotisation de 40 à 41ans.

Ghislaine Ottenheimer soupçonne les patrons de tout faire pour embêter Nicolas Sarkozy «qui fait tant pour réformer le pays». Nous tenons à rassurer notre consoeur, le Medef aime aussi le président de la République. Simplement, il y a un principe chez les chefs d'entreprises: on ne plaisante pas avec le pognon! Car c'est bien l'argent qui est au centre de cette polémique.


Le gouvernement, compte en effet «basculer» une partie de cotisations chômage (qui est en régression, officiellement), d'ici 2012, pour financer environ la moitié du déficit de la caisse des retraites (10 milliards environ, si rien n'est fait d'ici là...). Le Medef dit donc au gouvernement: «touche pas au grizbi, salaud! » et se justifie par une contre proposition, avec ce fameux âge minimum requis de 63,5 années.

Selon ses calculs (en fait ceux du conseil d'orientation des retraites qui a néanmoins repoussé cette option), avec cette nouvelle règle, les caisses de l'assurance vieillesse se regarniraient de l'équivalent de la somme que François Fillon veut dévier des recettes de l'Unedic. Que cela soit provocateur alors que la moitié des seniors sont hors de l'emploi à 58,5 ans en France, que cela signifie que les ouvriers vont devoir cotiser de 45 à 47 années pour parvenir, épuisés, à la retraite (en passant auparavant par la case chômage...), que cela casse le consensus avec les syndicats «réformistes» comme la CFDT, le Medef le sait. Mais qu'importe, il faut défendre les positions de principe du patronat, dont la principale peut se résumer ainsi : lutter toujours et en toute occasion pour réduire les prélèvements sur les entreprises, et les faire reporter sur les salariés (en temps de travail supplémentaire, par exemple), ou sur les contribuables (en argent). Et Laurence Parisot, qui adore néanmoins Sarkozy, s'exécute. Cela s'appelle «faire le métier».
Conclusion: On entend souvent les commentateurs, dont des journalistes annôner en substance: «nous avons les syndicats les plus bêtes, les plus minables, les plus bornés». Que dire alors du patronat ?

Posté par werdna à 00:04 - Economie - Emploi - Insertion - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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