samedi 17 mai 2008
CRISE DE LA PÊCHE. -- La vague de colère monte
SUD-OUEST 16 Mai 2008

Blocage à la Rochelle
CRISE DE LA PÊCHE. --Excédés par l'envolée du prix du gazole, des pêcheurs de Charente-Maritime et d'Arcachon rejoignent le mouvement parti de Vendée
Ce n'est pas le brasier de novembre 2007 qui avait conduit le ministre de l'Agriculture et de la Pêche à signer un plan d'aide à la pêche professionnelle de 310 millions d'euros. Mais le nouveau mouvement de colère parti samedi dernier du port vendéen des Sables- d'Olonne menace aujourd'hui de s'étendre.
Le blocus du port de pêche de La Rochelle, en Charente-Maritime, illustre cette montée en puissance de la contestation. Mardi, en fin de journée, une poignée de matelots et patrons de pêche locaux avaient bloqué l'accès au port de pêche charentais. Dans la soirée, un chalutier qui avait écourté sa marée s'était amarré dans le chenal d'accès au bassin à flot du port de commerce, pour perturber le trafic des cargos.
Hier à la mi-journée, les évènements allaient crescendo : les cornes de brume hurlaient pour signaler dans un boucan de tous les diables l'entrée dans le havre d'échouage du Vieux-Port, le bassin historique du centre-ville, d'une quinzaine de navires côtiers. Entre les deux tours s'alignait la coque bleue de l'« Ouragan », un petit chalutier de moins de 20 mètres qui tirait un câble bloquant l'accès au site. Un bassin que fréquentent les plaisanciers, mais aussi les bus de mer et bateaux-passeurs qui font le taxi entre le centre rochelais et des points plus éloignés de l'ensemble portuaire.
« Insuffisant et trop flou ». Les marins sont unanimes : ils considèrent que le plan pêche de 310 millions est insuffisant et encore trop flou dans certaines de ses modalités d'exécution. Mais les pêcheurs semblent toutefois encore divisés sur l'opportunité de nouveaux mouvements de grève, comme le suggèrent les propos glanés auprès de certains marins rochelais qui dénonçaient l'attentisme des comités locaux et régionaux des pêches.
Autre élément éclairant : la situation observée hier dans le plus important port de Charente-Maritime, La Cotinière, dans l'île d'Oléron. Les plus gros chalutiers de cette flottille, ceux qui s'engagent pour des marées d'au moins deux jours, sont rentrés hier au port, en signe de solidarité. Mais ce mouvement de retour était impulsé par la pression des matelots eux-mêmes plutôt que par le choix des patrons, indiquait-on sur le quai, où le poisson était encore débarqué dans l'après-midi.
Il ne faut toutefois pas imaginer que la colère est ici plus ouatée qu'à Cherbourg (Manche), où sept des dix bateaux hauturiers ont décidé de rester à quai en mai et juin, en raison de l'envolée des prix du gazole. La température monte ici comme au Croisic ou à La Turballe, les ports de Loire-Atlantique où des réunions de crise sont prévues demain pour décider d'éventuels mouvements.
Rejets et Natura 2000 en mer. À La Cotinière, le directeur de l'Organisation de producteurs alimentait hier le désespoir en rendant compte de la réunion de la Fédération des organisations de producteurs de pêche artisanale à laquelle il participait la veille à Paris. « Les documents de la Commission européenne ont été épluchés. Il apparaît que sur les cinq prochaines années, les producteurs ne devront pas avoir plus de 10 % de rejets. Difficile à mettre en place pour les chalutiers ! tempête Éric Renaud. L'Europe n'a pas encore compris qu'on ne pouvait pas techniquement pêcher des langoustines de 10 centimètres sans attraper le petit poisson qui est autour. Elle oublie aussi les efforts consentis par les professionnels depuis quatre ans pour mettre au point et utiliser des filets plus sélectifs. »
Le second sujet de mécontentement, « la couche qui se rajoute sur un millefeuille devenu indigeste », c'est l'extension en mer du périmètre Natura 2000. Les pêcheurs charentais comme leurs collègues du sud du golfe de Gascogne sont directement concernés. Ils déplorent ne pas avoir de réponse précise de la Direction régionale de l'environnement lorsqu'ils demandent les sources scientifiques qui ont guidé la délimitation des périmètres.
Ils soulignent enfin qu'il leur est impossible de produire avant l'été des études démontrant que leurs pratiques n'ont pas d'impact sur les espèces et habitats protégés.
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