jeudi 15 mai 2008
Sévice du travail obligatoire
Jean-Luc Porquet - Le Canard Enchaîné du mercredi 14 mai
Le plus délirant dans l’affaire, c’est qu’ils en parlent sérieusement, dans les salons gouvernementaux, entre gens sensés et responsables !
Leur obsession : appliquer la promesse électorale de Sarkozy selon laquelle ces flemmards de chômeurs ne pourront plus refuser deux boulots de suite, sans quoi ils seront virés de l’ANPE et des Assedic, et des statistiques. Et donc, définir ce qu’est un emploi « acceptable », une offre « valable », « raisonnable ».
Et déjà des pistes merveilleuses s’ouvrent : un emploi « acceptable », ce sera un emploi moins bien payé que le précédent. Le chômeur devra « accepter » 80% de ce qu’il touchait avant. Formidable, non ? Tout augmente, le prix du logement, des aliments, de l’essence et du gaz, le salaire de Sarkozy, les bénefs des entreprises du CAC40, les parachutes dorés… nos dirigeants ne cessent d’invoquer la croissance, de prétendre nous faire « gagner plus » et les seuls qui doivent accepter la décroissance de leurs revenus, ce sont les chômeurs ! Des sous-hommes, au fond.
Un autre belle idée : un emploi est acceptable s’il ne se trouve pas à plus de deux heures, ou d’une heure, ou de 30 kilomètres – c’est encore flou – du domicile du chômeur. A pied, à cheval, en bagnole, qu’il y ait ou non des transports en commun, que le chômeur se débrouille, qu’il paie l’essence, ça fera marcher l’industrie automobile et les affaires, et la croissance du CO2.
Mais le plus admirable, l’idée sous-jacente qu’il s’agit de faire avaler, après l’avoir rendue présentable à coup de bla-bla et d’enfumage, et des formulations selon lesquelles cet emploi devra être « compatible avec la formation » du chômeur, tu parles, c’est de l’obliger à accepter un boulot qui n’ait rien à voir avec son parcours, ses compétences, son histoire personnelle. Il faut bien être « flexible », non ? Mobile. S’adapter. Ne pas s’accrocher bêtement à ce qu’on sait faire, à ce qu’on aime faire, à ce qu’on a envie de faire. Voilà à quoi mène l’éloge chaque jour martelé de la liberté des affaires : au travail obligatoire. Plus le marché se veut libre, plus il a besoin d’hommes serviles.
Mais le problème des serfs, c’est qu’en général, ils détestent leur servitude. T leur patron. Et le boulot qu’on leur impose. Alors ils cherchent à se venger de leur condition. Les aides cuistots pissent dans la soupe au potiron. Les bonnes piquent dans le tiroir de la patronne. Les manœuvres cochonnent les finitions. Certains même rêvent de révolution.
Absentéisme, arrêt-maladie, rapine : les hommes au rabais font du travail au rabais. Même les sales boulots peuvent se faire salement, c’est bien connu. Et ce sera évidemment les sales boulots qu’on ordonnera aux chômeurs de trouver « acceptables ». On l’avait déjà dit ici, quand Sarkozy avait lancé cette idée de petit caporal : non seulement les chômeurs sont déjà soumis à des contrôles sévères (le nombre annuel des radiations en fait foi), mais ils sont aussi déjà sanctionnés en cas de refus d’emplois correspondant à leur formation. En rajouter, c’est ajouter de l’humiliation. Humiliez, humiliez, il en restera toujours quelque chose…
Sévice du travail obligatoire
Jean-Luc Porquet - Le Canard Enchaîné du mercredi 14 mai
Le plus délirant dans l’affaire, c’est qu’ils en parlent sérieusement, dans les salons gouvernementaux, entre gens sensés et responsables !
Leur obsession : appliquer la promesse électorale de Sarkozy selon laquelle ces flemmards de chômeurs ne pourront plus refuser deux boulots de suite, sans quoi ils seront virés de l’ANPE et des Assedic, et des statistiques. Et donc, définir ce qu’est un emploi « acceptable », une offre « valable », « raisonnable ».
Et déjà des pistes merveilleuses s’ouvrent : un emploi « acceptable », ce sera un emploi moins bien payé que le précédent. Le chômeur devra « accepter » 80% de ce qu’il touchait avant. Formidable, non ? Tout augmente, le prix du logement, des aliments, de l’essence et du gaz, le salaire de Sarkozy, les bénefs des entreprises du CAC40, les parachutes dorés… nos dirigeants ne cessent d’invoquer la croissance, de prétendre nous faire « gagner plus » et les seuls qui doivent accepter la décroissance de leurs revenus, ce sont les chômeurs ! Des sous-hommes, au fond.
Un autre belle idée : un emploi est acceptable s’il ne se trouve pas à plus de deux heures, ou d’une heure, ou de 30 kilomètres – c’est encore flou – du domicile du chômeur. A pied, à cheval, en bagnole, qu’il y ait ou non des transports en commun, que le chômeur se débrouille, qu’il paie l’essence, ça fera marcher l’industrie automobile et les affaires, et la croissance du CO2.
Mais le plus admirable, l’idée sous-jacente qu’il s’agit de faire avaler, après l’avoir rendue présentable à coup de bla-bla et d’enfumage, et des formulations selon lesquelles cet emploi devra être « compatible avec la formation » du chômeur, tu parles, c’est de l’obliger à accepter un boulot qui n’ait rien à voir avec son parcours, ses compétences, son histoire personnelle. Il faut bien être « flexible », non ? Mobile. S’adapter. Ne pas s’accrocher bêtement à ce qu’on sait faire, à ce qu’on aime faire, à ce qu’on a envie de faire. Voilà à quoi mène l’éloge chaque jour martelé de la liberté des affaires : au travail obligatoire. Plus le marché se veut libre, plus il a besoin d’hommes serviles.
Mais le problème des serfs, c’est qu’en général, ils détestent leur servitude. T leur patron. Et le boulot qu’on leur impose. Alors ils cherchent à se venger de leur condition. Les aides cuistots pissent dans la soupe au potiron. Les bonnes piquent dans le tiroir de la patronne. Les manœuvres cochonnent les finitions. Certains même rêvent de révolution.
Absentéisme, arrêt-maladie, rapine : les hommes au rabais font du travail au rabais. Même les sales boulots peuvent se faire salement, c’est bien connu. Et ce sera évidemment les sales boulots qu’on ordonnera aux chômeurs de trouver « acceptables ». On l’avait déjà dit ici, quand Sarkozy avait lancé cette idée de petit caporal : non seulement les chômeurs sont déjà soumis à des contrôles sévères (le nombre annuel des radiations en fait foi), mais ils sont aussi déjà sanctionnés en cas de refus d’emplois correspondant à leur formation. En rajouter, c’est ajouter de l’humiliation. Humiliez, humiliez, il en restera toujours quelque chose…

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