jeudi 15 mai 2008
Question de confiance
Edito LE MONDE | 14.05.08 | 13h29
Quelle ironie de l'histoire ! Mardi, en fin de journée, Jacques Chirac recevait au Centre Pompidou ses anciens conseillers à l'Elysée pour leur exprimer sa "reconnaissance" pour le travail accompli avec lui, à l'Elysée, pendant ses douze années de mandat. Une heure auparavant, son successeur, Nicolas Sarkozy, venait d'enregistrer à l'Assemblée nationale un camouflet spectaculaire : faute d'une mobilisation suffisante de sa majorité, le projet de loi sur les OGM était rejeté, après l'adoption surprise d'une motion de procédure défendue par la gauche.
Et l'on voit. Un président qui entendait assumer pleinement ses responsabilités et "gouverner". Et qui gouverne mal, trop solitaire, trop impulsif, incapable de déléguer et de faire confiance au-delà du cercle trop étroit de ses principaux conseillers.
Un président qui s'était imposé comme l'incontestable "patron" de la droite française. Et qui se montre impuissant à tenir ses troupes parlementaires, en dépit de vigoureux rappels à l'ordre dont le plus récent remonte à moins d'une semaine.
Un président qui allait réformer la France, sans craindre de la bousculer. Et dont les initiatives se heurtent trop souvent, même quand elles sont pertinentes, aux réticences, voire au rejet.
Un président enfin qui n'hésitait pas, il y a un an, à faire la leçon à ses voisins européens, trop timorés à ses yeux. Et qui est aujourd'hui rappelé à l'ordre par la Commission de Bruxelles, inquiète des dérapages de nos finances publiques, lourdement déficitaires.
A quelques semaines de la présidence française de l'Union, sur laquelle mise le chef de l'Etat pour redorer son blason, c'est un autre camouflet, tout aussi cinglant. Nicolas Sarkozy l'a dit et répété : il n'entend pas "changer de stratégie". Dont acte. Cela n'interdit pas de lui suggérer de changer de méthode. C'est, à l'évidence, la condition nécessaire pour retrouver la confiance du pays, indispensable à l'action.
Nul doute que l'ancien président a dû savourer ce moment. Il y a un an, Nicolas Sarkozy ne manquait pas une occasion de fustiger les prudences, les velléités, les louvoiements des années Chirac, pour mieux vanter sa propre énergie et son volontarisme à toute épreuve. On allait voir ce qu'on allait voir, ne cessait-il de clamer.

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