mercredi 14 mai 2008
Copé sur la sellette après le rejet momentané de la loi OGM
NOUVELOBS | 14.05.2008 | 10:52
Nicolas Sarkozy et François Fillon auraient appelé le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, peu après le vote de la motion de procédure PCF, pour "lui passer un savon". Les ministres seraient également très remontés contre le maire de Meaux, accusé de ne pas assez "tenir ses troupes".
Après le rejet momentané, mardi 13 mai, du projet de loi sur les OGM, la majorité UMP connaît de nouveau quelques difficultés après toute une série de couacs gouvernementaux. Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, est dans une position particulièrement délicate, d'autant qu'il était déjà critiqué à l'Elysée. En effet, les troupes de la majorité ne se sont que peu mobilisés puisque la motion de procédure PCF a été votée à une seule voix de majorité, signe que les députés UMP n'étaient pas assez nombreux dans l'hémicycle. Le groupe avait pourtant promis, à la mi-journée, d'être "mobilisé" sur le texte. Selon plusieurs sources, Nicolas Sarkozy et François Fillon auraient aussitôt téléphoné à Jean-François Copé pour "lui passer un savon".
"On va tous vous trancher la gorge" - Après ce coup de tonnerre, alors que la gauche exultait, les députés de droite et le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, affichaient une mine déconfite.
Ils ont tenté de faire contre mauvaise fortune bon cœur en annonçant aussitôt que le texte reprendrait son cours au plus vite et serait définitivement voté dans les prochaines semaines.
Cette nouvelle tension dans la majorité intervient moins d'une semaine après le rappel à l'ordre lancé par Nicolas Sarkozy aux députés UMP qu'il recevait à l'occasion du premier anniversaire de sa victoire.
Sitôt le texte rejeté, la chasse au coupable a commencé et de nombreux regards se sont d'emblée tourné vers Jean-François Copé, accusé de ne pas mobiliser suffisamment ses troupes.
"On va tous vous trancher la gorge", aurait ainsi lancé, dans un sourire figé, un ministre à l'un des proches de Jean-François Copé dans les couloirs de l'Assemblée. "Il y a quand même un problème de gestion du groupe", a déclaré à l'AFP une source gouvernementale.
"Si Sarkozy peut se débarrasser de Copé à cette occasion, il n'hésitera pas", a estimé une autre source.
Après l'épisode Kosciusko-Morizet … Selon Le Canard Enchaîné, Jean-François Copé avait déjà beaucoup agacé le chef de l'Etat, fin avril, en déclarant qu'il n'existait pas de majorité au sein du groupe UMP pour voter, en l'état, le texte sur la réforme des institutions. A l'automne, l'Elysée n'avait pas non plus apprécié plusieurs "manquements" de la majorité sur les tests ADN, le financement du Nouveau Centre ou encore pendant les débats sur le projet de loi Sécu.
Jean-François Copé avait toutefois réussi à redresser la barre en se faisant accepter par ses troupes au départ critiques et en s'imposant comme l'un des hommes forts de la majorité.
Le texte sur les OGM réussit décidément mal à la majorité. En première lecture, les déclarations de Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie), accusant son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo, et Jean-François Copé de "lâcheté", avaient entraîné un psychodrame au Palais Bourbon.
"De bonne guerre" - Alors que son entourage semblait abattu, Jean-François Copé a lancé: "j'assume mes responsabilités. Les blâmes, j'y suis habitué. La définition de 'tenir son groupe' est beaucoup plus complexe que certains ne le pensent".
"C'est une manœuvre de l'opposition, même si j'ai bien compris qu'elle était de bonne guerre", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Les derniers décomptes faisaient état de 105 députés présents à droite et 75 à gauche. Nous n'étions donc pas inquiets. On ne comprend pas comment on arrive à ce résultat", a-t-on avancé dans l'entourage de Jean-François Copé avant d'ajouter: "c'est la preuve que le groupe UMP est vraiment très divisé sur les OGM".
Cette passe d'armes gauche-droite tombe au plus mal à une semaine du débat sur la réforme constitutionnelle, qui nécessite un consensus ou du moins la neutralité bienveillante de la gauche. (avec AFP)
"On va tous vous trancher la gorge", : Il devient de plus en plus dangereux d'être député ....et à quoi ca sert de voter ?
Modestie démocratique
Ouest-France – 14/05/08 – Edito de Jacques Le Goff, Professeur de droit public
Et si la modestie était l'une des caractéristiques de la démocratie ? Le rapprochement ne va pas de soi. La démocratie n'est-elle pas, en effet, le projet le plus ambitieux qui soit tendu vers la conquête de l'égalité, de la liberté et de la justice contre la pente naturelle du monde ?
Pourtant, dès novembre 1948, c'est-à-dire en pleine période de reconquête démocratique, Albert Camus n'hésitait pas à soutenir que « la démocratie, c'est l'exercice social et politique de la modestie ». Un propos surprenant pour l'époque et pour nous, aujourd'hui, quarante ans après Mai 1968 ! Mais il s'agit d'un propos d'une grande justesse, de nature à éclairer notre époque d'un triple point de vue.
Celui de l'action publique, tout d'abord. Les responsables doivent prendre en compte un nombre croissant de variables internes et externes, alors qu'ils sont invités à mettre en oeuvre une bonne « gouvernance ». Ce qui veut dire que l'État ne peut plus se comporter comme s'il était l'acteur dominant du jeu social. Ses moyens demeurent considérables, mais il lui revient de susciter, d'accompagner, d'aider la prise en charge, par la société, de son propre destin. Le récent accord sur la représentativité syndicale est, par exemple, riche de promesses, à supposer que les syndicats consentent à intégrer, dans leur démarche, la nécessité de penser ensemble les exigences du social et de l'économique.
Toute la difficulté est de parvenir à des compromis qui ne sacrifient aucun des deux termes de l'équation. Les associations - spécialement celles qui interviennent dans le social et le culturel - contribuent, elles aussi, très efficacement à l'oeuvre de justice qui veut que nul ne soit oublié dans la répartition des biens communs. Dans ce rapport à la société, l'« État modeste », cher à Michel Crozier, n'est nullement un État faible ni, a fortiori, démissionnaire, mais un État animateur, alignant son action sur l'idéal du service public de l'État républicain de la fin du XIXe siècle. Un État « serviteur » de la nation.
On s'étonnera, dès lors, de l'arrogance de certains responsables publics, au plus haut niveau, si manifestement oublieux du renoncement lié à leur charge, et qui impose le relatif effacement de leur personne derrière la mission qui leur a été confiée.
Le troisième point de vue est celui des droits fondamentaux dont la conception, aujourd'hui dominante, s'interprète sur le mode « j'ai bien le droit de... ». Ce qui tend à faire perdre de vue leur raison d'être collective, justement dans l'esprit de la modestie démocratique. Prenons le cas de la liberté d'expression. Elle vaut, bien sûr, pour elle-même à titre individuel. Mais elle vaut au moins autant pour la contribution qu'elle apporte au débat public où l'on recherche un consensus sur des règles de vie commune. La modestie, dans l'expression des convictions, exprime cette capacité à entrer dans les vues d'autrui pour parvenir à une vérité plus ample.
En cela, dit Camus, « le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d'ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné ». Bref, qu'il « a besoin de consulter les autres ». Modestie et démocratie, même combat, aurait-on dit en Mai 68. Encore faut-il, aujourd'hui, qu'on ait encore des convictions à défendre... passionnément.
Touche pas à ma plaque
SUD-OUEST 13 Mai 2008-
IMMATRICULATION. --Les départements font de la résistance et veulent garder leur code d'identification sur les nouvelles plaques minéralogiques. Vos réactions en ligne sur notre FORUM
C'était au départ une banale réforme qui ne pouvait que recueillir l'assentiment général, puisqu'elle va simplifier les formalités de délivrance de la carte grise et mettre fin aux attentes interminables à la préfecture pour se procurer le précieux document Or, voilà que ça devient une affaire d'État. Pis, la fronde parlementaire qu'elle suscite menace de se transformer en révolte populaire.
De quoi s'agit-il ? Le ministère de l'Intérieur, arguant du fait que le dispositif actuel d'immatriculation va arriver à saturation d'ici 2016 pour la région parisienne et qu'il est difficilement adaptable à de nouvelles fonctionnalités, notamment une plus grande ouverture sur Internet, a décidé de modifier le système en s'inspirant d'un modèle européen déjà appliqué en Espagne, en Allemagne ou encore en Italie. Les démarches, pour les automobilistes, seront considérablement simplifiées et pourront s'effectuer à distance, par téléservices.
Encombrement. L'affaire n'est pas moindre quand on sait que, chaque année, 13 millions de cartes grises sont délivrés, dont 3 millions pour les achats de véhicules neufs et plus de 6 millions pour des véhicules d'occasion changeant de mains. En tout, selon le ministère, ce sont pas moins de 23 millions d'opérations liées à des immatriculations qui sont réalisées annuellement. Le principe du nouveau système d'attribuer un numéro à vie au véhicule, de sa mise en service jusqu'à sa destruction, réduira le nombre de ces formalités.
La nouvelle numérotation alphanumérique adoptée se composera de sept caractères : 2 lettres suivies de 3 chiffres puis 2 lettres, les blocs étant séparés par un tiret (par exemple AA - 123 - AA). Ce nouveau type d'immatriculation interviendra au 1er janvier 2009 pour les véhicules neufs et à partir du 1er mars pour les véhicules d'occasion lors d'un changement de propriétaire ou d'adresse entraînant un renouvellement de carte grise. Avec ce type d'immatriculation, le propriétaire du véhicule, même s'il change de département, n'aura plus à le faire modifier, puisque la localisation n'apparaîtra plus.
Facultatif ou obligatoire ? Et c'est là que le bât blesse. Le ministère de l'Intérieur a prévu, sur la droite de la plaque, un espace où pourront figurer, le cas échéant, le numéro du département et le logo de la région d'appartenance « compte tenu de l'attachement de certains automobilistes à leur territoire », précise joliment le communiqué du ministère.
Mais cette possibilité est seulement facultative et a déclenché le courroux de 80 parlementaires qui accusent la Place Beauvau d'être à côté de la plaque. Ils partent en croisade contre cette disposition au nom de l'identité des départements.
« Ce numéro de localisation, comme le code postal, contribue à l'identification du département. On peut même dire qu'il relève d'un patrimoine éducatif commun, car c'est souvent en lisant ces numéros que les enfants, en voiture, apprennent les départements. Enfin, c'est aussi un élément de vigilance routière car, lorsque vous suivez un automobiliste qui n'est pas du département, vous intégrez aussitôt le fait qu'il peut avoir une méconnaissance de la route. Autant de bonnes raisons pour que ce numéro de localisation figure obligatoirement sur la plaque », plaide Alain Vidalies, député socialiste des Landes et rallié de la première heure au collectif parlementaire baptisé Jamais sans mon département, lancé à l'initiative de son collègue des Bouches-du-Rhône Richard Mallié.
Pétition sur le Net. Sans attendre la fronde des parlementaires, certains départements, comme celui de Charente-Maritime ont déjà manifesté leur hostilité, et le Conseil général du Pas-de-Calais a l'intention de faire imprimer des T-shirts pour cet été, proclamant « Ch'ti 62, c'est nous ».
Le collectif parlementaire a décidé d'ouvrir un site Internet pour lancer une « pétition citoyenne », espérant faire plier le gouvernement afin qu'il rende obligatoire la mention du département, dans des caractères similaires à ceux de l'immatriculation.
Les élus ne doutent pas de l'issue de leur croisade, plus de 70 % des provinciaux, selon un sondage réalisé à l'automne dernier, regrettant la disparition du code départemental. Les députés, qui sont souvent également conseillers généraux, voient une autre bonne raison de ne pas céder de terrain. Ils n'oublient pas que, récemment encore, la commission Attali préconisait la disparition des départements au profit des régions. « Il ne serait pas étonnant que cette histoire de plaques minéralogiques soit une manière de sonder la réaction des Français », soupçonne Alain Vidalies.
Ce n'est pas (complètement) "foutu"

Enorme surprise à l'Assemblée nationale: le projet de loi controversé sur les OGM a été rejeté !
Guillaume Launay -LIBERATION mardi 13 mai 2008
Le projet de loi controversé sur les OGM a été rejeté mardi par l'Assemblée nationale, après l'adoption surprise, à une voix près (136 contre 135) d'une "motion de procédure" PCF défendue par André Chassaigne, ce qui entraîne automatiquement la fin de l'examen du texte.
Mais le gouvernement ne renonce pas et devrait passer en force.
Décidément, rien ne se passe jamais comme prévu sur le projet de loi OGM. La majorité qui espérait que la deuxième lecture, hier à l’Assemblée nationale, ne serait qu’une formalité, a vite déchanté. En fin d’après-midi, une question préalable a été votée à la surprise générale par 136 voix contre 135, interrompant de fait l’examen du projet de loi.
Le député communiste André Chassaigne savoure: «Ce vote est assez exceptionnel. Le gouvernement et la majorité récoltent ce qu’ils ont semé. Ils ont refusé un vote solennel sur ce texte OGM, on s’engageait dans une discussion en sachant qu’ils occulteraient tout débat. Cela démontre que ce texte n’est pas prêt.» La majorité va finir par lui en vouloir, au député Chassaigne: c’était déjà lui qui avait soutenu en première lecture l’amendement 252, adopté en séance de nuit et qui restreignait les cultures OGM. C’est encore lui qui, hier, a défendu la question préalable.
Est-ce l’influence du pique-nique sans OGM organisé aux abords de l’Assemblée à l’heure du déjeuner par les associations de défense de l’environnement ? En tout cas, dès la reprise des débats, l’ambiance est assez tendue dans l’hémicycle entre une majorité et un gouvernement qui souhaitent en finir au plus vite et une opposition bien décidée à faire durer les discussions, en déposant plus de 800 amendements.
En introduction, Jean-Louis Borloo appelle à voter le texte - en fait l’article 1, le seul restant à débattre après le passage au Sénat - en l’état. «Nous bâtissons ensemble un compromis», renchérit la secrétaire d’Etat Nathalie Koscisuko-Morizet. Un compromis pas du goût de l’opposition qui dénonce d’entrée le refus d’un scrutin public.
«On voit bien que plus vite le train des OGM passera pour la majorité, mieux elle s’en portera» souligne François Brottes (PS). «Vous avez honte de votre propre vote» ajoute Yves Cochet (Verts), sous les huées de l’UMP.
Après le rejet d’une première motion de procédure, la question préalable défendue par André Chassaigne est finalement mise au vote et adoptée d’une voix — la présidente socialiste de séance elle-même semble ne pas en revenir en proclamant le résultat. Consternation sur les bancs de l’UMP face au tonnerre d’applaudissements des députés de l’opposition.
Ces derniers se précipitent à la sortie de l’hémicycle pour commenter : «Le gouvernement est clairement désavoué, sourit Germinal Peiro (PS), encore tout étonné. C’est une belle victoire pour l’opposition, ça montre notre mobilisation sur ce texte.» Les députés socialistes se mettent alors à conciliabuler pour décrypter la portée concrète de ce vote sur l’avenir du texte. L’UMP sort à son tour pour dédramatiser. «Il faut accepter cette péripétie, très désagréable pour la majorité», confie Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, avant d’expliquer que le texte n’est pas condamné.
Jean-François Copé, tout en esquivant les questions sur le manque d’élus UMP dans l’hémicycle au moment du vote, tente de garder le sourire: «Ce n’est quand même pas le drame absolu!» Même son de cloche de Roger Karoutchi, ministre des Relations avec le Parlement: «Le PS n’a rien gagné du tout, le texte n’est pas rejeté.»
Dans la foulée, un communiqué de François Fillon annonce la convocation d’une commission mixte paritaire pour examiner le texte, sans doute pour mercredi après-midi. Impensable pour l’opposition: «Le gouvernement a certes le pouvoir de passer en force, constate Jean-Marc Ayrault. Mais faire ça après cette sanction politique, une semaine avant le projet de réforme des institutions, ce serait un mauvais signe. Il faut que le gouvernement revoie sa copie.»
Les deux groupes de l’opposition ont sollicité une audience au président de la République pour lui demander d’ «écouter le Parlement». Le député UMP Lionel Tardy, lui, ne cache pas sa frustration: «Après les discussions que j’ai eues avec les députés de base, ça ne m’étonne pas. Moi j’allais voter contre ce texte. Il y a eu un manque de pédagogie du gouvernement. Ça fait plusieurs fois que je dis, attention, le vote n’est pas acquis. Mais en réunion de groupe ce matin, on n’en a parlé que trente secondes.» Résultat, on risque de reparler de ce texte bien plus longuement dans les semaines à venir.
Les « Motions de procédure » : un rituel qui aboutit très rarement
Les motions de procédure, à l’origine mardi du rejet par l’Assemblée nationale du texte sur les OGM, permettent aux députés opposés à un texte de faire entendre leur voix, mais elles n’aboutissent que dans des cas rarissimes.
Il y a trois types de motions qui sont discutées en début d’examen du projet ou de la proposition de loi.
L’exception d’irrecevabilité, au début de la discussion générale du texte, met en cause la constitutionnalité du texte. Son adoption provoque le rejet du texte.
La question préalable (celle du texte OGM) tend à en contester l’utilité ou l’opportunité, également au début de la discussion générale. Son adoption provoque également le rejet du texte.
Le renvoi en commission, à la fin de la discussion générale, interrompt l’examen en séance publique et renvoie le texte devant la commission compétente qui doit faire un nouveau rapport.
Le rejet du texte par motion de procédure n’implique pas pour autant la fin de son examen par le Parlement, comme le précise l’article 109 du règlement de l’Assemblée nationale, ce qui a permis au gouvernement, dans le cas du texte sur les OGM, de convoquer une commission mixte paritaire (CMP), où sept députés et sept sénateurs seront chargés dès mercredi après-midi de trouver un accord sur le texte.
L’accord qui sera éventuellement trouvé par les députés et sénateurs en CMP doit ensuite être soumis à un nouveau vote à l’Assemblée et au Sénat. A ce moment, seul le gouvernement détiendra encore un pouvoir d’amendement.
De 1961 à 1998, six textes ont été rejetés par l’adoption d’une motion de procédure hostile.
Les ministres des Finances de la zone euro dénoncent les salaires "scandaleux" de certains patrons
BRUXELLES (AFP) - 13 mai 2008 | du journal La Suisse de Vaud
Les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) ont dénoncé mardi soir les augmentations de salaires "scandaleuses" que s'attribuent certains dirigeants d'entreprises et envisagent de prendre des mesures fiscales pour contrer ce phénomène.
"Nous pensons que les dérapages excessifs sur les salaires que nous avons pu observer dans plusieurs pays sont proprement scandaleux et regardons quels moyens (utiliser) pour lutter contre ces excès là", a déclaré le président de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à l'issue d'une réunion du forum à Bruxelles.
Les pays européens envisagent en particulier d'imposer fiscalement les primes de départ versées sous différentes formes aux dirigeants qui quittent leurs fonctions, telles que les "golden handshake" (poignée de main dorée) et autre "golden parachute" (parachute doré), a-t-il ajouté. En règle générale, ces primes sont aujourd'hui non imposables car présentées comme des frais généraux, a précisé M. Juncker, qui a dénoncé un véritable "fléau social". Les pays de la zone euro suivraient en cela l'exemple des Pays-Bas qui sont les premiers en Europe à avoir pris des mesures de ce type.
Les parachutes dorés et autres primes de départ importantes doivent être ainsi taxés dans ce pays à hauteur de 30% pour les personnes dont le salaire annuel dépasse les 500.000 euros, à condition que la prime soit supérieure au salaire annuel.
"Nous courons le risque de ne plus être compris par nos concitoyens si nous leur adressons d'un côté des appels incessants à la modération salariale" pour freiner l'inflation et que de l'autre les chefs d'entreprise font l'inverse, a argumenté M. Juncker. "Il n'est plus acceptable qu'un certain nombre de dirigeants bénéficient de parachutes dorés sans relation avec les performances mesurables" de leurs sociétés, a ajouté le ministre des Finances et Premier ministre luxembourgeois.
Tous les pays de la zone euro ont été invités à faire connaître à la Commission ce qu'ils font déjà ou envisagent de faire pour lutter contre "ces comportements extravagants". Le sujet doit concerner toute l'Union européenne et, au-delà, "une action internationale s'impose", selon M. Juncker.
"Nous voudrions que l'UE donne l'exemple et entraîne les autres", a ajouté M. Juncker.
Le sujet suscite des polémiques récurrentes en Europe, d'autant que le pouvoir d'achat des salariés tend lui à se tasser, voire à baisser du fait de l'envolée des prix.
La Belgique songe depuis peu à plafonner les salaires des patrons des sociétés publiques. Une décision prise après une controverse autour des émoluments du PDG de l'opérateur Belgacom, Didier Bellens, augmenté de presque un million d'euros l'an dernier.
En Allemagne, le parti social-démocrate, membre de la coalition au pouvoir, entend aussi proposer des mesures incitatives pour limiter les salaires des grands patrons. Les salaires du directoire du groupe Daimler, par exemple, ont bondi de plus de 45% l'an dernier, année du divorce entre le constructeur automobile allemand et l'américain Chrysler.
Et les revenus de Josef Ackermann, le patron de la première banque allemande Deutsche Bank, se sont élevés l'an dernier à 13,98 millions d'euros.
En France, selon une étude publiée en début d'année près de trois patrons sur quatre de grandes sociétés françaises ont gagné 40% de plus en 2007 qu'en 2006.
20 organisations écrivent à Fillon contre les nouveaux programmes de l'école primaire
20 minutes 13/05/08
Les 20 organisations (syndicats, parents, associations) unies contre le projet de programmes de l'école primaire
(>> pour savoir ce qui va changer pour votre enfant en primaire, cliquez ici) de Xavier Darcos depuis le 6 mars ont demandé dans un courrier à François Fillon rendu public ce mardi que «s'engage le temps d'une concertation approfondie».
Dans cette lettre au Premier ministre datée du 6 mai, les 20 organisations dont la pétition «Programmes du primaire: copie à revoir» a déjà recueilli près de 33.000 signatures, regrettent «l'absence totale de dialogue» sur ce sujet.
«Un seul angle de vue»
Or, rappellent les organisations, Nicolas Sarkozy avait lui-même exprimé dans une tribune au «Monde» daté du 18 avril sa volonté de «s'appuyer sur le dialogue social pour conduire les réformes». «Comment comprendre que vous souhaitiez “l'existence de syndicats forts et représentatifs” et que les organisations syndicales du premier degré qui représentent plus de 85% des voix aux élections professionnelles soient écartées de toute discussion approfondie au sujet des programmes d'enseignement ?», interrogent-elles.
Les organisations regrettent en outre que l'analyse faite par le ministère de l'Education des 50.000 consultations d'enseignants sur ces programmes, selon elles, «ne comporte qu'un seul angle de vue» et «ne puisse faire l'objet d'aucune rencontre pour un échange constructif».
Une marche pour la dignité
PAR Politis Samuel Lehoux lundi 12 mai 2008
A l’initiative du collectif des sans papiers du Nord, une trentaine de travailleurs sans papiers ont marché de Lille à Paris pour protester contre leur situation. Retour sur un périple de trois semaines qui aura été une véritable réussite militante.
« Nous n’en pouvions plus de vivre en cachette et dans la clandestinité, nous qui travaillons pourtant depuis des années ». Face à cette situation, le collectif des sans papiers du Nord (CSP 59) a décidé de prendre le contrepied de la clandestinité en s’exposant au grand jour. Partis le 19 avril dernier de Lille, une trentaine de personnes sans papiers se lancent dans un parcours de 200 kilomètres à pied vers Paris et se mobilisent ainsi de façon visible pour demander leur régularisation. Un pari risqué, puisqu’ils peuvent à tout moment être arrêtés.
Les marcheurs prennent donc la route, pas franchement sereins. Mais très rapidement, le soutien populaire leur fait oublier le contexte ultra répressif qui les avait motivé à battre le pavé pour retrouver leur dignité. Tout au long du parcours, leur conviction de mener un combat juste est renforcée par l’écho positif renvoyé par la population. « Partout où on est passé, des nobles citoyens se sont montrés proches et solidaires. De Valencienne à Douai, Lens, Amiens, on a toujours été impeccablement reçu, et à chaque étape, la population nous a accueilli très généreusement », se rappelle avec joie Mamadou Compo, le porte parole des marcheurs du CSP 59. D’autres marcheurs se souviennent aussi de ces personnes qui, spontanément, les accueillaient chez eux, « toujours avec enthousiasme ».
Pour leur dernière semaine de marche, le groupe a poursuivi l’aventure autour de Paris, avec à chaque étape, de Saint-Denis le 4 mai, à Nanterre le vendredi 9, des rassemblements qui confirment le succès de leur initiative. Comme prévu, les marcheurs sont rentrés dans Paris le samedi 10 mai, cette fois-ci à la tête d’une manifestation de convergence de toutes les luttes des sans-papiers, mobilisant cinq à six mille personnes. Une convergence symbolisée en fin de manifestation par une rencontre émouvante entre les marcheurs du Nord et d’autres personnes sans papiers tenant les piquets de grève devant un restaurant.
A la fin de cette dernière étape, Mamadou Compo et ses « camarades » ne cachent pas leur satisfaction. Ils retiendront surtout ce « magnifique élan de soutien de la population qui (leur) a donné la force nécessaire » pour dominer l’épreuve physique et « aller au bout de cette lutte ». Une lutte qui donne un peu plus de force à un mouvement désormais national et unitaire pour la régularisation de tous les sans-papiers

Extrait du Blog CSP 59
Dans chaque commune, les marcheurs du Nord sont accompagnés d’un cortège de soutien rassemblant de nombreuses associations et syndicats, ce qui, comme le confirme Mr Compo, leur « donne l’impression d’être protégés ». De la même façon, les portes de la plupart des mairies s’ouvrent à chaque arrivée des marcheurs ; les élus exprimant ainsi leur solidarité et leur soutien matériel à l’entreprise des travailleurs nordistes. Comble de la situation, l’engouement populaire pour les marcheurs amènera Mme Phillipo, adjointe UMP à la mairie de Valenciennes, à les recevoir au sein de l’Hôtel de Ville, leur promettant de faire réexaminer leurs dossiers par le préfet du Nord.Dessin de Pancho - Protection ...

Quand la police saisit tracts et journaux avant la visite de Nicolas Sarkozy
Libélyon – 13/05/08
La scène se déroule dans le centre-ville de Vienne (Isère), mardi en fin de matinée, une heure et demie avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat visite une usine à ce moment-là, et il est attendu ensuite dans la salle des fêtes de Vienne, pour participer à une table ronde sur "la modernisation de l'économie française".
Des militants veulent manifester aux abords. Certains du PS, d'autres du PCF, d'autres encore de la la LCR. Ils sont environ 150 à 200, selon un journaliste présent. Mais il y a également énormément de policiers en civil, sur la place et dans toutes les rues avoisinantes. Normal pour une visite présidentielle.
Sauf que le journaliste présent constate que les policiers sont en train de contrôler et fouiller les militants, et surtout de saisir tous leurs tracts, leurs autocollants, et même leurs journaux. Celui-ci a Rouge dans son sac ? Saisi. Celui-là l'Huma à la main ? Saisi également. Quelques jeunes gens de la LCR refusent de remettre leurs tracts, ils sont alors menottés et embarqués. Sous l'objectif d'un photographe...
