mardi 13 mai 2008
TEMOIGNAGE - Mort après une interpellation à Grasse: "Même un chien on ne le tue pas comme ça"
Par La rédaction du Post , le 12/05/2008
Sur Le Post, le père d'Abdelhakim Ajimi exprime sa douleur et son incompréhension après la mort, samedi, de son fils à Grasse.
Chez les Ajimi, à Grasse, la tristesse se mêle à l'indignation, la douleur à l'incompréhension. "Pour l'instant, sa mère et ses frères et sa soeur tiennent le coup, car la famille et les amis sont là" raconte au Post Boubaker Ajimi, 50 ans, père d'Abdelhakim. "Mais après, ça va être terrible."
Aujourd'hui lundi, deux jours après le drame, après la mort d'Abdelhakim suite à une interpellation policière en centre-ville de Grasse, sa famille n'a toujours pas revu son corps. "Peut-être qu'après l'autopsie (prévue demain mardi), nous pourrons."
Boubaker Ajimi est "déprimé." Il n'admet pas qu'on ait laissé son fils "comme ça, sans l'aider." Il raconte au Post.
Selon vous, que s'est-il passé?
"Les policiers s'y sont pris à trois pour frapper un jeune de 22 ans maigre comme un clou. Je ne comprends pas. Les témoins ont raconté. Ils sont presque une dizaine maintenant: Abdelhakim avait les pieds et les mains menottés quand les policiers l'ont frappé. Pourquoi? Ils pouvaient l'emmener comme ça. Ils se sont acharnés sur mon fils."
Comment l'expliquez-vous?
"Je ne l'explique pas. C'est de la haine. Cette haine qui fait beaucoup de problèmes partout. Attention, je ne dis pas qu'on ne doit pas être puni pour ses erreurs. Si mon fils a fait une bêtise, il doit payer, peut-être aller en prison, si la justice le décide. C'est normal. Mais là, là, ce n'est pas normal. On ne tue pas quelqu'un comme ça. Même un chien on ne le tue pas comme ça."
Qu'attendez-vous aujourd'hui?
"Je ne demande pas la lune: juste que la justice soit faite, tout simplement. Que la même loi s'applique à tous, ni plus ni moins, et que l'affaire ne soit pas étouffée. Parce que là la police veut nous faire croire que mon fils est mort pendant son transfert ou une fois arrivé au commissariat, mais les témoins l'ont dit: il était déjà mort, plus aucun de ses membres ne bougeait, quand il a été jeté à l'arrière de la voiture."
Votre fils avait-il déjà eu des problèmes avec la police?
"Des petites choses, c'est tout. Trois fois rien. C'était un jeune de maintenant, ni alcoolique, ni toxico. Il était généreux et gentil, tout le monde ici vous le dira."
Quelle est l'ambiance à Grasse?
"C'est comme une marmite sur le feu, prête à exploser. Les jeunes ont la haine, ils sont remontés à fond. Ici, tout le monde a pleuré. Heureusement que nous sommes des gens calmes, on atténue les choses, on calme les esprits. Sinon, à Grasse, ce serait déjà la guerre civile."
Selon le syndicat de police Alliance, le jeune homme, qui a fait "une crise de nerfs", "s'est montré violent et agressif." Selon le préfet de région, "Aucun élément ne permet actuellement de mettre en cause l'action des fonctionnaires."
(sources: Le Post, AFP)
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