mardi 13 mai 2008
RESSOURCES MONDIALES. --Les bateaux ratissent les océans pour remonter des poissons de faible valeur commerciale qui seront tran
Sud-Ouest 12 Mai 2008
La pêche industrielle destinée à fabriquer les farines est très contestée
Au Pérou, plus de 140 usines transforment l'anchois du Pacifique en farine et huile de poisson. Au Chili, on dénombre une trentaine d'unités de production. Elles sont une vingtaine en Islande, au Royaume-Uni, et l'on compte aussi quelques sites de transformation au Danemark, en Norvège, au Maroc, aux États-Unis, en Chine.
Un maillage planétaire, pour des besoins mondiaux en protéines animales. Ces farines sont devenues, depuis une vingtaine d'années, l'une des clés de l'aquaculture.
Selon l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, dix pays concentrent plus de 80 % de la production, aux premiers rangs desquels le Pérou (30 %) et le Chili (15 %). Pour alimenter ces usines, une flottille dite « minotière » ratisse les océans et remonte le « fourrage », c'est-à-dire des espèces qui ne représentent pas une grande valeur commerciale : capelan, sardine, tacaud norvégien, anchois du Pérou, lançon, etc. La France n'a immatriculé aucun de ces bâtiments mais, dans le ressort de l'Union européenne, le Danemark arrive en tête devant les Hollandais et les Norvégiens.
Les volailles. Les tenants du développement de l'aquaculture défendent cette pêche industrielle en évoquant la stabilité des captures, l'existence de quotas. Ils précisent aussi que les élevages de poissons ne consomment pas la moitié des 6 millions de tonnes de farines de poisson produites annuellement.
Le reste alimente élevages porcins et de volailles. Pour autant, alors que la ressource océanique s'épuise, la pêche de poissons pour nourrir du poisson est un véritable sujet de controverse. Et les enjeux du débat ne sont pas exclusivement écologiques. « Le gaspillage des ressources halieutiques ne semble pas poser de problème à ceux qui n'ont pour règle que la loi du marché », peut-on lire sous la plume de l'amiral François Bellec.
L'ancien président du musée de la Marine ne manque pas de souligner que « près de cinq tonnes de poissons sont nécessaires pour fabriquer une tonne de farine » et relève une fracture, une de plus, entre pays développés et pays du Sud. Ces derniers font même appel aux flottes étrangères pour pêcher le poisson de leurs côtes, quitte à favoriser le transfert des protéines du Sud vers le Nord. « Actuellement, note-t-on au Comité catholique contre la faim dans le monde, 25 % du poisson consommé en Europe provient de captures réalisées par des navires européens opérant dans le cadre des accords de pêche entre l'Union européenne et les pays du Sud. »
Le 10 juillet 2007, la question de la pêche industrielle et de la production de farine et d'huile de poisson était évoquée devant le Parlement européen, pour inviter la Commission et le Conseil à lever l'interdiction d'utiliser farine et huile de poisson dans l'alimentation des ruminants. Une résolution qui précise qu'au Pérou, ce secteur d'activité implique plus de 100 000 personnes, tandis qu'il génère 2 200 emplois directs en Europe et 30 000 emplois indirects.
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