mardi 13 mai 2008
Médias et Pouvoirs - L'AFP renégocie son plan stratégique sous le feu des critiques du pouvoir
LE MONDE | 12.05.08 | 11h32
Le feu nourri de critiques émises par Nicolas Sarkozy et certains représentants de l'UMP contre la presse depuis plusieurs jours vise particulièrement l'Agence France-Presse (AFP). Il lui est reproché de ne pas avoir repris des communiqués émis par la majorité. Dans l'édition du 11 mai du Journal du dimanche, Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a proposé "que l'AFP mette à disposition de ses abonnés l'ensemble des communiqués de presse des partis et des organisations syndicales sur un espace spécifique".
L'AFP a déjà connu de nombreuses mises en cause de la part du pouvoir exécutif. La médiatisation du différend lui donne cette fois une ampleur inégalée. La polémique intervient au moment où l'agence, dont le financement est assuré en partie par l'Etat, renégocie avec ses représentants le nouveau plan stratégique pour les cinq prochaines années.
Sur les 263 millions d'euros de chiffre d'affaires de l'AFP, 40 % viennent des abonnements publics. L'AFP demande 20 millions d'euros de ressources supplémentaires à l'Etat pour se transformer en agence multimédia. Un plan qui pourrait s'accompagner d'une évolution du statut actuel, plutôt protecteur, de l'agence.
Tout a commencé avec le courroux de Frédéric Lefebvre, l'un des porte-parole de l'UMP, devant l'absence de reprise d'un communiqué envoyé le 1er mai. A l'occasion de la fête du travail, il revenait sur la condamnation de Ségolène Royal dans le litige qui l'opposait à deux ex-attachées parlementaires.
Les journalistes de l'AFP ont considéré que ce texte n'apportait pas d'information nouvelle sur cette affaire. Ils l'avaient traitée plusieurs fois lorsque la condamnation a été prononcée, le 10 avril, puis au gré des réactions.
Le 11 avril, une dépêche titrée "Avec Royal, 'c'est travailler plus pour gagner rien du tout'" reprenait les propos de M. Lefebvre à ce sujet. Le porte-parole de l'UMP s'est plaint auprès de Pierre Louette, président de l'Agence ainsi que de plusieurs rédactions.
La Société des journalistes (SDJ) a réagi en dénonçant les "tentatives de pressions politiques contre l'AFP". La polémique a rebondi après les déclarations de M. Sarkozy, mercredi 7 mai, qui s'en est pris devant les députés UMP à différents médias, et en particulier à l'AFP.
"QUASI-MONOPOLE" - Après cette mise en cause présidentielle, l'UMP a renouvelé son attaque. Dans un communiqué publié le 7 mai sous le titre "Deux poids, deux mesures", le parti de la majorité "regrette que sous couvert d'une ligne éditoriale, l'AFP censure un parti politique". Il pose "la question de la situation de quasi-monopole de l'AFP, de sa soi-disant ligne éditoriale et de l'objectivité qui lui est demandée dans ses statuts".
Les syndicats de l'agence ont condamné des "accusations aussi infondées que graves". Quant à M. Louette, il a réagi dans une note interne jeudi 8 mai : "La vigueur des attaques venues de la gauche, hier, avec Mme Royal, ou de la droite, aujourd'hui, est le meilleur indicateur externe de notre neutralité."
Il ajoute : "L'absolue exigence de relayer chaque déclaration émanant d'un porte-parole de l'un des partis politiques de notre pays, n'est prévue par aucun texte, ni conforme aux règles de notre rédaction : être journaliste, c'est toujours faire des choix, décider ce qui est une information et ce qui ne l'est pas."
MmeAlbanel l'a reconnu : "Une agence de presse n'est pas une machine à reproduire des communiqués."
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