lundi 12 mai 2008
Samedi chez Ruquier - Jean-Pierre Coffe passe Nadine Morano sur le grill
Gros "Clash" chez Ruquier samedi soir
Sur un ton badin, il lui dit quelques vérités... Bonnes à entendre...
En plus c'est justement sur le problème de l'alcool et les jeunes...
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TIBET - 120 manifestants tibétains en exil arrêtés au Népal
NOUVELOBS. | 11.05.2008 |
Alors qu'ils manifestaient devant l'ambassade de Chine à Katmandou, des manifestants tibétains ont été interpellés et embarqués par la police népalaise.
Plus de 120 Tibétains en exil ont été arrêtés samedi 10 mai par la police népalaise. Ils manifestaient devant l'ambassade de Chine à Katmandou, dans la région du Népal (Inde) contre la politique chinoise au Tibet.
Les manifestants brandissaient des drapeaux tibétains et scandaient "A bas la Chine" ou "Arrêtez les tueries au Tibet". Ils ont été interpellés et emmenés dans des fourgons de la police, a constaté un correspondant de l'AFP sur place.
"Nous détenons plus de 120 Tibétains, parmi eux des moines et des religieuses. Ils vont être relâchés ce soir", a déclaré à l'AFP l'officier de police Ramesh Khanal.
Des manifestations quotidiennes - De telles manifestations d'exilés tibétains sont devenues quasi quotidiennes à Katmandou depuis la répression par les forces chinoises des émeutes au Tibet en mars.
Vendredi, plus de cent protestataires avaient été arrêtés à Katmandou et relâchés plus tard dans la journée, selon la police.
Au moins 20.000 Tibétains vivent en exil au Népal depuis 1959 et quelque 2.500 exilés arrivent encore chaque année à Katmandou avant de repartir pour la plupart vers la région de Dharamsala, dans le nord de l'Inde, où une très importante communauté tibétaine s'est établie ainsi que le gouvernement tibétain en exil et le dalaï lama.
Les autorités du Népal ont averti qu'elles ne toléreraient pas de manifestations pro-tibétaines, pour ne pas tendre les relations entre le petit royaume himalayen et son grand voisin chinois.

(Avec AFP)
Prix alimentaires : d’après Bruxelles, la France serait dans la moyenne
Ouest-France – 12/05/08 - Hervé PLAGNOL
Selon des données fournies par la Commission européenne, entre avril 2007 et mars 2008, la hausse des prix alimentaires a été, en France, de 5,6 %. Un taux plus faible que dans les pays voisins et comparables : 6,2 % en Belgique, 7,5 % au Danemark, 7 % en Allemagne, 9,3 % en Irlande, 7,7 % en Autriche et 6,8 % en Suède. La France a donc été plus sage. La moyenne de l'inflation alimentaire des Vingt-sept s'établissant à 6,9 %.
Cette constatation tranche avec le discours dominant. Elle confirme les résultats d'une autre étude précédente de juillet 2007. Par rapport à une moyenne de 100 pour les 27 pays membres, la France, se situait alors à l'indice 105, au même rang que l'Allemagne. Parmi les pays à l'alimentation plus onéreuse se trouvaient la Belgique (indice 110) ; l'Autriche (110) ; le Royaume-Uni (113) ; l'Italie (115) ; la Suède (119) ; l'Irlande (125) et le Danemark (142). En revanche, les prix alimentaires sont moins élevés en Grèce (indice 98) ; Espagne (92) ; Portugal (88) ; Pays-Bas (88) ; Hongrie (71) ; Pologne (67) et bien d'autres pays nouveaux membres.
Cette croyance selon laquelle les Français paient un surcoût pour leur nourriture par rapport à leurs voisins est pourtant l'un des arguments de la future loi de modernisation économique. Un des principaux volets de ce texte, débattu à la fin du mois de mai, porte sur la libéralisation totale des relations entre fournisseurs et grandes surfaces. Avec l'espoir de développer la concurrence et de faire encore baisser les prix. Ou plutôt de ralentir leur progression.
Ouf! Nous voilà rassurés... Tout va bien, on s'est alarmés pour rien...
Il y a bien une valse des étiquettes en France. C'est incontestable. Mais plutôt moins rapide qu'ailleurs en Europe. Bruxelles contredit Sarkozy.

Nicolas Sarkozy en est persuadé. Les prix de l'alimentation seraient plus élevés en France que chez nos voisins. Il l'a encore redit lors de sa dernière intervention télévisée. Des chiffres européens indiquent le contraire.
Surendettée, avec 3 enfants et 700 € par mois
Ouest-France – 12/05/08 - Agnès MÉTAYER
Avec 700 € par mois, trois enfants et pas de pension alimentaire, Catherine essaye de s'en sortir. « Retrouver du travail ? Difficile à 48 ans. »
45 000 €: la dette de Catherine. Tout avait pourtant bien commencé pour cette fille de diplomate. Elle cherche du travail en Vendée. En vain.
« Je suis une bourgeoise qui s'est cassé la gueule. » Malgré son RMI et son petit HLM perdu à Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), Catherine, 48 ans, reste élégante. Sa dignité, cette fille de diplomate ne l'a jamais perdue. Malgré les accidents de la vie, le divorce et le chômage.
Née en 1959, cette grande femme blonde passe son enfance aux États-Unis, en Afrique, côtoie des ministres et des intellectuels. Un papa à la Banque mondiale, un mari ingénieur et une maîtrise en marketing : Catherine avait tout pour réussir. « Mes parents aspiraient à un grand avenir pour moi. Mais j'ai rompu le pacte. » Installée en Argentine, elle divorce à 27 ans, quitte l'Amérique du Sud avec sa fille sous le bras et revient en France.
Là, les ennuis s'accumulent. Mauvaises expériences professionnelles, désillusions : Catherine trébuche. À Nantes, elle décroche pourtant un poste de responsable de communication mais se fait escroquer par son employeur. « J'ai hérité d'un beau redressement fiscal : 35 000 €. »
« Je veux bien partir ! Mais comment ? »
Mère de trois enfants, elle s'installe à Mortagne pour mettre son aînée à l'Institut Saint-Gabriel. Avec 700 € par mois, le loyer, les factures, la voiture et les frais d'inscription à l'école, Catherine plonge dans le surendettement. Montant de l'ardoise : 45 000 €.
Côté emploi, c'est le désert. Et pourtant, Mortagne affiche un taux de chômage parmi les plus bas de Vendée : 3,3 % (chiffre Insee 2006), pour 6,4 % dans le département. « À l'ANPE, on me répond que, professionnellement, je ne suis pas intégrable. Ici, il n'y a pas de poste pour moi. Devenir fraiseur ou chaudronnier ? Non merci ! Je ne veux pas être de la chair à saucisse pour les employeurs. »
Alors, pourquoi rester dans la région ? « Je veux bien partir ! Mais comment payer un déménagement ou avancer deux mois de loyer ? Je n'ai pas les moyens ! » Les structures d'aide à l'emploi, elle n'y croit pas. « On culpabilise les gens. Si on n'a pas de travail, c'est de notre faute. »
Pour s'en sortir, Catherine va à la Banque alimentaire. « C'est quand même un comble avec un père à la Banque Mondiale... Je mendie auprès de mes amis ! Sauf que moi, je n'ai pas le courage de faire la manche au supermarché. »
Pas de boulot, pour elle, « cela revient à être euthanasié dans cette société ». Elle a ailleurs envoyé une lettre en ce sens au procureur de La Roche-sur-Yon. Reste une solution : « Monter ma propre boîte. » Soutenue par un cabinet de conseil, elle compte créer sa maison d'édition sur internet. Un projet professionnel qui signifie bien plus : « Cette fois, c'est ma vie que je joue. »
«La journée de solidarité sert en partie à combler le trou de la Sécu»
Recueilli par ERIC FAVEREAU - Libération lundi 12 mai 2008
Personnes âgées. Le représentant des directeurs de maisons de retraite s’inquiète :
En ce lundi de Pentecôte, journée de solidarité pour certains (cette journée est désormais à la carte), il fait le point sur la mobilisation de la société sur la prise en charge des personnes âgées. Et livre une version différente de celle de Valérie Létard, secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité qui affirmait samedi sur France Info que l’intégralité du produit de cette journée de solidarité allait bel et bien à qui de droit.
Pascal Champvert, président de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées), une fédération qui regroupe 1 800 directeurs de maisons de retraite et services à domicile, s’est peu à peu imposé comme l’interlocuteur des pouvoirs publics.
Vous allez travailler, vous, ce lundi de Pentecôte ?
Non. Pour moi, c’est un jour férié. Quant à la polémique sur ce jour de solidarité, ce qui nous importe, c’est que l’intégralité des crédits aille bien aux personnes âgées.
Et ce n’est pas le cas ?
Une partie du produit de la journée de solidarité sert à combler le déficit de l’assurance maladie au lieu de bénéficier aux personnes âgées.
Comment pouvez-vous dire cela ?
En 2007, la journée de solidarité, fixée alors au lundi de Pentecôte, a rapporté 2,2 milliards d’euros : plus de 1,3 milliard étant destiné aux personnes âgées et en particulier plus de 800 millions d’euros aux établissements d’accueil. Or, tous les crédits n’ont pas été dépensés, en 2007 comme en 2006, et l’Etat refuse de mettre ces sommes en réserve. 200 millions en 2006 et près de 400 millions en 2007 ont été ainsi intégrés dans l’Ondam (Objectif national de dépenses de l’assurance maladie) pour 2008. Les chiffres sont clairs : en 2006, le quart du budget personnes âgées a servi à diminuer les budgets de l’assurance maladie et en 2007 cela risque d’être la moitié des sommes que l’Etat va détourner pour combler le déficit.
Mais il va y avoir l’apport des franchises médicales . Le Président a déclaré qu’un tiers de la somme serait alloué à la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. Est-ce le cas ?
Je suis, là aussi, très inquiet. Au conseil d’administration de la CNSA (caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) du 1er avril, on pensait que nous allions voir de nouveaux crédits abonder. Or, la réponse que l’on nous a donnée a été de nous dire que les crédits des franchises sont déjà dans le budget de la CNSA. Et que donc, le budget 2008, voté cet automne, contenait déjà l’apport futur des franchises. Il n’y a donc pas d’effet franchises, et aucune augmentation supplémentaire.
Vous en déduisez quoi ?
Aujourd’hui, les franchises ne servent pas à financer un nouveau plan, mais simplement à financer des plans décidés antérieurement. Le plan Alzheimer n’est que le recyclage des crédits et des plans antérieurs.
L’assurance maladie dit qu’il est encore trop tôt pour évaluer le montant rapporté par les franchises…
On ne nous a pas répondu cela. On nous a dit qu’il n’y aurait pas de crédits supplémentaires. Donc, elles ne sont pas là pour apporter une aide supplémentaire aux personnes âgées.
Au-delà de ces questions budgétaires, la France a-t-elle pris la mesure du défi du quatrième âge ?
Depuis trente ans, la France a accumulé du retard. Et une petite partie seulement a été rattrapée depuis 2001. Ce retard, on le ressent encore fortement. On le ressent sur le manque de personnel dans les maisons de retraite, mais aussi dans les services à domicile. Tout le monde en fait l’expérience : les délais pour trouver une place dans une institution sont trop longs. Enfin, les établissements ne perçoivent pas assez d’argent de la collectivité et les personnes âgées doivent payer des coûts très supérieurs à leur retraite.
On a pourtant le sentiment que les pouvoirs publics ont pris conscience de l’importance de cette question…
Depuis 2001, et surtout depuis la canicule de 2003, la prise de conscience est réelle. Les déclarations et les plans successifs de Jean-Pierre Raffarin, puis de Dominique de Villepin, et enfin, le fait que le président Sarkozy en ait fait une priorité nationale montrent un vrai tournant. Le problème, c’est que cette prise de conscience n’a débouché que sur des petits plans, puis sur un plan Alzheimer qui, à ce jour, n’est pas financé.
Comment expliquez-vous ce décalage?
Les politiques sont obsédés par le coût de ces plans. Or, au-delà de l’obligation éthique de notre société de s’occuper convenablement des personnes âgées, ils rapportent aussi de l’argent. Aujourd’hui, dans beaucoup de cantons, les maisons de retraites sont les premiers employeurs, suivis ensuite par les services d’aide à domicile. L’argent pour les personnes âgées n’est pas de l’argent perdu.
A Shanghaï, les plus démunis étranglés par la hausse des prix
Aujourd’hui la Chine - Benjamin MORGAN (AFP) - 10/5/2008
Le prix des aliments a augmenté de 21% pendant le premier trimestre en Chine et les Chinois ont de plus en plus de mal à faire face à cette inflation. Reportage à Shanghaï.
Comme beaucoup de Shanghaïens peu fortunés, Lu Bingzhou se retrouve étranglé par la hausse des prix des derniers mois en Chine, particulièrement perceptible dans la prospère capitale économique du pays.
Cet ancien architecte formé à la prestigieuse Université Tongji, sans emploi depuis de nombreuses années à la suite d'un accident de santé, en est réduit, à 59 ans, à faire les poubelles pour gagner sa vie comme chiffonnier.
Cet homme marié et père de deux étudiants se bat, malgré sa déchéance, pour honorer les traites de deux appartements achetés à crédit au temps des jours meilleurs.
Mais son sort s'est encore aggravé avec une inflation principalement portée par l'alimentation et des produits de base comme le riz, le porc ou l'huile.
"Depuis deux ans, on dirait que tout est devenu cher", dit Lu tout en triant les détritus d'un des quartiers les plus luxueux de la ville, pour y glaner les bouteilles en plastiques qu'il revendra.
"Le pire, c'est le porc. On ne peut plus l'acheter. Depuis les vacances du Nouvel an chinois en février, nous n'avons plus acheté de viande", ajoute le frêle architecte, vêtu d'oripeaux. Conscient de l'impact de l'inflation sur ses citoyens les plus démunis, le gouvernement a gelé ces derniers mois les prix d'une série d'aliments essentiels comme céréales, huile de table, viande ou produits laitiers ainsi que certains produits énergétiques.
Il a fait de la lutte contre l'inflation sa priorité économique de l'année, ne souhaitant vraisemblablement pas voire monter une grogne sociale déstabilisatrice, et se reproduire le scénario en place dans les mois précédant le mouvement démocratique de Tiananmen en 1989. Surtout en cette année olympique.
Pourtant, en mars, la hausse de l'indice des prix à la consommation a encore atteint 8,3%, en léger recul certes par rapport à février (+8,7%) mais toujours bien trop élevé pour Lu et ses semblables.
"Je ne veux pas importuner les gens en mendiant alors j'essaie de me débrouiller", dit Lu qui, à force de poubelles huit heures par jour, collecte environ 40 yuans quotidiens (7,14 dollars).
Le chiffonnier a aussi droit à une allocation de maladie, de 960 yuans par mois: à la suite d'une maladie de la rétine qui a mis prématurément un terme à sa carrière il y a seize ans, il est devenu aveugle d'un oeil et est en train de perdre le second.
L'autre catastrophe a été un investissement dans un projet immobilier: à cause de malfaçons, la propriété a pris feu, une personne est morte et Lu, tenu pour responsable, a été lessivé par les dommages et intérêts.
Avec les 1.000 yuans mensuels que sa femme rapporte, le couple arrive à peine au dessus du salaire moyen à Shanghai -- 2.900 yuans par mois, l'an dernier. Pas assez pour vivre et couvrir ses emprunts immobiliers.
Il n'attend qu'une chose: ses 60 ans, qui lui vaudront le versement d'une pension de 1.000 yuans supplémentaires. Et un peu de porc sur son riz.
Eco-Terre - Le maire de Millau interdit les OGM
Libération : samedi 10 mai 2008 De notre correspondant à Toulouse GILBERT LAVAL
Le docteur en droit public et nouveau maire socialiste de Millau, Guy Durand, entend faucher les OGM jusque sur sa commune. Il n’y a déjà plus de pesticides dans les serres municipales. Les cantines des écoles servent des repas bio. La ville est le siège de l’interprofession du fromage de Roquefort qui a proscrit les OGM dans le lait de brebis.
Et c’est à partir du démontage du McDonald’s de Millau par José Bové en 1999 que s’est développée l’opposition aux organismes génétiquement modifiés. Guy Durand met en délibération au 23 mai un arrêté qui en interdit la culture dans son ressort. «Les bases constitutionnelles de cet arrêté sont solides», estime-t-il.
Arrêté.
Le président du Conseil général du Gers a échoué, lui, dans sa tentative d’organiser un référendum sur le thème. «Parce qu’un président de Conseil général n’a pas de pouvoir de police sur son département, développe l’élu. C’est le préfet qui le détient. Un maire a ce pouvoir sur sa commune.»
Le Conseil d’État a déjà jugé que la santé publique faisait partie de l’ordre public auquel les maires ont le devoir de veiller, par leurs pouvoirs de police justement. Guy Durand juge dès lors qu’il lui revient de protéger ses administrés des «risques que les OGM pourraient faire peser sur eux». Au nom du principe de précaution, précise-t-il. Ce principe figure en préambule de la Constitution depuis que Jacques Chirac y a fait intégrer la charte de l’environnement en 2005.
«Lorsque la réalisation d’un dommage […] pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent […] à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage» , indique l’article 5 de cette charte.
Ordre public. Ce qui vaut pour l’environnement, fait valoir Guy Durand, ne peut que s’appliquer à la santé et à l’ordre public. La boucle juridique serait ainsi bouclée. Ce professeur de droit ne doute pas que son arrêté sera attaqué. Il ne doute pas non plus qu’il saura le défendre : «Et ce fera une belle jurisprudence».
Tout est raisonnable en Sarkofrance. Mais pour qui ?
Marianne - Dimanche 11 Mai 2008 - Juan
Par Juan. De l'«offre raisonnable d'emploi» à la réduction de la couverture maladie, tout est raisonnable, en Sarkofrance… Du moins pour certaines catégories sociales.
Le mot clé de cette 53ème semaine depuis l'élection de Nicolas Sarkozy fut «raisonnable.» Le gouvernement a en effet présenté et détaillé son projet d'«offre raisonnable d'emploi» qu'un chômeur devra accepter à l'avenir sous peine, après deux refus, d'être radié pendant 2 mois. C'était l'une des promesses présidentielles. La voici explicitée. Ce n'est pas la première fois, en un an, que Nicolas Sarkozy ou ses proches usent (et abusent) d'un soi-disant pragmatisme.
«raisonnable», adjectif
Sens 1 Qui est doué de raison.
Sens 2 Qui agit avec parcimonie
Sens 3 Convenable, acceptable.
Raisonnables la précarisation des chômeurs et des retraités ? Raisonnable, le paquet fiscal ? Raisonnable, l'immigration choisie ? Il importe de savoir pour qui ces «réformes» sont vraiment "raisonnables.»
Précariser le chômeur est raisonnable en Sarkofrance
Concept intéressant, le caractère raisonnable d'une offre d'emploi n'est pas modéré en fonction des métiers, du niveau de salaire ou de l'ancienneté. Le chômeur sera même obligé d'accepter un emploi précaire s'il veut échapper à la radiation. Laurent Wauquiez estime donc que sa proposition aux chômeurs est convenable :
«Concrètement, une offre «raisonnable» d'emploi, [tel que l'entend le gouvernement, lequel veut limiter à deux ces offres «valables» que les chômeurs auront le droit de décliner, NDLR], çà peut vouloir dire un job qui est à 30 km de chez vous. Ou encore, si vous étiez employé dans un garage Renault, un emploi qui s'ouvre dans un garage Peugeot - je parle d'un exemple véridique ! » (source LES ECHOS, jeudi 8 mai 2008)
Laurent Wauquiez choisit ses exemples. Il aurait pu choisir une autre illustration. Par exemple, un chômeur avec 6 mois d'ancienneté à l'ANPE, habitant à Saint Denis en banlieue nord de Paris, et dont le dernier salaire brut était 1200 euros, sera désormais contraint d'accepter un boulot payé 960 euros bruts, à Massy Palaiseau (distance 30,4 km de mairie à mairie). Dernier détail, il devra prendre une carte orange 4 zones à 88 euros par mois... à moins de prendre la voiture à essence (123 dollars le baril jeudi 8 mai)...
Aggraver les déficit publics par le paquet fiscal est raisonnable en Sarkofrance
En 2007, Nicolas Sarkozy a très rapidement fait voter son «paquet fiscal.» Il a eu raison de dire que le bouclier fiscal et l'exonération de droits de succession ne représentent qu'une part marginale de son coût. Le pire est ailleurs. L'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires plombe un peu plus et durablement la protection sociale et les retraites. Le régime des retraites perd par exemple 2,5 milliards d'euros par an de financement. Il sera ensuite «raisonnable» d'expliquer aux assurés sociaux qu'ils font qu'ils se serrent la ceinture.
Réduire la couverture maladie est raisonnable en Sarkofrance
Les malades supportent de nouvelles franchises médicales (depuis janvier); les plus durement touchés sont les plus pauvres des malades de longue durée et des retraités. La ministre de la Santé a aussi expliqué que les frais d'optique devraient être à terme pris en charge par les mutuelles et l'assurance privée. En France, 5 millions de personnes n'ont aucune assurance complémentaire. Le 1er mai dernier, le décret modifiant les allocations familiales versées aux foyers avec adolescents est entré en vigueur. Les familles apprécieront.
Précariser les seniors est raisonnable en Sarkofrance
Cette semaine, les (futurs) retraités ont eu confirmation que (1) leur pension n'augmenterait que de 1,9% (1,1% en mars, 0,8% en septembre), (2) les pré-retraités de 57 à 60 ans devraient pointer prochainement au chômage, (3) la durée de cotisation retraite passerait mécaniquement à 41 ans et (4) ils risquent d'être radiés du chômage après deux refus d'emploi comme tout chômeur. 60%* des seniors (55 à 65 ans) ont été ainsi précarisés en quelques jours !
Améliorer la fiscalité des plus riches est raisonnable en Sarkofrance
Nicolas Sarkozy a rapidement mis en place l'une de ses promesses de candidat : abaisser le bouclier fiscal de 60% à 50%. En 9 mois, ce bouclier a servi à rembourser 129 millions d'euros à 3500 foyers... Quand une députée UMP s'est émue des inégalités devant l'impôt, la ministre Lagarde a promis une vaste étude sur les niches fiscales. On avait cru à un «grand soir» culpabilisé. Que nenni. Le rapport est tombé. Il confirme que l'impôt sur le revenu, le plus progressif que notre pays ait inventé, souffre de quelques 200 exonérations fiscales diverses qui coûtent 39 milliards d'euros par an. Mais les auteurs ne s'attardent que sur ... 3 d'entre elles qui représentent un peu moins d'un milliards. Les ambitions de justice fiscale sont ... «raisonnables.»
Exclure les immigrés de certains emplois, sur la base de leur nationalité, est raisonnable en Sarkofrance
Brice Hortefeux a profité du déplacement de Nicolas Sarkozy en Tunisie pour signer un accord sur l'immigration. Il y a quelques mois, le Ministère de l'Identité Nationale avait défini 182 métiers potentiellement ouverts aux immigrés. mais pour les candidats tunisiens au départ pour la France, seuls 77 métiers et certaines filières (mécanique, bâtiment, électronique et informatique) sont ouverts... «L'immigration choisie» ressemble furieusement aux pratiques (post)coloniales qui faisaient réserver les emplois difficiles à une main d'oeuvre docile car loin de chez elle, bon marché car précarisée. La politique de Brice Hortefeux est très certainement raisonnable ... pour certains patrons français.
C'est à l'épreuve des faits - et des mesures - que le pragmatisme politique se juge. Celui de Nicolas Sarkozy n'apparaît «raisonnable» que pour certaines catégories sociales. Qui le niera ?
Ami Sarkozyste, où es-tu ?
* Moins de 40% de cette tranche d'âge travaille en France.
"Mauvais pain, mauvais gouvernement !", par Steven L. Kaplan
LE MONDE | 10.05.08
Steven L. Kaplan - Professeur d'histoire européenne à l'université Cornell (Etats-Unis)
Ce sera la semaine de la Fête du pain en France du 12 au 18 mai. Créée voilà douze ans pour aider la boulangerie artisanale à retrouver un moral ébranlé par la concurrence industrielle et par la chute ininterrompue de la consommation depuis 1900, et vouée à sensibiliser le public au retour promis du bon pain, la fête est la célébration d'un métier noble et d'un produit qui reste sui generis, malgré sa banalisation, dans le régime alimentaire quotidien.
Comment donc rester indifférent à cette photo bouleversante (Le Monde du samedi 3 mai) d'un manifestant au Sénégal brandissant un pain sous une banderole appelant "Au secours, on a faim" ? Depuis plusieurs mois, des émeutes et des manifestations contre la cherté et la rareté du pain, des céréales, de l'huile et d'autres produits de base secouent une trentaine de pays, tant en Afrique qu'en Asie et en Amérique latine. Elles nous rappellent que le pain fut pendant des siècles un des grands protagonistes de la scène historique en France.
A l'époque actuelle du pain plaisir et du pain santé, on oublie que cet aliment a été longtemps marqueur de misère et de subordination. Dès avant le Moyen Age jusqu'en 1947, l'histoire française est scandée de milliers d'"émotions" frumentaires et de révoltes du pain. On s'en prenait aux spéculateurs ("les accapareurs") par une violence symbolique ou physique ; on confisquait grains ou farines, y mettant parfois un prix considéré "juste" selon les normes collectives ("la taxation populaire").
Souvent appuyées par les autorités locales, les femmes prenaient l'initiative dans l'attroupement ou le soulèvement, toujours un signe de la gravité de la situation aux yeux du pouvoir. On s'assemblait pour empêcher le départ ("nocturne", donc suspect) des céréales.
Plus tard, en 1947, 6 000 manifestants investissent la préfecture de la Nièvre sur la foi d'une fausse nouvelle signalant le départ à l'étranger d'une importante quantité de blé, tandis que la CGT organise des "sentinelles de nuit" près de Caen pour déjouer "un trafic mystérieux de blé". La revendication canonique est triple : du pain en quantité suffisante, à un prix accessible, et d'une qualité raisonnable.
Contrairement aux idées reçues, les affamés ne sont pas toujours prêts à manger n'importe quoi, même si l'on retrouve trace dans l'Ancien Régime de la consommation de pain fait d'écorce et d'herbe, voire d'os de cadavres broyés, et en Haïti aujourd'hui de boulettes de sucre, d'huile et de boue.
Jules Romains saisit bien la signification du pain pour les Français à la veille du XXe siècle : "Elev(ons) la boulangerie à la hauteur d'une institution nationale : pain gratuit et obligatoire", programme aussi beau et utopique pour l'Hexagone jadis que pour le Maroc ou la Côte d'Ivoire aujourd'hui.
L'élément commun à l'expérience historique française et aux drames actuels est le caractère politique de la question du pain. L'exemple classique : la marche en 1789, en pleine disette, de milliers de femmes sur Versailles pour ramener à Paris "le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron", c'est-à-dire le prince nourricier, fournisseur de pain en dernière instance.Ce contrat social de subsistance, que Louis XVI n'a pas su respecter, est le ciment de légitimité qui, aujourd'hui encore, lie les gouvernés aux gouvernants.
Craignant d'être débordé par un mouvement populaire contre le manque de pain subventionné, à la suite de bagarres mortelles devant des boulangeries, le régime Moubarak a mobilisé l'armée égyptienne voilà deux semaines pour fabriquer et distribuer cette denrée, dernier rempart de la stabilité politique. Le manque de pain est toujours la faute du gouvernement aux yeux du peuple consommateur. En 1951 en France, où la qualité du pain était en question, "mauvais pain, mauvais gouvernement", disait-on.
L'audace des libéraux des Lumières fut, dans leur projet de régénération, de commencer par le plus difficile, le plus radical et le plus périlleux : le pain. C'est par le pain qu'on démolit la première Bastille idéologique de l'Ancien Régime : la libéralisation du commerce des grains en 1763-1764 inaugure la longue bataille du libéralisme en France, qui dure encore.
Dans une remontrance au roi fustigeant cette "altération de la Constitution française", le Parlement de Rouen écrit à Louis XV : "Que l'on supprime tous les règlements en laissant la liberté indéfinie, on détruit le ressort des sociétés ; les peuples se confondent, les souverains ne sont plus que des grands que quelque éclat distingue mais que nulle utilité accompagne ; ainsy ce système qui paroit tout fonder et établir tend dans le fait à tout ébranler et détruire".
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans un contexte tendu de pénurie prolongée, le pain resurgit, comme au temps des Lumières, parce que rien ne relie plus fortement la vie réelle à l'administration publique.
Encore une fois, le pain impose un choix politique fondamental entre le dirigisme et le libéralisme, structurant un grand débat qui dépasse la question des subsistances, problème primordial et urgent, mais transitoire à l'âge atomique : il s'agit de redéfinir les attributs et les responsabilités de l'Etat, de décider comment piloter, sur le plan politique et institutionnel, la modernisation de la France.
Aujourd'hui, comme hier, le problème reste politique. S'il y a sécheresse et autres facteurs dits naturels (mais le sont-ils quand on sait le rôle qu'a pu jouer le dérèglement du climat ?), il semble bien que des mauvais choix plutôt que la mauvaise chance expliquent les difficultés actuelles qui, aux yeux de certains observateurs, risquent de s'installer.
Est-ce que l'ère de la nourriture à bas prix est derrière nous ? Sans une remise en cause des stratégies déployées depuis une vingtaine d'années, tant dans le Nord que dans le Sud, la crise ne peut que s'aggraver.
Je ne suis pas un rabat-joie. Il faut faire l'éloge du pain avec ferveur, notamment de celui dit "de tradition française", chose vivante ensemencée tous les jours par le boulanger qui "monte la pâte", mène la première fermentation décisive, et fabrique sans additifs, engendrant des arômes envoûtants et des saveurs somptueuses.
Aliment de partage, le pain inspire une pensée de solidarité avec ceux qui en manquent. Mais ce serait encore mieux si la fête, historiquement souvent proche de la révolte, débouchait davantage sur la réflexion citoyenne que sur la compassion bien intentionnée. Car la baguette est d'abord politique, avant d'être magique. Comme disait Jean Anouilh : "J'aime la réalité, elle a le goût du pain."
Moment de liesse nostalgique d'une ère plus simple, la Fête du pain se nourrit de la forte charge symbolique, tant sacrée que profane, de cette denrée, qui, pour n'être plus de première nécessité, continue de tenir les Français dans leur imaginaire et leur inconscient collectif.
Au mot - «Ça a été ?»
Libération : samedi 10 mai 2008 par Didier Péron
Il ne semble plus possible de se nourrir désormais dans un restaurant moyen sans que le personnel (serveur, serveuse) s’enquiert avec une plus ou moins grande désinvolture de votre sentiment après la dégustation du/des plat(s) d’un retentissant « Ça a été ? »
Comme nombre de formules formelles, le code social implicite indique que la question n’appelle pas de réponse. Le passé composé introduit illico à l’oreille un léger déphasage temporel, qui téléporte le repas sitôt consommé dans une espèce d’arrière-monde déjà inaccessible : car ce qui a été ne sera plus.
C’est sans doute que manger est tout à la fois une action positive qui permet de reconstituer des forces physiologiques et un processus de destruction qui dévore (néantise, dirait Sartre, qui adorait les haricots verts) des éléments existants, les fait disparaître. Par métonymie, il est possible d’assimiler le mangeur aux instruments de table, comme lorsque que l’on dit qu’un tel, en léger surpoids, est une sacrée fourchette.
Généralement, les convives, polis ou fatalistes, expriment un satisfecit de façade («- Ça aaah étééééééh ??? - Oui, oui, très bien, merci. Vous avez de la Boldoflorine ?») quand il faudrait en réalité dire que non, pas du tout, que le gigot était mort depuis trop longtemps sur son lit de carottes mauves et que la nage de fruits frais semblait surtout un raccourci efficace en direction de l’hépatite A.
Parmi les variantes de «sahahété», il faut citer le non moins menaçant «Tout s’est bien passé ?» qui assimile peu ou prou le repas à une opération chirurgicale. Si l’on veut bien accepter que le client occupe alors la place du praticien, ayant avec sa bouche, arraché de l’assiette une horrible tumeur à base de boudin-purée, et le serveur celle d’un proche tenaillé par l’angoisse essayant de se rassurer sur l’ampleur des dégâts après ablation.
Souvent, aussi, en cours de repas, on entend à la volée : «bonne continuation !» Les plus paranos, qui hésitent toujours entre l’appétit et l’écœurement, iront jusqu’à imaginer le rire collectif en cuisine d’une équipe d’empoisonneurs professionnels. Le festin en cours est probablement le dernier et au prochain menu, on mangera les pissenlits par la racine. Avec «ça a été ?» le mangeur est tout bonnement prié de la fermer. On ne lui demande pas son avis, qui n’intéresse personne, et la maison pose elle-même le couvercle sur l’orifice dûment rempli.
Tout irait donc pour le mieux dans le bon sens du tube digestif s’il ne fallait encore payer l’addition. Elle est souvent (et de plus en plus) «salée», doux euphémisme pour signifier l’amertume du gourmet qui, non content d’avoir mal mangé et de n’avoir pu se plaindre, doit maintenant avaler une ultime couleuvre : l’évidente disproportion entre la qualité des denrées servies et le prix exigé à la sortie que rien ne saurait justifier, et surtout pas le salaire de l’esclave pakistanais sans papiers qui fait la plonge au sous-sol.
Il faut dire qu’ici, l’on se goberge, mais les récentes émeutes de la faim (en Afrique, en Indonésie, à Haïti) ont montré qu’au terme d’une dispersion aberrante des fruits d’une agriculture libéralisée, ça n’allait déjà pas fort, mais là, ça ne va plus du tout.

