dimanche 11 mai 2008
En marge du Monde - Accès fermé, maisons gardées, rues privées
LE MONDE | 03.05.08 | 20h16 • Mis à jour le 03.05.08 Villeneuve-Loubet Envoyés spéciaux

Les envoyés spéciaux du Monde s'invitent dans l'une des nombreuses résidences fermées et sécurisées de la Côte d'Azur, un monde autarcique que l'on ne pénètre que sur invitation.
Bienvenue dans les Hauts de Vaugrenier
Non badgés, file de gauche : s'arrêter devant la barrière et indiquer avec qui est le rendez-vous. "Avec Lionel Chary", directeur, pour Nexity Saggel, du site des Hauts de Vaugrenier, érigé sur une colline qui surplombe Villeneuve-Loubet et l'immense baie de Nice. Appelé sur son téléphone fixe, Lionel Chary confirme le rendez-vous : les gardiens ouvrent. Comme dans les nombreuses résidences fermées et sécurisées qui fleurissent sur la Côte d'Azur, on n'entre ici que badgé ou invité, l'hôte devant toujours confirmer de vive voix au poste de garde qu'il attend bien un invité.
L'avenue, large et déserte, est bordée d'eucalyptus, de palmiers, de lantanas en fleur, et monte en lacet dans la colline verdoyante. Elle serpente ainsi entre les onze hameaux qui composent le domaine et abritent 1 459 appartements et 473 villas : entre 5 500 et 6 000 habitants, dont 60 % résident ici en permanence.
Tout en haut du domaine, M. Chary, jovial syndic, dit, dans un sourire, "se considérer comme le maire". Il est responsable des parties communes de ce lotissement sécurisé, construit entre 1973 et 1993, et dont le succès ne se dément pas : 95 % des transactions, nombreuses, se payent comptant, alors que les prix sont 20 % à 30 % plus chers que de l'autre côté de la barrière qui ceint entièrement la résidence.
D'ailleurs, elle abrite quatre agences immobilières - et un architecte d'intérieur, car les nouveaux arrivants, qui ne trouvent pas une villa de 120 m2 à moins de 1 million d'euros ou un appartement de trois pièces à moins de 450 000 euros, font en général tout refaire quand ils s'installent. Les raisons de ce coûteux enthousiasme ? "La sécurité, et l'environnement, ce calme et cette verdure partout", explique M. Chary, qui précise volontiers que "les malfrats, qui savent que nous sommes toujours là, ne viennent jamais chez nous".
Cette sécurité et ce confort ont un prix, principalement celui des cinquante salariés de Nexity Saggel. Seize surveillants, non armés, vingt jardiniers, aidés de quelques administratifs et d'agents techniques, se partagent le travail d'entretien des 130 hectares et 24 kilomètres de rues, régulièrement balayés, des réseaux, tous privatisés, des trois lacs artificiels et des trois piscines. L'été, des agents d'une société de gardiennage viennent renforcer la surveillance avec leurs chiens : ce n'est pas inutile, paraît-il, pour cette période où les logements sont pleins, et souvent loués à des gens plus turbulents que les résidents permanents.
DÉCOR DE FEUILLETON TÉLÉVISÉ - La vie commune de ce monde autarcique s'organise autour des assemblées de copropriétaires, peu fréquentées mais décisionnaires. Il y en a une par hameau, chacun délégant un syndic et un membre à celle qui coiffe l'ensemble et constitue le conseil d'administration de l'Association syndicale libre principale, chargée des parties et charges communes. Les conflits d'usage et de voisinage constituent l'essentiel des débats.
Heureusement, les distractions communes offrent des manières de mieux cultiver l'entre-soi : le club-house, géré par une association, abrite des clubs de bridge, de tarot, d'informatique et de randonnée, à deux pas des tennis. Un restaurant, face au lac du bas, permet de recevoir décemment.
Parmi les habitants, dont la moyenne d'âge est de 63 ans et l'ancienneté moyenne d'installation de quatorze ans, certains ne fréquentent que la supérette Vival, le dentiste et le coiffeur du petit village du bas. Ruelle pavée, minigalerie marchande, bancs donnant sur le lac, ce hameau sort directement d'un décor de feuilleton télévisé des années 1970.
Mais de jeunes couples, étrangers ou français, viennent encore en nombre assez grand pour que l'école maternelle publique compte deux classes : située dans l'enceinte, elle accueille quelques enfants de l'extérieur, et leurs parents ont le droit, eux, de pénétrer dans le sanctuaire.
Paul Barelli et Michel Samson Article paru dans l'édition du 04.05.08.

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