vendredi 9 mai 2008
Des pesticides dans nos maisons
Frédéric Mouchon - jeudi 08 mai 2008 - Le Parisien
Pour la première fois, une enquête révèle que les pesticides sont largement présents dans nos logements. En Ile-de-France, 94 % des habitations recèlent au moins un de ces produits dangereux.
UNE ENQUETE de la Répression des fraudes vient de confirmer que 45 % de nos fruits et légumes contiennent des traces de pesticides, dépassant dans 6 % des cas les seuils autorisés. On savait depuis longtemps qu'ils sont omniprésents dans notre alimentation et dans nos rivières. Mais on se doutait moins qu'ils envahissent aussi l'intérieur de nos maisons.
Selon une étude de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) réalisée au domicile de 130 enfants d'Ile-de-France et dévoilée hier, la présence d'au moins un pesticide a été détectée dans 94 % des foyers.
Vingt-cinq insecticides et six herbicides ont été recherchés. L'Ineris a effectué des prélèvements d'air et de poussières de sol au coeur des logements ainsi que des analyses d'urine et de résidus de pesticides sur la peau des enfants, plus exposés que les adultes car ils mettent plus souvent la main à la bouche et marchent à quatre pattes. « L'étude montre que les enfants franciliens sont exposés à des pesticides variés, dont certains sont interdits depuis plusieurs années », note l'Ineris.
Les pesticides les plus fréquemment retrouvés dans l'air sont le lindane, l'alpha-HCH et le propoxur, ce dernier étant utilisé pour lutter contre les insectes nuisibles dans la maison. Commercialisé depuis 1938, le lindane a longtemps été employé pour la protection des charpentes ou le traitement antiparasitaire des animaux. Neurotoxique, il est aujourd'hui interdit en France.
« L'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi »
« Ces pesticides ont plusieurs origines possibles, explique Vincent Laflèche, directeur général de l'Ineris. Certains étaient utilisés pour traiter les poutres des pavillons construits dans les années 1960 ; d'autres sont employés dans des détergents, produits antimoisissures, bombes insecticides et autres herbicides destinés aux plantes intérieures et extérieures. » Autre source potentielle : les 3 200 tonnes de pesticides pulvérisés chaque année sur les terres agricoles en région parisienne.
Une étude de la société Airparif, chargée de surveiller la qualité de l'air extérieur en Ile-de-France, a montré en 2007 la présence de pesticides jusqu'au coeur de Paris. Si la toxicité de ces produits est avérée, l'Ineris souligne toutefois que « le lien entre l'exposition aux pesticides présents à l'intérieur d'un logement et l'impact sur la santé n'est pas encore précisément établi » et recommande une évaluation scientifique plus approfondie.
Car si les autorités ont établi depuis longtemps des seuils maximaux de pesticides à ne pas dépasser dans notre alimentation, « on ne dispose pas de données similaires pour l'air intérieur, reconnaît Corinne Mandin, de la direction des risques chroniques à l'Ineris. Il faudrait donc mener des travaux pour déterminer s'il faut aussi fixer des valeurs limites d'exposition dans nos maisons ».
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