jeudi 8 mai 2008
La Commission Européenne botte en touche sur les OGM
A Bruxelles JULIE MAJERCZAK - Libération jeudi 8 mai 2008
Faut-il ouvrir la porte à la culture des OGM en Europe ?
La Commission européenne a décidé, hier, de s’en remettre entièrement à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa, European Food and Safety Agency) à qui elle va demander un ultime avis concernant deux variétés de maïs et une pomme de terre génétiquement modifiées. «La Commission prendra une décision si et quand l’Efsa confirmera la sécurité de ces produits», a déclaré le porte-parole de la Commission, Johannes Laitenberger, à l’issue d’un long débat d’orientation entre les 27 commissaires.
Divisés.
Aujourd’hui la culture d’OGM reste très marginale au sein de l’Union. Elle représente à peine plus de 1 % des terres cultivées. Seul un OGM a été autorisé en Europe : le maïs MON-810. C’était en 1988. Toutes les autres autorisations ont concerné la commercialisation à des fins d’alimentation ou à des fins de transformation industrielle d’OGM importés. Divisés, les Etats membres ne parviennent jamais à réunir de majorité qualifiée, pour ou contre. Les demandes d’autorisation pour mise en culture traînent dans les tiroirs et font des allers et retours devant l’Efsa qui, à chaque fois, juge qu’il n’y a aucun risque. Mais, la Commission, qui a le dernier mot en cas de non décision des Etats membres, n’a jusque-là pas osé trancher. D’autant que l’opinion publique est majoritairement réticente aux OGM. Selon l’Eurobaromètre publié en mars 2008, 58 % des Européens étaient opposés à leur utilisation.
Mais l’Efsa fait l’objet, depuis longtemps, de vives critiques. Il lui est notamment reproché de s’appuyer sur les études menées par les industriels eux-mêmes et de ne pas prendre en compte les effets à long terme. Les études sur les OGM sont réalisées sur neuf mois, alors que pour les pesticides, la durée est de deux ans. «Demander à l’Efsa, agence inadéquate et sous-financée, de vérifier la sécurité de ces semences pour la troisième fois équivaut à demander à un renard de surveiller un poulailler», ironise Marco Contiero, le monsieur OGM de Greenpeace.
Procès.
La France a demandé un débat des ministres de l’Environnement qui pourrait avoir lieu le 6 juin. D’autant que, le Commissaire chargé de l’Environnement, Stavros Dimas, vient de prendre position en faveur d’un rejet des trois OGM (les maïs BT-11 de la firme suisse Syngenta, le 1507 de Pioneer et la pomme de terre Amflora de BASF), s’appuyant sur des études récentes, notamment de l’Institut Pasteur, qui mettent en avant les incertitudes sur les effets à long terme de ces OGM. Avec ces nouveaux éléments d’informations, l’Efsa reverra-t-elle sa copie ? Cela prendra plusieurs mois, voire plusieurs années. Les industriels, eux, s’impatientent. L’année dernière, Pioneer a intenté un procès contre la Commission pour délai déraisonnable. Sa demande date de presque sept ans. Le mois dernier BASF a menacé de faire de même.
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