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jeudi 8 mai 2008

L’occasion fait le baron

J.-L. P. - Le Canard Enchaîné du mercredi 7 mai 2008

Ils ont tout fait dans les règles. Oui, monsieur. Tout est en parfaite conformité avec la législation fiscale et la doctrine administrative en vigueur. Personne ne pourra dire qu’il s’agit de patrons voyous, de rapaces affreusement goulus, jouant aux limites de la légalité, de gros malins se goinfrant sans scrupules et jusqu’à plus soif. Ce sont des gens respectables, d’ailleurs, parmi eux se trouve le baron Seillière, ancien patron des patrons, autant dire un homme au-dessus de tout soupçon !

Le Monde (2/5) a raconté dans le détail comment une poignée de cadres dirigeants du groupe Wendel (groupe d’investissement héritier des maîtres de forges, dont le chiffre d’affaires est de 5,5 milliards, avec des intérêts dans le pétrole., le matériel électrique, la construction, (Saint Gobain) etc.), ont réussi, grâce à une délicate et très rusée suite d’opérations financières (vente et rachat d’actions, création de sociétés holding domiciliées dans une simple boîte aux lettres, fusion opportunément effectuée de manière à faire bénéficier les 950 actionnaires de la famille Wendel de la très utile loi Dutreil, permettant un abattement sur l’ISF, apparition d’une opaque société luxembourgeoise, le tout avec l’appui intéressé de la banque JPMorgan, etc.), ont réussi, donc, à s’en mettre plein les poches et les coffres et les tirelires. 324 milliards d’euros empochés grâce à la hausse des cours et des montages financiers sophistiqués, n’est-ce pas génial ?

Trois d’entre eux se sont taillés la part du lion : Jean-Bernard Lafonta, un énarque ancien conseiller de Ségolène Royal lorsqu’elle était ministre de l’environnement, comme quoi l’environnement mène à tout à condition d’en sortir, récupère 83 million ; le baron Seillière, l’homme qui voulait réconcilier les français avec l’entreprise, se réconcilie avec lui-même en s’offrant 79 millions ; et un dénommé Bernard Gautier se contente de 36 millions, le pauvre ! Du coup, certains membres de la smala Wendel se révoltent de devoir partager leurs dividendes avec de petits malins de financiers qui n’ont même pas du sang de maître des forges dans les veines.

De leur côté, les salariés du groupe d’édition Editis (Nathan, Robert Laffont, La Découverte, Le Robert, etc..), dont le group Wendel vient de se débarrasser vite fait quatre ans après l’avoir acquis, en encaissant au passage une très jolie plus-value (à l’époque, le baron avait promis de s’engager sur le « long terme »), se disent écoeurés de passer de main en main avec pareille désinvolture, et de voir leurs salaires stagner quand les actionnaires font de tels profits : mais qu’ont-ils compris au capitalisme financier ?

Quand à Christine Dutreil, directrice de la communication de Wendel et accessoirement épouse de l’ancien ministre Renaud Dutreil, qui fut aux manettes des PME et qui est aussi l’auteur de cette loi si bien utilisée sur l’ISF par les Wendel, elle a aussi participé à ce grand jeu de Lego financier : elle a ramassé quelque 8 millions d’euros en actions. Comme c’est curieux : les journalistes du « Monde » ont voulu l’interroger, et elle leur a répondu que tout cela relevait de sa vie privée ! En tout cas, il est rassurant de constater que, au moment où nombre de Français ont le moral et le porte-monnaie à plat, il en est pour qui, sous Chirac comme sous Sarkozy, elle reste belle, la vie !

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Posté par werdna à 00:05 - Fiscalité - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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