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lundi 5 mai 2008

Les mots politiquement corrects ont aussi du sens

Ouest-France – Dimanche 4 mai - Anne-Elisabeth BERTUCCI.

Développement durable, équitable, éco... À force d'être galvaudés, ces termes finissent par perdre leur substance. Spécialiste des signes et des mots, Mariette Darrigrand se livre à un décryptage de ce langage omniprésent.

Mots éponges qui génèrent le flou. Mots valises qui, à force d'être emplis d'idées, ne signi-fient plus rien. Développement durable, solidaire, éco-ci, éco-là... Usées jusqu'à la corde, ces terminologies se voient détournéesde leur engagement militant. Galvaudées, elles échappent même à ceux qui les ont créées. On les brevète comme les trouvailles du concours Lépine, on les dépose comme une marque commerciale. Pour autant, la plupart de ces mots possèdent un véritable sens. Mariette Darrigrand, sémiologue (1), se livre à un décryptage impertinent...

Ì Développement durable : « Je défends cette expression car elle révèle le souci d'écologie de notre époque, en lien avec les générations futures. Le sentiment écologique n'a jamais réussi à s'imposer tant qu'il concernait les questions d'espace (préserver la nature). Aujourd'hui, l'écologie intéresse car elle propose de faire une promesse sur le temps. Je pense donc qu'il peut... durer. C'est un mot novateur et fort qui séduit le public. Du coup, victime de son succès, il essaime partout. Le couple est durable, la plante verte est durable... au risque d'affaiblir son sens. »

Ì Éco- (citoyenneté, tourisme, etc.) : « Je suis moins indulgente avec ce préfixe, sorte de mot-outil qu'on adosse à tout parce que c'est pratique. Je ne pense pas qu'il soit porteur d'une grande notion. Éco est tendance alors qu'écologie, lui, est daté. Il appartient au registre de la politique politicienne des années 90. D'ailleurs, un Nicolas Hulot ne parle pas « d'écologie », mais plutôt de « belle planète » dans ses discours. De plus, ce préfixe est ambivalent : éco, c'est écologie mais aussi économie... De quoi créer la confusion. Dans ce cas-là, je fais du tri sélectif et je le jette volontiers dans la poubelle des rebus sémantiques ! »

Ì Altermondialiste : « Il a remplacé le terme « antimondialiste ». Les gens d'Attac, qui portaient ce courant politique, lui ont préféré ce terme plus réformiste et moins révolutionnaire. Du coup, la révolution appartient aujourd'hui à la gauche radicale (LCR, LO...) et les altermondialistes ont disparu du paysage politique français. Par contre, le slogan « Un autre monde est possible » a essaimé... Il appartient aux forces progressistes de répondre à cette attente de l'alter. »

Ì Solidaire : « Très intéressant ! Lui aussi est daté des années 80. Il vient d'une conscience compassionnelle. Cependant, je pense qu'il est en train d'être réinventé. Dans le monde globalisé actuel, on ne fait plus du développement avec les pays du tiers-monde, mais on est solidaire (avec les pays du Sud, ndlr). La solidarité, c'est un partenariat animé par une force en couple. »

Ì Équitable : « Il séduit la grande consommation qui l'utilise largement. Pour le consommateur, il est facile à intégrer. De plus, les marques jouent sur l'anagramme, comme par exemple avec « éthiquable ». C'est un mot tendance. Le consommateur qui achète équitable se sent relié aux petits producteurs de café du Pérou, et a donc le sentiment de faire quelque chose de bien pour le monde... »

(1) Auteur de l'essai Ces mots qui nous gouvernent, Bayard, 16 €. Mariette Darrigrand dirige le cabinet « Des faits et des signes », spécialisé dans l'analyse du discours médiatique.

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