samedi 3 mai 2008
La mutinerie des directeurs de prison.
Le Canard Enchaîné du mercredi 30 avril – Dominique Simonnot
« Tout est dans le rouge depuis des mois, mais nous avons beau multiplier les alertes vers la Chancellerie, il ne se passe rien… »

Cela fait un bail que certains dirigeants de l’administration pénitentiaire sonnent l’alarme. En vain : aucune réponse, ni du cabinet, ni de la ministre ! Malgré les 63 211 prisonniers recensés au 31 mars. Un record historique, battu chaque mois.
La nomination de Rachida Dati comme Garde des Sceaux avait pourtant suscité l’espoir. « Elle allait, dans les prisons, parler aux détenus, c’était direct, franc, on a cru qu’elle s’y intéressait vraiment », se souvient un cadre pénitentiaire. Quelques mois plus tard, la ministre refait le coup, mais tout en blanc et tout sourire pour les caméras. « Même à Valence et à Meyzieu où deux gosses venaient de mourir… On a compris, elle s’en moque ! » Sur le site du ministère, une photo de Rachida Dati écroulée de rire, le 9 février dernier à la prison de Meyzieu, a même été retirée en hâte, avec des excuses, éducateurs et surveillants ayant hurlé à l’ « indécence » » !
Pas de mollesse
Il n’y a pas pourtant de quoi se poiler devant la montée en flèche du nombre de détenus. La faute à la loi sur les peines plancher, votée sans s’inquiéter le moins du monde des capacités d’accueil des prisons déjà bondées. Et aucun espoir d’amélioration. Le chef de l’Etat refusant d’envisager une quelconque grâce lors du 14 juillet. Résultat, dans 15 maisons d’arrêt, la « suroccupation » vogue au-dessus des 200%. Jusqu’à 225% à Chambéry ou à Lyon, et 235% à La Roche-sur-Yon. Mais jamais au-dessous des 120%. L’Ile-de-France en est à 138%.
Autre conséquence, les violences contre les surveillants se multiplient. En hausse de 37% comme le prouve le tableau confidentiel dressé par la Direction de la pénitentiaire : 488 agressions physiques au premier trimestre 2008, contre 356 l’an dernier à la même époque.
Les tribunaux continuent, imperturbables, d’expédier de nouveaux condamnés sans se soucier du reste. Et il est très rare que les magistrats, auxquels la loi impose de se rendre régulièrement en prison, y mettent les pieds. « Ils viennent de moins en moins, peut-être pour ne pas regarder en face le résultat de leurs jugements », ironise un directeur.
Guer étonnant quand on sait qu’ils ne se foulent pas non plus pour visiter les locaux de garde à vue. Lesquels ont pourtant accueilli 565 000 personnes en 2007 !, un nombre en augmentation de 54,7% depuis huit ans…
Une exception.
Mais c’est à la brigade financière où sont interrogés les « cols blancs ». Là, un substitut du procureur se déplace « systématiquement » à chaque garde à vue, affirme le parquet de Paris. Voilà qui rassure.
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