vendredi 2 mai 2008
Des sans-papiers traqués par des tests osseux
Ouest-France – 02/05/08 - Pierrick BAUDAIS
En quatre mois, treize jeunes d'Ille-et-Vilaine ont subi un test osseux afin de savoir s'ils sont majeurs. Et donc expulsables.
« La chasse à l'enfant est ouverte en Ille-et-Vilaine. C'est inacceptable ! » Le coup de gueule vient de Jean-Louis Tourenne, le président socialiste du conseil général. Il vise les services du procureur de la République.
Depuis janvier, en Ille-et-Vilaine, treize des cinquante et un mineurs étrangers confiés au département ont été soumis à des tests osseux. Ces clandestins sont arrivés en France sans parents. Tant qu'ils sont mineurs, le conseil général doit les prendre sous sa tutelle (en les plaçant en foyer ou en famille). Mais, dans le cadre de cette procédure, le procureur peut demander à vérifier l'âge du jeune étranger.
Pour cela, l'examen médical consiste le plus souvent en une radiographie du poignet. Ce test est très contesté, y compris par la communauté scientifique. « Cette méthode ne permet pas la distinction nette entre 16 et 18 ans », note l'académie nationale de médecine. Mais ce peut-être aussi l'examen de l'aréole des seins ou des poils pubiens. Ce fut le cas, cet automne, à Limoges, sur deux jeunes filles sans papiers.
Alphonso est déclaré majeur
Si le jeune étranger est déclaré majeur, il devient expulsable. « Depuis quelques semaines, ces expertises osseuses sont devenues quasi systématiques », dénonce Jean-Louis Tourenne. Sur les treize jeunes ainsi examinés en Ille-et-Vilaine, cinq ont été déclarés majeurs et aussitôt envoyés au centre de rétention administrative.
C'est le cas d'Alphonso. Ce jeune Angolais est arrivé seul à Rennes le 12 mars. Selon son extrait d'acte de naissance, il est né le 9 avril 1991. Il avait donc 17 ans au moment de son arrivée. Mais, selon l'examen osseux, il est majeur. Du coup, depuis le 21 avril, il a été placé au centre de rétention à Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes. « Tout est allé très vite. Le matin, il était convoqué par la police de l'air et des frontières. L'après-midi, on lui faisait passer une radio et le soir, il dormait au centre. C'est difficile à digérer », rapporte sa famille d'accueil, encore marquée par ce qui s'est passé.
Au centre de Saint-Jacques-de-la-Lande où nous l'avons rencontré, Alphonso apparaît déboussolé, parfois au bord des larmes. « Je suis venu en France pour suivre une formation de peintre en bâtiment. Je ne peux pas le faire dans mon pays. Je ne comprends pas... »
Le jeune Angolais, qui fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière, est expulsable d'un jour à l'autre.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=9033054
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
