vendredi 2 mai 2008
Le maire du troisième veut des lois pour lutter contre la spéculation à Paris
Marianne – Mercredi 30 Avril 2008 - Sylvain Lapoix
Alors que Jeudi noir s'apprête à procéder à une nouvelle réquisition, Pierre Aidenbaum, maire du IIIème arrondissement de Paris laisse agir le collectif en soulignant l'inefficacité de la législation en matière de lutte contre l'inoccupation immobilière.
Pour eux, comme toutes les semaines, le premier mai sera un Jeudi noir. Un mois après la réquisition de l'immeuble de L'Impasse dans le IIIè arrondissement de Paris, le collectif de lutte contre le mal logement, désormais suivi à chaque action d'un cortège de caméras fébriles, veut donner un nouveau coup de pied dans la fourmilière locative. Du rendez-vous fixé jeudi 1er mai à 16 heures sur la place Saint-Eustache, dans le quartier des Halles à Paris, le groupe ira « réquisitionner » un nouveau lieu tenu secret : « Une loi de réquisition existe : ce que l'Etat ne fait pas, nous le ferons », clame leur site.
A la mairie du troisième arrondissement, Pierre Aidenbaum, socialiste proche de Bertrand Delanoë, a fait la visite de L'Impasse avant d'affirmer face aux caméras de France 2 qu'il comprenait leur mobilisation.
Marianne2.fr : Un mois après la « réquisition » de L'Impasse par Jeudi Noir, soutenez-vous toujours cette action ?
Pierre Aidenbaum : Nous avons promis que, tant qu'ils respecteraient la loi et qu'ils ne créaient pas de nuisances à l'ordre public, nous ne ferions rien contre eux. J'ai été visiter ce lieu pour des raisons de sécurité, avec le commissaire de police. Ce bâtiment inoccupé a déjà été squatté en 2005 mais cela avait donné lieu à des débordements considérables : 50 à 100 personnes y vivaient au lieu des 25 venus au départ et les fêtes qui y étaient organisées dégénéraient complètement et ont excédé le voisinage. Depuis, je suis méfiant et les habitants du quartier aussi : une demande d'expulsion a déjà été déposée par le syndic.
Approuvez-vous néanmoins cette démarche de réquisition ?
Je comprends ces actions car il y a effectivement une nécessité d'interpeller l'opinion et les pouvoirs publics sur le problème du logement. Mais cette technique ne doit pas non plus devenir systématique : la mairie de Paris fait beaucoup d'efforts depuis 2001. Durant la précédente mandature, 450 logements ont été construits grâce à des préemptions organisées par la mairie du IIIème arrondissement, et ce malgré les prix du quartier. Il faudrait aussi qu'ils aillent squatter un peu dans des arrondissements de droite, pour interpeller l'opposition de temps en temps !
L'un des objectifs de ces réquisitions sauvages est justement de souligner les limites de l'action des pouvoirs publics. Y a-t-il une solution à cette impuissance ?
Le problème n'est pas parisien, il est législatif : pour lutter contre le vide à Paris, il faut pouvoir taxer les gens qui laissent des locaux vides, qu'il s'agisse de bureaux ou de logements. A ce titre, c'est directement aux députés qu'il faudrait s'adresser, plus qu'aux maires. La spéculation immobilière ces derniers temps à Paris a poussé le prix du foncier à la hausse de 10 à 15% par an : ceux qui achètent ne le font que pour vendre à un meilleur prix qui n'arrête jamais de monter ! Face à cette escalade, la puissance publique devrait pouvoir agir au bout de deux ans et disposer de procédures rapides et contraignantes qui permettraient de remobiliser les surfaces vides au bénéfice du parc locatif ou social de la ville de Paris. Il est inimaginable de laisser de tels locaux en jachère quand on voit le besoin de logement d'une ville comme Paris.

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